Un passage à la « CASA GRANDE »

             Du 23 septembre 2003 au 31 décembre 2004, j’ai vécu une expérience à la “Casa Grande”. Une expérience, ou plutôt un stage de découverte en milieu étranger à celui auquel j’étais habitué de vivre. Seize mois, perdu en pleine nuit dans une forêt inconnue. C’était le calme apparent. Mais les mouvements de l’étranger étaient épiés par les habitants du lieu, les uns peureux et d’autres dangereux mais tous prêts à réagir selon leur propre nature: fuite, provocation, agression, violence, combat… Ces quelques mots peuvent exprimer sommairement l’atmosphère du milieu dans lequel j’ai vécu ces mois à la mairie de Balsas, comme chef de Cabinet de la municipalité.

            Mais qu’est-ce que la “Casa Grande“? Il faut rappeler les siècles d’esclavage. Les portugais trafiquaient les noirs africains. La “Casa Grande”, c’est la maison du colonisateur où vit aussi sa main d’œuvre esclave. Il est le maître du lieu. C’est son lieu de résidence au milieu d’une immense terre qu’il s’est approprié. À son service, une armée d’hommes et de femmes esclaves. C’est la “SENZALA”.

            Dans ce contexte de la “Casa Grande” et de la “Senzala” le peuple brésilien a vécu des siècles de dépendance. “Les catégories de “Casa Grande”et de  “Senzala” créées par Gilberto Freyre, sociologue du Nord-Est brésilien, sont utiles pour expliquer la genèse et la structure de l’ordre social brésilien en vigueur encore aujourd’hui.

            “Portugal a créé une classe de propriétaires de terre et d’esclaves capable de commander la production de marchandises et de servir le commerce de la métropole. Pour composer la force de travail, les peuples autochtones furent déstructurés comme nations et incorporés comme individus, à un statut inférieur de la société, plusieurs d’entre eux fait esclaves. Pire encore fut la situation des africains. On a formé avec eux, à qui on a enlevé les moyens de subsistance et les droits de citoyenneté, une société soumise à  une élite.”

            La pauvreté du Brésil et la mentalité de dépendance sont donc le résultat d’une exclusion sociale, politique, culturelle et économique. On comprend ainsi que le Brésil porte sur ses épaules un héritage appelé “culture de corruption”. Gilberto Freyre disait : “Au Brésil, il n’existe pas proprement de droits acquis. Il  existe des “privilèges” pour la “Casa Grande” et, pour la “Senzala”, des “faveurs”et des “châtiments”. Et plus encore, les “faveurs”vont dépendre de “l’humeur du patron”.

            Le temps passé à la mairie de Balsas fut un stage prolongé à la “Casa Grande”. Je me trouvais en un lieu rêvé par beaucoup de brésiliens, en particulier des gens pauvres. En effet, c’est l’idéal qui, au cours de l’histoire, a mûri dans la mentalité populaire. Au premier contact des personnes qui là s’y trouvaient, par les réactions entendues, je retournais 40 ans en arrière alors que je venais d’arriver à Guimarães. Une bonne journée, un líder de communauté, tout heureux, était venu à la maison des prêtres pour annoncer la nouvelle: “Maintenant, grâces à Dieu, je suis fonctionnaire”.  Pour moi, ça résonnait : “je viens d’entrer à la “Casa Grande”. J’aurai des avantages que d’autres n’ont pas. Je vivrai au milieu de personnes de pouvoir. J’aurai des privilèges. J’étais la deuxième personne de la mairie et la première en l’absence du maire. J’ai tellement eu peur qu’après la première journée j’avais la certitude d’avoir fait une grosse bêtise.

Premier moment – La lune de Miel

            Comment étais-je parvenu à cette fonction ?  Lula, ouvrier, avait été élu Président de la République. Un líder. fruit des communautés ecclésiales de base de São Paulo. Une conquête de plus de 50 ans de travail. Le cri du peuple serait-il entendu ? Nous savions que le succès du gouvernement Lula allait dépendre de sa capacité de mobiliser le peuple. La conquête de la pleine citoyenneté. Élire fut un pas important mais il n’existe pas de citoyenneté sans la participation populaire.

            Dans la composition de son équipe, Lula avait fait appel à Frei Betto, dominicain, son conseiller particulier, et à diverses personnes en lien avec l’Église catholique, connues pour leur engagement social. Deux années avaient passé. L’administration de Balsas n’avait pas encore réussi à donner signe de changement. Le maire, homme sensible à la cause sociale, décida de faire appel au Parti des Travailleurs – PT. Le contact s’établit avec les dirigeants.  On propose une entente. Le Parti exigeait le poste du Chef de Cabinet, ce qui ne faisait pas l’affaire du maire. À ce moment, les dirigeants du parti m’approchèrent pour sonder mon intérêt à collaborer avec eux et ils indiquèrent mon nom au maire. Il consent alors à leur demande mais à la condition que j’assume la fonction exigée. L’évêque du lieu résiste. Le clergé plus engagé appuie. Après discernement j’acceptais.

               Je découvre vite que la mairie est un lieu où tous les fonctionnaires cherchent à satisfaire le plus possible leurs intérêts personnels. C’est une complicité exprimée ou silencieuse qui sous-tend la relation entre eux. Malgré cela, le projet de changement, de service et d’inclusion des pauvres sans “privilège” et sans “faveur concédée” est la motivation du maire et de la nouvelle équipe. Ce fut la période de lune de miel : dialogue, évaluation quotidienne, décisions prises en commun, solidarité et enthousiasme. Certaines positions ambigües du maire ne gâtaient pas l’esprit du groupe. Il semblait y avoir une confiance mutuelle. D’ailleurs, des gestes courageux  le démontraient. Je me souviens, par exemple, qu’au moment où j’avais pris des mesures pour éloigner quelques membres de la famille du maire du noyau central de décision, ce qui avait provoqué une réaction sans équivoque de leur part, il m’avait envoyé le message suivant : “je ne te sacrifierai pas pour aucun membre de ma famille”.

            Cette période fut marquée par quelques changements significatifs. En premier lieu, des mesures furent prises pour améliorer l’administration: éloignement des parasites, c’est-à dire des personnes sans scrupule, des sangsues; exonération de quelques secrétaires considérés malhonnêtes et substitution des membres du bureau juridique en raison de leur comportement peu recommandable. Puis, on fit les premiers pas pour remplacer l’orientation paternaliste des projets sociaux par une participation effective de la population, favorisant les réunions de quartiers et les contacts des associations communautaires avec le maire. Naissait le projet de remise de titre de propriétés aux familles pauvres de la ville. Un certain contrôle des dépenses publiques s’installait malgré les résistances perverses et subtiles du Secrétaire des Finances, de son équipe et de certains autres fonctionnaires. Enfin, amélioration des relations des membres de la Chambre des Échevins et le maire. Un plus grand respect.

            Quelle était la portée de ces changements ? Étaient-ils en profondeur ? C’était à en douter car le mépris de la “cause publique”, la malhonnêteté et l’incompétence de la grande majorité des fonctionnaires, la mentalité de dépendance et de profiteur, la bonté exagérée du maire et l’autosuffisance du secrétaire des Finances ne permettaient pas de croire à des transformations à longue durée. Tout de même il était permis d’y voir le signe qu’une administration transparente au service du Bien Commun était possible et qu’on pouvait y rêver. Bien entendu à la condition d’y travailler main dans la main et d’accepter comme pré requis la.fidélité à la cause et la confiance mutuelle. Ça apparaissait comme la clé du succès.

Deuxième moment : La campagne électorale et l’approche des élections municipales

            La campagne électorale approchait. Les divers partis politiques à orientation plus populaire désiraient s’unir. Ce serait l’unique manière d’éviter l’élection de l’élite traditionnelle de la “Casa Grande”. Malheureusement, depuis un certain temps, des forces externes étaient venu miner les militants du PT. Je me rendais compte de certains comportements étranges mais je continuais à croire à la loyauté des membres de l’équipe. Le contraire me semblait impossible. Mais la vraie vérité est que la direction du parti municipal et provincial, en sourdine, faisait des accords et des arrangements financiers avec des amis-entrepreneurs pour accéder aux projets de la mairie et pour en tirer profit. L’illusion du POUVOIR.

            Dans l’intérêt de tous, avec la meilleure des intentions,  je commençai à demander des explications. Une distance s’installa. Fin de la lune de miel. L’intrigue avait été découverte. Je fus obligé de constater la fragilité du travail commencé et la faiblesse de la confiance rêvée. Quelle déception ! L’obstacle majeur, à partir de ce moment, provenait des personnes qui avaient articulé le projet de changement. D’allié, je devenais l’obstacle majeur pour la campagne électorale : ma présence rendait impossible l’utilisation des argents de la mairie pour financer la campagne du parti. Il fallait m’éloigner. Ce serait plus facile transiger directement avec le maire et d’utiliser les mécanismes de corruption habituels. La trame fut élaborée en mon absence. J’avais pris 15 jours de congés. On exigeait mon exonération. À mon retour le maire me demanda de convoquer les secrétaires pour discuter la question. Les secrétaires du parti des Travailleurs exigent ma sortie mais tous les autres s’insurgent contre eux. Je demande à partir. Le maire appuie la majorité. Je dois rester. Ce fut l’échec de l’équipe du PT. Quelques jours plus tard les secrétaires du PT démissionnaient en bloc.

            Que dire de cela ? Le Parti des Travailleurs – PT – était né pour agir de manière différente. Les premiers mois furent excellents. Malheureusement, l’approche des élections avait ressuscité la fascination du POUVOIR et de la “CASA GRANDE”. J’ai dû retomber les deux pieds sur terre. Avec facilité, la direction du parti avait assimilé les mêmes pratiques et la manière usuelle de tout autre parti politique. Il a fallu que j’accepte que les personnes en qui j’avais cru en raison de leur engagement et de leur idéologie n’avaient rien de différent des comportements de conduite et des comportements politiques pratiqués depuis des siècles dans le système politique brésilien. Mon confrère et ami Ivo Poletto dans son livre “Brésil, opportunités perdues”, écrit, après avoir quitté la fonction qu’il occupait au gouvernement de Brasilia: “… les écarts pris par le PT sont une preuve que la pratique politique traditionnelle a contaminé aussi le parti et les militants qui s’étaient engagés à inaugurer une période marquée par l’éthique et la démocratie”.

            J`ai perçu à ce moment les limites d’action des gouvernements. Ils peuvent réaliser des changements mais leur action n’est pas suffisante pour transformer en profondeur la réalité. L’injustice, l’inégalité sociale, l’état de pauvreté ne trouveront de solution que dans la mesure où la société prendra conscience et se mobilisera pour des actions de transformation de la réalité vécue au quotidien. En d’autres mots, j’ai pris conscience que pour un changement véritable, la société civile se devait de rompre le monopole des partis politiques pour en faire une action politique de toute la société. La société civile se doit d’être le protagoniste politique. Sans cela pas d’action en profondeur. Malheureusement, les partis politiques et les gouvernements ne font pas tellement d’efforts pour que cela se produise. Au contraire, on cherche davantage à instrumentaliser toute nouvelle force qui surgit de la société en vue d’augmenter son propre pouvoir.

            Il est donc nécessaire, comme disait Chico Whitaker “construire une nouvelle culture politique qui exige des transformations personnelles dans les attitudes et les motivations autant chez les dirigeants politiques que chez les citoyens.”

            Évidemment, ce fut la rupture avec le PT de Balsas. Le maire a été mis en marge de la campagne électorale et est entré pratiquement en phase de dépression.

Troisième moment : La fin du mandat. La corruption de la “Casa Grande”

            La rupture avec le PT au sein de l’administration a mis fin à une crise interne mais la corruption continuait au sein de quelques secrétariats. Ma fermeté au Cabinet n’a fait qu’augmenter les ruses du Secrétaire des Finances. Ce fut l’enfer. Il a essayé de tout faire pour satisfaire les intérêts de ses protégés et, ainsi faisant, satisfaire les siens. L’extension de la corruption ne pouvait pas être mesurée car elle étendait ses tentacules bien au-delà de la municipalité et des intérêts locaux. Le secrétaire des Finances s’était approprié du pouvoir de décision du maire, situation impossible à contrôler en l’absence de celui-ci. Une décision s’imposait et fut prise : l’exonération du Secrétaire des Finances. La décision ne réglait pas le problème de la corruption mais permettait une fin d’administration plus sereine. Ainsi, les dettes en suspens furent payées et il restait une marge de crédit suffisante pour la survie des projets sociaux de l’année suivante.

