Grilagem : traduction française (APPROPRIATION ILLÉGALE ET LUTTES DES TERRES, Corruption et violence dans l’état de Maranhao, Brésil)

Grilagem (version française) PDF

Voici le texte complet du livre « APPROPRIATION ILLÉGALE ET LUTTES DES TERRES, Corruption et violence dans l’état de Maranhao, Brésil » par Victor Asselin.

Cet ouvrage est une traduction de la version écrite en portugais « Grilagem, corrupção e violência em terras do Carajás ».

Ephémérides autour du livre « GRILAGEM … »

Éphéméride autour de la publication du livre

GRILAGEM, CORRUPÇÃO E VIOLÊNCIA

EM TERRAS DO CARAJAS

1.En avril 1982, l’Éditeur Vozes de Petrópolis, Brésil, publie le livre de l’abbé Victor Asselin “Grilagem, corrupção e violência em terras do Carajás.(Doc.1 et 35) C’est une étude et une dénonciation du vol des terres au Maranhão, Brésil, en particulier du territoire appelé Pindaré.

2.Le 2 mai 1982, le livre est lancé officiellement dans la ville de Goiânia, Brésil.(Doc.2) Dans les autres capitales du pays la distribution et la vente sont faites par les librairies et les divers groupes populaires.

3.En date du 21 mai l’avocat Agostinho Noleto Soares, résident d’Imperatriz, ville au sud-ouest du Maranhão, publie dans le journal « O PROGRESSO » une lettre adressée à l’auteur du livre. Il écrit : « Á LA DEMANDE… »(Doc.3) Il accuse l’ « auteur d’avoir été instrumentalisé para quelques certains humanistes athées qui veulent tout simplement tirer profit politique de l’option de l’Église en faveur des pauvres et des opprimés » et il termine en déclarant : «ce ne sera pas toi… toi padre Victor, qui me mettra au pied du mur sans une énergique réaction qui commence à peine avec cette lettre.»

4.Au cours du mois de mai, Pe Victor reçoit plusieurs téléphones anonymes, les uns cherchant le lieu de sa résidence, d’autres marquant des rencontres amoureuses, un autre insistant pour marquer un rendez-vous urgent etc… On  laisse aussi sous la porte du presbytère une lettre anonyme de contenu peu «catholique» et insinuant diverses menaces.

Une nuit dont Pe Victor ne se rappelle pas la date au cours du mois de mai, à trois heures du matin, un inconnu frappe à la porte du presbytère de St-Vincent de Paul et, de l’extérieur, demande pour passer la nuit. Le fait est étrange car même les habitués du quartier ont de la difficulté à découvrir la porte de cette maison. À cette époque il fallait avoir un système de défense car les personnes qui étaient sur la liste à mourir étaient visitées la nuit. On frappe et si la personne ouvre, c’est une balle et on disparait.

5.Le 1er juin, l’Ordre des Avocats, Section de Imperatriz, publie un article dans le journal « O PROGRESSO », en appui à leur compagnon et membre de l’Ordre, Agostinho Noleto Soares. On dénonce l’auteur du livre en raison, dit-on, des « références injustes et sans fondement » faites à leur compagnon et lui demande « l’humilité chrétienne suffisante pour réparer publiquement l’injustice commise à Agostinho Noleto Soares ».(Doc.4)

6.Le 5 juin le journal « Imparcial » de São Luis, publie une matière en provenance d’Imperatriz dans laquelle on annonce qu’à IMPERATRIZ un mouvement de grande envergure de protestation véhémente contre les dénonciations injustes et agressives de l’auteur est en train de prendre forme.(Doc.5) Dans le même journal et le même jour on met en exergue un autre article sur l’excellence du travail de recherche de l’auteur.(Doc.6)

7.Le 8 juin le journal « Imparcial » de São Luis publie une note de l’Ordre des Avocats du Brésil-Section d’Imperatriz, article qui avait déjà été divulgé dans cette ville le 1er juin dernier, en y ajoutant toutefois une note du « Club des lions » manifestant sa solidarité avec la position des Avocats de la ville.(Doc.7)

8.Le même jour, Pe Victor Asselin présente, par écrit, au Dr Agostinho Noleto Soares une demande d’explication sur l’accusation faite, à savoir d’avoir été « instrumentalisé par certains humanistes athées » et invite les groupes qui l’appuient à s’unir autour de la recherche de la vérité puisque ce n’est pas parce que Agostinho affirme être chrétien que son nom doit être exclu des documents probants d’illégalité et de fraudes relatifs aux questions agraires.

Le présent article est retiré de la publication du Journal « Folha do Maranhão » de São Luis par ordre de la direction pour la simple raison qu’Agostinho est un possible candidat au Sénat pour le PMDB. D’ailleurs, il n’a pas été publié par aucun autre journal si ce n’est par le « O Progresso » d’Imperatriz.(Doc.9)

9.Le 20 juin l’avocat Agostinho Noleto Soares publie dans le journal « O Progresso » d’Imperatriz une lettre adressée à Pe Victor et datée du 18 juin. Nous lisons : « Comme j’ai déjà expliqué, je commence à peine à articuler ma réaction à vos malveillantes déclarations » et plus loin, il continue : « Le lieu et le moment de ce règlement de compte, c’est moi et seulement moi qui ai le droit de choisir ».(Doc.10)

10.Au cours du mois de juin sont répétés plusieurs téléphones anonymes à la résidence de Victor et, entre eux, une invitation pour donner une conférence aux étudiants de l’Université sur le thème du « Statut des étrangers », en hommage à Javier, président de l’Union Nationale des Étudiants, alors qu’il est menacé d’être expulsé du pays. Évidemment Victor n’a jamais accepté cette invitation. Le Département des Étudiants informe qu’ils n’ont jamais pensé à une telle programmation.

D’autres téléphones impliquent la moralité du padre et souvent des téléphones muets. Une lettre anonyme est déposée sous la porte du presbytère avec un contenu semblable à la première lettre et termine en affirmant que toutes les mesures seront prises pour obtenir le retour du padre à son pays d’origine.

11.Le 5 juillet, Pe Victor reçoit une copie de la dernière lettre de Agostinho Noleto et un téléphone de l’évêque de Carolina, Dom Alcimar Magalhães qui lui communique avoir en main propre une copie de la « dénonciation-crime », enregistrée à la cour de Justice de São Luis, secteur criminel le 2 juillet.(Doc.11) Il ajoute qu’Agostinho est bien fâché et qu’il prétend suspendre les mandats qu’il occupe actuellement dans l’Église locale. Enfin il déclare sa solidarité à Victor Asselin.

12.Le 6 juillet, l’évêque Dom Alcimar cherche à convaincre Agostinho à renoncer au procès et en cas de refus, il donnera son appui au Padre Victor. Agostinho réplique qu’il reçoit beaucoup d’appui, entre eux du Dr. Fiquene et de Davi Alves Silva et que ce dernier a même manifesté un plan d’atteinte à la vie du padre.

13.Le 7 juillet, prenant en compte les écrits et les nombreuses communications, Pe Victor demande au Ministre de la Sécurité Publique de l’État du Maranhão, une garantie de sa vie, « rendant responsable, à partir de ce moment, le Dr Agostinho Noleto Soares pour quelque attentat qui viendrait à survenir bien qu’il ne soit qu’apparemment accidentel. »(Doc.12)

Le même jour, Pe Victor reçoit une photocopie de la dénonciation criminelle de diffamation, demandant l’instauration du procès et sommant le padre à répondre à tous les actes sous peine de confession.

Le même jour Padre Victor rencontre le président du PMDB, Renato Archer, candidat au poste de gouverneur du Maranhão (le Maranhão est en année électorale) pour lui demander ses possibles implications dans le procès. Renato lui communique donc qu’il a bien rencontré dans les derniers jours Agostinho Noleto Soares avec le président national du parti à Imperatriz et c’était pour lui dire que, sans juger le mérite, lui, Agostinho, ne pouvait pas être candidat au Sénat pour le parti, comme prévu, en raison de la possibilité d’être accusé d’appui au vol de terres alors que le programme du parti défend le programme de la réforme agraire. De plus, la note signée de l’Ordre des Avocats en appui à Agostinho, souscrite par le Dr Aureliano Ferreira Neto, candidat à vice-gouverneur pour le même parti fut à peine un geste de solidarité de convenance.

14.Le 10 juillet, le « Jornal Pequeno » de São Luis divulge l’article intitulé « Padre démasque les grileiros et est menacé de mort par les grands propriétaires de terre et la « Folha de São Paulo » de la même ville, publie l’article « Padre menacé de mort pour avoir dénoncé les grileiros »(Doc.13 et 14)

15.Le jour suivant, le 11 juillet, le journal « Imparcial » de São Luis publie « Victor Asselin, menacé, demande garantie de vie » et « O Globo » de Rio de Janeiro, publie « Padre demande protection au Maranhão contre l’avocat du groupe des grileiros »(Doc.15-16 et 42)

Le même soir le couple Helena et José de Ribamar Heluy reçoit un téléphone du Dr Frederico Almeida Rocha, de la ville d’Imperatriz, cherchant à avoir les informations au sujet de l’importance des formes d’appui que reçoit le Padre Victor à São Luis et il exprime sa surprise sur le fait que le padre a demandé garantie de vie devant la menace reçue.

16.Le 12 juillet, considérant les interrogations soulevées par le téléphone du Dr Frederico d’Imperatriz, figurant comme intermédiaire, ce soir-là, du groupe de Agostinho Noleto, la Commission Justice et Paix de l’Archidiocèse de Sao Luis émet une déclaration de solidarité à Padre Victor, en union avec diverses entités pastorales, accentuant l’importance de la valeur historique et sociale du livre, appuyant le geste de la demande de garantie de vie et enfin, étendant son appui à la cause de tout le peuple souffrant, « cause principale de la publication du livre «Grilagem.»(Doc.17)

17.Le 13 juillet, le Dr José de Ribamar Heluy, ex-juiz d’Imperatriz, écrit au Dr Frederico pour démasquer la tentative du « groupe Agostinho » d’articuler des groupes de São Luis et d’Imperatriz en vue de démoraliser l’auteur du livre. (Doc.18)

18.Le 15 juillet, le « Jornal Pequeno » de São Luis reproduit la note de la Commission Justice et Paix de l’Archidiocèse (Doc,19) sous le titre « Clergé responsabilise l’avocat pour tout attentat qui pourrait arriver au Pe Victor et le journal « Imparcial » de la même ville divulgue une entrevue du Ministre de l’intérieur de l’État, Fernando Castro (Doc.20), où se lit : « Où est la faute de l’État, si lui-même (l’auteur du livre) montre les responsables ? En vérité la réponse à toutes les interrogations est incluse dans la publication même. L’État ne peut pas être tenu responsable pour le comportement individuel de tel ou tel citoyen qui, pour quelque motif que ce soit, ne se dit bien dans son rapport avec la chose publique. »

Le même jour, le journal « Diário de Hoje » publie « L’Église dénonce les menaces au padre »(Doc.21 et 22)

19.Le 18 juillet, Reginaldo Teles, alors procureur de l’État du Maranhão dans les années tragiques de la « grilagem », écrit un article dans le « Jornal Pequeno » de São Luis, sous le titre « Les complices de la grilagem ». Bon connaisseur de l’État, Reginaldo décrit bien le plan de la grilagem articulé par l’État et affirme que personne ne peut se surprendre si les « personnes impliquées » prétendent même menacer de mort l’auteur de la dénonciation.(Doc.23)

20.Le 20 juillet, le « Jornal de Hoje » dans sa colonne « Bastidores » mentionne que le Dr Osvaldo Alencar Rocha, candidat à gouverneur pour le Parti des Travailleurs « pense que la lutte entre les secteurs de l’Église et le candidat pour le PMDB, Agostinho Noleto, causera préjudice aux partis des oppositions et bénéficiera le parti officiel. » Dans un autre texte de la même colonne, le même journaliste écrit « qu’Osvaldo reconnait qu’Agostinho n’est pas une personne violente et que par conséquent, n’irait jamais contracter un tueur à gage pour tuer padre Victor Asselin »

Le même journal sous le titre « Contradictions dans l’Église » affirme que la Commission Justice et Paix du diocèse d’Imperatriz et la Commission Pastorale de la Terre de la même ville préparent une déclaration officielle en appui à l’avocat Agostinho Noleto.(Doc.24)

Dans La station nationale de la TV Bandeirantes, à l’horaire du midi, on transmet la nouvelle des menaces contre le Pe Victor et, à la même station locale, à l’horaire du soir on divulge  une partie de l’entrevue de Pe Victor.

20a.Le 21 juillet Pe Victor Asselin envia uma longa carta a Dom Alcimar, bispo de Imperatriz (Doc.25)

21. Le 22 juillet, le « Jornal de Hoje » de São Luis publie un article de sa succursale d’Imperatriz, intitulé « CPT d’Imperatriz n’a pas publié sa position au sujet de la dénonciation » et Pe Lourenço dément ce qui avait été divulgué quelques jours auparavant, à savoir que la « CPT et CJP d’Imperatriz ont émis ou seraient à préparer une note de solidarité à l’avocat Agostinho Noleto ».(Doc.26 et 27)

Le même jour, Pe Victor Asselin reçoit par courrier la photocopie d’une pétition signée par quelques cursilhistes d’Imperatriz hypotéquant leur solidarité sans limite au Dr Agostinho Noleto. Le document est daté du 8 juin et nous sommes le 22 juillet.(Doc.8)

21a.Le 23 juillet, Pe Victor en réponse a Agostinho Noleto, réfute les arguments de l’auteur de l’action de diffamation (Doc. 28)

22.Le Dr Osvaldo de Alencar Rocha, em date du 25 juillet, envoie un document au « Jornal de Hoje » de São Luis, demandant de rectifier les déclarations qui lui ont été attribuées et qu’il n’a jamais dit au reporter « que le livre est une aide inéquivoque à l’opposition du Maranhão mais bien que le livre est une contribution à l’histoire vraie de ce pays ». De plus il dit que « si Agostinho Noleto est une personne respectable, il ne peut pas dire la même chose de ceux qui l’appuient. » (Doc. 29)

23.Le 27 juillet, un prêtre a rencontré sur une place publique de la ville de São Luis un individu étrange et suspect à la recherche du Pe Victor. Pour ce motif, il a avisé l’intéressé.

