C’était hier… et Aujourd’hui…

C’était hier ….  Et aujourd’hui  !

            Le 22 mars 2006, Damásio, petit village de la municipalité de Guimarães, État du Maranhão, Brésil, devenait le lieu de rencontre des autorités fédérales, provinciales et municipales pour marquer l’importance de la culture « nègre » dans la formation de ce pays de 180 millions de personnes. En effet, le gouvernement fédéral reconnaissant la contribution inestimable du peuple noir venu d’Afrique comme esclaves du Portugal, avait sanctionné une loi reconnaissant la dette envers eux et créait un fonds spécial pour financer les projets provenant de villages encore peuplés de descendants d’esclaves. Damásio devenait le premier projet à être reconnu officiellement.

C’est la fête

Ce fut la fête ! Et quelle fête ! Plus de 3000 personnes occupèrent la place publique oú commença la construction des dix premières maisons en 1970.  Trois expositions, même luxueuses, de photos d’un mètre carré chacune, rappelant la vie, la culture, les activités et le peuple du milieu, ornaient la place publique Une installation de théâtre mobile e de som digne de la grande ville de São Paulo. Des autobus de douze municipalités des environs amenèrent des visiteurs qui vinrent se joindre pour célébrer l’événement. Une page d’histoire s’écrivait.

C’est au som des tambours que la journée se déroula dans un climat de solidarité et de reconnaissance. Le bumba-meu-boi comme les diverses expressions de tambours avaient leur place. Il y eut nourriture et eau pour tous.

Qu’est Damásio ?

Qu’est donc Damásio ?  Pourquoi Damásio ? Damásio est un petit village situé a 9 kilomètres de Guimarães, village central de la municipalité. Là demeure un peuple descendant d’esclaves. Dans les années passées on avait peur d’eux car devant un noir pauvre on devait prendre ses distances. C’était un lieu sans importance et isolé des localités voisines. Ce fut dans les derniers mois de 1968 que l’on commença à y établir des contacts plus fréquents. Par surprise on y découvrit un peuple solidaire malgré le haut taux d’analphabétisme et une misère indescriptible. Aucun enfant ne demeurait sans parent. La coutume est établie: on se protège et on s’entraide.

Le début du projet communautaire

Paulo Freire, le grand éducateur brésilien, nous avait laissé sa méthode de la “Pédagogie de l’opprimé”. Inspirés par lui nous commençons une réunion hebdomadaire ouverte à tous ceux et celles qui le désiraient. En réalité, après les premières rencontres, se forma le premier groupe : dix hommes. Aucune femme. Ce n’est pas la coutume. Faire l’inventaire du vocabulaire du groupe fut le premier pas. Incroyable ! Environ 200 mots formaient l’univers de connaissance des participants. Ça ne pouvait pas être différent. On était pratiquement jamais sorti de son milieu. Sans route, sans télévision, quelques radios, sans électricité… on se couchait tôt et se levait tôt pour se rendre au travail des champs parfois à une assez longue distance.

Nous nous sommes donc mis à la tâche de regrouper ce vocabulaire en y recherchant les mots-clés. C’est ainsi que trois groupes se composèrent autour des termes générateurs : la maison, l’école et l’agriculture. Les trois premiers projets venaient de naître: la construction des maisons, l’organisation de l’école et l’amélioration de la “roça”, c’est-à-dire du travail agricole.  La construction des maisons gagna la priorité car, selon le raisonnement du groupe, la maison a une relation très étroite avec le respect de la personne. Un être humain se doit d’avoir une habitation!  D’une maison de paille on construira des maisons de briques et de tuiles et pour faciliter la vie communautaire, on se rapprochera les uns des autres.

On se mit à la recherche du local approprié et on élabore le plan du projet. Dix maisons disposées en forme de rectangle, face à un terrain libre qui deviendra la place publique et le terrain de jeu. Chaque maison aura  trois chambres à coucher, une cuisine et salle à dîner, une salle de visite et une terrasse. C’est à cet endroit que se déroulèrent les événements du 22 mars dernier.

Le projet était communautaire. Il fallait établir des règles de fonctionnement. Le lundi sera la journée de travail communautaire et personne ne pourra s’en absenter. En cas de maladie, un remplaçant est admis. L’aide externe sera demandée exclusivement pour les matériaux impossibles d’être fabriqués par les mains des membres du groupe. Les maisons seront occupées seulement à la fin de la construction des dix maisons. La réunion d’évaluation et de planification se réalisera à la fin de chaque journée de travail communautaire et est obligatoire.

La construction suivait les étapes normales : tout d’abord les fondations puis les murs, le toit et la finition. Mais le fait particulier c’est que l’on ne construisait pas une maison à la suite de l’autre. Non, on procéda tout d’abord aux fondations des dix maisons puis ensuite aux murs des dix maisons et ainsi de suite. Le travail communautaire était organizé en fonction de cela. Par exemple on prit le temps d’extraire la pierre nécessaire pour les 10 maisons avant de commencer les fondations; on fabriqua les briques de terre cuite pour les dix maisons avant de faire les murs, on coupa le bois pour les dix maisons avant de comencer le toît, les fenêtres et les portes. C’est ainsi que tous ont participé à la construction de toutes les maisons en utilisant les matériaux disponibles dans le milieu : toute la pierre, la terre et le bois furent extraits de leur milieu et fruits de leur travail. L’aide externe n’est venu compléter le projet que pour l’achat des clous, du ciment et des tuiles pour le toit, matériaux qui ne pouvaient pas être fabriquées par leurs mains. On découvrit sa dignité par le travail.

Et la femme …

Cette activité éveilla les hommes à la nécessité d’inclure le travail de la femme car, même si elle ne participait pas aux réunions et ne donnait pas son opinion, elle soutenait le groupe de diverses manières comme au transport de l’eau, de la préparation des repas etc…Ainsi, à la demande du groupe elles commencèrent à participer aux réunions et sont devenues indispensables à l’avancement du groupe et de la communauté. Cette participation devint plus visible au début de l’année 1970 quand le groupe voulant unir l’utile à l’agréable, décida d’organiser la fête de la St-Jean. Personne n’avait les conditions de financer le linge nécessaire pour la fête du bumba-meu-boi. Et si on y faisait une activité de la communauté… Les femmes acceptèrent de prendre en charge la confection des pièces nécessaires pour l’activité et leur broderie… dieu sait si cela est compliqué! Mais Sr Rita Larochelle y veillait. C’est de là que naissait le “Club des mères”. Et puisque la St-Jean coincidait avec la conclusion des dix premières maisons, Sr Rita suggéra l’activité d’une maison modèle, manière simple et plaisante à l’œil d’organiser les diverses pièces de la maison. Le propriétaire de la maison qui avait été l’heureux choisi pour cette expérience, lors de la fête de mars dernier, m’amena chez lui en me disait : “je ne sais pas si ma maison est encore une maison modèle mais ce que je sais c’est que ma femme est un modèle” ! L’inauguration du premier “conjunto” de maison coincida avec la St-Jean qui lançait le “bumba-meu-boi” en activité encore aujourd’hui.

L’Éducation des enfants préoccupait aussi les parents. On commença donc à penser quoi faire pour dénicher un professeur de qualité. “Il nous faut un professeur qui “pousse” les étudiants et non des étudiants qui “pousse” le professeur, disait-on. On y réussit. L’arrivée de cette professeure déclencha un processus tout à fait inédit.

Tentative d’un projet d’ensemble

J’arrête ici la description des premiers pas de la communauté de Damàsio, car il y aurait beaucoup à raconter,  pour faire place à quelques réflexions de grande importance pour comprendre le contexte du moment et la situation actuelle de Damásio.

Le travail de Damásio naissait mais il fut vite intégrer à un projet d’ensemble. En effet, quelques sœurs de l’Assomption laissaient graduellement l’enseignement aux écoles pour s’engager davantage à un travail de formation de communautés ecclésiales de base. On y choisit la région qui entourait Damàsio. C’est ce qui nous amena aux villages de Jandiritiua, Carapirà, Genipaùba e Puca. Srs Cécile Rousseau, Juliette Filiatrault e Françoise Gratton auraient beaucoup à rappeler. Nous partions le lundi après-midi et chacune demeurait dans un de ces villages jusqu’au jeudi. Et Simone Grimard, malgré son âge, passait son temps à Damàsio. On se remplaçait. Un cahier de notes, de réflexions et d’observations servait de mémoire pour donner suite au travail et rappeler les événements du village et les impressions vécues au cours des journées. Toutes ces femmes auraient sans doute beaucoup de joie à écouter l’hommage que ce peuple leur rend encore aujourd’hui. Lors de cette fête à Damàsio il y avait des gens de tous ces villages.

Damásio aujourd’hui

Aujourd’hui, qu’est donc Damásio ? C’est un village articulateur de cette région déjà mentionnée. Il existe une école primaire et une école secondaire fréquentées par les jeunes des villages voisins. On voyage les étudiants en autobus. Imaginez ! Les professeurs sont en grande partie des jeunes de Damásio, diplomés de l’Université. Qu’en dites- vous ? C’est fini l’illumination à lampe à l’huile. L’électricité et l’eau courante ont transformé le rythme de vie. Le projet des maisons a continué et à chaque année, de nouvelles résidences s’ajoutent et d’autres vivent des transformations. L’église est construite et les équipes de formation ne laissent rien en suspens. La sécurité publique est prise en charge par la population locale. Aujourd’hui on dit : «beaucoup de polices viennent aux fêtes mais c’est les gens du village qui assurent la paix » Après plus de 35 ans la semence lancée a grandi et produit ses fruits. Reynald Mailhot et Jacques Cloutier ont su alimenter cette semence pour qu’elle prenne vraiment racine et engendre aujourd’hui cet arbre merveilleux auquel peut s’alimenter la jeune génération. Pe William, après quelques années comme curé de Guimarães, assume aujourd’hui la mairie et sait reconnaître l’importance de cette communauté.