            Je n’avais pas la vision globale de l’étendue de la corruption à ce moment-là. Le temps m’a permis de faire mémoire pour mieux visualiser et comprendre la toile d’araignée qui se construisait. Aujourd’hui je perçois ce qui m’était alors impossible.

            Que conclure ? Un projet de société de “DROITS” au service du Bien Commun n’a aucune condition de survie à l’intérieur de la “Casa Grande”. Là on privatise le public et ce que l’on ne peut pas privatiser, on le détruit. Ce douloureux stage m’amène aujourd’hui à affirmer que, dans de telles conditions, il est très difficile, sinon impossible, de vivre la Justice Sociale et d’éliminer la corruption articulée et maintenue à l’intérieur de la “Casa Grande”. Par contre, l’expérience provoqua chez moi une telle indignation qu’elle ouvrit une porte toute grande pour élaborer une action politique différente, celle de l’urgence de la formation de la société civile. Il a fallu payer un prix élevé pour en arriver à cette conclusion. Je ne nie pas la nécessité de l’exercice du mandat politique mais j’ai pris conscience que la formation à la citoyenneté est une urgence et doit être priorisée si l’on veut collaborer à une transformation en profondeur.

            Quand j’ai accepté de travailler à l’intérieur d’une structure gouvernementale, j’étais conscient que j’entrais dans un milieu  de contradictions mais je ne pouvais pas laisser de côté ce que j’avais appris au cours de toutes ces années d’éducation populaire et d’engagement. “Le pluriel est dans la structure de la réalité” de dire Ivo Poletto. Ces contradictions d’ailleurs nous les avions vécues au temps de la dictature militaire et nous les vivons à chaque jour au sein des églises. Je voulais vivre à l’intérieur de la mairie les défis et les exigences d’une pratique démocratique, une pratique de participation populaire. C’était un projet, un idéal ou un rêve ? De l’intérieur j’ai découvert qu’il existe un fossé profond entre l’invitation de la société à participer à la vie publique et l’invitation des personnes du gouvernement à travailler à la transformation de la société. L’absence de clarté sur cette question me causa des difficultés qui auraient pu être évitées si j’en avais eu une meilleure compréhension.

            La participation des citoyens et des citoyennes aux décisions gouvernementales est absolument nécessaire pour une transformation en profondeur et durable de la culture de corruption au Brésil. Et pour que cela arrive, la représentation politique par l’exercice de mandat n’est pas suffisante. Les citoyens et citoyennes se doivent de bien choisir leurs représentants et de les accompagner au cours de l’exécution du mandat mais la société civile doit en assumer le processus et, comme affirmé antérieurement, en être le protagoniste. En conséquence, puisque la société civile n’existe pratiquement pas encore au Maranhão, son “advenir” constitue priorité et urgence.

Et après

            Terminé le stage à la “Casa Grande” ne signifiait pas mettre un point final à mon engagement. Bien au contraire, il ouvrait une nouvelle perspective. Serait-il possible penser à la création de “Comités Municipaux de citoyens et citoyennes”? .Mais comment faire si la majorité de la population n’a pas le minime accès à l’information ? On ne sait pas ce qu’est l’administration publique, comme elle fonctionne; on ne connaît pas le rôle d’un échevin; on a une idée très sommaire des droits de la personne; on n’a aucune information sur les projets de l’Exécutif, sur la manière d’élaborer un budget municipal, sur les moyens d’y participer; on n’a jamais entendu parler d’où viennent les recettes, ce qu’est l’impôt … 

              Une évidence: le peuple n’est pas informé et sans information il devient difficile de déclencher un processus de changement. Que faire. Heureusement, quelques confrères et consoeurs se sont mis à la tâche. Notre objectif : promouvoir la citoyenneté par l’information et la formation. Le droit à l’information est notre premier objectif. Voilà la condition essentielle pour développer l’intérêt des gens à la participation à la vie publique et pour devenir citoyen et citoyenne de fait.

            Après quelques mois de pratique dans quelques municipalités de l’État du Maranhão, nous avons pu constater le bienfait de cette option. L’existence de “l’Université de la citoyenneté” était justifiée. Sous ce nom nous avons élaboré un projet de formation d’une durée de 12 mois, offert à des personnes désireuses d’être des agents multiplicateurs de la citoyenneté. C’est toute une révolution dans notre agir.

            Nous sommes donc en train de passer de l’époque de revendication à celle de “l’advenir”. L’expression en portugais est significative “fazer acontecer”. Nous avons dans le passé beaucoup utilisé les pétitions et les mobilisations en place publique. Ces actions ont été fort bienfaisantes au temps de la dictature militaire et elles le sont encore  pour protester contre les injustices flagrantes mais il est convenu d’admettre qu’aujourd’hui l’urgence n’est pas de lutter contre mais en faveur d’une nouvelle société. C’est le chemin qui s’ouvre si nous voulons en finir avec la dépendance engendrée par la “Casa Grande” et, conséquemment si nous voulons lutter efficacement contre la corruption, plaie culturelle qui contamine tout. En effet, l’urgence est de FAIRE ADVENIR  une nouvelle société. Et pour qu’il y ait de fait une action transformatrice de la réalité, nous nous devons de collaborer pour que les gens soient équipés de connaissances comme les éléments d’analyse caractéristiques de la société, sa forme d’organisation, les formes d’organisation populaire qui construisent les politiques publiques, les principales lois du pays, les instruments légaux et la conscience renouvelée de son rôle de citoyen et de citoyenne.

            Pour que “l’advenir” soit efficace, l’accès aux connaissances sera accompagné d’un ensemble d’activités au sein de la communauté, d’une intervention au niveau des problèmes locaux, d’un contact permanent avec la communauté de résidence et d’un échange d’expérience.

Conclusion

            Le stage à la “Casa Grande” a produit ses fruits. En effet, il me fournit un ensemble d’histoires qui enrichissent et meublent le processus d’information et il me permet de comprendre que dans la conjoncture actuelle, la formation politique est urgente et a de meilleures chances de succès si elle est faite de l’extérieur de l’institution gouvernementale. En d’autres mots tout doit être déployé pour que la société civile soit le protagoniste de la transformation, ce qui fera d’elle un instrument de pression et de contrôle de ceux et celles qui assument une fonction gouvernementale. Il sera toujours difficile pour un politicien ou pour qui que ce soit à l’intérieur de l’institution de promouvoir le changement à moins d’y rencontrer une volonté collective. Enfin, le stage à la “Casa Grande” m’a fait comprendre que la phase de revendication n’a plus la même importance qu’elle avait dans les années de la dictature militaire car nous sommes à l’heure de construire un projet. C’est l’heure du “FAIRE ADVENIR”. L’invitation est pour tous et toutes.

            Que Dieu accompagne la réalisation concrète de ce processus démocratique fondé sur la citoyenneté et la dignité de la personne humaine. Ce projet ouvre une perspective toute nouvelle pour une génération de jeunes qui déjà rêve de s’y engager.

25 août 2006

                                                         Victor Asselin

Lettre d’un curé à ses paroissien(ne)s

Lettre d’un curé à ses paroissien(ne)s *

         Saint-Nicéphore, municipalité en pleine expansion démographique, affronte le défi de son affirmation et de la définition de la place qu’elle occupera dans les prochai­nes années au plan économique, politique et social. Il ne faut donc pas se surpren­dre que les relations entre les citoyens et les citoyennes et que l’exercice du pouvoir politique soient remis en cause. Il importe donc en ce moment, pour la population et les instances impliquées de faire une évaluation lucide et objective de la situation des faits.

         Vous vous demandez, peut-être, la raison et l’opportunité qui me poussent à prendre l’initiative de cette lettre. Ma responsabilité de pasteur me permet de rappeler que toute ques­tion sociale véhicule des valeurs qui souvent mettent en cause la personne et les relations avec ses semblables. Jésus-Christ, Celui en qui nous croyons, a mis au centre de sa mission la dignité de la personne humaine. L’Eglise abdiquerait de sa mission et de sa responsabilité si elle n’apportait pas sur la place publique sa part de réflexions, d’interrogations et d’expertise dans les débats qui entourent les grandes questions qui agitent actuellement notre municipalité. Par l’exercice de mon ministère je veux dire ma solidarité à la fa­mille humaine de Saint-Nicéphore – que j’aime bien – et avec qui je souhaite collaborer pour faire de cette municipalité un lieu de paix, de fraternité et de compréhension mutuelle.

         La vie politique est-elle inhérente à l’engagement chrétien ? Jean-Paul II dans son exhortation aux laïcs disait: « Pour une animation chréti­enne de l’ordre temporel, les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la « politique », à sa­voir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, cul­turelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun. » En effet, l’engage­ment politique s’inscrit dans la logique de notre baptême et de notre confirmation. Il est une expression concrète de la per­tinence sociale de notre foi. La com­munauté chrétienne ne peut pas être ab­sente des préoccupations, des joies, des espoirs, des problèmes et des tristesses des paroissien(ne)s de cette municipalité. Son omission fausserait son message et son agir. Témoigner de Jésus, c’est lui donner visage dans l’histoire.

         Depuis quelques mois, au plan municipal, nous vivons une crise aigüe. Crise qui en est arrivée à questionner sinon la légalité, du moins la légitimité de l’exercice du pou­voir politique par le Conseil municipal. Le hausse importante des taxes semble avoir été l’occasion privilégiée d’une réaction populaire qui tacitement avait pris forme en raison de questions e de situations critiques internes et externes non résolues, pourtant existantes.

         Notre société démocratique invite tout citoyen(ne) à participer par l’apport d’idées, d’opinions riches de son expérience et de ses convictions. La recherche, le dialogue et la divergence d’opinions font partie du processus poli­tique. C’est en ce sens qu’est né le groupe « Action Saint-Nicéphore ». Nous le saluons comme un signe important de participation tout en reconnaissant que toute autre initiative de ce genre mériterait d’être saluée avec joie.

         Une municipalité en santé reflète le res­pect mutuel et même si parfois les débats peuvent se faire vifs, chacune et chacun doit se savoir et se sentir écouté et valorisé. De la pluralité des opinions et des points de vue se bâtit une décision féconde et apte à satisfaire les besoins de l’ensemble d’une communauté. 

         S’il n’est pas facile d’exercer l’auto­rité au sein de la famille ou de la communauté chrétienne, il ne l’est pas moins dans la municipalité. Chez-nous, à St-Nicéphore, plusieurs raisons la rendent plus difficile: municipalité en croissance rapide, besoin d’une modernisation de son administration, passage d’une administration rurale et artisanale à une administration urbaine et spéciali­sée, refilage à la municipalité de com­pétences jusqu’alors provinciales, temps de récession, nécessité de construction d’infra-structures, pouvoir acquisitif limité de la jeune population qui vient y résider et commence à bâtir son avenir et bien d’autres éléments conjoncturels qui représentent dans son ensemble un défi à taille de géant. Dans ce contexte, on questionne la légitimité de l’exercice du pouvoir poli­tique.

         Il me semble opportun, avec ouverture et disposition, faire l’ana­lyse de la situation actuelle. Par cette lettre je désire tout simplement commencer avec vous cette réflexion et, comme premier pas, voici quelques orientations.

         Permettez-moi tout d’abord de rappeler que le dialogue est fructueux quand nous nous y engageons avec nos couleurs et qu’il s’enrichit par l’écoute et l’acceptation de la diversité. Une motivation bien personnelle vient toujours justifier notre manière de penser et d’agir. S’il en est ainsi dans notre vie personnelle, à plus forte raison dans la vie politique où comme citoyens et citoyennes nous nous y retrouvons pour penser et prendre des décisions au bénéfice du Bien Commun.  L’arc-en-ciel aura toujours son importance pour construire harmonieusement notre milieu.