24.Ce même jour, Marcos Dantas prononçe une conférence sur « Carajás » au salon paroissial situé en face de la place publique Notre Dame de Fátima à Imperatriz et au débat, après la conférence, Agostinho Noleto suscite la question de « l’impasse qui a surgi entre lui, Agostinho, et le padre Victor Asselin »(Journal « O Progresso », Imperatriz, 28.07,82- Doc. 30)) Le journaliste écrit qu’Agostinho «a démontré son désenchantement devant le fait que la Commission Justice et Paix du diocèse d’Imperatriz et son évêque ne se sont pas manifesté en sa faveur.»

25. «O Progresso» quotidien d’Imperatriz, publie dans son édition du 1er août une note de la Comission Justice et Paix s’insurgeant spécialement contre le fait que la Commission Justice et Paix de São Luis a dénoncé l’existence des menaces faites au Pe Victor (le président de la CJP d’Imperatriz est Agostinho lui-même)(Doc. 31)

26.Le 2 août, un Coronel non identifié se rend chez les éditions Paulines à São Luis pour prendre le livre sobre « Grilagem » qu’il avait réservé et communique que le livre avait déjà été recueilli des librairies du pays.

27.Le 3 août, à la demande de Dom Alcimar Magalhães, évêque de Carolina-Imperatriz, se réalise à São Luis une réunion des membres de la Commission Justice et Paix de São Luis et ceux de la même comission d’Imperatriz. L’évêque d’Imperatriz, Agostinho Noleto et Pe Victor Asselin y participent.

Agostinho, dès le début de la réunion exige que l’on ne discute pas le sujet du livre parce qu’ « il ne l’a jamais contesté » (sic), ni les lettres écrites par lui et ni la dénonciation-crime mais uniquement la menace. L’Assemblée manifeste son désaccord car elle perçoit qu’il y a un objectif bien évident de dévier l’objectif de la réunion. »

Les intérêts entre Agostinho et l’Assemblée sont manifestement opposés de sorte qu’aucun accord n’est possible. La réunion servit tout de même pour éclaircir définitivement les implications politiques qui se cachent derrière le désir insistant d’Agostinho d’obtenir un appui de l’Église d’Imperatriz. Ses déclarations sont significatives et s’étant lui-même démoralisé, sort de l’enceinte, rapidement, sans saluer aucun des participants. Le lendemain de cette réunion, Pe Victor envoie une lettre à Dom Alcimar, évêque d’Imperatriz (Doc. 32)

28. Le 9 août, à l’horaire des nouvelles du matin, on écoute à la « Radio National » de Brasília, que Pe Victor est à articuler des groupes de São Luis et de Imperatriz en vue d’empêcher l’évêque d’Imperatriz de donner son appui à Agostinho.

29. Les 11 et 12 août Pe Victor reçut divers téléphones muets et le dernier enregistré, au cours de ce mois, fut le 15 août à 5 heures du matin.

30.Au sujet du procès criminel de diffamation, diverses audiences furent marquées par le juge mais l’auteur de l’Action, Agostinho Noleto, ne s’est jamais présenté. Ainsi, le 6 juin 1984, le juge Carlos Alberto Botelho Barbosa jugea prescrita l’action  et éteinte la punibilité. (Doc. 33 et 34)

31. ANNEXES – Suivent quelques informations, entrevues et articles de revue sur les problèmes des terres et des agriculteurs au nord du Brésil, en particulier prenant comme ligne de fond la publication du livre « Grilagem … » (Documents 36 à 45)

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Analyse…

Nous sommes en 1982. C’est une année électorale. À Imperatriz, le groupe Sarney élabore un plan politique qui, comme d’habitude, est insidieux. Par exemple, on convoque des électeurs du parti au pouvoir à s’affilier aux partis d’opposition. C’est ainsi que des politiciens comme le Dr Fiquene et Davi Alves conservent leur filiation au parti du pouvoir (PDS) et que leur allié le Dr Agostinho Noleto, s’affilie au parti d’opposition. Le pouvoir veut amplifier son influence dans la région. Ce sont des figures complices dans le vol des terres de la région.

En avril 1982, l’Éditeur Vozes publie le livre « Grilagem, corruption et violence dans les terres de Carajàs ». Cette publication est une dénonciation du problème de la grilagem dans la région et de ses auteurs. Fiquene, Davi Alves et Agostinho sont des figures clés dans cette question. Comment sera-t-il possible pour Agostinho de conserver son affiliation au parti d’opposition qui défend la réforme agraire avec la dénonciation de sa complicité dans la grilagem des terres ? Comment sera-t-il possible de conserver sa candidature au Sénat pour le parti d’opposition ? La publication du livre eut l’effet de démasquer le projet politique de la région d’Imperatriz : le président du parti d’opposition – PMDB- refuse la candidature de Agostinho et du même coup empêche la tentative d’instrumentaliser les Églises. En effet, Agostinho est responsable de deux mouvements importants dans l’Église locale, à savoir le Cursilho et la Commission Justice et Paix et par lui on imaginait aller chercher les votes des électeurs des pratiquants des Églises.

On ne s’est pas donné pour vaincus. Il fallait donc prendre des mesures face à l’événement. Dans un premier moment Agostinho et ses partisans exercent une pression sur l’auteur du livre pour le forcer à nier les dénonciations contenues dans la publication : une première lettre de menaces de l’avocat Agostinho, les notes d’appuis de l’Ordre des Avocats-Imperatriz et du Clubs des Lions et la simulation d’un mouvement d’appui à Imperatriz en faveur d’Agostinho. Pe Victor demeure ferme. On ouvre alors un procès de diffamation et on multiplie les menaces de diverses natures dans une tentative de négocier le silence. Il fallait forcer un appui significatif en faveur de Agostinho par l’intermédiaire de l’Évêque et des divers mouvements.

La réponse fut donnée : personne n’a peur du procès; quant aux menaces, Pe Victor demande garantie de vie; face au pseudo-appui à la faveur d’Agostinho, des groupes, mouvements et paroisses de São Luis donnent leur appui sans restriction au Pe Victor et l’êvêque d’Imperatriz, récemment arrivé dans la région, demande un temps de réflexion avant de se manifester.

La malice du groupe augmenta. N’obtenant pas la rétractation et le silence et craignant grand préjudice pour la campagne électorale, on dévie le vrai problème en simulant l’existence d’une division entre l’Église de São Luis et l’Église d’Imperatriz. C’est alors que, sans le consentement des autorités de l’Église de cette ville, un article de la Commission Justice et Paix d’Imperatriz dénonçe la position de la Commission Justice et Paix de São Luis. L’article est publié dans le journal d’Imperatriz. De plus, en utilisant la Radio National, on accuse l’auteur du livre de manigancer des articulations de groupes d’Imperatriz et de São Luis en vue d’exercer une pression sur l’évêque de l’Église d’Imperatriz pour l’empêcher de donner son appui à Agostinho.

Tout fut démasqué. Le 3 août, les membres des Commissions Justice et Paix du diocèse d’Imperatriz et de l’Archidiocèse de São Luis se réunirent avec la présence de l’évêque, d’Agostinho Noleto et du Pe Victor Asselin. Résultat : le groupe politique n’a rien gagné et Agostinho Noleto en est sorti passablement affaibli. Les journaux de tous les partis politiques des deux villes ont exigé le silence. Les téléphones et les lettres anonymes cessèrent; les menaces ont disparues et l’auteur du procès désista de la cause de sorte que le 6 juin 1984 le juge Carlos Alberto Botelho Barbosa jugea périmée l’action et, conséquemment, « extinta a punibilidade »

Drummondville, 22 juin 2013

Victor Asselin, ptre

Manoel da Conceição

TAMANHO DESRESPEITO !

          Emplacou-se o absurdo : « a libertação do Maranhão e do seu povo deve passar pelo fortalecimento da hegemonia sarneyista”. Eis a decisão ! Decisão que fere a honra e a história do povo do Maranhão. Quanta insensibilidade !

          Foi após um massacre ocorrido no seu município que Manoel da Conceição foi baleado e perdeu a perna. “Minha perna é minha classe”. Jurou lutar o resto de sua vida. Sonhou, lutou, foi exilado e anistiado…

          Manoel, você tem nome, tem identidade, é cidadão, fez e é HISTÓRIA, Animado pela firmeza permanente, você não tolera mais a dominação e a humilhação. Você é povo e Povo merece respeito. É no silêncio de sua vida que se manifesta a grandeza de sua alma e a sua paixão pela causa que ainda sustenta seu quotidiano.

          Hoje, com o corpo marcado pela fragilidade, ainda prefere doar sua vida com a esperança do povo renascer. É o gesto escolhido para diminuir a sua indignação.

          “Não tenha medo, venci o mundo”. Que o Deus que se fez gente o acompanhe e tome todo cuidado de você.

                                                           Victor Asselin

Séjour à Sambaíba

« MISSIONÁRIOS DO CAMPO »  

1. Primeiro contato

Falam-me dos « Missionários do campo ». Acabam de chegar numa pequena localidade chamada « Sambaíba ». Aí estou na tarde do dia 6 de fevereiro. Nas maõs de Dom Franco, bispo de Balsas, vejo uma cópia do Estatuto da Associação. Um olhar rápido. Isso me fascina pois reconheço as intuições vindo da reflexão sobre os ministérios dos anos 70 no Nordeste brasileiro como também intuo similitudes com a perspectiva dos « Missionários de rua » de Montréal.

Um breve contato se estabelece com os três homens, simples e discretos. Manifesto-lhes um particular interesse para passar alguns dias com eles. Apresento-lhes imediatamente minhas intenções: em primeiro lugar, a mística do « missionário do campo » se assemelha muito ao meu sonho de « missionário de rua »; em segundo lugar, estou interessado em descobrir o « NOVO » da missão no seu jeito de viver e, enfim, gostaria de perceber o interesse dêles a respeito do projeto de intercâmbio entre Igrejas. Os missionários aceitam meu pedido.

2. Segundo contato

Cheguei quase de improviso na casa dos missionários em Sambaíba, no dia 18 de fevereiro. Albesorge está na cozinha. Robertinho está trabalhando no quintal. Saudamo-nos e, após a troca de algumas palavras, cada um volta ao seu serviço. Conhecendo minhas intenções, logo à minha chegada, depois da acolhida, os irmãos, pelo seu comportamento, deixam bem claro que tenho que descobrir meu próprio caminho de inserção na comunidade.

3. O cotidiano

A vida começa pelas cinco horas da manhã. Abre-se a porta. Uma hora de oração. O povo pode participar. Sempre tem de 10 a 15 pessoas. Uma oração simples, cantada, participativa, sem busca de « perfeição ». Uma oração que nasce do coração. É a oração do « Tempo Presente » adaptada ao povo.

A 6 horas, todos os participantes da oração chegam até a cozinha para tomar um copo de « kéfir ». É um remédio natural. Uma maneira de acordar o povo ao uso da medicina natural. Depois, enquanto um dos três missionários prepara o café, os outros se ocupam à limpeza da casa. O que devo eu fazer ? Cabe a mim de ser bastante vivo para descobrir o meu lugar. Pelas 7 horas, tomamos o café e, sem conversa prolongada, o plano do dia já está feito. Em seguida, aquele, a quem cabe a tarefa da cozinha naquele dia, lava a louça e começa a preparação do almoço, e os dois outros vão para o seu trabalho no campo ou em outros lugares de acordo com as necessidades do dia. Cultiva-se a roça e prepara-se ao projeto de apicultura. Os missionários, na medida do possível, vivem dos frutos do seu trabalho.

Em torno do meio-dia a gente se encontra ao redor da mesa. Sempre há prato para a pessoa de passagem. Raramente tomei refeição sem a presença de crianças ou de adultos que, pour uma razão ou outra, entravam e sentavam à mesa. A mesa não é de ricos mas todos comem até ser satisfeitos. Na cozinha a panela de arroz é sempre maior que as outras. E é a rotina da louça e um tempo de descanso.

Na parte da tarde os missionários voltam ao seu trabalho até pelas 5 horas. Um banho e o jantar. No meio destas atividades toma-se o tempo para acolher o povo. Os horários de trabalho variam de acordo com as necessidades do povo. Participa-se aos grupos da paróquia et ajuda-se à organização da formação da comunidade. A calçada da casa é um lugar de encontro. Às vezes tem-se reuniões pela tarde e muitas vezes pela noite. Ouvindo falar que alguém está doente ou passa um momento difícil, logo a bicicleta sai de casa para dar um pouco do seu tempo numa visita amiga. O dia não tem hora para terminar. Termina com a saída de casa do último visitante.