FAIRE MÉMOIRE

Le samedi et le dimanche précédant la fête du 22 mars, nous avons fait MÉMOIRE. Ce furent des moments inoubliables. Nous étions en présence de trois générations : celle qui a commencé le projet; celle qui assure la direction actuelle et les adolescents en croissance. Ce fut un échange de génération. La première génération, parmi elle on enregistre déjà quelques personnes décédées, expliqua aux jeunes comment ils ont commencé, comment ils ont travaillé et les raisons qui ont justifié leur persévérance. La jeune génération a prise conscience de la nécessité de se maintenir en constant dialogue avec les plus âgés et de ne jamais mépriser leur sagesse. C’est dans ce contexte de persévérance qu’a été choisi la jeunesse de Damàsio comme lieu de réalisation du premier projet de développement agricole concédé à un quilombola. Une autre expérience naîtra au sud du pays dans l’État de Santa Catarina. On espère que ces deux pôles feront surgir de nombreux projets de développement. Les maires des douze municipalités de la région de Guimarães ont assumé l’engagement de faire naître dans chacune de leur municipalité une communauté agricole « nègre ».

Le 22 mars 2006, à Damásio,  fut la célébration de 35 ans de résistance et le lancement d’un nouveau moment offert à la jeunesse noire. Que cette jeunesse soit fière de ses ancêtres et qu’elle devienne témoin de ceux et celles qui leur succèderont.

Victor Asselin, ptre

Terras no Maranhão

Vias de Fato – Quando o senhor chegou ao Maranhão?

Victor Asselin – Cheguei ao Maranhão no dia 31 de julho de 1966 após ter exercido o ensino de filosofia. Eu tinha dois anos de ordenação.

Vias de Fato – Como se deu sua vinda para cá?

 Victor Asselin – Estamos vivendo uma nova época na Igreja católica. O clero na América Latina era muito reduzido. O papa Pio XII tinha pedido aos bispos com maior número de padres diocesanos de colaborar com o clero dos países em desenvolvimento. Foi assim que o bispo da minha diocese aceitou enviar alguns padres e fez um contrato com o bispo da diocese de Pinheiro. Os primeiros padres da minha diocese chegaram ao Maranhão em 1955. Eu cheguei em 1966 

Vias de Fato – Veio direto para a cidade Pinheiro?

Victor Asselin – Vim para a cidade de Guimarães que era e é da diocese de Pinheiro. A proposta inicial era de colaborar no trabalho de formação dos seminaristas da diocese de Pinheiro. Ocorreu que o seminário fechou naquele ano e então passei a fazer parte da equipe da paróquia de Guimarães, cuidando prioritariamente do município de Guimarães pois, na época a paróquia abrangia também os municípios de Mirinzal e Cedral. 

Vias de Fato – E depois?

Victor Asselin – Após alguns anos de trabalho na paróquia, em 1971, eu fui indicado e passei a exercer o cargo de coordenador de pastoral da diocese de Pinheiro

Vias de Fato – E como se deu o seu contato com a Teologia da Libertação. Foi no Canadá?

Victor Asselin – Os anos passados na paróquia me levaram a tomar contato com as novas orientações da Igreja brasileira, pós Concílio Vaticano II e o trabalho de coordenação pastoral me levou a viver em contato com teólogos brasileiros, entre eles Leonardo Boff. Nossos encontros nordestinos eram significativos. Um dia, o Pe Ernanne Pinheiro, ainda hoje assessor da CNBB , voltando de Quito após ter feito o curso de teologia latino-americana, me convidou a fazer o mesmo. Aceitei o convite e viajei para Quito, no Equador, em janeiro de 1973. Participavam deste curso, padres e agentes de pastoral de diversos países da América Latina. Era um momento de reflexão profunda sobre a ação da Igreja na América Latina em busca de sua libertação. O corpo docente agrupava um grande número de teólogos e de biblistas latino-americanos. Foi um momento decisivo para mim. Eu não podia continuar a trabalhar na Igreja latino-americana sem a teologia que fundamentava sua ação. Voltando ao Maranhão, fui convidado por Dom Mota e aceitei o trabalho junto às Comunidades Eclesiais de Base. Fui o primeiro coordenador das Comunidades da Arquidiocese de São Luis, abrangendo todo o Estado do Maranhão. Este trabalho me levou a descobrir a necessidade de uma articulação maior, regional e nacional. Foi uma bela experiência na minha vida. Viver a experiência da uma Igreja inserida na vida do povo.

Vias de Fato – E antes do curso?

Victor Asselin – Cheguei ao Brasil em 1966 como já falamos. Encontrei o clima da ditadura. Um clima de repressão. A Igreja Católica havia apoiado o golpe militar. Vigorava ainda o conservadorismo. Mas havia já um movimento de renovação dentro da Igreja. A reunião dos bispos em Medellín me questionou muito. A realidade do continente, chamada de pecado social me deixava inquieto. Essa análise não me deixava indiferente. A miséria passou a ser algo inaceitável e exigia compromisso. 

Vias de Fato – O senhor participou da fundação da Comissão Pastoral da Terra no Brasil (CPT), sendo, inclusive, o seu primeiro vice-presidente. Como se deu isto?

 Victor Asselin - Como eu estava dizendo, ao me tornar coordenador estadual das CEB`s, passei a participar de articulações regionais e nacionais, muitas vezes clandestinas pois, este trabalho da Igreja era chamado de “subversivo”. Já, um grupo de bispos, liderados por Dom Helder Câmara, se reunia após as reuniões oficiais da CNBB. Eram uns dez bispos. Buscavam meios para levar a ação da Igreja a um maior compromisso

Vias de Fato – Fale mais sobre estas reuniões

Victor Asselin – Pois é, esses bispos chegaram a sugerir que fosse bom se suas reuniões fossem participadas em âmbito maior. Nasceu a idéia de reunir algumas pessoas de diversas regiões do país, pessoas que já se demarcavam pelo seu papel de articulação e de compromisso. Estamos nos anos de 1973, 1974 e1975. A primeira reunião desta articulação nacional ocorreu, sem cunho oficial, em Salvador da Bahia. O país vivia um momento tenso.  O propósito era de se reunir duas vezes por ano. Preocupava-nos a situação do país. O resultado destas reuniões era levado para dentro da CNBB. Discutiam-se os problemas das diversas regiões do país e, em particular, como ampliar mais a nossa ação. Não demorou muito tempo que, no ambiente da CNBB, chegou a sugestão de organizar um encontro a nível nacional para examinar de mais parto a problemática da Amazônia legal. A questão TERRA estava no centro das preocupações. Convidaram-se representantes dos diversos projetos do governo federal para informar os agentes da Igreja sobre a pretensões do Governo para aquela região. Participaram deste encontro um bom número de juristas da Comissão de Justiça e Paz, agentes de pastorais e alguns bispos. Estávamos preocupados em não deixar terminar este encontro sem a resolução de algo concreto. Foi assim que nasceu a idéia de criar uma Comissão de Assessoria ao bispo Dom Moacyr Grechi, responsável pela linha missionária da Igreja, com a responsabilidade de assumir a questão de terra na Amazônia Legal. A sugestão agradou ao plenário. Criou-se a CPT, órgão de assessoria aos trabalhadores da região amazônica, com sede em Goiânia, em junho de 1975. Dom Moacyr foi escolhido como presidente da Comissão e eu como vice-presidente.

Vias de Fato – E qual foi o resultado imediato após a criação da CPT?

Victor Asselin – A questão fundiária era tão grave que houve uma adesão espontânea de quase todos os Estados do país.  Todo mundo queria a mesma assessoria. Afinal, os problemas de terras no Brasil não se resumiam a região Amazônica.  Assim sendo, a CPT, em poucos mêses, ganhou um caráter nacional.

Vias de Fato – O que lhe motivou a escrever o livro Grilagem e Violência em Terra do Carajás?

Victor Asselin – Em 1980, eu estava terminando o meu mandato na CPT do Maranhão, embora continuando a assumir a vice-presidênciaem Goiânia. O Pe Xavier, que depois se tornou bispo, me sucedeu. O trabalho dos primeiros anos foi intenso e a gente estava esgotado. Tínhamos muitos documentos sobre conflitos fundiários e havia muita violência. Os colegas achavam que eu não podia deixar a coordenação dos trabalhos sem fazer um relatório da situação pois, havia tendência em considerar os conflitos como casos isolados quando, de fato, se tratava de uma política que gerava a multiplicidade de conflitos. Iniciando o relatório, senti a necessidade de pesquisar mais para poder deixar um documento que pudesse ser instrumento de trabalho. Assim foi que o relatório de fim de mandato se tornou um livro que mostrou que a grilagem e a violência eram frutos de uma ação planejada.

Vias de Fato – O livro representa uma memória importante da história recente do Maranhão.

Victor Asselin – É verdade. Era também a nossa intenção: deixar a memória da situação agrária violenta vivida pelos lavradores do Estado do Maranhão. O documento fez verdade sobre a ação da Igreja. Mostrou o rosto sangrento da realidade agrária e a presença de uma Igreja engajada a seu serviço. O livro relata os primórdios da grilagem no Maranhão até o momento em que se tomou a decisão de dar um cunho legal à grilagem através de ação na Justiça Federal. Esta situação é muito atual: continuou a avançar a grilagem e dá-se um cunho legal através de decisões do poder judiciário.

Vias de Fato – O senhor foi ameaçado na época?