         Pour comprendre la situation actuelle et les intérêts en cause, je vous suggère avec l’aide d’un papier et d’un crayon, de répondre aux questions suivantes :

         1. Quels sont les différents groupes politiques impliqués dans la crise actuelle ? Qui sont-ils ? Que font-ils ? Quels intérêts défendent-ils ?

         2. Quels sont les projets qui justifient la crise ? Sont-ils d’intérêts individuels ou collectifs ? Sont-ils locaux ou régio­naux ?

         3. Quelles sont les alliances et les appuis politiques de chaque groupe ? Sont-ils locaux, régionaux, provinciaux ou fédéraux ?

         4. Quels sont les penseurs du groupe ? Quels sont les exécuteurs du groupe ?

         5. Quelles sont les forces économiques sous-jacentes ?

Après avoir fait cet exercice, si vous n’avez pas tous les éléments de réponse pour comprendre la situation, je vous suggère de poursuivre votre réflexion en échangeant avec quelqu’un d’autre ou même en formant un petit groupe. Ce serait  bénéfique pour tous et toutes. Une compréhension éclairée sera un grand pas pour une décision libre, responsable et adulte qui méritera le respect de tous et toutes.

          Nous sommes confrontés, ces années-ci, à des problèmes majeurs : le développement régional et local, l’environnement, les jeunes, la popula­tion scolaire croissante, le manque d’em­ploi, le manque d’intérêt pour la chose publique, etc… Voici autant de problèmes qui appellent notre attention. Les décisions deviendraient de plus en plus difficiles si nous mettions de côté pour la réflexion les éléments du Bien Commun et la dignité de la personne. Les heurts, les divergences et les tensions font partie du cheminement mais je suis convaincu que l’effort ne manquera pas car il sera justifié par le sens peu commun de responsabilité qui vous habite. Ce sera une réponse évidente aux vents d’individualisme qui nous harcèle. Votre action politique sera noble et répondra à tout subterfuge vil et dégradant.

         Je suis heureux de l’accueil que vous donnerez à cette lettre car vous savez fort bien que notre vocation de chrétien et chrétien­ne nous appelle à être une présence qui éclaire et qui donne saveur. Avec vous tous et toutes  je nourris la passion qui me dit que la com­munauté chrétienne de St-Nicéphore s’impliquera pour que la  municipalité devienne de plus en plus fraternelle, chaleureuse, hospitalière car elle ne craint pas les défis de l’avenir.

         Que ce temps de Carême nous permette de découvrir l’importance d’intégrer les différences dans notre quotidien. Voilà un défi à saveur chrétienne. C’est le testament de Jésus: « Que tous soient un ». Nous n’avons qu’un seul Seigneur, Jésus-Christ, et nous sommes animés par le même Esprit. Utopie pour les uns mais rêve déjà commencé pour ceux ou celles qui ont la foi.

         Pâques sera chez-nous une nouvelle Résurrection.

                            Victor Asselin, ptre curé

*Nous sommes au printemps 1990. Saint-Nicéphore, aujourd’hui annexée à Drummondville, Québec, Canada, vivait une profonde crise politique. Le gouvernement provincial fut obligé d’intervenir. Le curé de la paroisse prit l’initiative d’inviter les citoyen(ne)s de la municipalité à une réflexion en ce temps du Carême.

FÉ CRISTÃ : RELIGIÃO E POLÍTICA

                  FÉ CRISTÃ :  RELIGIÃO   E  POLÍTICA

Reflexão sobre o compromisso dos cristãos e cristãs

VICTOR ASSELIN*

“…na medida em que estamos dispostos em transgredir todos os limites da moral pretextando servir uma pessoa ou uma coletividade qualquer, estamos fazendo dela um deus. No mais real sentido, cegado pela separação entre religião e política, caimos na idolatria. Fizemos do Estado um deus.” [i]

“Os cristãos da pós-modernidade (individualmente ou agrupados em novas associações) terão condições de ser novamente atores políticos significativos ? A política terá possibilidade de exercer influência sobre a religião ?” Eis a pergunta que aqui sugerimos. Reformulo a pergunta nos termos seguintes: “Os cristãos e cristãs engajados na política no Brasil são atores significativos ? Quais relações estabelecem entre religião e política ? Podem existir interações entre as duas ? Em outras palavras, é possível ser cristão e político ? É possível lutar contra a injustiça e amar seu inimigo ? Minha reflexão sobre o tema tentará avaliar o engajamento dos cristãos e cristãs, em particular da Igreja católica, no contexto socio-econômico-político brasileiro. Assim sendo, a palavra « religião » vai se situar num universo restrito assim como o será a palavra « Igreja »

A relação religião-política sempre foi difícil para a Igreja católica. Congar, no fim de sua vida, deplorava o fato de que esta questão fosse tão pouco trabalhada. Hoje, ela se torna mais complicada pelo fato da privatização da experiência religiosa sem a mediação das instituições, no interior da lógica da valorização da subjetividade. As religiões que no passado tiveram a capacidade de orientar a vida social, hoje tem até dificuldade de ser fontes de sentido para o mundo e a pessoa. A modernidade e pós-modernidade obrigam as Igrejas a renunciar a qualquer pretensão de impor à sociedade seus princípios e suas normas. Neste contexto, qual é a postura dos cristãos e das cristãs ? Qual é o horizonte político a ser descoberto para as Igrejas ?

Atualmente, no Brasil, um número crescente de pessoas declaram não ter religião e 15,4% da população diz-se evangélica. Há poucos anos, este último grupo maintinha-se afastado da política. A partir das eleições de 2002 percebe-se uma presença política significativa destas igrejas na vida do país e na Igreja católica o tema política é recolocado entre as suas principais preocupações.[ii]

Para situar melhor a reflexão, apresentarei em primeiro lugar, de forma resumida, a leitura socio-pastoral dos cinquenta últimos anos da Igreja católica no Brasil escrita por assessores da Conferência Episcopal do Bispos do Brasil – CNBB. Em seguida, considerarei a análise que fazem os cristãos e cristãs sobre o tema “Religião e política” e as articulações que decorrem dela para, num terceiro momento, destacar alguns elementos a considerar na pespectiva de perseguir o sonho cotidiano do Reino.

1a parte: Leitura socio-pastoral da Igreja católica no Brasil

No Brasil assim como um pouco em toda parte do mundo ocidental cristão, a religião passou do primado da instituição ao primado do indivíduo e de um olhar voltado para a transcendência a uma busca de soluções imediatas aos problemas humanos de cada dia.

1.1   Evolução da Igreja Católica de 1950-2000

Inspirando-me da leitura do teólogo brasileiro Alberto Antoniazzi,[iii]  quatro etapas marcam a evolução da Igreja católica nos últimos cinquenta anos.

1.1.1 Em primeiro lugar, a Igreja representava uma sólida instituição tradicional, onde os fieis aceitavam a autoridade da hierarquia eclesiástica para orientar sua fé.

1.1.2 Depois, o acento foi colocado sobre as comunidades. Eram comunidades relativamente pequenas onde a relação entre as pessoas se fazia direta e aconchegante. É a época do crescimento das comunidades eclesiais de base (CEB’s) nos anos 70 e dos “novos movimentos” dos anos mais recentes.

Nos dois casos, as relações de proximidade e de parentesco são importantes, a experiência da fé é alimentada pelo grupo e a doutrina geradora da verdade é aquela que se faz coerente com a experiência da comunidade. Entretanto, as CEB’S e os “novos movimentos” se diferenciam: as primeiras pelo seu engajamento social e as segundas pelo seu caráter emotivo e os laços afetivos instituídos entre as pessoas.

1.1.3 Em seguida, as CEB’S e os “novos movimentos” irão expressar à sua maneira o elemento principal que os caracteriza. As CEB’S acentuam o caráter social do seu engajamento enquanto os “novos movimentos”, não sentindo a necessidade de partilhar sua vida em grupo, preferem seguir o exemplo de alguém qui lhes parece mais autêntico na sua experiência religiosa. É a terceira etapa.

1.1.4 Enfim, quando os cristãos e cristãs dos “novos movimentos” buscam a legitimação de sua fé  no interior de si mesmo – “minha religião, sou eu” dizia um católico não praticante – e que a comunidade não tem mais importância a não ser que ela representa um espaço de supermercado onde o cliente escolhe e compra o que ele quer, os cristãos e cristãs das Comunidades eclesiais de base, tomando consciência de ter priorizado o engajamento político e social prejudicando sua relação com Deus, procuram aprofundar a motivação do seu engajamento. O contexto da presente reflexão toma como pano de fundo a experiência vivida no âmbito destas Comunidades eclesiais de base – CEB’S.

1.2  A Igreja das Comunidades ecclesiais de base (CEB’S)

O que dizer a respeito das Comunidades eclesiais de base ? Retomar alguns traços de sua evolução pode nos ajudar a entender como, em nome de sua fé, cristãos e cristãs descobriram a importância do engajamento político. As CEB’S não são o fruto de uma geração espontânea mas o resultado do engajamento de cristãos e cristãs – bispos, padres, religiosos, religiosas e leigos – formados pela Ação Católica, especialmente JEC, JOC, JUC, e confirmados pela abertura do Concílio Vaticano II, que tomaram o risco de viver a Igreja de maneira diferente. [iv]

“AS ALEGRIAS E AS ESPERANÇAS, as tristezas e as angústias dos homens de hoje, sobretudo dos pobres e de todos os que sofrem, são também as alegrias e as esperanças, as tristezas e as angústias dos discípulos de Cristo. Não se encontra nada verdadeiramente humano que não lhes ressoe no coração. Com efeito, a sua comunidade se constitui de homens que, reunidos em Cristo, são dirigidos pelo Espírito Santo, na sua peregrinação para o Reino do Pai. Eles aceitaram a mensagem da salvação que deve ser proposta a todos. Portanto, a comunidade cristã se sente verdadeiramento solidária com o gênero humano e com sua história.[v]

1.2.1 A hierarquia da Igreja aliada à Elite

O laicato militante da Ação católica se fazia bem presente na sociedade e solidário das “Reformas de base” propostas pelas autoridades governamentais no começo dos anos 60, como o estava também a direção da Conferência dos bispos. Paulo Freire tinha iniciado, com a “pedagogia do oprimido”, o “Movimento de Educação de base” (MEB). Porém o golpe de Estado de 31 de março de 1964 imposto pela força militar fez abortar o projeto. A crise política gerou outra crise no seio do episcopado. Toda a direção da Conferência nacional  dos bispos se demitiu e, em maio do mesmo ano, os “metropolitas” se reuniram e emitiram uma declaração. Apoiaram os militares na sua intenção de libertar o Brasil da ameaça comunista, agradeciam e desejavam que a reconstrução do país se realizasse, inspirada pelo Ensinamento Social da Igreja. O poder mudava mas o episcopado ficava o aliado do poder.

1.2.2        A hierarquia da Igreja  aliada ao povo

Passaram anos e os militares manifestaram pouco a pouco profundas divergências com o Ensinamento Social da Igreja. A realidade tornava-se tão negativa que as simpatias e as expectativas dos bispos para com os militares se deterioram. Também, a Igreja amadurecia na sua vida interna uma nova opção política e pastoral que parecia reverter o “concordato moral” com o poder e as classes dirigentes. Esta opção, resultado do regime militar e da recusa das elites de manter o compromisso tácito da aliança, levou a Igreja como instituição a renunciar à aliança com as elites e a assumir firmemente a solidariedade com o povo. Este passo foi de uma importância capital. O episcopado tomava a decisão de reconstruir a Igreja a partir da “base”, isto é a partir de sua inserção na vida do povo, o que lhe deu grande credibilidade junto a ele. Agentes de pastoral tomaram a iniciativa de sensibilizar as comunidades aos problemas vividos nos seus meios respectivos. Parte da hierarquia apoiava e encorajava a sociedade civil a combater a violência e o autoritarismo. A luta se organizou prioritariamente em torno do acesso à terra e da conquista pela democracia. Apesar de tantos sofrimentos – pois foram anos de confronto com o martírio – faziam-se grandes passos, principalemente no setor da organização e do desenvolvimento de uma mística de ação. Assim os movimentos populares fizeram a conquista de sua autonomia de ação, de reflexão e de formação. .