4. Tomei consciência de …

Quem são esses missionários ?  Homens e mulheres, oriundos de meios pobres na sua maioria, sem estudos superiores  por muitos, unidos pela sua origem humilde e pela sua cultura, « vivem em família » (os missionários não empregam o vocabulário de « congregação ou comunidade religiosa ») e trabalham nos meios empobrecidos. « Ser pobre e trabalhar com os pobres me valoriza e é este testemunho que questiona os outros ».

Que significado tem esta vida sem prestígio ? Que sentido tem ? Três pontos chamaram minha atenção.

a. A possibilidade de transformer um meio pelo testemunho de vida Os missionários não tem nada que chama a atenção. São pessoas simples, sem dinheiro e sem diploma. Não podem então partilhar o poder do dinheiro ou du saber. Apesar disto o povo deposita neles sua confiança e sua presença discreta e gratuita interpela. O povo se questiona a si mesmo. Será que não podemos afirmar que é um sinal de presença que suscita a transformação do meio ?  « A simples maneira de ser, muitas vêzes interroga mais que a palavra. »

b. Ajudar alguém a tomar suas responsabilidades deixando espaço para que ele mesmo descubra seu lugar Durante os seis dias passados aí, em nenhum momento escutei os missionários pedir ajuda de alguém. Por outro lado, vi muitas vêzes  o missionário abandonar silenciosamente sua tarefa a alguém procurando seu lugar para se empenhar a outra. Saia discretamente sem fazer nenhuma recomendação como alguém que tivesse certeza de que o trabalho seria continuado da melhor maneira possível. Nunca se ouve um julgamento. Deixa-se o outro perceber seus erros e se corrigir por ele mesmo. Talvez seja possível em razão do meio ambiente que convida à mudança.

Quando examino meu comportamento pessoal durante esses dias, tomo consciência de que, para viver de dentro a experiência com os missionários, devia descobrir meus lugares de inserção, isto é descobrir os lugares que se adaptavam bem à minha idade, aos meus dons e às minhas capacidades. Assim sendo, na medida onde descobria as necessidades do grupo e da casa, tomava as iniciativas que achava oportunas. Os missionários as acolhiam não com agradecimentos mas facilitando-lhes lugares na vida de conjunto.

c. A sede da missão e da evangelização

O « Missionário do campo » é um itinerante. Anda e tem sede de           descobrir os múltiplos rostos de Deus. Antonio José, por exemplo, é um homem que já passou mêses percorrendo as estradas, levando a esperança às pessoas e alimentando sua interioridade destes rostos de  comunhão do nosso Deus.

Eis o motivo pelo qual os missionários dão muito tempo e espaço ao acolhimento. Deixam o trabalho para acolher. Deixam o  trabalho até necessário para gastar tempo, sentado junto ao povo. Parece que o missionário advinha a chegada de alguém e logo aí está  presente para acompanhá-lo nas suas necessidades.

5. O que caracteriza os missionários ?

Deixo aos missionários o cuidado de dizer o que os caracteriza. Três dimensões são imediatamente assinaladas.

a. O valor do trabalho

« Qualquer que seja, o trabalho é nobre. É por meio dele que a  pessoa humana descobre  sua dignidade. » O trabalho não fundamenta  nem justifica a formação de classe social mas é um chamado à  diversidade dos dons para viver  a riqueza da complementariedade. « Valorizar o trabalho é fazer desaparecer o preconceito de inferioridade ou de superioridade e assim do status social. O leigo,pelo seu trabalho manual, pode ser missionário. O que era reservado outrora aos padres, aos religiosos ou às religiosas não existe mais.Jesus era um trabalhador manual et foi o maior dos missionários ».  « O trabalho é, para os missionários e missionárias, meio de educação da fé, pois é por meio dele que poderão sentir e auscultar as dificuldades dos trabalhos do campo e da cidade, partilhando a fé e buscando alternativas comuns, identificando-se com os trabalhadores. » (Estatuto, art. 10)

b. A comunidade.

A comunidade é um desafio apesar de ser ela que sustenta os           membros pois « vivemos um mesmo objetivo ».  « Assim nunca estamos  só″. « A formação deve ser algo sério e deve questionar o senso de responsabilidade. Nossa formação insiste sobre a nossa prática de vida com o povo, sobre a nossa capacidade de escuta, de partilha, de avaliar e de ser avaliado. »  « O que nos guarda unidos é o rosto da Associação que nos é dado durante a formação. »

« A vida comunitária supõe a aceitação real da diversidade embora se realize concretamente com pessoas que comungam às mesmas afinidades. A Associação acolhe « pastores, itinerantes , contemplativos e casais » (Estatuto, art. 15). « Cada afinidade fará a sua  forma de vida » e todos serão unidos pela mística da Associação.

c. A vida de oração

« A vida de oração é necessária para questionar o engajamento de cada um. » « Os missionários e missionárias fundamentam sua espiritualidade no único Mestre, Missionário do Pai, Jesus de Nazaré, carpinteiro, que viveu itinerante no meio dos pobres, anunciando-lhes a Boa Nova do Reino, curando os cegos, libertando os presos, pondo em liberdade os oprims, orando ao Pai, reunindo e formando os           discípulos, enviando-os em missão e partindo o pão entre eles. » (Estatuto,art. 4)

Os missionários, como dizem os Estatutos « buscam responder aos apelos da Igreja de Deus nos tempos de hoje, vivendo e trabalhando no meio popular, nfrentando os desafios que a realidade lhes impõe, tentando ser aí, presença de Deus e de sua Igreja, buscando ajudar na preservação da vida integral das pessoas e do ambiente onde vivem. » (Art. 6)

6. As dificuldades

Os missionários vivem a transparência em tudo. As questões mais comprometedoras foram também discutidas sem nenhuma restrição e com grande abertura. Apresentam quatro dificuldades no seu engajamento.

a. A resistência da família

Muitas vêzes membros da família exercem pressão sobre os  missionários pois é lhes difícil entender a vocação missionária. Questionam-se. De fato é plenamente inexplicável que homens em plena forma física e psicológica aceitem viver unicamente para realizar o sonho da MISSÃO.

b. A discriminação da sociedade

Os missionários escutam comentários de todo típo: « três rapazes morando juntos, sem serem padres nem casados …  quem são eles ? » – « Se vocês não ganham nada, como é que vocês vivem ? » – E de dizer um deles : « Não temos nem diploma para nos defender. Só nos resta a força do Evangelho. »

c. A incompreensão de homens e mulheres da Igreja

Os missionários não tem muito o apoio das autoridades oficiais da Igreja. Por que razões ?  Os missionários, discretamente, mencionam a inveja e o medo da competição. Estranho, não é ?  Eles que tem tão pouca coisa a dar. Só resta, como dissemos, o testemunho. Não seria isso que mais interpela ?

d. O discernimento para o celibato

O celibato em si, sendo facultativo, não é um obstáculo. É uma  escolha. A dificuldade vem do discernimento a fazer sobre o típo de      vida a escolher para a realização da MISSÃO. O apelo à vida itinerante comporta suas preocupações e suas incertezas. Existe um sentido de vida a descobrir que dê sentido ao caminhar de uma vida.

CONCLUSÃO

Concluo. « Digam-me as palavras que mais os caracterizam ? » assim pedi para eles. Espontâneamente responderam: « os pobres, a marginalidade, a solidariedade com as pessoas sofridas, peregrino, trabalhador, sub-empregado e fraternal. » Colocamos esses ingredientes juntos e teremos o sabor do « missionário do campo ».

Não poderíamos descobrir nesta maneira de viver alguns elementos para uma nova maneira de viver a MISSÃO e de ser missionário, hoje ?

Balsas, 6 de março de 1999

Pe Victor Asselin

 

 

 

 

À LA RENCONTRE DE DEUX ÉGLISES

MISSION ICI ET MISSION AILLEURS

                   A la rencontre de deux Eglises

  I. La proposition est née …

En avril 1998 Mgr Franco Masserdotti, évêque de Balsas, Maranhao, écrivait à Victor Asselin dans le but « de sonder la possibilité de venir joindre les rangs du personnel de son diocèse ». Cette lettre déclencha un dialogue à plusieurs volets et avec divers groupes et personnes et en arriva à formuler la proposition d’un projet d’échange missionnaire entre deux Eglises. Dans cette perspective Mgr St-Gelais était d’opinion que l’expérience pourrait s’avérer importante pour l’Eglise du Québec. En septembre 1998, après quelques rencontres sur le sujet, il exprima sa priorité pour notre projet de MISSION ici à Montréal, tout en donnant le feu vert pour que l’équipe des « Missionnaire de rue » de Montréal et l’ »Eglise de Balsas » tentent l’expérience si les deux parties le jugent opportun et bienfaisant.

II. Quel est le chemin ?

Quel est donc ce projet ? Serait-ce un sain ou un malsain opportunisme que d’affirmer que nous ne le savons pas encore. Et pourtant c’est bien la réalité car nous voulons le découvrir par une pratique menée conjointement ici et là. Les défis que la postmodernité pose à l’Eglise et les évaluations de l’exercice de la MISSION vécue jusqu’à ces dernières années nous interrogent et nous stimulent mais ne nous tracent pas le chemin d’avenir. On y dresse des éléments du nouveau paradigme mais encore faut-il le découvrir dans un engagement persévérant auprès des « préférés » de Jésus. C’est la raison qui nous pousse à faire un saut dans l’inconnu et nous sommes prêts à accepter l’échec autant que le succès. Nous aurons au moins le mérite d’avoir tenté quelque chose.

Ceci dit, nous osons formuler l’objectif du présent projet dans les termes suivants: Découvrir la manière de vivre la MISSION chez-nous (Montréal) et ailleurs (Balsas), vivant la solidarité et le partage par une « PRESENCE inspirée de l’Esprit de communion » (Dom Franco) et donnant ainsi le témoignage de la BONNE NOUVELLE.

« Consciemment ou non ces paroles résonnent comme un appel à vivre la Mission sous un prisme différent, c’est-à-dire dans un esprit de si grande solidarité que les personnes impliquées brûlent de la nécessité d’ouvrir de nouveaux chemins pour la Mission, aujourd’hui ». (Lettre de Victor Asselin du 06.11.98)

III. Un tel projet a-t-il sa pertinence ?

Est-il utopique de penser la réalisation d’un tel projet ? Les conditions minimum de possibilité d’échange existent-elles ?

1. Les « Missionnaires de rue » – MISSION CHEZ-NOUS

« Annoncer l’Evangile est la MISSION confiée à tous les baptisés. Annoncer l’Evangile, voilà une « force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit » (Rm. 1.16) et c’est cette    force de Dieu qui engendre la communauté et l’engage dans un    cheminement de libération. » (Doc. équipe , 27.04.96)

« Cette Bonne Nouvelle a été annoncée d’abord aux pauvres, au    aveugles, aux estropiés et aux boiteux pour, avec eux et    elles, construire les « cieux nouveaux et la terre nouvelle »     (id.,)

C’est ainsi qu’en 1995, sur le territoire du Centre-Sud de   Montréal commençèrent à s’articuler des personnes qui      formèrent une équipe appelée « missionnaires de rue » et se   définissait comme suit: « nous sommes des chrétiens, de divers    milieux, qui se sentent appelés à former équipe pour vivre une      présence, au Nom de Jésus-Christ, au milieu de groupes   d’exclus de la société et de l’Eglise. Nous croyons à une présence spéciale de l’Amour du Père dans ces milieux et nous      désirons solidairement en faire l’expérience avec eux » (Id.,)

Les membres de l’équipe ont ainsi commencé une expérience de « MISSION CHEZ-NOUS » c’est-à-dire l’expérience d’une PRESENCE      dans des milieux de marginalité où « le Christ et son Evangile   ne sont pas connus, ou dans lesquels il n’y a pas de      communautés chrétiennes assez mûres pour pouvoir incarner la    foi dans leur milieu et l’annoncer à d’autres groupes »    (Redemptoris MIssio, no. 33).

C’était donc une expérience de MISSION « Ad gentes, ad intra »,   c’est-à-dire une expérience de MISSION chez-nous telle que      Jean-Paul II la conçoit dans son encyclique « Redemptoris   Missio ».  Nous y croyons et nous la voyons nécessaire pour     redonner à l’Eglise de Jésus-Christ au Québec son véritable     dynamisme et pour revivre la pertinence de son Evangile.

2. La nécessité d’articuler mission « ad intra » et « ad extra »

Nous héritons d’un riche travail missionnaire à l’étranger.    Il ne faudrait cependant pas le délaisser sous prétexte que   le Québec est devenu un territoire de mission. Bien plus, pour     être davantage fidèle à la MISSIO DEI, le pape Jean-Paul II     affirme que  « l’esprit missionnaire ad intra est un signe très    sûr et un stimulant pour l’esprit missionnaire ad extra, et     réciproquement ». (RM no. 34) « Ainsi le dynamisme missionnaire     suscite des échanges entre les Eglises et les oriente vers le      monde extérieur, avec des influences positives en tous sens »     (id.)

Il n’est donc pas superflu d’affirmer qu’il est nécessaire     d’établir des liens entre MISSION ICI et MISSION AILLEURS pour    développer et conserver la véritable dimension de la MISSIO DEI. Ainsi on évitera le danger du passé où l’on divisait le    monde en territoire de mission et en territoire d’Eglises véritables, ce qui souvent exprimaient l’existence de liens    de supériorité et d’infériorité.