 Victor Asselin – Foi terrível.  Vivi momentos inesquecíveis, preocupantes, embora com muita tranqüilidade. Fui processado e foi montado um plano de morte. Recebia telefonemas anônimos. Diariámente havia em jornais de São Luis e de Imperatriz artigos contra ou a favor das denúncias publicadas no livro. Tive que pedir proteção pela minha segurança e responsabilizar quem tomaria medidas contra a minha vida. Houve tentativa de simular uma divisão entre a Igreja de Imperatriz e a de São Luis pois, Agostinho Noleto que moveu o processo contra mim, era da Comissão de Justiça e Paz da diocese de Imperatriz e fazia parte do Cursilho da cristandade.

Vias de Fato – Qual o papel do Agostinho Noleto da época? Ele era um agente do Sarney?

Victor Asselin – Agostinho Noleto era, como advogado, procurador da Delegacia de Terras criada pelo então governador José Sarney. Um órgão que devia resolver os problemas fundiários mas que, na verdade, agiu em favor do latifúndio e acobertou a grilagem.

Vias de Fato – Um recente relatório produzido com dados da CPT, MST, Fetraf, Sociedade Maranhense dos Direitos Humanos e Fetaema indica que em mais de meio milhão de hectares de terra do Maranhão existem conflitos. Trinta anos depois do seu livro, estes números lhe surpreendem?

Victor Asselin – Surpresa, poderia até ser. Mas, a olhar de perto, pelo contrário, infelizmente, temos que concluir que esta situação é uma conseqüência de anos de grilagem sem que se tenha tomado as devidas decisões . Incentivar fraudes cartoriais feitas em terras públicas sem dar existência aos posseiros que nelas trabalham só pode gerar conflitos. Quanto a este número de meio milhão de hectares de terras em conflito no Estado é apenas uma amostra. Tenho certeza que o quadro de conflitos é muito maior. A situação é ainda mais grave. A acomodação impede ter um olhar mais aguçado.

Vias de Fato – E a reação a estes problemas?

Victor Asselin – Há 30 anos a reação era bem maior. Parece que esquecemos a luta pela terra. A organização do trabalhador rural se perdeu no meio do caminho. Graças a Deus, conquistou-se a aposentadoria para os mais idosos mas esqueceu-se que ainda havia necessidade de sentar o pé no chão, querendo sobreviver como classe trabalhadora. Promoveu-se um funcionalismo nocivo para a classe que fez o trabalhador se acomodar. E mais, a Igreja perdeu também a mística que alimentava o povo. Graças a Deus, sente-se que estamos novamente em retomar uma ação de conjunto que possa gerar uma esperança.   

Vias de Fato – Sobre a questão da terra nos parece que estes dados de hoje são ainda mais graves já que o relatório não incluiu os conflitos nas áreas indígenas.

Victor Asselin - È verdade. A questão dos índios é outro problema sério. O estudo que fiz considerou apenas as regiões de posseiros, assentados, acampados e quilombolas.

Vias de Fato – Os anos passam e a violência contra o trabalhador rural do Maranhão insiste em acontecer. Este mesmo relatório das entidades informa sobre a destruição de roças, queima de casas, ameaças, ação de pistoleiros e assassinatos. Qual sua opinião a respeito?

Victor Asselin - O clima de violência que existe hoje é a continuação do clima daqueles anos.  Hoje, sendo que a luta não é uma prioridade e que a gente se acomodou, a violência não aparece. Divulga-se apenas a violência que tem cunho de sensacionalismo. A violência está aí e a gente parece ter adquirido certa insensibilidade para com os conflitos existentes. Nota-se na análise dos dados que a pressão exercida sobre os trabalhadores é progressiva, inicia-se com proibições de roçar, de melhorar a casa, passa pelas ameaças de despejo para, em diversos casos, chegar ao assassinato.  

Vias de Fato – Mesmo que para isso tivesse que morrer?

Victor Asselin – Sim. E muitos morreram em nome desta causa.

Vias de fato – Qual a responsabilidade do INCRA e do ITERMA em relação a estes problemas?

Victor Asselin –  O Iterma e o Incra são dois órgãos a serviço de um projeto de desenvolvimento. Não são órgãos a serviço da classe trabalhadora rural mas em defesa do projeto governamental, o qual prioriza o agronegócio. Não há no projeto governamental atual lugar preferencial para a agricultura familiar que é a agricultura do posseiro, do assentado e do quilombola. Por este motivo, tudo é difícil para o pequeno agricultor e fácil para as empresas e o latifúndio. 

Vias de Fato – Dê um exemplo?

Victor Asselin – É só ver a questão das vistorias. Analisei ultimamente 82 processos encaminhados pelo Incra e pelo Iterma. 45% destes processos estão parados no pedido de vistoria. Porque tanta dificuldade em efetuar a vistoria, medida inicial para qualquer processo de regularização de terra ? A gente sente que a morosidade é desejada, senão planejada para ter o tempo necessário a dedicar às atividades patrocinadas por pretensos proprietários. Porque será que o INCRA e o ITERMA não priorizam o trabalhador e a trabalhadora rural ? Não são eles e elas que põem ainda a comida na mesa de todo cidadão e cidadã brasileira. 

Vias de Fato – O que chama a atenção nos dados das entidades é que praticamente 50% das áreas de conflito são em terras públicas. O que o senhor acha disso?

Victor Asselin – O Maranhão é um estado de terras devolutas. Infelizmente está passando, através da grilagem e da conivência de muitos políticos e agentes públicos, à empresa privada. Isto significa que o Estado já perdeu 50% do seu patrimônio ou, talvez o tenha espoliado por uma ninharia. Por outro lado, o trabalhador rural vivendo em terras devolutas tem o primeiro direito por viver e trabalhar nelas. É um direito que o Estatuto da Terra reconhece sem sombra de dúvida. Imagine em que pé se encontra o lavrador de hoje. Ele está obrigado a se defender em lugar onde, por lei, ele tem preferência e direito reconhecido. 

Vias de Fato – Em sua opinião o que melhorou e o que piorou em 30 anos?

Victor Asselin – A situação está piorando. O agronegócio avança a grandes passos, os sindicatos se preocupam com a aposentadoria e os projetos de cunho assistencialista, a maioria dos agentes dos movimentos sociais e das Igrejas com a exceção de alguns, nem estão aí e o poder judiciário favorece o acesso às grandes propriedades através de liminares concedidas rapidamente, sem levantamento das cadeias dominiais e da existência de posseiros nas áreas. Consagra-se uma situação onde o trabalhador e a trabalhadora rural está se tornando uma mão de obra barata, senão escrava. Impressiona atualmente o número de fazendas onde se encontra a prática da escravidão.

Vias de Fato – Outro dado importante é que entre 2008 e 2010 a Justiça do Maranhão concedeu 109 liminares em favor dos latifundiários. Destas liminares, 101 se referem a processos abertos depois de 2007. Não lhe impressiona esta rapidez com que o Poder Judiciário age contra os posseiros, assentados, acampados e quilombolas?

Victor Asselin – Não me impressiona mas me indigna de constatar esta realidade pois, de fato, ela é muito mais grave. Os dados mencionados tomaram como base de análise ofícios da Polícia Militar comunicando aos órgãos interessados, o pedido do reforço policial requerido pelos juízes. É de supor que os dados poderiam ser mais sugestivos e mais estarrecedores. O que surpreende é que para a execução de uma liminar haja necessidade de reforço policial por se tratar de interesse de latifúndio. O Poder Judiciário não estaria confessando sua fragilidade ? O Poder Judiciário não estaria demonstrando a dúvida que repousa sobre sua decisão ? Será que o exercício da verdadeira Justiça já gerou violência no meio do povo ?  Sabemos que a presença da Policia em cumprimento de liminar deve ser exceção e justificada. Não estaríamos militarizando a justiça ? 

Vias de Fato – Quais os grandes prejuízos provocados por estas liminares?

Victor Asselin – Primeiro, a liminar chega de repente sem que o trabalhador que vive na área seja notificado de qualquer maneira. A reação será de surpresa e poderá desencadear um conflito. Segundo, ela está contribuindo cada vez mais para desacreditar o Poder Judiciário. Terceiro ela justifica a violência praticada contra  inúmeras famílias. Quinto, quando for julgado o mérito favoreçerá a grilagem e a fraude cartorial. Sexto, colocará mais uma família na periferia da cidade.

Vias de Fato – Explique a relação da fraude com a decisão do juiz de conceder liminar contra os trabalhadores rurais.

Victor Asselin – Para dar uma liminar, o juíz deve ter a presunção de que o pedido do requerente seja justificável e, portanto, o julgamento do mérito deveria confirmá-lo. Não tenho receio em dizer que muitas vezes, o mérito já está julgado no momento da concessão da liminar de reintegração de posse. Como pode se dar uma liminar em ação possessória sem ter chamado a juízo os posseiros da área ? Quais são os documentos apresentados pelos requerentes para conseguir a liminar de reintegração de posse ? Caso seja apresentada uma escritura de compra e venda, juntou-se a cadeia dominial ? Analisa-se o valor jurídico dos documentos apresentados ?  Todo cuidado não é de sobra pois no Maranhão já se confeccionou cadeias dominiais centenárias num só dia. 

Vias de Fato – Fraude?

Victor Asselin – Lógico que é fraude!

Vias de Fato – Em sua opinião, qual deveria ser o procedimento dos juízes diante de uma situação de conflito?

Victor Asselin – Os juízes deveriam, antes de tudo, se esforçar para ficar mais perto do povo. O povo os respeitaria muito mais e passaria a defendê-los. Ao receber uma ação possessória, o juiz deveria tomar as informações necessárias sobre a área e seus possíveis moradores pois eles tem a posse direta. Não é possível tomar uma decisão  sem observar o interesse e os direitos dos moradores. Uma conversa não faz mal a ninguém. Esta seria, a meu ver, a primeira providência.

Vias de Fato – O que precisa ser feito para que o Poder Judiciário priorize o direito do posseiro, do trabalhador rural, isto é, de quem mora e trabalha na área?