Aliada ao povo…como “Mestra da Verdade”

Em 1976, o episcopado, abalado pela forte onda de violência, reagiu energicamente com o Comunicado pastoral ao Povo de Deus [vi] e, imediatamente após, em 1977, com o documento Exigências cristãs de uma Ordem política [vii]. Foram opções inequívocas em favor da democratização do país. Era uma tomada de posição como “Mestra da verdade e da ética”. Indicava à sociedade a verdadeira e correta ordem política.

Estes gestos do episcopado desencadearam um movimento nacional : greve aconteceram, evidentemente consideradas ilegais em regime ditatorial, manifestações para a defesa dos direitos à terra e ao terreno urbano  se organizaram, a oposição sindical se articulou como forma alternativa à proposta imposta pelos militares e concentrações se multiplicaram nas diversas regiões do país. O movimento popular ganhou tanto espaço e força que introduziu um movimento nacional  de mobilização para exigir a volta ao Estado civil e as eleições do Presidente da República pela via direta. A força do povo teve ganho sobre o governo militar e as eleições se realizaram em 1985.

Aliada ao povo…como defensora da vontade popular

Em 1986, os bispos reunidos em Conferência publicaram o documento “Por uma nova ordem constitucional”.[viii] Estávamos no momento da elaboração da nova Constituição do país. O episcopado não agia mais como « Mestra da verdade » mas como “defensora da vontade do povo”. Foi um tempo rico em participação. « Todo poder vem do povo e em seu nome é exercido” diz a lei suprema do país. A participação de todos os grupos da sociedade, inclusive das classes pobres, na elaboração da Constituição foi tão generalizada que o documento foi e é chamado “Constituição cidadã”, publicada em 1988.

Celebrava-se a volta ao governo civil e o país tinha sua nova Constituição. Os objetivos previstos pelas CEB”S e pelos movimentos populares estavam realizados embora se encontrassem ainda diante de um futuro indefinido.

1.3 Um período de hesitação

Seguiu-se um período de hesitação: assistimos à desarticulação dos movimentos, à dispersão das forças, ao fechamento dos espaços conquistados em âmbito eclesial, ao abandono, à fuga e à perda de parte da liderança, à perda de visão de conjunto e de motivação, a um vazio de informações, etc. Enfim é como se, com a volta ao governo civil, todos os problemas tivessem sido resolvidos.

Este período de indeterminação permitiu às elites de continuar a manter os pobres na ilusão. O episcopado não tinha mais o vigor e o dinamismo dos anos 70-80. Apartir de 1990, apareceram as novas tendências na Igreja. Priorizava-se o “espiritual”. Sentia-se a influência dos movimentos religiosos internacionais. A hierarquia da Igreja pouco a pouco esqueceu seu compromisso com as « angústias e tristezas do povo” e voltou à sua vida interna, provocando assim uma mudança radical na formação dos seus agentes de pastoral. As CEB’S e os movimentos sociais mais significativos não encontraram nesta reviravolta o ambiente de avaliação, de reflexão e de crescimento desejado e tomaram uma certa distância.

Apesar de tudo isso, o processo.de democratização foi um fator importante para a maturação política dos cristãos e cristãs das CEB’S. Novas questões apareceram, em particular a da militância em partido político. Deve se engajar num partido político ou não ? Em qual partido? Esta questão era demais para os responsáveis conservadores da Igreja. Exerceu-se pressão para forçar as CEB’S a se afastar do engajamento em partido político pois, dizia-se, temos que separar a ação pastoral do engajamento político. A liderança da hierarquia mais conservadora não tinha evoluída e se fechou no seu pensamento tradicional referente ao político enquanto os cristãos e as cristãs evoluiam em pensamento diferente por terem conhecidos experiência diferente. Assim sendo, silenciosamente, por estratégia, afastaram-se da hierarquia da Igreja. O poder oficial cooptou boa parte das lideranças das CEB’S. Enfraqueceu a voz da hierarquia. As CEB’S continuaram a percorrer seu caminho, perdendo porém a visibilidade que tinham anteriormente, garantida pelo prestígio da Conferência dos bispos.

Resultado: prevaleceu para muitos cristãos e cristãs engajados em partido político o projeto pessoal mas para outros, foi um tempo de amadurecimento. Devemos concluir com isso que a volta à democracia, vitória do povo, foi uma ducha de água fria para as CEB’S ? Teriam perdidos a animação e a motivação do engajamento e o símbolo da opção pelos pobres ? O que é que se passou mesmo ? Vamos tentar uma leitura, levantando tres fatores que merecem nossa atenção. [ix]

  1. No tempo da ditadura, todos tinham a impressão de ter e de seguir un projeto de conjunto. Em efeito, a Igreja era o guarda chuva de todos os movimentos populares e dos partidos políticos de esquerda, até então clandestinos. O posicionamento era claro: lutar contra a ditadura. Com a abertura política, apareceram novos espaços e cada um procurou ocupar o lugar que lhe conviesse. O que parecia formar uma unidade se dividiu em múltiplos grupos e, então, todos tomaram consciência de que não existia de fato um projeto político global, alternativo e articulado que pudesse assegurar a união dos diversos setores até então articulados. Seguiu-se grande confusão. A Igreja, nas suas mediações, não tinha percebido a importância de equilibrar sua inserção-fermento com o anúncio de um projeto global. Ela ainda não tinha percebido na sua prática toda a importância do sonho utópico de Jesus Cristo. Foi-lhe difícil entender que toda realização humana, inclusive na política, era limitada e que somente a utopia podia impedir a parada do processo histórico ou sua acomodação. Entendemos então porque, como Igreja, os cristãos e cristãs tinham perdido o “elan” de gerar o NOVO. Com o passar do tempo, tomamos consciência que é a utopia do Evangelho que restabelece o equilíbrio entre as mediações concretas de presença e a comunhão ao sonho. De fato, não é importante que a Igreja ame os pobres mas é importante que os pobres se sintam amados por Deus.

2. O segundo fator a ser lembrado é tudo o que mudou na Igreja após a volta ao Estado civil. No tempo da ditadura, a Igreja tinha renunciado ao poder e chegado a ser solidária do povo, em particular dos pobres. A mudança tinha sido radical. Seu ponto de referência não era mais sua vida interna mas as “angústias e as alegrias” do povo. Realizava na sua prática a articulação entre religião e política. Religião e política se articulavam pela prática do serviço aos pobres. Sua ação era pé no chão, de onde tirava seu dinamismo. Na realidade, ela se encontrava no terreno onde Deus escreve sua história e seus agentes sentiam a necessidade de crescer neste dinamismo para não perder o entusiasmo, o que deu origem à mística que inspirava e unia. Infelizmente, produziu-se uma mudança qualitativa na hierarquia da Igreja que provocou um fechamento sobre ela mesma. A vida do povo não era mais a inspiração de sua modalidade de presença e do agir. Em consequência, as CEB’S viveram período de hesitação com a perda da mediação que alimentava seu engajamento.

3. O terceiro fator se refere aos militantes cristãos. Diversos líderes vindos das CEB’S tiveram acesso ao poder pelo exercício de um mandato. Houve ambiguidade no jeito de exercê-lo. Logo se percebeu que não tinha havido mudança de mentalidade nos militantes de tal maneira que o exercício do poder continuava a se legitimar pela lógica do exercício tradicional da política e não pela perspectiva do serviço ao Bem Comum. Fez-se na prática o que se condenava na teoria. Dito de outra maneira: faltou coerência no exercício do poder. As motivações evangélicas que deveriam ter justificado o agir dos cristãos no exercício do mandato, não existiam mais. Uma ausência de mística na ação.

Uma Igreja Aliada ao povo…como educadora à cidadania

Como seria o hoje da Igreja ? Existem cristãos e cristãs, adeptos de uma prática religiosa espetacular e emotiva que os deixa livres de escolher suas crenças e seus valores morais. Mas não é bem a característica atual pois existem cristãos e cristãs sensíveis à situação de pobreza e de marginalização vivida pela maioria do povo nesta sociedade subjugada à economia mundial. Estes se comprometem com a causa da transformação e com a elaboração de uma nova ordem socio-política e encontram no Evangelho sua fonte de inspiração. Apesar de certos fracassos registrados, a Igreja ganhou experiência. Num seminário de avaliação realizado em junho de 2002, cristãos e cristãs diziam: “Temos a certeza da nossa capacidade e, apesar de tudo, ganhamos pontos. Existem líderes que perseveram e outros  que buscam uma formação que os ajudará a viver sua fé em coerência com sua escolha. Ganhamos também porque descobrimos o caminho que liga fé e vida, religião e política. Enfim, ganhamos uma educação de base madura que criou raízes e o espírito da democracia e a luta pela terra cresceram muito.” [x]

A retomada da articulação das forças vivas da Igreja, justificada pela necessidade de uma avaliação aprofundada dos cristãos e cristãs engajados no movimento “Um outro Brasil é possível” está em fase de afirmação. De um lado, resurge o engajamento político na militância de partidos políticos e de outro lado, as comunidades redescobrem seu papel de educadoras à cidadania.

Após as eleições de 2002, fez-se uma sondagem sobre os políticos eleitos para o Legislativo. Verificou-se que os que receberam formação política nos quadros da Igreja católica tinham sinais de maior qualidade. Porém a sondagem aponta a urgência de uma maior preocupação com o desafio pastoral do acompanhamento espiritual dos políticos conscientes da necessidade de uma mística de ação e com uma formação mais qualificada.

A vitória da oposição em outubro de 2002 marcou a saída de um longo processo histórico. Tinha iniciado nos anos 60 e tomado configuração nas “Reformas de base”, reformas que o golpe do Estado de 1964 levou ao aborto. Entretanto, as sementes tinham caido em terreno fertil e criaram raízes na sociedade por meio das CEB’S, das Associações de bairros, dos núcleos de movimentos sindicais, dos diversos movimentos sociais e das organizações que se tornaram mais tarde ONG. E mais, o documento da CNBB de 2002 sobre as eleições [xi] expressou sem ambiguidade a disposição do episcopado em apoiar o projeto de construção nacional, priorizando a defesa da dignidade e dos Direitos Humanos e o desenvolvimento para todos. Em consequência, as CEB’S tomaram a initiativa de se engajar nas “políticas públicas”. Os bispos manifestaram seu apoio ao projeto do despertar da consciência e continuam a estimular o povo a uma participação efetiva à vida pública. Não pode haver real democracia sem a real participação do povo.

2a parte:  Religião e política [xii]

A perseverança dos cristãos e cristãs das CEB’S em manter o relacionamento entre a fé e a vida sustentou a prática de articulação entre religião e política. E mais, o engajamento pela defesa dos direitos das pessoas e dos grupos sociais, realizado diversas vêzes em contexto ecuménico, permitiu um aprofundamento do laço entre os dois. Entretanto, a prática desta articulação fé-vida ainda é semeada de muitas dificuldades pois elas são como dois caminhos que correm em paralelo. De um lado, a cultura secular de dependência levou o povo a “satanizar” a política, de tal maneira que ainda hoje ela fica nas mãos da elite; por outro lado, a experiência de cristandade “depolitizou” a fé e afastou os cristãos e cristãs do seu engajamento. Podemos então perguntar: é possível lutar contra a injustiça e amar seu inimigo ? Em outras palavras, é possível com a fé cristã articular religião e política ?

Esta pergunta fica constantemente subjacente ao engajamento dos cristãos e cristãs das CEB’S por se encontrar sempre diante de um dilema no seu jeito de viver a Igreja. A atual situação é mais do que evidente: os “novos movimentos” mobilizam a população em torno do religioso; os movimentos sociais, em torno de uma causa a conquistar. Por sua parte, os cristãos e cristãs das CEB’S procuram uma maneira de aproximar os dois: fé na vida. Para eles o engajamento político se tornou a expressão da fé no cotidiano. As manifestações públicas que visavam a expressão das escolhas e das opiniões do povo, o levaram a descobrir a política como participação popular. A política, reconhecida como suja e sórdida, pegou um novo sabor, o do Evangelho.

Chegou o momento de interpelar a fé cristã : o que entendemos por fé ? o que diz a fé ?