3. Un signe des temps pour les jeunes

Depuis quelques années beaucoup de jeunes réalisent un stage     dans les pays du Tiers-Monde comme aussi beaucoup de jeunes      découvrent un sens à leur vie en s’approchant des milieux de      marginalité d’ici. L’équipe des « missionnaires de rue » cherche    la manière de donner un suivi à ces jeunes qui reviennent d’un séjour à l’étranger et qui désirent s’engager dans un projet    de MISSION ICI. C’est une préoccupation que nous retrouvons encore dans l’encyclique « Redemptoris Missio ». « La connaissance directe de la vie missionnaire et des nouvelles      communautés chrétiennes peut, elle aussi, enrichir et affermir la foi. Les visites que l’on rend aux missions sont une très bonne chose, surtout de la part des jeunes qui y vont pour     servir et pour faire une forte expérience de vie chrétienne »     (RM. no. 82)

4. L’appel et le désir de l’Eglise de Balsas

Mgr Franco, dans sa lettre du 24 novembre dernier, disait : « Merci pour ta réponse et pour les belles perspectives que le      projet présente… nous avons examiné avec attention ta lettre (06.11.98) lors de la dernière rencontre du Conseil     Presbytéral et nous sommes d’accord avec tous les points » et    plus loin il ajoute : « nous sommes d’accord pour que notre    diocèse mûrisse de plus en plus dans cet esprit d’échange »…

S’il existe déjà un groupe ici et un autre groupe là-bas, désireux d’établir des liens entre eux comme membres d’Eglises; si la nature même de la Mission exige un lien entre Mission « ad extra » et mission « ad intra » et que ces groupes sont déjà à l’oeuvre dans l’expérience de la MISSION et si l’intérêt des jeunes d’ici prend des proportions importantes pour un engagement missionnaire, nous ne pouvons plus douter de la pertinence de la proposition en étude.

IV. Existe-t-il, actuellement, un accord pour le projet proposé ?

Les « missionnaires de rue » de Montréal et le Conseil presbytéral du diocèse de Balsas, Maranhao, Brésil, sont d’accord pour expérimenter la possibilité de « déclencher un processus de recherche sur une nouvelle manière de vivre la MISSION. Il ne fait pas de doute que personne n’a d’idée préconcue, ni ici et ni à Balsas, mais qu’il y a volonté de la part des deux parties de le découvrir par une pratique en constant échange.

1. Comment ?

1. Les « missionnaires de rue », à partir de leur engagement auprès    des itinérants et en lien avec les jeunes qui reviennent de stages à l’étranger par l’intermédiaire de l’organisme « Salut le monde » mûriront la réflexion sur ce qu’ils peuvent offrir    au diocèse de Balsas et, réciproquement, une équipe au Diocèse de Balsas cheminera dans le même sens.

2. Pour que cette recherche ne se perde pas et pour que les deux      groupes puissent en arriver à une mise en exécution, Victor   Asselin, prêtre diocésain de Nicolet, tout en accomplissant    sa tâche missionnaire au sein de l’équipe « Missionnaires de    rue » ou en assurant certains services au diocèse de Balsas,    assurera le lien entre les parties et, ainsi, passera quelques     mois en 1999 (de 4 à 6 mois) dans le diocèse de Balsas et les autres mois à Montréal. Si le travail s’avère positif et si les circonstances l’exigent, l’expérience pourra se renouveler      en l’an 2000. Puis, un bilan sera dressé et les mesures      pertinentes seront prises.

3.   Selon le désir de Mgr Franco Masserdotti, le travail de Victor    Asselin se réalisera dans l’esprit de l’encyclique de Fidei Donum de Pie XII et repris par Jean-Paul II. « Vingt-cinq ans     plus tard, j’ai voulu souligner la grande nouveauté de ce   document « qui a fait dépasser la dimension territoriale du     service presbytéral pour l’ouvrir à l’Eglise tout entière ».     Aujourd’hui, la valeur et la fécondité de cette expérience sont confirmées; en effet, ceux qu’on appelle les prêtres      Fidei donum mettent en évidence d’une manière singulière les      liens de communion entre les Eglises, ils fournissent un précieux apportà la croissance de communautés ecclésiales dans le besoin, et de leur côté ils reçoivent d’elles la     fraîcheur et la vitalité de leur foi. » (RM no. 68)

Dans sa dernière lettre, l’évêque de Balsas disait: « Nous     pensons que la venue de Victor dans notre milieu sera      providentielle pour que nous puissions concrétiser les différents points du projet » (24.11.98)

V. Peut-on demander une aide financière ?

M. Renaud Baril, prêtre diocésain de Nicolet et président de l’Association des missionnaires nicolétains au Brésil, au cours d’une première conversation au sujet de la possibilité d’aide financière au présent projet, a manifesté son intérêt et suggéra d’en faire la demande au Comité responsable.

Ainsi, au nom de l’équipe des « missionnaires de rue » de Montréal je sollicite le financement de mon voyage aller-retour au Brésil et de m’accorder une somme à être déterminée par les membres du Comité pour mes dépenses personnelles. De son côté, le Conseil Presbytéral de Balsas s’est déjà engagé pour le logement et l’alimentation et pour les dépenses inhérentes au travail dispensé au service du diocèse.

Un dernier mot …

Et nous concluons par une autre citation de l’encyclique « Redemptoris Missio ». « Alors que nous sommes proches du troisième millénaire de la Rédemption, Dieu est en train de préparer pour le christianisme un grand printemps que l’on voit déjà poindre. En effet, que ce soit dans le monde non chrétien ou dans le monde de chrétienté ancienne, les peuples ont tendance à se rapprocher progressivement des idéaux et des valeurs évangéliques, tendance que l’Eglise s’efforce de Favoriser. »

….

« L’espérance chrétienne nous soutient pour nous engager à fond dans la nouvelle évangélisation et dans le mission universelle… » (RM no. 86)

Il n’en dépend que de nous d’accepter de collaborer à la libération de ce monde en gestation de l’Esprit.

Montréal, le 3 décembre 1998

Victor Asselin, ptre

Mission ici … ailleurs … Histoire et avenir du projet

MISSION ICI …    AILLEURS …

« Histoire et avenir du projet de communion entre Églises »

                                                            Victor Asselin

 Parler du projet « Mission ici … ailleurs » c’est faire mémoire. C’est rappeler un bout d’histoire à laquelle le groupe ici présent, portant le même nom que le projet, a accepté, en 1999, d’être partenaire avec le diocèse de Balsas au Brésil. Vous me demandez, en effet, de faire l’histoire de cette expérience en rappelant ses origines et le travail sur le terrain ici et à Balsas, pour, ensuite, laisser entrevoir l’avenir. Je me dois de rappeler tout d’abord que j’ai vécu l’expérience de ce projet en partie au Brésil et en partie à Montréal alors que les brésiliens du diocèse de Balsas l’ont vécu entièrement chez eux et vous, vous l’avez vécu ici à Montréal. C’est un point dont il faut tenir compte dans le présent « faire mémoire » et qui est inhérent à la vie du missionnaire.

Revenons en 1998 …

D’où vient le projet de « communion Mission ici… ailleurs » qui relie depuis 1999 le groupe « Mission ici … ailleurs » de Montréal et le diocèse de Balsas, au Brésil ? Que peut-on dire de son origine ?

Le 4 avril 1998, Dom Franco, évêque de Balsas, m’écrivait « dans le but de commencer un dialogue sur la possibilité que j’aurais d’aller travailler dans son diocèse ».  L’invitation était personnelle mais je voulais en faire une proposition entre Églises, raison pour laquelle j’ai communiqué immédiatement la lettre à Mgr St-Gelais, évêque de Nicolet, diocèse de mon incardination. Il ne manifesta aucune opposition à l’ouverture du dialogue. Pour ma part, j’étais vivement intéressé à la MISSION mais pas de la même manière que je l’avais vécu dans les années précédentes. J’avais la conviction que le lien entre l’ici et l’ailleurs était important et nécessaire mais qu’aujourd’hui, pour diverses raisons, nous devions faire un effort sérieux pour découvrir une manière nouvelle de la vivre.

Dom Franco avait présenté dans sa lettre des choix de milieux de travail. Après avoir consulté quelques anciens missionnaires, je lui fis une contre-proposition : vivre la MISSION dans le diocèse de Balsas, 6 mois par année pour une période de deux ans, ayant comme objectif la recherche d’éléments nouveaux qui permettraient de vivre la MISSION dans une plus grande fidélité à l’aujourd’hui du milieu et des gens. La proposition fut acceptée dans « l’esprit de communion entre Églises. »

Profitant de la suggestion d’un confrère missionnaire en congé, Mgr St-Gelais et moi-même partions à la rencontre de Raymond Roy, prêtre du même diocèse. Il serait un excellent candidat pour articuler le projet. En effet, il manifesta enthousiasme et disponibilité devant la proposition. « Pour un premier pas, disait-il, il est nécessaire de part et d’autre que nous découvrions ce que nous avons à offrir et ce dont nous avons besoin, puis, avec le temps et l’action de l’Esprit, le futur se définira ». Quelle intuition !  Mgr St-Gelais demanda un temps pour mûrir la décision. Le 22 septembre 1998 fut marqué pour une prochaine rencontre.

Le jour arrivé, Mgr St-Gelais était de l’opinion que l’expérience pourrait s’avérer importante pour les Églises du Québec mais ses conseillers proches « n’étaient ni chauds ni froids pour le projet ». «  Il serait donc prématuré pour le diocèse de s’y engager ». Il suggéra que l’expérience se tente à partir des équipes de Montréal et du diocèse de Balsas si les deux parties le jugeaient opportun, exprima le désir de suivre l’évolution du travail et verrait au cheminement nécessaire à donner à l’interne du diocèse.

À Montréal, il existait déjà quelques groupes intéressés à la MISSION, en particulier les deux groupes de la paroisse Ste-Cunégonde, le groupe « Mission ici … ailleurs » et « Salut le monde ». Pourquoi ne pas tenter le partenariat ? Les équipes de Sainte-Cunégonde étaient gagnées à la cause. Et c’est le  3 janvier 1999, que le projet fut discuté à l’exécutif du Groupe « Mission ici … ailleurs » Deux réunions furent consacrées à son étude puis l’exécutif décida de le présenter en plénière à la réunion du 25 janvier. Au procès-verbal, nous lisons ceci :

« La Mission, œuvre d’Amour de la Trinité, cherche nécessairement à se diffuser. Le volet de la Mission à l’extérieur vient nous interpeller et peut-être nous déranger. Est-il opportun ou non ? C’est ce que nous voulons vérifier dans les prochains mois, raison pour laquelle le noyau exécutif du groupe « Mission chez-nous » (alors, nom du groupe)  propose le cheminement suivant pour les prochaines rencontres (janvier à juin 1999) »

« Objectif : Prendre conscience que nous ne sommes pas toujours « bien » et qu’il faut nous remettre constamment en cheminement.

Moyens pour réaliser cet objectif :

Rappeler toutes les fois qu’il le sera nécessaire la perspective du projet de la MISSION – à la rencontre des Églises

  1. Raconter les expériences très concrètes de mission chez-nous (nos peurs, nos dynamismes, la présence); donner du temps pour considérer le contenu qui viendra du Brésil et formuler les points d’échange
  2. La prière devra être présente aux rencontres »

Le groupe « Mission ici … ailleurs » adhéra donc au projet à sa réunion du 25 janvier 1999.  Voici comment les membres s’exprimaient :

« La perspective du projet nous lance dans l’inconnu. Il y a là-dedans quelque chose d’emballant comme il y a aussi de la peur car souvent nous aimons avoir une réponse avant même de faire. »

« C’est une expérience qui nous appelle à vivre d’égal à égal ».

« Le projet est comme une main tendue dans un esprit de solidarité »

« C’est un projet qui appelle à nous mettre ensemble sans trop savoir où nous allons. S’il y a une ouverture, pourquoi ne pas y entrer ? »

« Le projet semble nous introduire dans quelque chose de vrai. »

« Ça fait du bien de découvrir avec d’autres que l’Esprit est à l’œuvre. »

 Nous nous mettons en marche … – Année 1999

           Je partais pour le Brésil à la fin de janvier 1999 et Serge St-Arnault, père blanc, et Raul, prêtre diocésain,  avaient été choisis par le groupe pour l’échange et la communication.

1.    Que s’est-il passé au Brésil ?

Une fois arrivé à Balsas, région sud de l’État du Maranhão,  je sentais le besoin de vérifier l’ampleur de l’acceptation du projet. Il avait été discuté et accepté amplement au niveau du Conseil Presbytéral  mais à peine communiqué à l’Assemblée diocésaine de pastorale. Le curé de la cathédrale me suggéra alors de mettre par écrit la genèse du projet, relatant la correspondance entretenue et les décisions prises. J’écrivis alors le texte « Échange entre deux Églises, ébauche de compréhension ». Muni de cet instrument et suivant le conseil du confrère, je rencontrai divers agents de pastorale dans les trois régions du diocèse. Tous étaient convaincus de l’importance de la MISSION et du défi qu’elle présentait et au contact de la documentation, on souhaita une rencontre diocésaine le plus tôt possible. La semence du besoin d’articulation était semée. Le terrain était prêt à l’accueillir.

Le 22 mars 1999, 15 personnes, représentant les diverses régions du diocèse, se réunirent. L’Objectif était clair : définir l’entrée comme communauté diocésaine dans le projet et en faire une expérience de communion entre Églises puis former le groupe articulateur, élaborer quelques orientations à suivre et définir les moyens de fonctionnement.

Le processus était déclenché. On baptisa le groupe « GREMI » (groupe de réflexion missionnaire). « Faire mémoire » serait le contenu, c’est-à-dire, à chaque rencontre on raconterait l’histoire de la mission vécue dans le diocèse et on en ferait l’évaluation à partir des trois critères suivants :

1. Comment le projet de Jésus a-t-il été présenté (son option – sa qualité de présence – ce qui a été transformé – les fruits – la  prière) ?