 Victor Asselin –  Creio que o Poder Judiciário pode dizer o que ele poderia fazer para respeitar melhor os direitos do trabalhador rural. O que os movimentos sociais, aliados ao trabalhador, poderiam fazer para que o Judiciário priorize os direitos do trabalhador é a pergunta que me leva a opinar. Em primeiro lugar, priorizar a luta pela posse da terra; em segundo lugar, juntar-se ao trabalhador para entender melhor a sua cultura e seu projeto e incentivar a sua organização; em terceiro lugar, articular suas forças para realizar um trabalho de conjunto. É preciso articular todos os aliados da causa. Com estes elementos teremos uma força de presença e de pressão capaz de ter diálogo eficaz e produtivo com o Poder Judiciário. 

Vias de Fato – Parece óbvio que o avanço do agro-negócio, financiado pelo Estado, tem, também, uma relação direta com esta violência no campo?

Victor Asselin – Sem dúvida. O avanço do agronegócio é uma presença esmagadora do posseiro. O agronegócio não precisa de parceiro mas de mão de obra barata. E o pior é que o agronegócio é um projeto falido. Vive com dívidas acumuladas, dívidas nunca pagas mas anistiadas. 

Vias de Fato – Qual a influência da Lei de Terras nesta situação que é vivida hoje no Maranhão?

Victor Asselin – Qual a lei que prevalece, hoje ? A Lei de terras de 1850 favorece quem tem o capital para comprar. A Lei do Governo Sarney favorece as empresas. A Lei que merece o maior respeito é ainda o ESTATUTO DA TERRA, promulgado no tempo da infeliz ditadura. Nele encontramos o direito do meeiro, do pequeno trabalhador rural, do arrendatário, dos posseiros e de todos que vivem na terra. O sistema capitalista prioriza a propriedade privada e a gente esquece que o direito de posse é anterior e deveria ainda prevalecer.   

Vias de Fato – Em setembro haverá o plebiscito da Campanha Pelo Limite da Propriedade da Terra no Brasil. No Maranhão, trata-se de uma boa oportunidade para levantar esta discussão em torno da situação vivida no Estado. O senhor não acha? 

Victor Asselin – Acho que deve ser sim. Acho que este é o momento de mobilizar os trabalhadores e trabalhadoras rurais do Maranhão. É hora de tentar criar uma sintonia com a população em geral. Necessário se faz de repudiar os abusos cometidos contra os povos da terra e visualizar uma ação política enérgica contra o latifúndio e contra a grilagem. Este plebiscito quer ser um instrumento de descentralização do poder, um caminho para que se possa, verdadeiramente, vivenciar a democracia no país.  

Vias de Fato – E o Maranhão?

Victor Asselin – Discutir a questão da terra é fundamental para o futuro do Maranhão. É fundamental! Qualquer governo que se proponha a mudar as coisas neste Estado tem que tomar providências para que, entre outras coisas, o INCRA e o ITERMA assumam de cheio a causa do trabalhador rural e funcionem em favor dos homens e das mulheres do campo.

Entrevista concedida ao jornalista Emílio Azevedo do Jornal VIAS DE FATO, São Luis do Maranhão, Brasil, e publicado em agosto de 2010.

 

Transmettre la foi ou accueillir la foi ?

 

            J’ai lu et relu divers documents. J’en arrive à la conclusion que ce n’est pas facile de « faire le deuil » du modèle d’Église dans lequel nous sommes nés et avons grandi. La tendance est toujours très forte de présenter une nouveauté dans la manière de faire au lieu de s’engager à bâtir le NEUF d’une manière d’être. Voici quelques réflexions qui me viennent. Elles surgissent surtout des deux lectures : le livre de Le Gendre et le texte de Gilles Routhier.

            Le plus grand défi de l’Église actuelle est de se re-situer dans le monde, dans l’œuvre de la Création, dans l’Univers du monde canadien et québécois.  C’est ce à quoi le Concile Vatican II invitait : L’Église dans le monde (Gaudium et Spes), unique manière de sortir du modèle de la chrétienté « Hors l’Église, point de salut ». Nous sommes donc appelés à nous situer d’abord dans le monde et non dans l’Église. C’est le tournant à prendre. Le point de départ de la réflexion et de l’action ne peut pas être l’Église. Il y a des années que nous nous obstinons à réaménager les églises au lieu de nous laisser interroger par le monde. Ainsi la crise perdure. Jamais, au grand jamais, la nouvelle manière d’être Église naîtra de nouvelles manières de réorganiser ou de réaménager. Persister dans une telle illusion justifie le retrait de plus en plus des chrétiens et chrétiennes. Cette illusion ne nourrit pas l’Espérance que les gens d’aujourd’hui ont besoin. 

« L’Église ne sortira pas de son anémie si elle se focalise sur ses difficultés internes

mais si elle se préoccupe résolument et en priorité des difficultés du monde, si elle

manifeste qu’elle les comprend, si elle prouve qu’elle se met à son service ». (O. Le

Gendre, op. cit. p. 48)

Raison pour laquelle l’Église est missionnaire et la MISSION donne priorité  à ce qui est extérieur à elle-même.

« …c’est au moment des difficultés qu’il faut « investir » vers l’extérieur. S’il

est moins dramatique de se laisser aller à un certain relâchement dans les périodes

fastes, c’est au moment des difficultés qu’il faut retrouver la clarté de ses raisons

d’être et les affirmer avec plus de force ». (Ibid., p. 49)

            La catéchèse est une activité interne à l’Église. Pour cette raison, elle ne peut pas être une piste de solution à la crise actuelle. Ce n’est pas que la catéchèse ne soit pas importante pour les communautés chrétiennes mais c’est qu’elle est une activité d’ordre pastoral et non de l’ordre de la MISSION. Ce qui me semble sérieux c’est qu’on opte pour une nouvelle manière de faire la catéchèse sans avoir fait le tournant qui s’impose et, en conséquence, on utilise la catéchèse comme nouveau moyen de réaménager. Pour rebâtir une nouvelle manière d’être, l’Église se doit de sortir d’elle-même pour « retrouver la clarté de ses raisons d’être » comme dit Le Gendre. Tant qu’elle gardera cette distance avec le monde et tant qu’elle ne se perdra pas dans le monde, sa lucidité est fortement compromise.

            Il est donc clair qu’on est encore loin de « faire le deuil » du modèle qui est devenu insignifiant et inefficace. C’est encore Le Gendre qui poursuit :

            « … l’organisation de l’Église, son fonctionnement, ses habitudes, sa manière de se gouverner ont été façonnés par l’époque où il existait un Occident chrétien. Prendre

acte que celui-ci n’existe plus est d’abord difficile à admettre et aboutit ensuite à

devoir repenser l’organisation, le fonctionnement, les habitudes et les manières de

gouverner ». (Ibid., p. 31)

« Ce deuil passe par plusieurs étapes.

La première est de comprendre que la réalité en effet a changé, qu’il n’est plus

possible de faire comme avant…

La deuxième est d’admettre que si certaines officines ont un véritable projet de

déstabilisation de l’Église, elles sont elles-mêmes poussiéreuses et sans grand avenir…

La troisième est d’accepter que la période soit en effet très difficile…

La quatrième est de montrer combien cette époque peut être riche si son instabilité

aboutit à ce que les chrétiens se sentent libres d’inventer de nouvelles manières d’être

fidèles. » (Ibid. p. 34)

            Transmettre la foi chrétienne nous semble encore la finalité de l’Église ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Que veut dire « transmettre la foi » quand nous sommes appelés à bâtir un monde où Dieu aura sa place ?  N’est-ce pas donner une collaboration inspirée par les valeurs retrouvées dans le message de Jésus ? Saint Paul rappelle que le monde est déjà en état de gestation. Qui sommes-nous alors pour transmettre, pour donner la foi ?

            Puisque nous avons de la difficulté à « faire le deuil » du modèle d’Église , ne serait-il pas bénéfique de faire des exercices de SORTIES : sortir de soi, sortir de son Église, sortir de sa communauté  pour aller à la rencontre de l’autre dans un exercice de communion ? Dans ce sens, la catéchèse des enfants pourrait engendrer quelque chose de nouveau dans la manière d’être. Par exemple, au lieu d’enseigner les vérités de la religion chrétienne, pourquoi ne pas amener les enfants dans un quartier plus pauvre ou encore dans un foyer de personnes âgées ou encore dans un magasin partage ou dans une maison d’accueil où logent des personnes handicapées ou bien encore en pleine nature pour exercer la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goûter ? Quand Dieu a appelé Moïse, il lui disait : « J’ai vu la misère de mon peuple … j’ai entendu son cri … Oui je connais … et je suis descendu… » Et, au retour, faire l’exercice de la découverte des divers visages de Dieu et des visages qui le détruisent.  Il est bien certain qu’il faudra renoncer à l’enseignement logique et complet ! La semaine dernière je rencontrais un groupe de missionnaires de rue du quartier – réunion pleine de découvertes et d’espérance – et, dans le partage, quelqu’un racontait : « nous n’avons pas de réponse à donner et ni l’autre n’a de réponse à nous donner mais Dieu nous prend par surprise car il dit son visage ».

            L’exercice de la SORTIE nous apprend à lire les événements, à écouter Dieu et à accueillir sa RÉVÉLATION, aujourd’hui. Cet exercice commence par les sens externes. C’est ce qui amenait Dieu dire à Moïse : « Oui, je connais …» . En travail d’Église, souvent nous savons sans même avoir pris le temps de voir, d’écouter,  de sentir, de toucher  et de goûter. Quelle belle expérience à faire !