2.1  A fé cristã

Falar da fé cristã não é só falar de um engajamento religioso mas de uma opção de vida que, segundo o Evangelho de Jesus, implica uma decisão que engloba tudo. Mateus fala de um tesouro escondido num campo e de uma pérola preciosa.[xiii]  A fé cristã é a adesão a um projeto que exige uma opção total e totalizante. E este projeto é o de Jesus. A fé não é um ato qualquer entre muitos outros nem uma opção ligada a um setor da vida. Ela quer ser une inspiração que orienta a visão, os critérios, as atitudes e a prática de uma pessoa, de um grupo ou de uma comunidade. Ter fé é entrar com Jesus na aventura do Reino, é construir o Reino com Ele, é fazer com Ele o caminho para que o Reino aconteça. Em outras palavras, não basta dizer « Senhor, Senhor » para entrar no Reino pois ele não pertence a todos aqueles e aquelas qui acham que tem direito de entrar nele mas àqueles e àquelas que fazem a Vontade, o projeto do Pai, proposto e relembrado por Jesus. A “fé” sem as obras está morta. Dito isso, podemos afirmar que a fé cristã se expressa principalmente em duas dimensões: religiosa e política. O engajamento religioso é a relação com a transcendência, isto é com o Pai de Jesus e o engajamento político é a relação com a obra do Pai de Jesus, a Criação. Para viver a fé, além do engajamento religioso, deve existir um engajamento ético e a ética exige uma prática em conformidade com a fé. É o viés político da fé cristã. . Consequentemente, falar de política é falar da fé vivida no social, é falar do engajamento na sociedade civil, é falar da participação do povo na vida pública. Neste sentido, a fé cristã implica necessariamente a expressão  religiosa e o engajamento político. O divórcio entre os dois conduz a religião à alienação e a política à idolatria. Entendendo desse jeito a fé, será mais fácil dialogar com todos e todas até com aqueles e aquelas que tem referências e valores diferentes das nossas.

2.2 A política

Fica importante distinguir a política como organização da sociedade e a política como « militância » no seio de um partido político. A primeira concepção é inerente à fé cristã pois se revela como parte constitutiva de sua expressão. Quanto à segunda, apesar de ser essencial à existência da política como organização da sociedade, se apresenta ao cristão  e à cristã como uma opção facultativa entre outras. Vamos elaborar alguns traços de reflexão a respeito de cada uma dessas duas compreensões que, longe de se excluir, se chamam mutuamente para uma realização plena de sua finalidade.

2.2.1        A política como organização da sociedade

A comunidade cristã, a Igreja, não pode desconsiderar o engajamento político como organização da sociedade. É uma questão de existência e de vitalidade para ela. Mais do que nunca, é oportuno e necessário que ela a priorize e lhe dê lugar de destaque. Deve acolhê-la em pé e os dois pés no chão pois é imperativo para ela de se fazer presente nas mais variadas situações revoltantes das maiorias “sem emprego”, “sem teto”, “sem terra”, e dos “sem” de todo típo. Não existe cidadania sem engajamento político e, não existindo, a democracia se torna impossível. Tudo o que é relacionado ao humano é ligado à política.

O texto bíblico do pagamento do tributo a César constitue um fundamento da presenca da Igreja na política. As mais frequentes interpretações deste texto concentram sua atenção sobre a separação das esferas: poder temporal e poder espiritual. Mas pode ser interpretado de outra maneira. Eis a leitura que faz um leigo cristão:

“Façamos a leitura do texto a partir dos direitos de César”, dizia ele. “Quando Jesus diz : “Dá a César o que é de César”, ele reconhece tanto a existência da ordem temporal quanto os deveres que todos devem ter para com ele. Ele chama a atenção sobre a colaboração que devemos ter para que a ordem temporal seja organizada e funcione de maneira a tornar mais fácil  a plena realização de todos os membros da sociedade. Isso tudo tem a ver com a política. O engajamento dos cristãos na política não tem outra finalidade a não ser aquela da plena realização desta exigência”.[xiv]

Convém sublinhar aqui, a título de exemplo, a preciosa colaboração e o testemunho que os participantes dos “Foruns sociais mundiais” – expressão de diversas raças e religiões – oferecem ao mundo inteiro.

A presença da Igreja na política é uma exigência da fé cristã. A sua Doutrina social o relembra e a realidade de hoje o reclama. A política é uma “Terra de missão”.

A. Uma exigência da fé

A necessidade da presença da Igreja na política fica uma exigência da fé cristã. Fazer política é ato essencial  de toda prática do amor evangélico pois é lutar contra a tentação de servir antes de tudo sua carreira individual e é purificar a todo dia o engajamento que permite o ajustamento entre a conduta individual e o serviço ao Bem Comum. É a prática amorosa do Samaritano. O papa Paulo VI considerava a vocação política como a forma mais elevada da caridade. A política feita com amor se dirige a todos e todas e em particular a todos aqueles e aquelas que desconhecemos. Fazer política e ser consequente no seu agir são atitudes cristãs, coerentes e indispensáveis para quem pretende resistir aos novos ídolos imperiais.

Paulo VI escrevia que « a política é uma maneira exigente de viver o engajamento cristão ao serviço dos outros.” [xv]  Aceitando esta afirmação, ninguém pode dizer : «eu não faço política » pois, quem assim fala, na mesma medida, já escolheu fazer a política de recusa do serviço aos outros. A política não pode ser negócio de culto de personalidade nem objeto de idolatria ou de uma simples luta para o poder fora das normas da ética e ainda menos de um comércio de interesses pessoais e corporativos. Fazer política encontra seu símbolo no lava-pés e na perspectiva do SERVIÇO presente no Evangelho onde Jesus se torna a figura do verdadeiro político enquanto Pilatos representa a figura do exercício do poder sacrificando o projeto de vida. Servir o outro na sua dignidade é reencontrar o verdadeiro exercício do poder. Lucas dá um exemplo : « Entre eles houve … uma discussão sobre qual deles deveria ser considerado o maior. Jesus, porém, disse : « Os reis das nações têm poder sobre elas, e  os que sobre elas exercem autoridade são chamados benfeitores. Mas entre vocês não deverá ser assim. Pelo contrário, o maior entre vocês seja como o mais novo; e quem governa, seja como aquele que serve.”[xvi]

B. O Bem Comum, fundamento teológico do poder

Além de ser uma exigência da fé cristã, a Igreja, na sua Doutrina social, apresenta o Bem Comum como o fundamento teológico do poder, justificando assim o engajamento político.

Vaticano II definia a « política » como o « uso do poder legítimo en vista da conservação do Bem Comum da sociedade”. [xvii]  O papa João Paulo II retomou esta definição acrescentando-lhe que o « Bem comum » é « o conjunto das condições da vida social que permitem aos indivíduos, às famílias e às associações de poder realizar de maneira mais plena e mais fácil sua própria realização, sua própria perfeição, isto é, a plena realização da pessoa.” [xviii] Assim entendido, a política não pode ser a SERVA da economia, como o entendem hoje muitos governantes, mas deve ser a SERVA da plena realização do ser humano e de todos os humanos, a SERVA DA FELICIDADE.

Para que o Bem comum se realize, acrescentava João Paulo II no seu encontro com os políticos «é necessário garantir a todos e todas iguais oportunidades e dar uma atenção especial àqueles e àquelas que, por motivo de saúde ou por causa de sua condição social, correm o risco de ficar para trás.” [xix]  É uma outra maneira de falar da opção pelos pobres. A opção pelos pobres exige o ter cuidado com aqueles e aquelas que, por sua situação de exclusão social, isto é por não ter as condições mínimas de sobrevivência ou por motivos de saúde, não podem participar como os outros e, assim, correm o risco de ficar à margem da sociedade. Fazer política é vigiar pela felicidade de todos e todas, conservando porém um olhar e uma atenção especiais para com os excluídos da vida e da felicidade.

C. A política, terra de missão – Lugar de uma prática do amor evangélico

A política, hoje, é uma « terra de missão ». Por este motivo, ela deve se situar bem no coração da Igreja. A política é uma « terra de missão » porque é um campo da atividade humana bastante desconhecido e visto com preconceitos, especialmente da parte dos militantes cristãos, É também “terra de missão” porque é um campo de atividade onde a tentação do poder se faz muito intensa. O exercício da política nunca foi tão afastado da Doutrina social da Igreja.

A maior parte dos espaços tanto no interior quanto no exterior da Igreja, dominados pelo ídolo-mercado, se fecharam por causa do seu pensamento que se tornou único e autosuficiente e, em nenhum outro momento de sua história, a disputa pelo poder foi tão afastada da busca do Bem comum. As forças que comandaram até o momento presente o Estado brasileiro investiam unicamente na modernização dos “patterns” de consumo das classes ricas, prejudicando portanto o nível de vida das classes dos trabalhadores e trabalhadoras e marginalizando uma parte considerável da população. Não teria sido o dever da Igreja, tomando a sério a sua função profética, de denunciar o afastamento da política do seu sentido cristão ?

É preciso também notar que uma visão política  frágil e mesquinha não se encontra somente nos setores populares não organizados mas nas suas lideranças que não chegam a tomar consciência do que o povo pensa e a entender o seu agir. Prevalece ainda o velho esquema: “Nós sabemos e o povo deve ser ensinado por nós ». A política dos grandes temas relativos à humanidade da pessoa e da sociedade ainda fica muito longe de nossa consciência social e de nossa ação política. Para efetivar uma mudança na vida política, a Igreja não poderia na  programação de formação das comunidades estimular  a participação efetiva dos seus membres à vida pública ? Quão preciosa seria esta contribuição das Igrejas !

Concluindo. A política é uma verdadeira terra de missão pois ela é um lugar de necessária colaboração para que os valores do Reino possam encontrar nela a sua plena realização. Reconhecer a política como uma “terra de missão” é aceitar que o Evangelho aí seja proclamado no que tem de fundamental, isto é que seja proclamada a humanidade do ser humano como universalidade e como realização de Deus.

2.2.2  A política como partido político

Agora temos que falar da política como partido político, como militância em partido político. O que diz a fé cristã a este respeito ? o que diz a Igreja ? o que tem a dizer os cristãos e cristãs ? Documentos oficiais da Igreja católica instituem uma diferença entre a hierarquia que pensa política como serviço ao Bem Comum e o leigo como protagonista da construção do mundo através da militância política partidária. Esta distinção abre espaço para uma perigosa dicotomia: o temporal para os leigos e o espiritual para a hierarquia. Antes de ir mais adiante, eis um testemunho de uma cristã, eleita deputada estadual no Maranhão. Seu engajamento  em diversos setores da vida já tem tempo suficiente para ser experiência a ser relembrada. Vamos ler um trecho do seu discurso de posse:

“Não posso deixar de assinalar, entre os marcos de minha vida, os meus compromissos com minha comunidade de fé, pela força sacramental do Batismo.   Pertenço, conscientemente, a uma Igreja que declarou, na Assembléia dos Senhores Bispos da América Latina, em Puebla, em 1979,  sua opção preferencial pelos pobres, reafirmando, assim, todo o magistério já proclamado muito antes pelo próprio Jesus, principalmente no Sermão da Montanha.   Aprendi, inclusive, através d’Ele, que os mais felizes são “os que ouvem a  Palavra e a põe em prática.

Esta prática é o grande desafio. Ela nos impele a romper com toda estrutura  iníqua de Poder, sem fazer concessões, sem transigências. Ela nos impulsiona a uma ação transformadora da sociedade, a partir do próprio testemunho de vida nas realidades concretas.  Por isso, o papa Paulo VI, ainda em dezembro de 1975, no documento A EVANGELIZAÇÃO NO MUNDO CONTEMPORÂNEO, nos exorta a atingir, como que a modificar os critérios de julgar, os valores que contam, os centros de interesse, as linhas de pensamento, as fontes inspiradoras e os modelos de vida, que se apresentam em contraste com a Palavra.