2. Les missionnaires ont-ils tenu compte du projet du peuple ?

3. Comment s’est réalisé dans la pratique missionnaire le dialogue entre les deux projets ?

L’arrivée des « Missionários do campo » à Sambaíba, paroisse du diocèse de Balsas, coïncidait avec le début du projet. Une attention particulière leur a été donnée durant cette première étape. Pour quelles raisons ? Il semblait qu’ils apportaient quelques pistes nouvelles à la MISSION. Pourquoi ne pas y être attentif ? Pour eux le témoignage, le découvrir sa place et les visages de Dieu dans le quotidien sont importants. De plus, ils donnaient valeur au travail, à la communauté et à la prière.

2.    Que s’est-il passé à Montréal

Le groupe « Mission ici … ailleurs », au cours de ces mois,  continua à prendre du temps pour écouter des expériences de mission ici et pour accueillir ce qui venait du Brésil. Serge et Raul furent fidèles à communiquer le cheminement du groupe d’ici au GREMI et à  faire parvenir ses réflexions. A mon retour une rencontre fut consacrée à l’expérience vécue au Brésil et, le 18 octobre 99, nous faisions une évaluation plus approfondie de la route parcourue. Quelques interrogations guidèrent notre démarche :

-        quelle est la raison d’être du groupe « Mission ici … ailleurs »?

-        Veut-on vraiment maintenir un lien avec le diocèse de Balsas , au Brésil ?

-        Comment pouvons-nous aller plus loin ?

Tous se virent devant une évidence : les rencontres nous avaient amené à changer notre façon de prier, de travailler et d’être. Nous avions retenu dans la démarche les points suivants : l’importance de la PRÉSENCE, la liberté dans le cheminement de chaque membre du groupe, le NOUVEAU dans l’ouverture au différent, l’unité dans les différences et la dynamique du groupe qui est en train de se former.

Nous avions aussi le désir d’aller plus loin. Il était temps de passer de l’information des expériences missionnaires à l’analyse en profondeur de certaines d’entre elles. Trois questions seraient posées :

1. Comment l’Esprit s’est-il manifesté dans l’expérience ?

2. Comment s’est vécu la communication et la communion ?

3. Quelles transformations se sont opérées ?

La question de la PRÉSENCE et de la spiritualité missionnaire se détachaient aussi comme préoccupations.

Enfin, nous nous sommes demandés si le groupe avait des raisons de maintenir le lien avec le diocèse de Balsas, au Brésil. Le OUI fut unanime. Plusieurs cependant cherchaient encore les raisons qui justifiaient l’importance de créer des liens entre l’ICI et l’AILLEURS. Le groupe se rendait compte que l’échange interpellait, que l’information était nécessaire et que « l’ailleurs » permettait l’ouverture à l’universel mais on croyait que la manière devrait être davantage approfondie.

L’année se termina en analysant l’expérience d’Éva-Rose en milieu de la Petite Bourgogne. Pour la première fois nous mettions en pratique les critères définis antérieurement.

Est- il bon de retenir ?

Les évaluations du travail réalisé ici et à Balsas au cours de cette première année nous ont permis de retenir les points suivants :

1. La passion pour l’Évangile est prioritaire à la passion pour une forme d’Église;

2. La communication est la clé pour un véritable échange qui conduira à la découverte du NOUVEAU;

3. Les groupes en cause, comme communautés chrétiennes, sont en train de prendre conscience, par leur pratique, de leur « missionarité ». Ainsi, ils en assument la responsabilité et en prennent l’initiative. Pour la première fois, le projet permet un échange d’égal à égal;

4. L’aventure missionnaire telle que vécue exige audace, auto-critique et sens de l’humour. Par contre, la peur figure comme premier obstacle bien que par elle on pressent que le « différent fait grandir ».

Apprendre à se laisser interpeller par une Église d’ailleurs, ne serait-ce pas une manière d’éveiller la « missionarité » de l’Église ?

Nous continuons …

  1. I.               Retour au diocèse de Balsas, Brésil.  Où en étions nous ?

Je me devais de reprendre contact avec le Gremi en retournant à Balsas au début de l’an 2000 car j’avais laissé le groupe six mois auparavant. L’histoire avait continué durant ces mois.  Ça, c’est quelque chose de spécial que de prendre conscience, dans le concret de la vie, que « l’Esprit est toujours à l’œuvre ». Le missionnaire n’est pas indispensable. Aux premiers contacts, j’ai perçu que les uns avaient abandonné, d’autres avaient pris conscience de la problématique du diocèse et un troisième groupe avait opté pour le volet MISSION. Les réunions du GREMI avaient permis aux agents locaux de mieux saisir le cul-de-sac de l’action pastorale d’ensemble du diocèse et le besoin d’un souffle nouveau.

Cette heureuse prise de conscience fit naître une double orientation, différente mais complémentaire. En effet, les uns prirent la situation pastorale actuelle du diocèse comme point de départ de leur réflexion alors que les autres, pour une redynamisation de l’Église diocésaine, choisirent le volet de la MISSION,  prenant alors comme point de départ la présence en milieux de personnes éloignées de la communauté chrétienne. L’expérience des « Missionários do campo » devenait prioritaire pour ce deuxième groupe. C’est ici que j’occupai une place. En effet, cela correspondait mieux à l’objectif du projet. Au cours de ce stage  j’ai donc eu à déployer mes efforts dans la petite ville de résidence des missionnaires.

Objectif de ma présence à Sambaíba

Quelle serait ma contribution ? Avant même de commencer, nous nous sommes mis d’accord – les membres de l’équipe et les « missionários do campo » – sur les objectifs à poursuivre. Deux axes seraient observés : le phénomène de la transformation du milieu et les moyens qui l’engendraient. Nous formulions ainsi les objectifs :

1. Essayer de discerner les éléments significatifs de transformation d’attitudes, de comportements, de pensée dans le vie des gens à partir de l’expérience des missionnaires;

2. Dans quel sens la pratique de l’écoute et du dialogue peuvent être des moyens méthodologiques pour connaître la réalité et comment l’esprit de l’Évangile de Jésus pénètre cette réalité ?

Un sondage auprès de la population fait par les gens du milieu et un autre sondage réalisé auprès des missionnaires seraient d’excellents moyens pour faire l’approche désirée. Les pratiquants et les non-pratiquants, adultes et jeunes furent contactés. Ensuite, en raison des objectifs tracés nous en sommes arrivés à classer les résultats en donnant une grande importance à la manière dont s’était établi la relation entre les missionnaires et les gens du milieu, en cherchant à identifier la perception que chacun avait de l’autre, en élaborant le rêve d’Église pour, en dernier lieu, dégager les éléments d’une nouvelle pratique missionnaire.

Le résultat fut remis à la population et étudié en réunions. L’évêque manifestait grand intérêt aux conclusions et aux commentaires des gens. La démarche fut conclue par une rencontre des responsables diocésains, le 3 juin 2000. C’est à cette rencontre que Dom Franco explicita ce que lui-même en retenait. Je les présente sans commentaire.

  1. « Le travail réalisé à Sambaíba interpelle et pousse à vouloir découvrir davantage le chemin de la présence et de l’écoute. Dans le résultat final on y perçoit l’importance de la dimension contemplative, de la manière de vivre et d’être et de la méthodologie qui donne priorité à la réalité en la regardant avec le cœur ».
  2. « Le sondage éclaire la question de la relation entre « religion » et « foi » vécue à Sambaíba. Alors que la religion justifie la situation politique actuelle et la survie des gens, la foi pousse à une libération. »
  3. « Il est urgent de penser à la formation missionnaire du laïcat et au processus à lui donner. »

 II.            Que s’est-il passé à Montréal au cours de l’an 2000 ?

La spiritualité missionnaire fut le thème de la première rencontre de l’an 2000. Puis les réunions subséquentes se caractérisèrent  par les expériences œcuméniques. À la rencontre animée par les membres de l’Église orthodoxe, quelqu’un disait : « L’Unité n’est pas un choix mais un chemin essentiel dirigé par l’Esprit ». Suivirent les échanges avec les églises Pentecotiste et Église Unie. Puis le pasteur Gonzalo Cruz et le pasteur Georges présentèrent en réunions successives l’expérience de l’église Unie latino-américaine et celle de l’Église malgache pour en arriver à un dialogue sur la coopération des Églises dans la MISSION. Cette rencontre mettait à la même table un évêque de l’Église orthodoxe, un pasteur de l’Église Unie et le vicaire épiscopal de la région sud de l’Église catholique de Montréal. L’année se termina par une information et un approfondissement de l’expérience du Centre Afrika.

 Au terme de cette deuxième année, qu’avons-nous retenu ?

La MISSION n’est pas seulement ailleurs, elle est vraiment ici. L’expérience du projet des deux dernières années nous a permis d’approfondir notre foi et notre espérance car elles s’enlisaient de plus en plus dans un découragement engendré par le poids et le statisme des structures. On s’était éveillé à la MISSION. La pratique de l’œcuménisme  a permis l’ouverture d’esprit et de cœur et la possibilité de vivre une expérience de communion dans la diversité. Puis, l’ « ailleurs » a interpellé et nous nous sommes sensibilisés à lui car la soif de ces gens nous émerveillait.

Mais, après deux ans nous étions encore en état de questions. Pour réaliser la MISSION ici, nous sentions, dans notre pratique,  le poids de la structure paroissiale, le manque de reconnaissance du travail par les autorités, notre manque d’audace et notre peur du défi et l’indifférence du milieu. Quant à la MISSION « ailleurs » … c’était tellement loin ….la motivation n’était pas encore tellement présente. Par contre, personne ne voulait abandonner. Il y avait un « quelque chose » de stimulant qui nous réunissait et tous avaient besoin de se donner du temps pour le questionnement. « Ça me garde du souffle » disait quelqu’un.

Les expériences oecuméniques de la deuxième année avaient marqué les groupes d’ici et on souhaitait la réalisation d’un projet commun avec les autres dénominations religieuses et le déclenchement d’un processus plus ample sans négliger pour autant la réflexion et la formation dont nous avions besoin.

. Ce n’est pas encore fini …

  1. I.               Au diocèse de Balsas, Brésil

L’entente initiale du projet pour une durée de deux ans était terminée mais les partenaires de Balsas, après évaluation,  pointaient une piste à poursuivre : collaborer à la formation missionnaire et déclencher un processus de recherche et de réflexion sur la « Politique, terre de Mission ».

Les sondages réalisés à Sambaíba nous avaient fait découvrir que la « religion », très souvent,  justifiait une situation mais que la « foi » en libérait. Foi et politique auraient-ils quelque chose à se dire ?

Durant le stage de 2001, j’ai donc collaboré à la formation des missionnaires ruraux, formation dirigée aux candidats de l’Association et ouverte une fin de semaine par mois aux intéressés des paroisses du diocèse. Quant au projet « Politique, terre de mission » on m’en confia la première lancée. Il fallait d’abord refaire des liens au niveau national pour sonder l’opportunité et la nécessité du projet puis, dans un deuxième temps, articuler au niveau de l’État du Maranhão un groupe de personnes intéressées à la question et dans un troisième temps, réunir ce groupe en séminaire pour l’étude du thème et pour définir quelques orientations au suivi. La Foi a-t-elle quelque chose à dire à la Politique et la Politique a-t-elle quelque chose à dire à la FOI ?  Le séminaire apporta un éclairage de capitale actualité. Foi et Politique ont un terrain de rencontre, celui de la recherche du Bien Commun, celui du Royaume; Foi et Politique se rencontrent au cœur de l’Évangile, celui de la préférence donnée aux appauvris, aux exclus et aux marginaux. La foi questionne l’idéologie et l’agir politiques et la politique se doit de questionner nos images de Dieu qui souvent justifient notre manière d’être et de faire.

Une perspective s’est ouverte. Le projet est lancé. Une équipe de responsables régionaux a été formée. Naîtra-t-il un Institut de formation politique ?

Et à Montréal ?

Si le groupe « Mission ici… ailleurs » de Montréal, en l’an 2000, s’est caractérisé par l’ouverture et la réflexion œcuméniques, l’an 2001, jusqu’à présent, se caractérise par le dialogue inter-ethnique. En janvier nous avons eu une rencontre avec le CSAI (Centre social d’aide aux immigrants) dirigé par les religieuses du Bon Conseil. En février, on commenca à approfondir le thème du dialogue inter-ethnique avec les participants du groupe puis on aborda la question du dialogue entre québécois et immigrants pour en arriver au dialogue de l’Église de Montréal avec la réalité multi-ethnique. Il m’est difficile d’élaborer davantage sur le vécu du groupe d’ici depuis le début de l’année  puisque je reviens à peine du Brésil.

 PERSPECTIVE

Après avoir parcouru la trajectoire de ces trois années, comment se présente l’avenir du projet « Mission ici … ailleurs » ? Je dirai qu’il est en germe dans ce qui s’est déjà réalisé. Et pour mieux le percevoir, voici quelques constatations que je dégage de la contemplation de cet horizon. Votre contribution viendra enrichir ces conclusions.

J’ai la conviction, en premier lieu, que sont apparus des éléments nouveaux pour la MISSION, éléments qui pointent un horizon encore ambigu et obscur mais qui invitent et même exigent  le besoin de changer notre manière de la vivre. Quels  sont-ils ?