            Je me suis longuement attardé sans trop savoir si je me suis fait comprendre. Je peux résumer en ceci : il y a des choses simples qui redynamiseraient  et transformeraient radicalement notre Église alors que nous compliquons les choses. Ce ne sont pas des livres nouveaux de catéchèse, de l’argent neuf, des nombreux catéchètes etc… qu’il faut mais une SORTIE pour prendre un  bon bain dans notre monde. Écoutons-nous les personnes qui sont SORTIES ? Avons-nous peur de les écouter ?

Drummondville, 8 décembre 2012

                                                                       Victor Asselin

Viemos… caminhamos… celebramos…

VIEMOS …  CAMINHAMOS…  CELEBRAMOS

Naquele dia, Lucille Ratté, Lucille Chamberland, Stéphanette Lemire e Flora Poirier sairam de Nicolet, Québec, Canada e foram sentar-se às margens do oceano Atlântico, no lugar denominado Alcântara. Era o dia 09 de abril de 1957. Numerosas multidões se reuniram em volta delas, coxos, paralíticos, leprosos, mulheres gestantes, presos. Falaram com eles e elas tantas coisas. “O semeador saiu para semear”. As vezes a semente caia em terreno inapropriado, em terreno cheio de pedra, em terreno seco, espinhos cresceram mas também em muita terra boa.. E esta aventura se tornou tão gostosa que se espalhou em diversos cantos do Maranhão, do Tocantins e chegou agora até Goiás sem esquecer suas profundas relações com a Colombia. Estamos em 09 de abril de 2007. Neste dia, após CINQUENTA anos, o que aconteceu com a semente ?

            Margarida continuava a andar e chamava as suas irmãs a cuidar da qualidade da semente espalhada. Por isso, após esses anos, com as novas MARGARIDAS de raça e de cores diferentes, deu-se por certo que, apesar das mortes sofridas no cotidiano, o REINO está mais florido pois elas cuidaram da semente de tal maneira que ainda hoje se encontra em boas condições para ser espalhada.

            A semente foi oferecida a todos e a todas sem distinção. Havia sempre semente para quem quisesse. Foram anos de abertura, de acolhida fraterna, de amor-providência. Foram anos de PRESENÇA QUALIFICADA. Momentos sombrios serviam para buscar nova dinamização.

            A semente foi tratada sem artíficio e sem adubo destruidor. Guardou a simplicidade de sua casca e, por isso, sua aparência foi a expressão do real vivido entre si eem comunidades. Vidasimples, sem complicação.

            A semente foi plantada também em terrenos difíceis de acreditar que poderia dar frutos. A teimosia, às vêzes,  em querer ir além do terreno espinhoso ou pedregoso, levou as semeadoras a descobrir terreno de excelente qualidade quando venceram a superfície para chegar à profundidade das pessoas individual e comunitáriamente. Sinal de que a perseverança e a busca da vivência dos valores do Reino conduzem à descoberta do tesouro escondido.

            Não posso fechar estas palavras sem manifestar uma profunda gratidão pela SOLIDARIEDADE sempre manifestada e nunca negada em situações e circunstâncias problemáticas. As irmãs da Caridade ainda tem muitos desafios pela frente mas ficarão sempre vivas em qualquer lugar que seja, enquanto continuarão a assumir o testamento de Margarida. “Quem tem ouvidos para ouvir, ouça” (Mc. 4, 9)

                                                          Seu irmão Victor Asselin

 

 

Mon apprentissage auprès des pauvres

                      Mon apprentissage auprès des pauvres

 Victor Asselin, prêtre 

« Appuyé par son évêque Mgr Raymond St-Gelais, diocèse de Nicolet, Victor Asselin partira pour le diocèse de Balsas, Brésil, le 31 janvier, pays où il a déjà travaillé pendant 22 ans. Il y demeurera 4 mois dans la perspective de déclencher un processus de recherche sur une nouvelle manière de vivre la Mission chez-nous et à l’extérieur » (Yvan Desrochers, prêtre, L’Église de Montréal, 117e année, 21 janvier 1999, no. 2)

 

         Mon apprentissage auprès des pauvres, la part de Jésus, l’objet d’une option ? J’aimerais réfléchir avec vous, aujourd’hui, comme chrétien. Ces réflexions me viennent surtout de mon apprentissage auprès des pauvres car ce son eux qui m’ont appris à mieux comprendre et mieux vivre l’Évangile.

Un rappel

         C’était en 1974, au Brésil. J’étais vicaire épiscopal du diocèse et coordonnateur de pastorale. Il me semblait que pour être davantage fidèle à ma vocation je devais habiter dans un quartier où les gens vivaient dans des maisons sur pilotis. J’y suis allé et je m’y plaisais. Les relations avec les gens étaient excellentes et je me sentais bien protégé par mon environnement malgré la prostitution, les vols et tous les problèmes connus en milieu de marginalité.

         Mais, au cours de la deuxième année, lors d’une conversation amicale à la maison, on me dit tout bonnement : « Vas-tu rester ici encore longtemps? » Cette question m’incommoda. Que sous-entendait-elle ? « Eh bien, voici, me dirent-ils, tu as les conditions de vivre en milieu meilleur que celui-ci et par ta présence ici, tu viens nous dire qu’il est bon de vivre dans ces conditions de misère. Sache que si tu ne quittes pas ce quartier, on te rejettera comme on rejette la misère. » J’étais encore sous le choc de la remarque. Et eux de continuer : « Si tu veux vraiment montrer que tu es avec nous, sors, va demeurer dans un lieu « normal » et continue d’être avec nous pour qu’ensemble nous trouvions des issues à la situation de misère. »

         J’ai alors compris que ma présence dans ce milieu exprimait un engagement qui ne reflétait pas encore le véritable esprit de l’Évangile. J’ai suivi les conseils des gens du quartier. Les vrais problèmes ont commencé. Ce furent des années difficiles et même très difficiles mais combien profondes et fructueuses.

La pauvreté, image de la création blessée

         L’expérience de 1974 m’a toujours accompagné et c’est ce que je continue de vivre avec des compagnes et des compagnons en milieu d’itinérance du Centre-Sud et du Centre-ville de Montréal. C’est cette expérience qui m’a ouvert les yeux et m’a appris que toute situation de pauvreté est une offense au Créateur. Dans le langage chrétien on dit que c’est « une situation de péché » car les divers visages de pauvreté sont les divers visages du mal.

         Peut-on aimer la pauvreté ? Peut-on aimer le mal ? Peut-on aimer ce qui défigure la personne humaine et la création ? Jésus est pourtant venu habiter les milieux de pauvreté et de souffrance ! N’est-il pas venu dire que la pauvreté est une bonne chose et que les pauvres sont les meilleurs ?

         Non et non. La pauvreté n’est pas aimable. Le visage du pauvre n’est pas aimable.

La pauvreté habitée par Jésus

         Quelle est donc l’originalité de l’Évangile si le visage blessé de la création et du pauvre ne sont pas aimables ? Je crois que c’est ici que le mystère de Dieu prend toute sa vigueur et son espérance. Jésus est « venu habiter » là où on avait fermé la porte. Jésus est venu habiter les milieux de pauvreté et de souffrance. Le visage du pauvre devient alors aimable et admirable non en lui-même mais parce qu’il cache le visage d’un Dieu plein d’amour pour sa création.

         L’Option de Jésus pour les pauvres ne repose nullement sur le bienfait de la pauvreté ou sur la pitié qu’Il aurait eu pour les pauvres mais sur sa volonté de faire surgir le NOUVEAU de la marginalité. L’option de Jésus devient donc un lieu privilégié de PRÉSENCE et d’appel à la présence. L’Évangile ne nous demande pas d’aimer le visage du pauvre mais de révéler et d’aider les autres à découvrir le vrai visage du Dieu caché dans le pauvre pour, peu à peu, faire resplendir les visages originels de la Création et du Créateur.

         Nous comprenons alors pourquoi le milieu de l’exclusion est le lieu par excellence de la révélation de l’Amour du Père. En effet, c’est un lieu où nous n’avons rien à défendre, un lieu de fragilité où le pouvoir réside dans la conscience de la dignité des personnes. Ce sont les lieux des figures, de l’orphelin – l’enfant de l’autre-; de la veuve – l’épouse de celui qui n’est plus – et de l’étranger – le résident d’ailleurs. En d’autres mots, le milieu de l’exclusion et de la marginalité est le chemin de l’ouverture à l’autre qui vit sans résidence, sans abri et sans famille et qui, conséquemment, conduit à l’AUTRE.

Pourquoi en est-il ainsi ?

         Jésus, fin pédagogue, a choisi un chemin qui, malgré les évidentes contradiction et sans brimer la liberté, invite à chercher et à découvrir le véritable visage de l’Amour.

a)     La marginalité, lieu du cri du pauvre

         Pour découvrir le visage de Dieu, il nous faut d’abord entendre le cri du peuple et apprendre à l’écouter. Le milieu des appauvris est un lieu où on entend des cris et les cris des pauvres et des marginaux sont les cris de Dieu. Et comment les entendre si nous ne vivons pas avec lui ? « J’ai vu mon peuple humilié… et j’ai entendu ses cris… Oui, je connais ses souffrances! » (Ex. 3,7) Il est là. Il a pris place. Il est venu habiter.

     Le cri du peuple est important. C’est lui qui prolonge le cri de Jésus sur la croix. Ce cri des pauvres est un cri de protestation lancé à la face de ceux et celles qui ne croient pas et n’espèrent pas. C’est un cri de douleur et de protestation mais aussi un cri de foi et d’espérance car il interpelle et exige un changement.

     C’est le cri du « gars » qui affirme avec vigueur : « Je n’ai jamais demandé d’être schizophrène; je n’ai jamais demandé d’être accompagné par un psychiatre et je n’ai jamais demandé de manger un paquet de pilules par jour ». Il avait raison de protester. Et les autres, en paroles d’encouragement, lui disaient : « oui, c’est vrai, mais tu n’en demeures pas moins un fils de Dieu ». C’est le cri aussi des itinérants qui protestent contre le temps des fêtes car « il nous oblige à penser que nous sommes oubliés ».