O parágrafo 1º do art. 86 do Regimento Interno desta Assembléia me informa que a “Bíblia Sagrada deverá ficar, durante todo o tempo da sessão, sobre a Mesa, à disposição de quem dela quiser fazer uso”.  Esse dispositivo me faz crer que os critérios de julgamento, os valores que contam, os modelos, os centros de interesse, as linhas de pensamento e as fontes de inspiração que permeiam o agir desta Casa deverão estar em perfeita sintonia com o conteúdo do livro que está sobre a mesa dos trabalhos.   Caso contrário, não passaria de simples adorno, o que não terá sido o pensamento de quem propôs tal regra para este Parlamento.[xx]

O partido político é a mediação necessária para traduzir um projeto de sociedade e é por meio dele que os cidadãos e cidadãs descobrem as perspectivas de um projeto nacional que atenda melhor as necessidades do povo. Ele é absolutamente indispensável.  Importa interrogar o porque da Igreja ter tanta dificuldade em lidar com os partidos políticos. Não aprofundaremos aqui esta questão mas quantas vezes tivemos a oportunidade de nos dar conta que, quando um leigo engajado na comunidade cristã resolve entrar na política partidária e consegue assumir um mandato, logo está sendo abandonado.  Quantas vezes as comunidades cristãs recrutaram candidatos e candidatas para se engajar na política de partido, fizeram campanha eleitoral com eles e acabaram por se afastar deles. O que é que poderia explicar essa dificuldade de relações ?

À primeira vista, poder-se-ia afirmar que o problema não existe e que a Igreja sempre se fez próxima dos partidos políticos tanto da esquerda como da direita mas este jeito de pensar não explica porque os movimentos da Igreja ligados aos partidos políticos tem dificuldade em conservar seu carisma cristão. Após diversos ensaios, numa primeira reflexão, os cristãos e cristãs chegaram à conclusão de que se tratava de uma compreensão errada da relação entre religião e política..

Explico: existe uma situação de dois pesos duas medidas qui explicita a desigualdade no jogo. De um lado, verifica-se a relação de boa vizinhança mantida pelos movimentos católicos conservadores com os partidos políticos conservadores ou com os partidos que tem o colorido cristão, criados ou não pela Igreja ou apoiados por ela. Porque será que estes partidos são sempre aceitos e vistos como algo desejável ? Por outro lado, nota-se que certos agentes de Igreja e políticos são profundamente incomodados quando as pastorais e os movimentos, em razão de suas posições e práticas, se aproximam e agem, em certas circunstâncias, em acordo com os partidos políticos de esquerda que tem propostas e práticas inovadoras e perseguem o objetivo da justiça.  Porque será que assim aconteça ?

A primeira situação parece dizer que de fato devemos separar religião e política do mesmo jeito que separamos economia e direitos sociais, política e justiça. Separando a religião da política, tem-se a certeza de que o cristão engajado ficará no terreno das preocupações internas da Igreja e que o político ficará também sobre o seu próprio terreno. É uma compreensão pelo menos estranha da relação entre religião e política. É uma compreensão que expressa claramente o fechamento sobre a sua esfera de poder. Assim concebendo, não estaríamos diante de uma concepção errada da política e do Evangelho ? Pois bem, separando religião e política, estamos expressando uma crise de perspectiva e uma impossibilidade de compreender as mudanças sociais e políticas e em particular de compreender a razão da vinda de Jesus. Fazer política, não seria proclamar e tornar efetivos os valores inerentes à condição humana ? Perder a dimensão do universal e consequentemente do sentido pleno e singular da política e do Evangelho, é comprometer seriamente a missão da Igreja.

2.2.3    Aproximar-se não é assimilar

Pelo visto, faz-se necessário estabelecer uma justa relacão entre religião e política, o que não significa confundí-las. Não se trata de transformar os movimentos e\ou as ações das Igrejas em instrumentos de partidos políticos mas de entender que existem diversas maneiras de lutar em defesa da vida e que existem diversos rostos de expressão do amor concreto e histórico,  todos porém construindo o Reino.

Os cristãos e as cristãs teriam vantagem em se aproximar das pessoas de boa vontade, organizadas em movimentos e\ou partidos políticos, que no seu compromisso cotidiano expressam a disposição de dar os passos necessários para construir o Reino prometido e já realizado pela Vida, Morte e Ressurreição de Jesus. Neste sentido, os partidos políticos de esquerda e o Evangelho tem uma cumplicidade surpreendente pois tanto os partidos quanto o Evangelho são fermento, sal e luz. Eles indicam claramente o lugar e a importância radical da força transformadora do Evangelho, são inspiradores de novos projetos sociais, políticos, econômicos, culturais e espirituais e, também,  engendram a Esperança no coração da humanidade ainda mantida presa pelas elites dominantes. A humanidade tem necessidade da presença espiritualmente  revolucionária dos discípulos de Jesus. É uma urgência.

Fazer-se presente nos partidos políticos, animá-los, encorajá-los, comprometer-se com eles para que um dia a sociedade tenha capacidade de gerir seu próprio destino e de depender cada vez menos  de mecanismos de contrôle e de repressão é uma outra maneira de aproximar religião e política sem confundí-las. Aliás, isso faz parte também da missão das Igrejas. Seria uma outra maneira para os cristãos e as cristãs de ajudar os partidos a reconhecer que o povo, em particular os pobres, devem ser mesmo os protagonistas do seu futuro e que isso se conquista com muita luta. Até hoje, os pobres sempre foram e estão em terceiro lugar. Na verdade, há sempre alguém que está aí para decidir por eles. Há sempre alguém para dizer o que eles pensam, o que eles querem  e até para explicar o que eles dizem, o que fazem, o que eles querem dizer e o que eles querem fazer. Quando não é o Estado, é o partido político. O dia em que os pobres exercerão o seu poder de decisão, o Reino estará próximo. Engajar-se “utopicamente” nesta missão histórica é praticar o Evangelho no que ele tem de mais dinâmico.

Assim fazendo, as Igrejas contribuirão a enfraquecer a falsa sede de poder que habita ainda em tantas pessoas e os partidos políticos sedentos do Bem Comum se encontrarão com o Evangelho na universalidade da pessoa humana, coração da prática evangélica.

2.3 A fé cristã, um encontro da religião com a política e da política com a religião

Religião e política são dois componentes da fé cristã. Porém ela não é instrumento técnico delas pois ambas tem sua autonomia. A fé as ilumina e as orienta. Como isto pode ocorrer ? A fé cristã é um processo de adesão a uma nova maneira de SER. Ela age como luz, fruto de uma opção pessoal de vida e de uma longa caminhada de comunhão  e de conversão a Jesus Cristo e a seu projeto. E esta luz ilumina a religião e a política de acordo com o jeito cristão de ser. Em outras palavras, sem uma experiência profunda de Jesus Cristo e de seu projeto, a fé cristã não pode pretender de maneira alguma iluminar a religião e a política. Assim sendo, é só a partir de um testemunho de Jesus que um cristão e uma cristã podem descobrir as interações entre a religião e a política. A prática de Jesus revela o amor do Pai para com seus filhos e anuncia a realização próxima do Reino, isto é, Ele anuncia um mundo governado de acordo com a vontade do Criador, liberto de todo mal e de toda injustiça, de todo sofrimento e de toda dor, restabelecendo em sua integridade as relações da humanidade com Deus, com seus semelhantes e com o mundo.

2.3.1  As contribuições da fé cristã à política

O que diz a fé cristã à política ? Como pode iluminá-la ? Tomando como referência o testemunho de Jesus, podemos destacar tres valores: o exercício do poder, a prioridade dada às pessoas e a Esperança. Essas três contribuições da fé cristã podem iluminar o exercício da política. Vejamos.

“Quem de vocês quiser ser grande, deve tornar-se o servidor de vocês” [xxi], dizia Jesus. O poder só pode ser exercido para o serviço do Bem Comum, pois o verdadeiro poder reside na dignidade da pessoa humana. Ele não se exerce por imposição, arrogância, egoismo e ambição mas pela gratuidade do amor. Tal exercício do poder supõe uma tomada de consciência de seus limites e da maneira de vivê-los em ligação constante com a sociedade civil. Tal exercício do poder consiste em viver a verdade não toda feita com antecedência mas verdade que se descobre por um esforço constante de participação e de comunicação.

A fé cristã relembra também à política que o Bem Comum só pode ser conquistado por uma luta constante em favor de um projeto a serviço das pessoas e jamais contra as pessoas. Para que esse projeto fique em acordo com o Evangelho, o engajamento implica uma luta contra a injustiça junto a uma constante busca de amor do inimigo. Esta dimensão tem para o Evangelho uma importância capital. É ela que ajuda os políticos a aprofundar suas relações entre eles e a descobrir as diversas tendências de busca do Bem Comum muitas vezes expressas nos partidos políticos nos quais militam.

Enfim, a fé cristã dinamiza o processo político alimentando a Esperança através da paciência histórica sem exigir portanto a eficácia e os resultados imediatos. A precipitação afasta as pessoas e muitas vezes as impede de assumir seu papel de protagonista de sua história. A Esperança não é uma simples  renovação de repetir o que já aconteceu mas é um futuro aberto para um novo começo, superior ao primeiro. Quanta riqueza para um povo conquistador do seu futuro !

 2.3.2  As contribuições da fé cristã à religião

Agora, o que diz a fé cristã à religião ? A fé cristã reconhece a autonomia da política e lhe reconhece a competência que tem para elaborar um projeto de vida em sociedade que permite a realização do Bem Comum. Porém, é necessário também reconhecer que, em geral, as pessoas tem tendência em se unir mais em torno de projetos de emergência e de assistência que melhoram as condições de vida a curto prazo mais do que em torno de projetos que, para servir o Bem Comum, exigem uma mudança profunda e estrutural. Não é raro constatar que, quando um projeto exige uma mudança em profundidade, as pessoas tem tendência em tomar distância, a resistir e até a excluir os protagonistas da mudança. Esta reação explicita bem a visão que muitos cristãos e cristãs tinham no tempo da ditadura no Brasil. Queria-se a mudança mas qual mudança? E esse agir era, de fato, em fidelidade à sua religião. Quantos afastamentos ! Quantas recusas ! Qual é essa fé que inspira uma tal religião ?

Sim, a fé cristã deve também questionar a religião. Em nome de qual deus a religião não autorizaria a união dos cristãos e cristãs em torno de reformas profundas de mudança ? Em nome de qual deus a religião justificaria ainda o processo secular de dominação e de conformismo ? Em nome de qual deus a religião substituiria a sua voz profética por favores recebidos ou a receber ? Em nome de qual deus a religião permitiria a submissão para manter prestígio e privilégio ? Não seria certamente em nome do Deus de Jesus ! Em efeito, a fé cristã deve interrogar a qualidade da religião dos cristãos e das cristãs.

A fé cristã relembra aos cristãos e cristãs que ela promove um projeto de sociedade onde devem ser vividos a dignidade, o respeito, o amor, a partilha dos bens e a participação e que são chamados a colaborar não somente pela contestação et pela crítica mas também por uma colaboração efetiva.

Digamos, para resumir, que se a fé cristã convida a política a mudar o projeto de sociedade para que ele seja realmente ao serviço do Bem Comum, ela convida tamtém a religião a mudar a concepção do seu deus. A fé cristã, aquela do Evangelho de Jesus, inspira e ilumina a religião e a política. Ela dá coragem, disposição e dinamismo e leva a ingressar na dinâmica da mudança.

2.3.3  Política e religião se encontram para realizar um sonho

Quando política e religião iluminadas pela fé cristã se encontram, elas se situam bem no centro do projeto de Jesus que é o projeto de Deus sobre o mundo. E neste projeto há espaço suficiente para que todo ser humano possa colaborar à sua realização concreta. A articulação entre as duas é possível por meio da opção pelos pobres, dos excluídos, dos que vivem à margem da sociedade.. Em efeito, o que une na fé cristã a religião e a política é a busca da libertação dos pobres e o que cria a comunhão entre o político e o cristão é a opção sem equívoco pela felicidade de todos os seres humanos, pela busca do Bem Comum. Os dois, cristão e político, se encontram quando eles lutam com gratuidade e despojados de interesses pessoais num projeto de comunhão e de fraternidade em favor do povo, dando prioridade aos mais pobres. O político ajuda o cristão a descobrir que o verdadeiro poder reside na conquista da cidadania e o cristão ajuda o político dinamizando seu quotidiano na perspectiva do “já realizado” e do “ainda não”. Na fé cristã não se pode separar religião e política. Unidas, elas permitem a mudança do mundo no qual vivemos e constrõem o Reino. São os dois rostos inseparáveis do Evangelho.