Tout d’abord, la mission ne doit plus être considérée comme  une œuvre, ni comme une activité mais comme une manière d’être, comme une présence qui interpelle et suscite le NOUVEAU. C’est la dimension la plus importante qui s’impose. Elle remet en question la racine même de la MISSION.  Elle ne se caractérise plus par ce que l’on voit ou par ce que l’on fait mais par ce qui se vit. Et cette mission ne nous appartient pas. On ne l’apporte pas mais elle est déjà là. On ne connaît pas le contenu de sa semence mais elle a une force de transformation aux couleurs les plus variées. Nous en sommes les animateurs. Rôle plus humble mais qui fait grandir dans l’Espérance. Et c’est en faisant des liens, préférentiellement auprès des appauvris, des exclus et des marginaux qu’elle donne des signes de sa vitalité. C’est ce qui lui permet de sortir de terre. Mais rien de cela n’est possible sans une relation constante avec le Dieu communication. Pas de transformation de manière d’être sans mystique de communion. La Présence qui transforme n’est pas celle que nous présentons mais celle que nous portons. Ainsi donc, le missionnaire ne peut plus être un héros ni un faiseur d’œuvres mais un brasseur, un éveilleur, un articulateur de tout ce qui engendre la VIE en contact permanent avec sa source.

Le deuxième point qui m’apparaît une heureuse prise de conscience est celui de notre éveil au dialogue inter-religieux et inter-ethnique. Aujourd’hui, parmi nous et avec d’autres, des membres d’Églises et d’ethnies différentes se rencontrent et célèbrent. Dans la région de la Petite Bourgogne on vit l’oecuménisme dans le quotidien. À la maison « Le Buisson », une expérience de ce genre est en train de se vivre. Et pourquoi ne pas multiplier ces initiatives pleines d’avenir ?

Un troisième point nous permet de rappeler que la patience et l’obstination au travail missionnaire sont en train de permettre l’ouverture du secteur sud et sud-ouest de Montréal à la MISSION. De la résistance, on passe à l’engagement. Le travail de Sainte-Cunégonde depuis 1996 a sûrement permis une approche et une plus grande sensibilisation.

C’est aussi un signe de l’action de l’Esprit que de constater la persévérance du groupe « Mission ici … ailleurs ».  Né des participants d’une session au Centre St-Pierre dans les premiers mois de 1998, les membres ont maintenu une articulation, créé des liens et développé un esprit commun qui se vit de l’intérieur et communie aux diversités d’expériences de chacun de ses membres.

Si nous regardons maintenant du côté du diocèse de Balsas, au Brésil, le projet a aussi produit ses fruits. Il a fait naître un nouveau programme de formation missionnaire et suscité une évaluation générale des expériences missionnaires vécues dans cette Église au cours des 50 dernières années, travail commencé en mars 2001 et qui se poursuivra jusqu’à la fin de 2002. De plus, le présent projet a amené l’Église locale de Balsas à déborder les frontières de l’ecclésial pour entrer sur le terrain politique, terrain de communion où la Foi et la Politique croisent leurs efforts pour construire le Royaume.

Et pour terminer, je dirai que même s’il est vrai que la recherche et l’engagement nous ont conduit à découvrir du NEUF, il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour un véritable projet de communion entre Églises. La pratique quotidienne de chacun et de chacune de nous et de ceux et celles qui nous accompagnent nous a rapproché du cœur de l’Évangile pour mieux vivre la MISSION mais ne nous a pas encore amené à découvrir et à prendre le chemin de la COMMUNICATION entre Églises. Nous vivons avec nos doutes et nos hésitations et nous ne nous sommes pas encore débarrassés de nos peurs. L’efficacité, la performance et le résultat immédiat nous harcèlent constamment et rendent difficile la fidélité au processus de patience conduit par l’Esprit.

« Nous devons trouver de nouvelles incarnations, de nouvelles façons de vivre notre relation à la Trinité… et notre relation avec l’humanité. Devant nous se profile un monde qui est toujours en grand besoin de transfiguration. C’est dans ce monde que la mission de Jésus se continue. » (S. Marguerite Létourneau, sgm)

C’est dans ce monde que nous avons à perpétuer la MISSION. C’est dans ce monde « en état de gestation » comme dit Saint Paul, que nous devenons des accoucheurs et des sages-femmes du Royaume.

Montréal, 17 septembre 2001

Victor Asselin, ptre

Intercâmbio entre Igrejas: Brasil – Canadá

« INTERCÂMBIO ENTRE IGREJAS » -  Balsas e Montréal

(Esboço de compreensão)

I.  A MISSÃO tem ainda sua razão de ser ?

De 1955 até  hoje, diversas dioceses da província de Québec,Canada, enviam missionários leigos, religiosos, religiosas e sacerdotes para dioceses do Brasil, em particular do Maranhão. Vieram muitos. Vem menos. A década de 60 marcou profundamente a vida da Igreja desta província de tal maneira que se multiplicaram as saídas de sacerdotes et de religiosas e que muitos cristãos desertaram as igrejas. Uma crise se instalou e as comunidades, progressivamente, se fecharam sobre si mesmas. Tem ainda sentido o envio de missionários e de missionárias, vez que o pessoal ao servico das Igrejas diminuiu significativamente ?

A crise da Igreja se generalizou no mundo. Em 1990, o papa João Paulo II, na sua encíclica “Redemptoris Missio”, falava de “uma tendência negativa” no sentido de que “a missão específica ad gentes parece estar numa fase de afrouxamento, contra todas as indicações do Concilio e do Magistério posterior. Dificuldades internas e externas enfraqueceram o dinamismo missionário da Igreja ao serviço dos não-cristãos” (Rm no. 2)

No momento em que, no nosso trabalho em Montréal, alguns cristãos questionavam a atualidade da Missão, Dom Franco escrevia uma carta ao Pe Victor Asselin, propondo um intercâmbio “no espírito de comunhão das Igrejas” (06.07.98). Qual seria este projeto ? O que significa intercâmbio “no espírito de comunhão das Igrejas” ?  Não sabíamos e ainda não sabemos. Uma coisa era certa: esta frase chamou a atenção e desencadeou um processo de reflexão sobre Missão. Eu gostaria de relembrar aqui algo do conteúdo das reflexões que justificaram, da parte das pessoas de Montréal, a resposta positiva dada ao bispo de Balsas.

II.  A Missão – sua razão de ser

Um olhar sobre o mundo que nos cerca e no qual vivemos despertou em nós a trágica realidade das relações quebradas tanto na família, na sociedade, na Igreja e em nós mesmos. Perdeu-se o sentido da vida e da esperança apesar de continuar a sentir uma profunda fome e sede de Justiça e de Amor.

2.1 Jesus, enviado do Pai, propõe a liberdade

Neste contexto de desespero, Jesus, primeiro missionário enviado do Pai, veio relembrar a importância de refazer as relações quebradas: relação de filiação com o Pai; relação de fraternidade com os irmãos e as irmãs; relação de liberdade  com os bens e relação de verdade consigo mesmo. Um plano que trazia vida. “Eu vim para que todos tenham vida e tenham em abundância”. (Jo. 10,10)

O primeiro missionário veio relembrar o plano de liberdade e o confiou à sua Igreja para que seja levado “a todos os homens”, em particular aos “marginalizados pela sociedade … fazendo-lhes sentir e viver, já, uma experiência de libertação … tratando-os como iguais e amigos, procurando que se sentissem amados por Deus, e revelando, deste modo, imensa ternura pelos necessitados e pecadores” (RM no. 14).

Assim sendo, o caráter missionário da Igreja se fundamenta na vida trinitária, modêlo de comunhão, de igualdade, de partilha, de solidariedade e de participação. Ninguém é superior ou inferior. Tudo se resolve na comunhão. É sobre este modêlo que o mundo foi criado. Em efeito, o mundo revela a imagem do seu Criador. Não é de estranhar então a afirmação de que o impulso missionário pertence à natureza íntima da vida cristã e de que todo ser humano que tem a paixão da liberdade sente este impulso dentro de si.

“O fim último da missão é fazer participar na comunhão que existe entre o Pai e o Filho: os discípulos devem viver a unidade entre si, permanecendo no Pai e no Filho, para que o mundo conheça e creia  (Jo. 17, 21. 23) (RM no. 23). Missão é obra de Amor. Missão é Relação. “Somos missionários sobretudo por aquilo que se é … e não tanto por aquilo que se diz ou faz” (RM no. 23).

2.2   Missão ad gentes

O Concílio Vaticano II relembrou que Cristo foi enviado“ para  manifestar e comunicar a caridade de Deus a todos os homens e povos” (Ad gentes, 10). Sendo assim, a Missão é única, ainda que ela tenha diversas funções e atividades. A Missão “ad gentes”, isto é a Missão aos “povos, grupos humanos, e contextos socioculturais onde Cristo e o seu Evangelho não é conhecido,  onde faltam comunidades cristãs suficientemente amadurecidas para poderem encarnar a fé no ambiente próprio e anunciá-lo a outros grupos” (RM no. 33) constitui uma atividade essencial da Igreja e é propriamente o que chamamos “MISSÃO”.

          A Missão constitui uma atividade essencial da Igreja porque ela “renova a Igreja, revigora a sua fé e identidade, dá-lhe novo entusiasmo e novas motivações. É dando a fé que ela se fortalece” (RM no. 2). Além do mais, “o exercício da missão “ad gentes” sempre foi um sinal de vitalidade, assim como a sua diminuição constitui um sinal de crise de fé” (RM no. 2) . E não é supérfluo acrescentar que é na missão “ad gentes” que a “obra do Espírito Santo brilha esplendorosamente” (RM no. 21).  “Por sua ação, a Boa-Nova ganha corpos nas consciências e nos corações humanos, expandindo-se na História” (RM no. 21).

“Sem a missão “ad gentes”, a própria dimensão missionária da Igreja ficaria privada do seu significado  fundamental e de seu exemplo de atuação” (RM no. 34).

2.3  Missão “ad gentes” em Balsas e em Montréal

 Jamais ninguém contestou a missão “ad gentes” como atividade essencial da Igreja. Porém, pode se justificar a importância do intercâmbio entre a missão äd gentes” em Balsas, no Brasil, e em Montréal, no Canadá ?

Mais uma vez, quero deixar a palavra ao Papa João Paulo II. Em primeiro lugar, ele nos fala da importância da troca entre as Igrejas tomando como ponto de prática a preocupação dos não-cristãos de sua própria casa. “O dinamismo missionário permite uma troca de valores entre as Igrejas, e projeta, para o mundo exterior, influência positiva, em todos os sentidos. As Igrejas de antiga tradição cristã , por exemplo, preocupadas com a dramática tarefa da nova evangelização, estão mais conscientes de que não podem ser missionárias dos não-cristãos de outros países e continentes, se não se preocuparem seriamente com os não-cristãos da própria casa: a atividade missionária “ad intra” é sinal de autenticidade e de estímulo para realizar a outra, “ad extra”, e vice-versa.” (RM no. 34)

Em segundo lugar, o papa convida ao intercâmbio de dar e de receber. “Exorto todas as Igrejas … a se abrirem à universalidade da Igreja. As Igrejas locais … devem manter concretamente esse sentido universal da fé, isto é, dando e recebendo, das outras Igrejas, dons espirituais, experiências pastorais de primeiro anúncio e de evangelização, de pessoal apostólico e meios materiais.” (RM no. 25)

“De fato, a tendência para se fechar em si própria pode ser forte: as Igrejas antigas, preocupadas com a nova evangelização, pensam que, agora, devem realizar a missão em casa, e correm o risco de refrear o ímpeto para o mundo não-cristão” (RM no. 85). Ora, é dando generosamente do nosso, que se recebe” … As Igrejas jovens, por outro lado, sentem o problema da própria identidade, da inculturação, da liberdade de crescer sem influências externas, com a possível consequência de fecharem as portas aos missionários. A estas Igrejas, digo: longe de vos isolardes, acolhei, de boa vontade, os missionários e os meios vindos das outras Igrejas, e vós próprias enviai-os também.” (RM no. 85)

III - Um projeto de intercâmbio no espírito de comunhão das Igrejas

                     O convite de Dom Franco dirigido, em abril passado, a uma Igreja canadense, por intermédio do Pe Victor Asselin, se encontra bem justificado. Não sabemos e nem sequer temos idéias da natureza desse projeto. O que sabemos é que um convite partiu de Balsas por parte do bispo desta diocese e foi acolhido em Montréal por parte de pessoas trabalhando em contexto de marginalidade da metrópole; o que se sabe é que de ambas as partes há disposições para fazer um salto no desconhecido; o que se sabe é que o processo de descoberta do projeto deverá nascer das reflexões, das proposições e das sugestões de ambas as partes; o que se sabe é que já existe em Montréal um grupo de pessoas que se articulam para amadurecer a perspectiva deste intercâmbio; o que se sabe é que , em Balsas, existem pessoas motivadas para participarem do processo desencadeador do projeto e que o Pe Victor Asselin está atualmente aí para facilitar a possibilidade real do intercâmbio desejado; o que se sabe é que se prevê um ano e meio até dois para discernir o melhor a realizar; o que se sabe é que se quer desencadear um processo de busca de uma nova maneira de viver a Missão.

Formulou-se o objetivo do projeto nos termos seguintes: descobrir a maneira de viver a Missão em Balsas e em Montréal, praticando a solidariedade e a partilha, desenvolvendo uma PRESENÇA inspirada no espírito de comunhão e dando o testemunho da Boa-Nova. Trata-se de uma iniciativa visando a abertura de novos caminhos para o exercício da Missão “ad gentes”.  Sem dúvida, é um desafio ao se aproximar do novo milênio que está as nossas portas.