     Entendre et écouter le cri du peuple n’est-ce pas le premier pas pour découvrir le vrai visage du Dieu en qui nous croyons ?

b) La marginalité,  lieu de libération

     Les pauvres m’ont aidé aussi à prendre conscience de la misère qui m’habite et que sans cette prise de conscience, il m’est impossible de découvrir le visage de Dieu. Le milieu de l’exclusion est le lieu des misères humaines,. Vivre dans une telle situation c’est vivre de façon contraire à la volonté de Dieu. Pour un appauvri, c’est le forcer à vivre en situation de péché. C’est terrible et angoissant de penser à cela.

         Mais cette angoisse fait tellement mal aux tripes qu’elle fait naître une espérance. Tout devient possible car ce monde d’exclusion est habité par le Dieu de la vie. En effet, Jésus n’a pas trouvé de place pour naître sauf celle de l’étable et de la mangeoire.

     Le rejet a fait naître la VIE. La Résurrection a pris racine dans la souffrance pour lui en donner une réponse. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’Ils l’aient en abondance ».

     Ensemble, prendre conscience de la misère et nous émouvoir à en être angoissé, n’est-ce pas le deuxième pas pour découvrir le Dieu de l’Espérance ? Le milieu des exclus nous permet de découvrir cette solidarité car la misère et la souffrance nous obligent à avoir besoin des autres.

c)     La marginalité, lieu privilégié d’engagement

         Et je me souviens du grand éducateur Paulo Freire qui insistait sur l’AGIR comme élément décisif pour une authentique conscientisation. Il ne faisait que rappeler le témoignage de Jésus quand il disait qu’ « il ne peut pas y avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13) Ça me rappelle aussi le début d’une conversation avec un « gars » de la rue lorsque je suis arrivé à Montréal. Avant même de commencer la conversation il me demanda : « Es-tu capable de partager, toé? Si t’es pas capable, on n’a rien à se dire ! »

         Les milieux de marginalité sont des lieux d’engagement pour la justice et pour l’Amour. C’est pas évident de vivre avec les contradictions les plus flagrantes sans oser juger et aimer sans condition. Je réalise de plus en plus que c’est dans cette attitude que se réalise le changement le plus radical : le visage caché de Dieu chez le pauvre apparaît grâce à une qualité de présence et de service. Le visage du pauvre se transforme. Il devient celui d’un Jésus encore crucifié mais rempli de certitude et d’espérance.

         Voilà le miracle ! Les facettes multiples du visage du Dieu des chrétiennes et des chrétiens se révèlent. Le visage du Dieu d’AMOUR apparaît. C’est un visage d’Amour qui naît de la haine; c’est un visage de lumière qui naît de la noirceur; c’est un visage de tendresse qui naît de la brutalité; c’est un visage de compassion qui naît de l’insulte à un compagnon;  c’est un visage de partage qui naît de l’estime exagéré de soi …

         Qu’il est donc contradictoire de voir ce visage de Dieu Amour dans celui d’un toxicomane, d’une prostituée, d’un  sidatique ou d’un joueur compulsif! Et c’est pourtant le Dieu des chrétiennes et des chrétiens car c’est Celui de Jésus.

         Une présence en milieu d’exclusion et un amour inconditionnel au pauvre me semblent être l’agir le plus convainquant et le plus solidaire pour le changement motivé et désiré par la venue de Jésus.

Conclusion

         Opter comme Jésus pour vivre en milieu de pauvreté et d’exclusion n’est ni une consécration de la marginalité et ni une affirmation de l’excellence de la pauvreté mais une passion pour la communication et pour la communion avec Celui qui se cache sous le visage du pauvre et une solidarité avec ce dernier pour collaborer à l’édification de l’homme nouveau et de la Jérusalem nouvelle.

         Une présence permanente de l’Église en milieu de marginalité est un signe de santé car elle permet d’entendre constamment le cri du peuple qui souffre et qui réclame justice. N’est-ce pas ce cri qui oblige au changement et à la conversion ?

         Et quand ce cri n’est plus audible le simple fait de la pauvreté continue à interpeller car elle est une accusation de la non-réalisation du Plan divin dans le monde. Voir l’appauvri, l’exclu et le marginal est évangéliquement déstabilisateur. On ne peut pas supporter longtemps de voir le pauvre sans se laisser interpeller et se convertir.

         Les pauvres ne seraient-ils pas le tribunal de l’Église et de la société comme l’évoque Saint Mathieu dans le chapitre 25 de son Évangile?

Montréal, le 28 décembre 1998

Victor Asselin, prêtre

 

Montréal, terre de mission

                        MONTREAL, TERRE DE MISSION

     En avril dernier, Son Éminence le Cardinal Jean-Claude Turcotte promulguait les conclusions du Synode diocésain de Montréal et les présentait comme « des propositions qui dessinent « le visage de l’Église que nous voulons être » (p. 4). Et parmi ces propositions, la 59e a attiré mon attention de manière particulière, en raison de son importance pour l’Église du Québec et du profond changement qu’elle implique dans notre engagement chrétien. Elle se lit comme suit: « Que l’Église de Montréal reconnaisse son territoire comme terre de mission et supporte l’action missionnaire des chrétiens et des chrétiennes à l’intérieur du territoire diocésain » (p. 25)

     Je voudrais réfléchir quelque peu avec vous sur la première partie de cette proposition, « Montréal, terre de mission ».

Soif de communion et de communication

     Je remarquais, ces dernières années, que les chrétiennes et les chrétiens engagés en milieux de marginalité et de souffrances, autant ici qu’à l’extérieur de notre pays, manifestent une sensibilité notable à la MISSION. Le pourquoi de cette observation m’intriguait. J’ai cherché et la démarche m’amena à penser que cet enthousiasme ne pouvait naître que du mystère de communion et de communication que l’on retrouve dans la TRINITE, origine de la MISSION. Le pape Jean-PAul II, dans « Redemptoris MIssio », signale en effet que « le dessein trinitaire… a donné un souffle nouveau à cette activité missionnaire, qui n’est plus conçue comme une tâche marginale de l’Église  mais intégrée dans le coeur de sa vie comme un engagement fondamental de tout le Peuple de Dieu. » (no.2)

Une option

     « Montréal, terre de mission » marque une option. Cette déclaration nous dit qu’à Montréal le message de l’Évangile n’est plus connu ou qu’on s’en est éloigné. Elle marque une action spécifique et prend le nom de MISSION pour bien la distinguer de l’activité pastorale. Je ne cite pas le texte de « Redemptoris MIssio » mais il est intéressant de s’y référer (RM no. 32 et 33) « pour éviter de courir le risque de ramener au même niveau des situations très diverses et de réduire, voire de faire disparaître, la mission et les missionnaires ad gentes » (id., no. 32). La proposition synodale devient une option pour l’Église de Montréal.

Montréal, théâtre d’une histoire missionnaire

     Une terre de MISSION c’est un lieu et pas n’importe lequel lieu. C’est un lieu de relations brisées, un lieu de souffrances en marge de l’Espérance apportée par Jésus-Christ. C’est un lieu de re-création. C’est le théâtre d’une action, d’une histoire qui nous dit que la création sortie des mains de Dieu, bonne et harmonieuse, a été blessée et qu’elle a besoin de salut. La Mission c’est le lieu du retour à la communion, de la redécouverte du bien-être de l’harmonie.

     L’écoute du cri du peuple est alors importante car c’est lui qui prolonge le cri de Jésus sur la croix. Faire l’apprentissage de l’écoute devient une orientation de base. « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple … J’ai entendu son cri … oui, je connais ses angoisses. » (EX. 3, 7) Ce cri des pauvres et des marginaux est une protestation. L’écoute du cri est prioritaire à l’enseignement et à la célébration. Le père Abbé d’Oka me disait dernièrement que les suicidaires, les décrocheurs et les décrocheuses et les itinérants et itinérantes sont les prophètes d’aujourd’hui. N’y aurait-il pas dans ces cris de douleur une espérance en la certitude de la victoire en Jésus-Christ ?

     Aller en mission chez-nous c’est se faire présent en milieu d’exclusion. C’est choisir de se faire présent dans des lieux de souffrances et d’apporter une parole de Vie et d’Espérance. C’est de la croix que surgira la VIE.

     Aller en mission c’est une rencontre au niveau de la FOI et non  pas seulement une rencontre de communion humaine, si profonde soit-elle, comme on peut la réaliser dans l’engagement social ou communautaire. Aller en mission c’est une expérience de foi qui donnera à la rencontre toute sa profondeur originale et unique. Quels sont ces lieux de solitude, d’exclusion et de marginalisation à Montréal ? Quels sont ces lieux où le message de Jésus n’a pas encore été présent ou ne l’est plus ? Pour rendre concret la déclaration synodale ne faudrait-il pas s’attarder à cette question pour prendre ensuite le chemin avec courage et audace ?

Des attitudes

     « Montréal, terre de mission » est une déclaration remplie d’Espérance. Elle invite à faire Église plus par la PRESENCE que par les OEUVRES. Une Église de l’ETRE plus que du FAIRE. Je me sens défié par des attitudes à changer. En voici quelques-unes.

     1. L‘acculturation, une tension permanente

         S’approcher et chercher à s’insérer dans un milieu d’exclusion nous met vite en contact avec une culture différente. Dans l’exercice traditionnel de la MISSION, nous comprenons qu’il fallait « sortir » de son pays pour « entrer » dans un autre qui n’était pas le sien. Faire « MISSION chez-nous » implique aussi une sortie de sa communauté chrétienne pour faire l’approche d’une autre à naître. Ainsi donc, faire mission implique une sortie de sa culture pour s’approcher d’une autre culture.