Quando a gente se engaja a colaborar na mudança do modelo de vida em sociedade para que esteja em coerência com o projeto de Deus, estamos fazendo política e quando tomamos cuidado da qualidade do nosso engajamento que ilumina e inspira o percurso na realização deste projeto, estamos vivendo a fé. Assim sendo, não podemos falar nem de política cristã e nem de política neutra. Falando desse jeito seria ressuscitar a sombra de Pilatos. O Evangelho de comunhão só pode se viver num engajamento solidário dos políticos e dos cristãos num projeto de sociedade que renova a face da terra.

Religião e política na fé cristã se unem para realizar um sonho. É o sonho a serviço de uma utopia. É o sonho de um mundo onde a dignidade de cada um e de cada uma é reconhecida, onde reina a liberdade, onde os direitos humanos são respeitados, onde as condições mínimas de vida são asseguradas, onde existirão novas relações de igualdade, de respeito, de autenticidade, onde o outro não será em primeiro lugar um inimigo mas será aceito como uma parte de si mesmo, onde todos terão acesso às riquezas, onde todos e todas se respeitarão e viverão sua autonomia na cumplicidade das diferenças e onde será reconhecido definitivamente o Pai de Jesus.

A. Alguns elementos a levar em conta

Como fazer para que a política, no Brasil, seja o que deve ser, isto é a “arte do possível”? Como fazer para que o projeto do Deus de Jesus Cristo se torne realidade ? Para melhor entendimento, vamos considerar tres elementos : o Reino de Deus, o diálogo e a clareza a respeito das suplências e, para terminar, algumas considerações referentes à situação política atual do Brasil. [xxii]

1. No centro: O Reino de Deus

Jesus relembrava que tinha vindo para que « houvesse vida em abundância ». Quando buscamos articular religião e política, não podemos esquecer o fundamentalismo, o integrismo e a cristandade vividos pela Igreja católica e não podemos esquecer que, no decorrer desta história, ela buscou sua sobrevivência na política. Nesta reflexão que ora fazemos, não temos a preocupação da promoção e da afirmação da Igreja em si mas a do avanço do projeto de Jesus, projeto do Reino. A vida de Deus neste mundo foi maculada. A vida humana e seu meio ambiente são seriamente comprometidos. Eis a razão porque, parece-me, que articular religião e política na fé cristã é acreditar que Jesus veio neste mundo para libertar a vida e que nossa responsabilidade consiste em trabalhar para que aconteça.

2.  O diálogo

A necessidade do diálogo constitue outro elemento importante para que religião e política se articulem bem. Nós católicos, cristãos e cristãs não somos os únicos a lutar para construir o Reino. Existe muita gente de diversas religiões e de diversos outros movimentos que até podem não fazer referência a nenhuma inspiração religiosa mas que tem o espírito da vida. Em razão de nossa fé somos incentivados e impelidos a construir o Reino com todas essas pessoas de crenças e de referências diferentes das nossas. Em razão de nossa fé, somos parceiros. Não temos o privilégio e nem a responsabilidade de construir sózinhos o Reino. Somos todos e todas chamados. O espírito que deve nos guiar na articulação da religião e da política não é aquele de « nós fazemos e os outros, não” mas aquele que, pelo diálogo, numa convergência de forças e numa complementariedade de inspirações, nos chama a servir o único Espírito que sopra onde quer. Este Espírito sopra tanto nas religiões quanto fora delas. É o que nos permite construir juntos a vida e a felicidade que, cristãos e cristãs,  denominamos de « projeto do Reino de Deus ». O ecumenismo, o diálogo interreligioso e a capacidade de diálogo com aqueles e aquelas que tem sua inspiração fundada até fora da religião não somente são possíveis e oportunos mas necessários pois ninguém esgota o tamanho da tarefa da construção do Reino no campo social. Temos necessidade de todos e todas. É o espírito da presente pesquisa e reflexão.

Entretanto, como cristão e cristã, neste diálogo, temos algo específico a dar : a ESPERANÇA. Carregamos com os outros uma utopia, um sonho que nenhuma mediação histórica esgotará. Carregamos a Esperança que vem da certeza que, neste poço da vida da história, Jesus Cristo, aquele que o Pai ressuscitou, já se banhou. Temos a Esperança que esta construção do Reino será realizada.

3. A clareza nas suplências

Faço apenas menção de um terceiro elemento necessário  para uma justa articulação da religião e da política, o do discernimento nas suplências. Existem coisas que fazem parte da natureza da Igreja, de sua missão e que lhes são essenciais et existem outras que são apenas provisórias. Esta distinção tem que ser feita pois misturar o essencial e o provisório só dificultaria a articulação e conduziria a equívocos e ambiguidades difíceis de superar.

B.  Um agir na conjuntura política atual do Brasil

Os cristãos e cristãs das comunidades eclesiais de base tem uma longa experiência de engajamento social e político. As eleições dos últimos anos são o resultado de todos esses anos de fracassos, de angústias, de demorados sofrimentos, de teimosia no trabalho e de uma fé profunda que sempre os sustentou. A chegada de um operário sem diploma na presidência da República e a eleição do governador atual no Maranhão, apesar de todas as suas ambiguidades e limitações, são resultados inéditos. Somos cada vez mais conscientes da necessidade da participação popular para continuar e sustentar o espaço conquistado na construção do Reino. Ouso apresentar algumas orientações :

1. Em primeiro lugar, relembramos que a democratia necessita ser solidificada. Infelizmente não será possível fazê-lo enquanto os políticos continuarão a defender seus interesses pessoais numa promiscuidade entre o público e o privado. Haverá eleições municipais num futuro próximo em todo o país. Uma primeira tarefa consistirá em enfrentar estes equívocos, num trabalho articulado, aberto e corajoso, a ser proposto de maneira clara às comunidades pedindo lhes que iniciem um novo processo de participação, desta vez mais coerente, dos cristãos e cristãs na política. Para que aconteça, dever-se-á priorizar a formação permanente do trabalhador e da trabalhadora socializando o conhecimento e acentuar a mística do serviço.

2. Em segundo lugar, constatamos que quando os partidos políticos e os próprios políticos originados dos movimentos sociais chegam ao poder, duas alternativas se apresentam a eles: ou assumem responsabilidades e se integram ao poder –  corre-se nesse caso o risco de ser cooptados – ou optam por não participar do governo. Fiscalizam os engajamentos eleitorais e,  sem perceber, chegam a alimentar uma oposição que apenas gosta de se apropriar de toda crítica popular. Entre estes dois extremos  os movimentos populares deverão encontrar um espaço que seja o seu, isto é um espaço onde a autonomia e a capacidade crítica estejam a serviço de um novo projeto para o Brasil e para o Maranhão.

3. Em terceiro lugar, relembramos que, por medo de implicar a comunidade em opções de partido político, a hierarquia da Igreja católica insiste para que se deixe exclusivamente a cada cristão e cristã o direito de definir seu critério subjetivo que o conduzirá à escolha do seu candidato, critério que, supõe-se, estaria em correspondência aos valores evangélicos que a Igreja tem costume de pregar. Infelizmente,  este posicionamento fragiliza o prestígio dos partidos que são mediações indispensáveis para concretizar qualquer ideal político.

Este posicionamento, na situação atual, arrisca prejudicar muito o processo político eleitoral pois, além do partido, não temos ainda outra mediação organizada que pudesse se tornar instrumento auxiliar para ajudar o discernimento político, indispensável tanto para identificar os valores em jogo nas propostas políticas quanto para desmascarar as práticas de quem emprega a política para pervertir suas verdadeiras finalidades.

Enfim, digamos que essa opção doutrinal de natureza subjetiva falha pela sua incoerência,  pois a pretensa neutralidade da comunidade, na realidade, se torna pretexto para evitar o engajamento e muitas vezes esconde uma sutil cumplicidade. Nestes termos, a pregação teórica se torna ineficaz e perde sua credibilidade.

Dito isso, percebe-se a urgência de uma « pastoral política », nesta “terra de missão” para criar uma mediação necessária entre os princípios doutrinais e o engajamento dos cristãos e cristãs. Sem ela, continuar-se-á a prática do divórcio entre a religião e a política, prejudicando as duas e, com certeza, a fé cristã.

Conclusão

Na fé cristã, religião e política se encontram. As duas tem a mesma finalidade, a FELICIDADE de todos os seres humanos. E o seu ponto de encontro é a opção pelos pobres e excluídos pois eles são o sinal evidente das fraquezas de um projeto de sociedade caracterizado pelas desigualdades e ausência de fraternidade. Unir religião e política é questão de identidade que se impõe a todo cristão e cristã pois o projeto de Deus chamado de Reino tira suas raízes na experiência vivida, transcende-a e revela Deus. Jesus se inseriu na história apropriando-se de todas as dimensões da vida humana, inclusive os conditionamentos materiais e socio-econômicos, mostrando assim que todas as dimensões, independentes de sua referência eclesial, possuem um valor divino e teologal. A política, na medida em que integra as dimensões da reciprocidade, da solidariedade e da justiça, expressa sua vontade e concretiza o que Jesus quis e realizou.

 



[i] RACE, Alan, Les idoles de la sécurité, citado por Timothy RADCLIFFE, Que votre joie soit parfaite, Paris/Montréal, Cerf/Fides, 2002, p. 265.

[ii] RIBEIRO DE OLIVEIRA, Pedro A, Análise de conjuntura, CNBB, novembro 2002.

[iii] ANTONIAZZI, Antônio, “Leitura socio-pastoral da Igreja no Brasil (1960-2000)”, em Conjuntura Social e Documentação, CNBB, nos 638, 641, 642, 644.

[iv] BANDEIRA, Marina, A Igreja Católica na Virada da Questão Social, (1930-64), Rio de Janeiro, Vozes-Educam, 2000, p. 279-351.

[v] VATICANO II, “Igreja no mundo de hoje”, em Concílio ecuménico Vaticano II, Petrópolis, Vozes, 1966, p. 137.

[vi] Documentos da CNBB, Ed. Paulinas, no 8 (série azul).

[vii] Documentos da CNBB, Ed. Paulinas, no 10 (série azul).

[viii] Documentos da CNBB, Ed. Paulinas, no 36 (série azul).

[ix] ASSELIN, Victor, “Política, terra de missão”, seminário sobre “Fé e política”, Balsas, Ma, Brasil, 25-27 junho 2002, p. 4-5.

[x] Id., p. 5.

[xi] Eleições 2002, Propostas para reflexão, Documentos da CNBB, no 67 (série azul).

[xii] ASSELIN, Victor, “Política, terra de Missão”, texto de estudo, Balsas, Ma, Brasil, junho 2002.

[xiii] Mt. 13, 44-46.

[xiv] SAMPAIO, Plínio de Arruda, Notas, Seminário “Fé e Politica”, Balsas, Ma, Brasil, 25-27 de junho de 2002.

[xv] Paulo VI,  Octogesima Adveniens, no. 46.

[xvi] Lc 22, 24-26.

[xvii] VATICANO II, A Igreja no mundo de hoje, 74, dans Documentos do Vaticano II, Petrópolis, Vozes, 1966.

[xviii] JOÃO PAULO II, Jubileu dos Políticos, 2000.

[xix] Id.

[xx] HELUY, Helena, “Discurso de posse” na Assembléia Legislativa do Estado do Maranhão, 01 de fevereiro de 2001.

[xxi] Mc 10, 43.

[xxii] MASSERDOTTI, Dom Franco, palestra “Política, terra de Missão”, Seminário Balsas, 25 junho 2002.

Conferência pronunciada  em francês no Seminário organizado pela Universidade Saint-Paul, Ottawa, Ontario, Canadá com o tema FÉ CRISTÃ E POLÍTICA, no dia 28 de fevereiro de 2003, publicada na revista « Sciences Pastorales » da Faculdade das Ciências Humanas da mesma Universidade, vol 23, nº 1, 2004, p. 55-79, traduzida em português pelo autor e atualizada em julho 2007.