3.1  Plano de trabalho dos grupos missionários de Montréal

                    (Janeiro-junho de 1999)

Em janeiro deste ano, o grupo “Missão em casa” de Montréal elaborou sua programação e deu o devido encaminhamento referente ao projeto do possível intercâmbio com a Igreja de Balsas. Passo a transcrever algumas notas das atas das reuniões dos dias 3, 11 e 25 de janeiro.

1. O projeto de intercâmbio missionário: uma nova perspectiva

Pelo projeto em pauta sentimo-nos interpelados e convidados a mudar nossas maneiras de ser e de agir. Será, este projeto, oportuno ou não ? Queremos verificá-lo nos próximos mêses.

2. Uma atitude

Fomos convidados e, por assim dizer, chamados à solidariedade com uma outra Igreja, uma Igreja além fronteiras. Por isso, nos propomos, por meio das nossas reuniões, tomar consciência de que nem sempre fazemos “bem” a missão que nos foi confiada e que devemos nos recolocar constantemente a caminho.

3. Um caminho a descobrir para responder ao apelo

Para responder ao apelo, temos consciência de que entramos num processo de busca e de que nada nascerá tudo feito. Como isto será possível ? Como fazer para descobrí-lo ? Seguem algumas sugestões:

a . Faremos e verbalizaremos a história das nossas  experiências missionárias.  Em Montréal existem grupos que já realizam um trabalho missionário. Entraremos em contato com eles para uma melhor articulação e uma melhor apreciação do que se está fazendo em cada uma das experiências e ficaremos especialmente atentos aos elementos que os dinamizam.

b. Avaliaremos os caminhos da missão percorridos até hoje para descobrir a qualidade do que foi realizado (suas riquezas), para nos questionarmos sobre os nossos medos, bloqueios e limitações e para discernir os novos caminhos que se apresentam. Assim, estaremos em melhores condições para OFERECER e para PEDIR. Quem sabe se, o Espírito não inspirará uma pista mais atualizada para a Missão “ad gentes”.

c. Colocaremo-nos em atitude de escuta para acolher as experiências da Igreja de Balsas e tomaremos o tempo    necessário para considerar as sugestões e as reflexões que virão de lá.

d. Daremos uma particular importância à comunicação uma vez que Missão é, antes de tudo, comunhão. Por este motivo, acentuaremos mais a comunicação entre os grupos daqui e desejamos que assim o seja com a diocese de Balsas.

e.. Pouco a pouco, na medida em que se estabelecerá o intercâmbio de informações, reflexões e comunicações,   formularemos os pontos de intercâmbio e os meios a criar para uma nova maneira de viver a Missão.

f. Enfim, a contemplação da Trindade terá lugar de destaque nos nossos encontros e no quotidiano.

3.2  Plano de trabalho na diocese de Balsas

A conversa entre Balsas e Montréal, no que se refere ao projeto, se deu por correspondência. A proposta da vinda do Pe Victor a Balsas por um período de 4 meses se tornava necessária para melhor acertar o diálogo e para verificar com o pessoal o processo que será dado da parte da diocese de Balsas. As presentes notas pretendem apenas fornecer alguns esclarecimentos sobre os fatos e os motivos que justificaram até hoje o começo de um processo de intercâmbio entre as duas Igrejas.

Para uma melhor compreensão e participação das pessoas interessadas da diocese de Balsas, sugiro que:

1.Se tome contato com o conteúdo da correspondência efetuada entre as partes;

2. Se aprofundem as justificativas da proposta em pauta;

3, Se dê encaminhamento ao projeto, se for o caso.

CONCLUSÃO

“Ao aproximar-se o terceiro milênio da Redenção, Deus está preparando uma grande primavera cristã, cuja aurora já se entrevê. Na verdade, tanto no mundo não-cristão como naquele de antiga tradição cristã, existe uma progressiva aproximação dos povos aos ideais e valores evangélicos, que a presença e a missão da Igreja se empenha em favorecer” (RM no. 86)

Cabe a cada uma e a cada um de nós de pormo-nos  à disposição da obra da libertação deste mundo já em gestação pelo Espírito.

Balsas, 14 de fevereiro de 1999

Victor Asselin, ptre

PROJET MISSIONNAIRE en milieu d’exclusion

PROJET MISSIONNAIRE EN MILIEU D’EXCLUSION

Chez les itinérants

et itinérantes…

Nous avons déjà convenu que le point d’unité et de communion du noyau de « l’équipe missionnaire de rue » est la présence en milieu d’exclusion et qu’il appartient à chacun et chacune d’élaborer son projet pourvu qu’il se situe à l’intérieur des paramètres déjà définis. Il ne sera donc pas surprenant si nous retrouvons divers projets missionnaires en milieu d’exclusion au sein de notre équipe comme d’ailleurs rien ne s’oppose à ce que les divers membres de l’équipe militent au sein du même projet.

Après avoir approché divers milieux, après avoir consulté divers responsables d’oeuvres en milieux d’exclusion, après avoir vérifié certaines intuitions et tenant compte des énoncés mentionnés dans notre « document de travail » comme aussi de la réflexion théologique sur la mission, je présente la proposition suivante comme projet missionnaire personnel. Comme il vient d’être dit, s’il en est du désir de l’équipe, il peut devenir un projet de « l’équipe missionnaire de rue ».

I. SA FORMULATION

« Vivre l’itinérance comme mission au milieu des itinérants en vue de découvrir ses causes et de travailler à leur élimination », voici la formulation de mon projet.

La présence au milieu des itinérants, des intervenants, des bénévoles et des responsables d’oeuvres et d’institutions au service de cette cause comprendrait trois volets:

- Le volet de la recherche et de l’étude

L’itinérance n’est plus celle du « clochard ». Dans notre société actuelle l’absence de recours financier ne semble plus être la justification première de l’existence de l’homme et de la femme appelés « sans-abri ». Pour une réponse plus adéquate à la situation il serait nécessaire d’en rechercher les véritables causes. Ce serait une collaboration importante qui pourrait être donnée responsables des oeuvres. Les services organisés aident grandement les « sans-abri » à prendre conscience de leur dignité et c’est avec cet esprit que les nombreux bénévoles donnent de leur temps. Mais il serait nécessaire d’aller plus loin, c’est-à-dire d’aider les itinérants à prendre conscience des causes de leur situation et, en conséquence, de découvrir et de prendre, si possible, les moyens pour lutter contre cette état d’exclusion.

- Le volet de la prise en charge

Un processus de « conscientization », pour être efficace, implique dès le début les propres intéressés – dans le cas les itinérants – et à eux leur est donné le pouvoir de le conduire. La pédagogie et la méthodologie du groupe seront définies par l’agir quotidien. Au départ il y aura cependant nécessité d’articuler un groupe qui veillera à la promotion du projet, à l’articulation des intéressés et à l’accompagnement. Cette action pourra se diriger autant auprès des itinérants eux-mêmes qu’auprès des intervenants et des responsables d’oeuvres et d’institution.

- Le volet de la célébration

Tout au long du cheminement il y aura des découvertes, des moments de souffrances, des hésitations, des reculs, des conquêtes etc… Tout cela aura avantage à être nourri de la Parole et célébré. Les personnes impliquées dans le processus développeront la préoccupation de découvrir les modalités significatives de célébrer ces moments de mort et de vie. – Pour une Eglise inculturée.

II. LES RAISONS DU CHOIX

Comme le « document de travail » l’a mentionné, nombreuses étaient les possibilités d’option pour un projet missionnaire. Mon choix s’est arrêté sur l’itinérance pour les raisons suivantes:

2.1 Le nombre des itinérants augmente.

Un problème de société ? Une question de décrochage des valeurs proposées par la société actuelle ? En maintenant  cette hypothèse de travail nous ne sommes pas sans prévoir une augmentation d’itinérants et d’itinérantes       non seulement dans les rues de Montréal mais aussi dans les diverses villes du Québec. L’itinérance n’est plus un problème individuel mais un problème collectif, un problème de société. C’est mon hypothèse.

2.2 L’itinérance a des points communs avec la Mission

L’itinérance se situe à un point de convergence. Elle est parente avec le commandement de l’Amour puisqu’elle atteint la vie amoureuse et l’affectivité des itinérants. Elle a un lien étroit avec la liberté. « Mission », « Amour » et « Liberté » ne sont-elles pas des valeurs essentielles de l’Évangile ?

2.3 L’itinérance, pôle de convergence des exclusions

Le milieu de l’itinérance est un pôle convergent de divers milieux d’exclusion: l’alcoolisme, la toxicomanie et la prostitution. Il réunit aussi diverses catégories de personnes: hommes et femmes, jeunes et plus âgés et immigrants de pays étrangers et des diverses régions du Québec.

2.4 L’itinérance, une manière de vivre Église

L’itinérance est une contre-culture à la culture de la société d’aujourd’hui. Si elle est un problème de société, quelles en sont les implications sociales, politiques et économiques ? Ne peut-elle pas devenir une occasion de découvrir une manière de vivre Église autrement par la formation d’une communauté inculturée dans l’itinérance ?

2.5 L’importance des oeuvres au service de l’itinérance

Le nombre d’oeuvres militant dans l’itinérance est impressionnant. Se mettre ensemble pour travailler à changer ce visage est sans doute un engagement évangélique plein d’espérance. Le seul fait du nombre d’oeuvres existentes au service de l’itinérance justifie le projet. Voici quelques-unes de ces oeuvres: Paroisse St-Sacrement, Refuge des jeunes, Dans la rue, HLM (2 maisons administrées par Accueil Bonneau), 404 st-Paul, Old Brewery Mission, Mission Colombe, Accueil Bonneau, Maison du Père, Résidence du Vieux-Port, Ferme Disraéli, Maison Nazareth et L’Itinéraire.

III. QU’EST-CE QUE L’ITINERANCEQUI SONT LES ITINERANTS ?

Avant de poursuivre, une petite pause. Parlons brièvement de l’itinérance. J’ai énoncé mon choix et les raisons qui le justifie. Mais qu’est-ce que l’itinérance ? Qui sont les itinérants ? Je transcris ici quelques observations d’itinérants et d’intervenants. C’est un visage peint par eux-mêmes.

« L’itinérance c’est de ne pas avoir de lieu stable. C’est frapper aux portes et ne pas avoir toujours de place. C’est se tromper de porte. »

« L’itinérant, lui, a renoncé à des fausses valeurs. Il n’a pas été accompagné dans ce décrochage. » Pourquoi a-t-il décroché ? Un besoin d’absolu ? « Il est bien rare de rencontrer un itinérant qui ne croit pas. Il y a une recherche à renaître car la boisson (pour les plus âgés) ou la polytoxicomanie (pour les plus jeunes) est le moyen d’endormir les douleurs. Il faut regarder les blessures pour pouvoir renaître. L’itinérant est bon. Il a la bonté en lui. Le signe de cela c’est qu’il est capable de la reconnaître chez ceux et celles qui lui veulent du bien. »

« En entrant dans l’itinérance, la personne vit le rejet. Il n’est pas aimé. Pour éviter la souffrance il se gèle. Il vit une recherche d’amour que la famille ne lui a jamais donné. Il est important pour lui de retrouver sa dignité en lui redonnant l’estime de soi, de l’aider à faire effort pour s’en sortir et de comprendre l’amour à travers Dieu. »

L’itinérance aujourd’hui semble être plus un phénomène de décrochage qu’un problème de pauvreté. En effet l’itinérant a souvent une condition financière meilleure que bien d’autres citoyens et citoyennes. C’est une personne qui reçoit son B.S., qui a les ressources pour manger, dormir et s’habiller. En plus il demande l’aumône sur la rue pour ses besoins personnels et pour fumer ou acheter un joint. La mère célibataire n’a pas tous ces privilèges.

Nous nous permettons aussi de mentionner une autre situation qui nous laisse perplexe quand nous faisons effort de comprendre le phénomène de l’itinérance. Ce que je vais dire ne met pas en

cause les réponses actuelles à l’itinérance mais se veut être plutôt un questionnement qui motiverait le besoin d’une recherche de réponses nouvelles à des besoins nouveaux. Alors, voici.

Vient-on à la Maison du Père parce qu’on n’a pas de logis pour dormir ? Oui, pour un bon nombre mais il arrive assez souvent qu’un tiers des accueillis ont un logement en ville. Les responsables de l’Accueil Bonneau ont constaté aussi qu’environ 65 % des assidus aux repas quotidiens vivent en logement. Alors, pourquoi cherche-t-on un lieu pour manger et un lieu pour dormir alors qu’on a un logis où habiter ? Cet exemple constitue un indice qu’il existe une nécessité de réflexion sur les causes de l’itinérance.

Les statistiques disent encore que 95 % des itinérants n’ont pas choisi l’itinérance, que 20% sont des femmes, que ce n’est pas d’abord la pauvreté qui est la cause de l’itinérance mais le milieu familial éclaté (viennent ensuite la toxicomanie et le chômage prolongé) que 96 % ont occupé un emploi. Ils ont en moyenne 14 ans d’expérience de travail. 77% ont vécu en couple. 1/3 ont des enfants et 45% ont des contacts avec eux.

Un phénomène de société ? Décrochage ? Une recherche de liberté ? Peut-être est-on poussé au bout de la tolérance humaine  et l’itinérance devient le cri de la libération ! …

IV. STRATÉGIE D’ACTION

Pour réaliser le présent projet missionnaire en milieu d’itinérance, quelle serait la manière la plus appropriée pour enclencher le processus ? Quels seraient les pas à faire ? Sans déterminer avec exactitude la stratégie d’action je me permets de tracer certaines attitudes et certaines étapes qui faciliteraient la mise en route.