     L’itinérant, le drogué, le prostitué, l’homosexuel ont une culture qui leur est propre et originale. Faire effort pour s’approcher d’elle, pour la comprendre et la respecter, c’est ce que dans le langage missionnaire nous appelons «acculturation». Et l’acculturation n’est pas l’assimilation. Bien au contraire, c’est trouver le lieu de rencontre entre le soi et l’autre, c’est vivre un état de tension permanente entre sa culture et celle du partenaire. Quel sera ce lieu de rencontre ? Quel sera ce lieu de dialogue ? Il faudra en faire l’apprentissage avec les obstacles que le quotidien présentera. Renoncer à imposer sa culture et vivre le conflit entre la sienne et celle de l’autre, n’est-ce pas un premier changement d’attitude?

     2. La véritable pratique du pouvoir

         Un deuxième changement d’attitude est celui de l’exercice du pouvoir. Notre formation nous a appris à obéir et à faire obéir à la vérité enseignée. La vérité était le patrimoine de la hiérarchie et de l’Église. Dans le passé nous partions en pays étranger et nous avions la vérité dans nos bagages.

     Aujourd’hui, nous découvrons de plus en plus la nécessité de nous mettre à l’école de l’autre. Le véritable pouvoir ne résiderait-il pas dans la dignité de l’autre ? Prendre conscience de nos limites, les assumer et chercher ensemble une manière de vivre, ne serait-il pas une bonne manière de découvrir la vérité ?

     Je crois qu’un missionnaire en milieu d’exclusion à Montréal exercera le pouvoir en « aidant l’exclu à se dire » et « en aidant l’exclu à révéler l’action de Dieu déjà présent en lui. » Réaliser une démarche en constante communication avec l’autre me semble une excellente manière de chercher la vérité et par le fait même d’exercer le pouvoir qui libère et édifie.

     3. L‘inculturation, travail de fidélité à l’Esprit

     Si la Mission implique l’annonce de Jésus-Christ, le missionnaire aura à cultiver la fidélité et la confiance en l’Esprit de Jésus. En d’autres mots, l’expression que l’Évangile prendra et la communauté qui naîtra ne seront pas les expressions du modèle du missionnaire mais bien l’œuvre de l’action de l’Esprit Saint qui fera naître chez son peuple les expressions et le modèle bien appropriés au milieu. Une présence qui transforme et inspire son milieu est le signe par excellence d’une communauté marquée par l’Esprit de Jésus. Fidélité à l’Esprit plus qu’à soi-même, troisième changement d’attitude.

     4. Exclu en milieu d’exclusion

         En déclarant Montréal « terre de mission », le pasteur de l’Église locale vient de choisir une voie pour redynamiser l’Église. C’est sûrement un vœu qui lui est cher. C’est une invitation à prendre le chemin de l’exclusion. C’est une invitation à la conversion car ce n’est pas une voie à laquelle nous sommes habitués. Aller en milieu d’exclusion c’est s’exposer à être vu et considéré comme un exclu. Quel risque ! Et quel changement! C’est grandir dans un amour profond de l’Église et trouver sa seule force dans l’Évangile. Voici un quatrième changement d’attitude et pas le plus facile.

Conclusion

     Je me réjouis de cette déclaration synodale. Elle invite à la pleine COMMUNION à la Trinité: trois personnes vivant au même titre, sans domination ni subordination et remplies d’une soif infinie de participation. Puis-je être celui qui, par sa disponibilité, soit capable de témoigner la PRESENCE de Celui qui veut se donner aux humains dans l’histoire, les attirant à chercher et à vivre la communion entre eux et dans la société. La soif de communication des humains et du respect du cosmos ne sont-ils pas des réflexes de la Trinité ?

     Merci. La Mission n’est pas une faveur que nous donnons à l’autre mais un don que l’autre nous fait. Il nous accueille chez lui et nous fait le don gratuit de l’Autre qui nous appelle à être ses partenaires de diffuseurs de l’Amour.

Montréal, 29 juin 1999

                                                        Victor Asselin, ptre

ILS SONT VENUS PARMI NOUS

                                 ILS SONT VENUS PARMI NOUS . . .

     Il y a quelques jours je participais à une réunion de pastorale sectorielle. On avait prévu à l’ordre du jour un temps pour écouter les Eglises ethniques présentes, à savoir la « mission chinoise » et la mission catholique latino-américaine « Nuestra Senora de Guadalupe ». Tout en essayant de donner mon attention aux  intervenants, je me suis pris à rêver. Nous étions dans une immense salle. Il y avait des représentants et des représentantes de chacune des ethnies vivant au Québec et des québécois et québécoises de chacune des Eglises particulières. Le climat était à la joie. L’Assemblée brûlait du feu de la MISSION. Et je me disais: pourquoi pas ? 

     Je revivais cette histoire inversée d’il y a trente ans. Moi, québécois, j’avais quitté ma ville, mon Eglise, mes amis pour aller travailler en terre brésilienne. Le curé de la paroisse m’avait dit: « je ne comprends pas pourquoi tu pars; tu commences ta carrière et déjà elle s’annonce merveilleuse. » Je renonçais à une carrière, disait-on. Dieu sait que mon choix de vie n’a jamais été influencé par le désir de faire carrière. Et alors, j’arrivais en terre étrangère. Ce fut une fête d’accueil riche et profonde. Je me rappelais aussi l’histoire missionnaire de bien d’autres comme moi, avant moi, de même origine que moi, qui, durant plusieurs générations avaient tout quitté pour annoncer Jésus-Christ et pour lutter pour la réalisation de son projet de justice.

C’est maintenant à votre tour …

     Et alors, aujourd’hui, je continue de rêver. Je rêve de faire MISSION CHEZ-NOUS. Je rêve de faire mission avec des chrétiennes et des chrétiens originaires d’Amérique Latine. Je ne mets pas de côté les contributions importantes et nécessaires des autres ethnies. Bien au contraire. Pour le moment je rêve avec ce que je connais davantage, c’est-à-dire avec le continent des Amériques. C’est là qu’est née et qu’a grandie ma vie missionnaire.

     Alors je m’interroge. Que faudrait-il faire pour qu’un chrétien ou une chrétienne latino-américain participe à la MISSION, CHEZ-NOUS ?  Oser poser cette question relève-t-il de l’imagination, de l’utopie ou de l’Espérance chrétienne ?  Je m’enthousiasme. En effet, le Dieu en qui je crois poursuit la construction de son Royaume. Il a observé que les ouvriers et les ouvrières d’ici sont fatigués et ont choisi plutôt la dé-mission. Pourtant la MISSION continue. De tous les coins des Amériques du Sud, Centrale et des Caraibes arrivent des croyantes et des croyants, assoiffés de liberté. Un merveilleux don de Dieu. Merci, vous êtes là. Votre présence est une invitation. Comme citoyen et chrétien, je vous dis « VENEZ, VOUS ETES CHEZ-VOUS. »

Qui êtes-vous ? 

     Vous arrivez de tous les pays d’Amérique Latine avec vos limites mais aussi avec vos richesses. Je n’ai pas à en faire l’éloge bien que je sois convaincu de l’importance de votre participation, comme chrétienne et chrétien, à l’oeuvre de la MISSION à réaliser, ici, au Québec.

     Le 15 décembre dernier, les évêques des Etats-Unis publiaient une déclaration intitulée « La présence hispanique dans la nouvelle évangélisation aux Etats-Unis ». Dans ce document ils reconnaissent la précieuse collaboration que les cultures hispaniques ont apporté dans le cheminement de l’Eglise américaine. Et je crois qu’il est important pour nous aussi de prendre conscience des richesses culturelles qui nous entourent pour les mettre au service du projet de Dieu sur la création.

     Je me permets de transcrire le passage où les évêques américains exposent les traits des cultures hispaniques qui ont permis de faire avancer l’Eglise américaine. Je le fais comme prise de conscience et comme incitatif à un engagement nécessaire. Pour fin de meilleure compréhension je dispose le texte de manière différente de l’original.

« Citons par exemple des attitudes telles que:

     – l’ouverture d’esprit;

     – une disposition accueillante pour ce qui est inattendu,  nouveau et non planifié;

     – la simplicité;

     – la reconnaissance qu’avoir besoin d’un compagnon et d’un soutien n’est pas une faiblesse, mais une part nécessaire de la croissance personnelle;

     – une fidélité créative et une détermination à honorer les promesses données;

     – un sens de l’honneur et du respect de soi et des autres,

     – une patience et une volonté de suivre les rythmes de la nature;

     – la conscience de marcher ensemble vers un destin commun;

     – une imagination vraiment créative capable de dépasser les apparences immédiates pour atteindre le coeur même de la réalité;

     – la propension à aimer son chez-soi, son pays et une conception élargie de la famille;

     – une confiance dans la Providence divine;

     – une prise de conscience que ce qui est vrai et droit vaut plus de sacrifices que la satisfaction immédiate;

     – les personnes sont plus importantes que les choses;

     – les relations personnelles sont plus épanouissantes que le succès matériel;

     – et la sérénité a plus de valeur que la vie trépidante ».

Missionnaires latino-américains ici ?

     Ce trésor, nous le retrouvons aussi parmi nous. Peut-il être mis à la disposition d’un pays d’adoption comme le Québec et d’une ville comme Montréal ? Comment la présence des latinos peut-elle devenir plus signifiante dans notre milieu ? Quelle signification peut prendre une telle présence dans une société où l’efficacité et la performance ont droit de cité plus que les personnes ? En effet, la mentalité moderne nous rend incapables d’une solidarité authentique en suscitant des besoins artificiels pour satisfaire les puissants besoins de la consommation.  Et notre société devient de plus en plus stérile. C’est la « culture de la mort » comme dirait le pape Jean-Paul II.