4.1 Contacter d’abord les directions d’oeuvres susceptibles d’appuyer le projet et susciter chez elles leur adhésion. Ces personnes pourraient constituer le noyau central et directeur du projet. Il est important que ceux-ci et celles-ci manifestent sans équivoque leur réponse au projet et spécifient comment il s’insère dans leur travail comme une pièce faisant partie du tout.

4.2 A l’aide des intervenants, articuler un, deux ou trois groupes d’itinérants en vue d’initier le processus de connaissance plus approfondie de l’itinérance. Ils seront eux-mêmes les sujets et les agents d’analyse et de transformation du milieu. Ils produiront les instruments nécessaires à leur libération: chants, théâtre, assistance aux oeuvres etc… En définitive, travailler pour que les itinérants prennent l’initiative du discours et du cheminement et que nous soyons des « passeurs » qui facilitent la prise en charge.

4.3 Pénétrer le milieu de vie en vivant dans la rue et dans les endroits fréquentés par les itinérants demeure une condition essentielle au projet. C’est là que je pourrai participer à leurs souffrances en identifiant les lieux de décrochage ou d’accrochage à l’itinérance. La corporalité de la souffrance est le point de départ de la libération. La conétisation du projet est impensable sans le nivellement de la distance qui me sépare d’eux. Il y a donc une relation authentique à établir, une relation d’égalité, une relation de partenaire. Cette présence sera dépourvue de pouvoir et se fera toute simple.

4.4 Cultiver une vie d’équipe avec les autres membres du noyau en réservant un moment pour la prière, un moment pour l’évaluation systématique du travail et de la vie communautaire et un moment pour la vie fraternelle. Aimer la vie est la condition indispensable pour être capable de la      semer.

Je complète ce point de la stratégie d’action en me référant à certaines questions susceptibles de donner des collaborations de valeur à l’évolution du projet. Elles sont en lien avec les trois volets du projet.

                    1. Volet de recherche et d’étude

Quant au volet de « recherche et d’étude » je crois opportun d’articuler un réseau de personnes-ressources (sociologue, bibliste, théologien) ou au moins d’obtenir l’adhésion de quelques points de référence, pour aider à la réflexion plus approfondie du cheminement des groupes d’itinérants, de bénévoles ou d’intervenants et de responsables d’oeuvres et d’institutions. La collaboration de biblistes aiderait grandement à découvrir et approfondir les thèmes bibliques connexes à l’itinérance.

                   2. Volet de la prise en charge

Quant au volet de la « prise en charge » le Centre St-Pierre pourrait être contacté pour étudier la possibilité d’une collaboration. Au fil des ans, ce Centre a bâti sa crédibilité. Il se définit comme un centre d’éducation populaire. Ne pourrait-il pas se donner une vocation d’articulation des chrétiens et des chrétiennes qui grandissent en marge de la paroisse ? Et une vocation d’aide à la formation au niveau de l’itinérance ? Une vocation gratuite au service des gens de la rue !

                    3. Volet de la célébration

Enfin quant au volet de la « célébration » il n’est pas superflu de rappeler qu’entrer dans le milieu de l’itinérance c’est franchir le seuil d’une nouvelle culture. En conséquence, un défi d’inculturation attend les chrétiennes et de chrétiens itinérants et ceux et celles qui s’unissent à eux et elles dans les divers services.

Une attention particulière devra être donnée au discernement de l’action de Dieu dans ce milieu pour un partage original de foi à l’inspiration du modèle d’Emmaus et pour une célébration inculturée, révélant ainsi une présence authentique de l’Eglise de Jésus-Christ.

V. LA SPIRITUALITE

L’Itinérant est un croyant et il est l’inspirateur d’une manière d’être pour les personnes qui travaillent avec lui. Beaucoup de bénévoles disent à qui veut l’entendre qu’ils viennent chercher une inspiration pour leur vie auprès des itinérants.

Les « gars » de la Maison du Père ont eu l’occasion en mars dernier de s’exprimer sur le sujet. Nous traduisons ici, espérons avec fidélité, leur pensée. C’est assez impressionnant de prendre conscience de la spiritualité qui anime ces « errants dans la rue ». Et c’est sans nul doute une question d’importance pour l’animation missionnaire auprès des itinérants.

5.1 Qu’est-ce que la spiritualité ?

Qu’est-ce que la spiritualité, demande-t-on aux itinérants en « meeting » ?  La spiritualité, dit-on, c’est « ce qui donne sens à ma vie », « une vérité qui n’a pas besoin d’être dite », « une ligne de conduite que chacun se trace », « un besoin que tout humain a pour pouvoir fonctionner ». « C’est quelque chose en dedans, un intérieur à développer ». « Ca commence petit et ça évolue ». « Ça devient moins réfléchi et ça se vit plus ».

« Entre le naître et le mourir », il y a un cheminement. « C’est l’évolution dans l’apprentissage de l’amour ». « C’est libérer l’amour qui est prisonnier en moi », « c’est libérer ma capacité d’agir avec amour et de résister au mal », « c’est reconnaître que quelqu’un m’aime et c’est vouloir grandir avec LUI ».

La spiritualité « ça donne espoir même si ça parait tout de travers ». « Ca nous apprend à parler des vraies affaires et c’est une réponse à la question de qui est l’auteur du bien et du mal ».

5.2 Les éléments d’une spiritualité pour itinérants

Et quels en sont les principaux éléments ? C’est :

- La redécouverte du « pouvoir de gérer ma vie, de servir et d’aider »;

- « Le témoignage d’un Dieu proche et miséricordieux, responsable de l’Espérance et canal de l’Amour du Père »;

- Le « lâcher prise sur mon moi ». Il est impossible « d’embarquer et de m’ouvrir » à quoi que ce soit si le courage, la force et les moyens pour arrêter de « me tourner vers moi-même » ne sont pas là. C’est le « lâcher prise qui me pousse à l’ouverture vers les autres et vers l’AUTRE. »

- « Les autres et l’Autre ». « Les autres, par leur comportement, me disent le Dieu en qui ils croient comme aussi mon comportement dit en qui je crois ». « Je vois le Dieu en qui je crois dans le sourire de quelqu’un, dans le service des bénévoles etc… comme aussi je le découvre en moi lorsque je ne réagis pas à une insulte. C’est la valeur de l’Amour que je dis à ce moment-là« . « L’AUTRE est une puissance supérieure, un guide pour ma vie, un souffle avec qui je veux me connecter ». « C’est quelqu’un plein de tendresse ».

5.3 Les moyens pour développer la spiritualité

Et les « gars » explicitent certains moyens qu’ils pratiquent pour développer leur spiritualité. Selon eux, il est important:

- « De vérifier les valeurs morales » des itinérants;

- « D’aller au coeur des misères » des itinérants. C’est ce qu’ils appellent « les vraies affaires ».

- « De donner de l’importance aux thérapies et aux autres moyens de ce genre ». « J’ai cru, j’ai abandonné, je reviens ».

En terminant son témoignage sur la spiritualité un « gars » disait: « AVEC LA SPIRITUALITé JE SUIS PORTEUR DE DIEU AUX AUTRES ».

CONCLUSION

Un projet missionnaire en milieu d’itinérance et avec les itinérants défie la sagesse humaine mais pas celle de Dieu.

Voici ce que Neill dit des missionnaires: « Ils ont été dans l’ensemble des gens fragiles, sans grande sagesse, ni vraiment saints, ni très patients. Ils ont transgressé la plupart des commandements et ont commis toutes les fautes imaginables » (cité par Bosch, « Dynamique de la mission chrétienne », p. 693). Et Bosch ajoute: « ce que Neill dit des missionnaires a été vrai des missionnaires de tous les temps, à partir du grand apôtre, qui se vantait de sa faiblesse, jusqu’à ceux qui se nomment encore « missionnaires ».

Et alors, pourquoi pas ?

4 mai 1996                                Victor Asselin, ptre

LES MISSIONNAIRES DE RUE – Document de base

ÉQUIPE MISSIONNAIRE DE RUE

(1er Document de travail)

               « Il a plu à Dieu de me mettre à part dès le sein maternel et de m’appeler par sa grâce pour qu’il révèle en moi son Fils afin que je l’annonce LUI, la Bonne Nouvelle, parmi les Nations. » (Gal. I, 15-16)

Préambule

Annoncer l’Évangile, voilà bien la MISSION qui nous est confiée comme elle l’est à tous les baptisés. Annoncer l’Évangile, voilà une « force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit » (Rm. 1,16) et c’est cette force de Dieu qui engendre la communauté et l’engage dans un cheminement de libération.

Cette Bonne Nouvelle a été annoncée d’abord aux pauvres, aux aveugles, aux estropiés et aux boiteux pour, avec eux et elles, construire les « cieux nouveaux et la terre nouvelle ».

L’histoire de l’Église est tissée de nombreux exemples de fidélité à la MISSION. Eugène de Mazenod en est un près de nous. Il rendait grâce au Seigneur de ne pas avoir été happé par la structure de l’Église de Marseille et d’avoir pu, dès son ordination sacerdotale, travailler à la réalisation de son rêve missionnaire. Après avoir trouvé une place où se mettre les deux pieds … il prit le temps de constituer une équipe missionnaire. Et, depuis ce temps, les équipes missionnaires n’ont cessé de se multiplier.

En 1848, Mgr Bourget, évêque de Montréal, achète un vieux hangar de bois et y installe deux missionnaires oblats, récemment venus de France, dans le quartier le plus pauvre de Montréal: le FAUBOURG-QUEBEC.

Fait étrange ou prophétique, plus d’un siècle plus tard – février 1995 – et dans le même quartier, le père Benoit Garceau, provincial de la province oblate St-Joseph, propose la création d’une équipe missionnaire de rue. C’est l’année de la canonisation d’Eugène de Mazenod. C’est l’année du lancement du synode du grand Montréal ?

Fait étrange ou prophétique aussi, les membres invités à former l’équipe missionnaire de rue proviennent non seulement du milieu de la communauté des Oblats de Marie-Immaculée mais aussi du laicat et du clergé diocésain.

Que sera cette équipe ? Que fera cette équipe ? Personne n’a de réponse. Et le père provincial d’ajouter: « Le fondateur nous a demandé d’avoir de grandes ambitions ! ».

C’est dans ce contexte que nous élaborons le premier document de notre cheminement comme équipe « missionnaire de rue ».                                                                                    ……………

QUI SOMMES-NOUS ?

Nous sommes des chrétiens, provenant de divers milieux, qui se sentent appelés à former équipe pour vivre une présence, au nom de Jésus-Christ, au milieu de groupes d’exclus de la société et de l’Église. Nous croyons à une présence spéciale de l’Amour du Père dans ces milieux et nous désirons solidairement en faire l’expérience avec eux. Pour ce motif et pour le temps de l’exploration nous voulons conserver une liberté face à l’institution et à toute catégorie de personnes et d’organismes pour être en mesure de mieux discerner le projet auquel l’Esprit nous appelle.

QUE VEUT-ON ?

Nous voulons:

1. Découvrir une présence nouvelle d’Église au milieu des exclus. Leur culture et leur spiritualité figurent alors comme essentiels à la recherche pour qu’ils se sentent membres vivants de cette Église.

2. Être une communauté signifiante

a. par notre mode de vie modeste et simple;

b. par notre témoignage d’accueil, d’espérance, d’amour et de miséricorde du Père;

c. par la pratique des valeurs du Royaume dont l’égalité et la solidarité;

d. par notre manière de célébrer la réalité vécue.

AVEC QUI ?

Nous vivons au centre du village gai. Il est alors de bonne mise de nous faire présent auprès des gais et lesbiennes de même qu’auprès des adolescents et des jeunes vivant de la prostitution et des personnes atteintes du sida. De plus nous voulons côtoyer les itinérants, les toxicomanes, les alcooliques et les autochtones.

Notons que chaque membre de l’équipe, selon le temps et les circonstances, choisira son ou ses points d’insertion.

COMMENT ?

Nous voulons d’abord et avant tout nous mettre à l’écoute du milieu et de l’Esprit. Pour cela nous croyons important:

1. Délimiter un territoire géographique et en faire l’apprivoisement par des visites, des conversations et des annotations de faits et de situations;

2. Définir et occuper un lieu provisoire d’insertion parmi les exclus selon les goûts, le temps disponible et les aptitudes de chacun;

3. Créer des liens avec les divers organismes et la pastorale du secteur Centre-sud par des visites, par la participation aux réunions et par la recherche des diverses idéologies qui motivent leur agir;

4. Discerner les signes qui permettraient de découvrir une manière nouvelle de vivre la Mission. Parmi ces signes il nous semble important de rechercher le point de convergence des organismes impliqués dans le milieu (qu’est-ce qui les rassemble ? qu’est-ce qui pourrait les rassembler ?) et rechercher le point de communion qui pourrait exister entre nous et les    exclus du milieu.

5. Faire l’apprentissage de la vie d’équipe:

a. par des rencontres régulières de partage du vécu, de réflexion et de prière;

b. par le temps à prendre pour nous connaître et nous dire en vue de bâtir l’unité dans la diversité.

CONCLUSION

Ce document explicite notre pensée au moment présent. Cependant, il se veut un écrit de base pour l’évaluation périodique de l’équipe. Ainsi donc il évoluera dans la mesure de la croissance de l’équipe et du projet.

Montréal, le 3 novembre 1995                          Victor Asselin, ptre