     Et alors, chrétiennes et chrétiens latino-américains, n’auriez-vous pas été appelés par l’Esprit pour venir réaliser sa MISSION CHEZ-NOUS ?  Quelle participation pourriez-vous alors donner à l’Eglise du Québec et de Montréal ?

     En pensant à cette question je me suis encore mis à rêver à la MISSION. Et je voyais toute une foule latino-américaine allumer le feu missionnaire dans les divers quartiers de la ville de Montréal et du Québec. On avait décidé d’affronter des défis de taille sans trop de planification ni de bureaucratie. L’Esprit souffle bien où il veut !  Vous me permettez de vous présenter quelques défis ?

     1. Un message de vie

     Vous arrivez avec les valeurs de l’entraide, du dialogue, de la rencontre gratuite, du temps perdu. L’humain est important pour vous. Il l’est aussi pour nous mais la société d’aujourd’hui nous a amenés à donner valeur à celui ou celle qui démontre une bonne capacité de production et de performance. En rappelant aux québécois et québécoises la dignité de la personne et les valeurs qui comblent intérieurement tout être humain vous distribueriez le meilleur des remèdes pour combler le vide de la solitude qui a envahi tant de foyers. Ne seriez-vous pas de ceux et celles à qui le RESSUSCITE confie la mission de vous faire solidaires des victimes de la « culture de la mort » ?  Voici un premier défi: annoncer la vie là où la mort s’est établie.

     2. Un message de liberté

     Vous avez laissé votre pays pour nous rejoindre ici. Vous aviez sans doute de sérieuses raisons, comme celles de la recherche de meilleures conditions matérielles ou du besoin de rejoindre des membres de votre famille déjà installée ici ou de la nécessité de trouver une terre d’accueil pour motif d’exil politique ou que sais-je encore … Vous avez vécu la souffrance d’être atteint dans votre liberté de quelque manière que ce soit. Ici, l’ambition de l’ »avoir plus » a développé une mentalité  de « dû » sans fournir aucun effort. Ainsi nous avons créé notre propre prison et la liberté se trouve enchaînée de mille et une manières.

     En trouvant une terre d’accueil vous avez découvert qu’il est possible, avec plus ou moins de souffrance, de retrouver sa liberté. Cette expérience vous donne l’autorité d’indiquer aux québécois et québécoises les sources d’aliénation de la liberté et la joie de la retrouver. Proclamer la liberté, celle qui libère de toute domination, n’est-ce pas un deuxième défi dans l’exercice de la mission qui vous incombe ?

     3. Un message de fête

     Un troisième défi vous attend: celui des retrouvailles de l’Espérance. Vous avez une manière bien à vous de vivre, d’exprimer et de célébrer votre foi. Vous avez conservé les raisons de vivre. Comme québécois et québécoises nous vivons un état de désespérance. La révolution tranquille fut très violente. Toute la culture a été remise en question et on a voulu effacer la mémoire du passé sans faire le discernement nécessaire. C’est ainsi qu’une bonne partie de notre culture religieuse et de l’héritage de notre foi a été balayée. Les lieux de culte sont le signe que nous ne savons plus comment vivre ni comment exprimer notre foi.

     Vous avez appris à célébrer les engagements et les luttes du quotidien. Vous avez conservé le sens de la fête malgré les difficultés de la vie. Vous alimentez votre bataille quotidienne par la Parole de Dieu. Votre présence « célébrative » au milieu et avec des québécois et québécoises serait une excellente manière de retrouver le dynamisme qui donne sens à la vie. Ce réveil, j’en suis sûr, ouvrirait un nouveau chemin pour l’annonce du projet de Jésus à l’approche du nouveau millénaire. Retrouver le sens de la fête, c’est retrouver l’Espérance. Voici un troisième défi à la hauteur de ce que vous êtes.

     4. Un message de foi

     Pour beaucoup d’entre vous vous avez vécu l’expérience de la pauvreté. Elle est le signe de l’absence du Dieu Père et du Dieu Amour en qui nous croyons ? En effet, la pauvreté, la misère, la discrimination, l’exclusion sont le signe de la présence du mal. Nous ne pouvons pas croire en Jésus-Christ et accepter des écarts si grands entre riches et pauvres.  Nous comprenons alors pourquoi, en Amérique Latine, l’option préférentielle pour les pauvres est le signe d’une culture façonnée par l’Évangile.

     En effet, c’est au milieu des appauvris et des exclus que nous pouvons vérifier la force de la foi car la foi qui n’influence pas les transformations culturelles n’est pas celle qui établit la relation avec Jésus-Christ et son message. L’Amérique Latine nous donne un exemple vivant d’inculturation. Vous qui avez vécu l’exclusion et la pauvreté et qui avez trouvé une porte de sortie par la solidarité humaine et par une relation privilégiée avec Jésus-Christ, vous pourriez, une fois de plus, au nom de l’Évangile, aider les chrétiennes et les chrétiens d’ici à croire à la force transformatrice de l’exclu et du pauvre. Faire l’expérience de sortir du mal personnel ou collectif c’est faire l’expérience de la puissance de l’Amour. C’est vivre sa foi. En conséquence, ce vécu suscite une espérance « qui ne déçoit pas ». Voici donc un quatrième défi qui contribuerait à la réalisation de la MISSION CHEZ-NOUS.

CONCLUSION

     C’est un début de dialogue. Je m’arrête tout en continuant à rêver ! L’Espérance est revenue. L’Église est redevenue signifiante pour les hommes et les femmes de chez-nous. C’est la merveille de l’Esprit. En retrouvant le chemin de la MISSION, les québécois et les québécoises ont créé une nouvelle identité chrétienne. Des frères et des soeurs latino-américains ont assumé de tout leur être leur responsabilité missionnaire. Notre foi a engendré une nouvelle culture. Rendons grâce, elle a retrouvé sa fertilité. Merci à vous, messagers et messagères qui êtes « venus habiter chez-nous » pour en faire votre chez-vous et notre chez-nous.

                     Victor Asselin, ptre

Montréal, 28 mars 1996

C’est encore possible

C’est encore possible …

1957-2007

         Cinquante ans au Brésil. Marcel Pépin rappelle un événement. C’est l’objet de la célébration. C’est rappeler et célébrer une présence d’Église. A-t-elle été missionnaire ? L’homélie de Mgr Erwin, évêque dans la région amazonique, lors du quatrième anniversaire de la mort de Sœur Dorothy Stang nous présente les critères importants pour évaluer une présence missionnaire. Les 50 ans de Marcel nous permettent de les reprendre.

         Avant tout, um mot sur soeur Dorothy. Qui était-elle ? Une religieuse américaine de la congrégation de Notre-Dame de Namur, arrivée au Brésil en 1966. Nous avons fait ensemble l’apprentissage à la langue portugaise à Petrópolis puis elle est venue travailler au Maranhão, à Coroatá. Plus tard  elle partit en Amazonie, région de multiples conflits, en particulier de nature agraire. Inspirée par l’Évangile de Jésus, de son idéal, de ses valeurs, elle a fait de sa vie un don pour se faire partenaire des agriculteurs exploités. On la tua, il y a quatre ans.

         A-t-elle été missionnaire ? Mgr Erwin répond avec les critères suivants. Elle a été missionnaire parce qu’elle s’est incarnée en Amazonie et a travaillé pour un développement juste et responsable. Elle concevait le développement comme une manière de vivre en harmonie avec la nature que Dieu a créée, de vivre d’elle et avec elle, en y prenant soin avec le même zèle que l’on a pour sa propre maison et sa famille. Elle rêvait d’une communauté qui se nourrirait de tout ce qu’elle trouverait dans son propre milieu sans le détruire. L’ambition de dominer et du gain facile est venue mettre fin à son rêve. Oui, elle a été missionnaire car elle a pris soin dela Création, œuvre du Dieu communion.

         Missionnaire c’est prêter sa voix, sa parole aux nombreux et nombreuses voix éteintes et perdues et engendrer une lutte qui ne s’arrêtera plus. C’est le peuple qui s’organise et conquiert ses droits laissant de côté la peur de ceux qui causent la mort et qui ne s’intimide pas pour poursuivre la route. Nous pouvons mettre en terre les martyrs mais jamais nous enterrerons le cri pour une société juste et pour la défense du milieu ambiant. La mort engendre la vie et devient un nouveau souffle pour la conquête. « Ne crains pas… continue de parler… je suis avec toi » (At. 18.9)

         La prophétie est un autre critère de la pratique missionnaire. C’est la marque publicitaire des hommes et des femmes qui croient et défendent un monde différent. « Nous sommes persécutés e nous supportons » disait S. Paul (I Cor. 4, 12). « Quand l’Église n’est plus persécutée, continue Mgr Erwin, c’est le signe qu’elle a prise le chemin de l’accommodation et a renoncée à sa vocation de prophète. Proclamer que tout est déjà « paix et amour » et prendre conscience que le système en place ne réagit plus et ne persécute plus, c’est le signe que l’Église a perdu son audace, son courage, son esprit de défi et sa passion pour le Royaume. Nous supportons parce que nous croyons qu’« un autre monde est possible ». Cet autre monde, poursuit Mgr Erwin, coincide avec le Royaume de Dieu, avec la réalisation du rêve de Jésus et avec l’annonce et le témoignage dela BonneNouvellede l’amour de Dieu, de la fraternité, de la solidarité pour toute la famille humaine.

         Le missionnaire a une grande mission : travailler au service de la citoyenneté du Royaume. Et ça commence déjà par être citoyen et citoyenne de cet « autre monde possible »

         Merci Marcel. Tu rappelles 50 ans de présence au Brésil. Par cet événement tu nous donnes l’occasion d’évaluer notre pratique missionnaire. Félicitations au Dieu Trinité qui continue à envoyer. Félicitations au Fils missionnaire qui a tracé le chemin.

                                                           Victor Asselin