Victor Asselin, sacerdote da diocese de Nicolet, Québec, Canada, exerce seu ministério há mais de 40 anos na região do Maranhão, Brasil. Iniciou seu trabalho pastoral  na diocese de Pinheiro em 1966, foi o coordenador da Pastoral desta  Diocese,  primeiro coordenador das Comunidades Eclesiais de Base pelo Maranhão, membro fundador da Comissão Pastoral Nacional da Terra, da qual foi seu primeiro Vice-presidente de 1975-1980,  fundador desta mesma Comissão no Maranhão em 1976. diretor da Rádio Educadora e diretor da Cáritas Maranhão. Fez direito na Universidade Federal do Maranhão e passou a exercer advocacia na prática da defesa dos direitos dos mais pobres e da conquista da cidadania, além de exercer o magistério no início das atividades do IESMA. Sempre se interessou pela política e chegou a exercer funcões em prefeituras do Estado.

RESUMO

A fé cristã e a política podem se articular e conviver juntas ?  Para nos convidar a uma reflexão sobre as relações necessárias entre ambas, o autor explica o intenso esforço que fizeram as Comunidades eclesiais de base  através de sua prática pastoral. Recusando de se fechar em problemáticas internas às Igrejas e tomando distância de um puro engajamento social sem motivações desinteressadas, os membros das CEBS tentaram descobrir como realizar o Reino num  agir político inspirado pela fé cristã. O autor também questiona: porque os bispos tem tanto medo da política ? Onde religião e política se encontram ? O que a utopia do Reino e a Esperança cristã tem a fornecer como contribuição para a construção social ?

Religion et Politique

RELIGION ET POLITIQUE

Réflexion sur l’engagement des chrétiens et chrétiennes des communautés ecclésiales de base (CEB) au Brésil

« … dans la mesure où nous sommes prêts à transgresser toutes les limites morales au prétexte de servir une personne ou une collectivité quelconque, nous faisons d’elle un dieu. Au sens le plus réel, obscurci d’ordinaire par la séparation moderne entre religion et politique, nous sommes tombés dans l’idolâtrie. Nous avonbs fait de l’État un dieu » (1)

 

« Les chrétiens de la post-modernité (individuellement ou regroupés dans de nouvelles associations) pourront-ils redevenir des acteurs politiques significatifs ? À l’opposé, le politique refluera-t-il de quelque façon sur la religion ? » Voici l’interrogation suggérée. Je me permets, pour mieux adapter le sujet à mes connaissances et mon expérience, de reformular la question dans les termes suivants: « Les chrétiens et les chrétiennes engagés en politique au Brésil, en Amérique du Sud, sont-ils des acteurs significatifs ? Quels liens font-ils entre la religion et la politique ? Peut-il exister des interactions entre les deux ? En d’autres mots, est-il possible d’être à la fois chrétien et politicien ? Est-il possible de lutter contre l’injustice et d’aimer son ennemi ?/ Ma réflexion sur le thème tentera d’évaluer l’engagement des chrétiens et chrétiennes, particulièrement de l’Église catholique, dans le contexte socio-économico-politique du Brésil. Le mot « religion » se situe alors dans un univers restreint come le sera aussi celui de l’ »Église ». La relation religion-politique a toujours été difficile pour l’Église. Congar, à la fin de sa vie, déplorait le fait que cette question ait été si peu travaillée. Aujourd’hui, elle devient plus compliquée du fait que l’expérience religieuse s’est déplacée vers l’individu sans la médiation des institutions, à l’intérieur de la logique de la valorisation de la subjectivité. Les religions, qui ont eu la capacité d’orienter la vie sociale, aujourd’hui se révèlent être des sources à peine possibles de sens pour le monde et la personne. La modernité et la post-modernité obligent alors les Églises à renoncer à quelque prétention d’imposer à la société des principes et ses normes. Dans ce contexte, quelle est la position des chrétiens et chrétiennes ? Quel horizon politique pouvons-nous découvrir pour les Églises ?

 

Actuellement, au Brésil, un nombre croissant de personnes déclarent ne pas avoir de religion et 15,4% de la population se dit évangélique. Jusqu’à ces années-ci, ce dernier groupe se maintenait loin de la politique, alors qu’aux élections d’octobre 2002 il obtenait presque 10% des élus tant au niveau de la Fédération que des États. Il est vrai que, dans le « cadre évangélique », nous devons faire la distinction entre Églises historiques et Églises de la Pentecôte et néo-Pentecôte. Reste un fait: parmi les élus de cette année, on compte 6 évèques et 13 pasteurs.(2)

 

Pour mieux camper la réflexion, je tentarai de faire dans un premier temps une lecture socio-pastorale des cinquante dernières années de l’Église catholique au Brésil. Dans un deuxième temps, je présenterai l’analyse que font généralment chrétiens et chrétiennes du thème « Religion et politique » et des articulations qui en ressortent. Pour, dans un troisième temps, dégager quelques é;l.éments à considérer afin de bien poursuivre le rêve quiotidien du Royaume.

 

1ère  partie: LECTURE SOCiO-PASTORALE  DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE AU BRÉSIL

 

Au Brésil comme un peu partout dans le monde occidental à prédominance chrétienne, la religion est passée du primat de l’institution à celui de l’individu et d’un regad tourné vers la transcendance à une recherche de solutions immédiates aux problèmes humains de chaque jour.

 

1.1 Évolution de l’Église Catholique de 1950-2000

 

Nous inspirant de la lecture du théologien brésilien Alberto Antoniazzi (3), nous pensons que quatre étapes marquent l’évolution de l’Église catholique au Brésil dans les cinquante dernières années.

 

1) D’abord, on est parti d’une solide institution traditionnelle, où les fidèles acceptaient l’autorité de la hiérarchie ecclésiastique pour orienter leur foi.

 

2) Puis, l’accent fut mis sur les communautés. Il s’agissait de communautés relativement petites, où la relation entre les personnes est directe et proche. C’est l’Époque de la croissance des Communautés ecclésiales de base (CEB) dans les années 70 et des « nouveaux mouvements » des années plus récentes. Dans les deux cas, les relations de proximité et de parenté sont importantes, l’expérience de la foi est soutenue davantage par le groupe, la doctrine qui génère la vérité est celle qui se fait cohérente avec l’expérience de la communauté. Toutefois, les CEB’s et les « nouveaux mouvements/ se différencient: les premières par leur engagement social et les deuxièmes par leur caractère émotif et les liens affectifs institués entre les personnes.  

 

3) Par la suite, les CEB’s et les « nouveaux mouvements » vont exprimer à leur manière l’élément principal qui les caractérise. Les CEB’s accentuent le caractère social de leur engagement, alors que les « nouveaux mouvements » ne sentent pas la nécessité de partager la vie de groupe, mais préfèrent plutôt suivre l’exemple de quelqu’un qui leur semble plus authentique dans son expérience religieuse. C’est la troisième étape.  

 

4) Enfin, alors que les chrétiens et chrétiennes des « nouveaux mouvements » cherchent à légitimer leur foi à l’intérieur d’eux-mêmes – « ma religion, c’est moi », disait un catholique non pratiquant – et que la communauté n’a plus d’importance si ce n’est qu’elle représente un espace de supermarché où le client choisit et achète ce qu’il veut, de leur côté les chrétiens et chrétiennes des Communautés ecclésiales de base, prenant conscience d’avoir accentué l’engagement politique et social au détriment de leur relation avec Dieu, cherchent à approfondir la motivation de leur engagement.

 

Le contexte de la réflexion sur le thème proposé sera celui de l’expérience menée au sein de ces Commmunautés ecclésiales de base (CEB’s)

 

1.2 L’Église des Communautés ecclésiales de base (CEB’s)

 

Que dire sur les Communautés ecclésiales de base ? Retracer quelques traits de leur évolution peut nous aider à comprendre comment, au nom de leur foi, chrétiens et chrétiennes ont découvert l’importance de l’engagement politique. Les CEB’s ne sont pas le fruit d’une génération spontanée, mais le résultat de l’engagement de chrétiens et chrétiennes – évêques, prêtres, religieux, religieuses et laïcs – issus de l’Action Catholique, spécialement JEC, JOC. JUC, raffermis par l’ouverture du concile Vatican II, qui ont pris le risque de vivre l’Église de manière différente (4).

 

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaït donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. (5)

 

1.2.1 Une Église alliée à l’élite

 

Le laïcat issu de l’Action catholique était bien présent à la société et solidaire des « Réformes de base » proposées par les autorités gouvernementales du début des années 60, comme l’était aussi la direction de la Conférence des Évêques. Paulo Freire avait initié, avec la « pédagogie de l’opprimé », le « Mouvement d’éducation de base » (MEB). Mais le coup d’État du 31 mars 1964 imposé par la force militaire faisait avorter le projet. La crise politique en engendrait une autre au sein de l’épiscopat. La direction de la Conférence nacionale des évêques démissionnait en bloc et, en mai de la même anne, les « métropolites » se réunissaient et émettaient une déclaration. On appuyait les militaires dans leur intention de libérer le Brésil de la menace communiste, on les remerciait et on souhaitait que la reconstruction du pays se réalise, inspirée par la Doctrine sociale de l’Église. Le pouvoir changeait, mais l’épiscopat restait l’allié du pouvoir.

 

1.2.2 Une Église alliée au peuple

 

Les années passèrent et les militaires manifestèrent peu à peu de profondes divergences d’avec la Doctrine sociale de l’Église. La réalité devint si négative que les sympathies et la nostalgie des évêques avec le pouvoir se détériorèrent. En même temps, mûrissait en son sein une nouvelle option politique et pastorale qui semblait renverser le « concordat moral » avec le pouvoir et les classes dirigeantes. Cette option, résutat du régime militaire et du refus des élites de maintenir le compromis tacite de l’alliance, entraîna l’Église comme institution à renoncer à l’alliance avec les élites et à assumer fermement la solidarité avec le peuple. Ce pas fut d’une importance capitale. L’Épiscopat prenait la décision de reconstruire l’Église à partir de la « base », c’est-à-dire de son insertion dans la vie des gens. Cette option lui donna une grande crédibilité auprès de la population. Quelques agents de pastorale prirent l’initiative de sensibiliser les CEB’s aux problèmes vécus dans leurs milieux respectifs. Une partie de la hiérarchie appuyait et encourageait la population civile à combattre la violence et l’autoritarisme. La lutte s’organisa principalement autour de l’accès à la terre et de la conquête de la démocratie. Malgré le grand nombre de souffrances - car ce furent des années de confrontation avec le martyre – on faisait de grands pas, surtout au niveau de l’organisation et du développement d’une mystique d’action.Les mouvements populaires firent ainsi la conquête de leur autonomie d’action, de réflexiion et de formation.

 

comme « Maîtresse de la Vérité »

 

En 1976, l’épiscopat ébranlé par tant de violence, réagit énergiquement avec le « Communiqué pastoral au peuple de Dieu » (6) et, tout de suite après, en 1977, avec le document « Exigences chrétiennes pour un Ordre politique » (7). C’étaient des options sans équivoque en faveur de la démocratisation du pays. Il s’agissait d’une position prise comme « Maître de la Vérité et de l’Éthique ». On indiquait à la société le vrai et le correct ordre politique.

 

Ces gestes de l’épiscopat déclenchèrent un mouvement national: des grèves apparurent, évidemment illégales en régime dictatorial, des manifestations pour la défense des droits à la terre et au terrain urbain s’organisèrent, l’opposition syndicale s’articulait comme forme alternative à la formule proposée par les militaires et les concentrations se multipliaient dans toutes les régions du pays. Le mouvement populaire était si fort qu’il conduisit à un mouvement national de mobilisation exigeant le retour à l’État civil et les élections du Président de la République par voie directe. La force du peuple vainquit le gouvernement militaire et les élections eurent lieu en 1985.

 

comme défenseur de la volonté du peuple

 

En 1986, les évêques réunis en Conférence publiaient le document « Pour un nouvel ordre constitutionnel » (8). C’était le moment de l’élaboration de la nouvelle Constitution du pays. L’épiscopat, cette fois-ci, ne se positionnait plus comme « Maître de la vérité », mais comme « défenseur de la volonté du peuple ». Ce fut un temps riche de participation. « Tout pouvoir vient du peuple et en son nom doit ètre exercé », dit la Loi suprème du pays. La participation de tous les groupes de la société et, en particulier, des classes pauvres, fut telle qu’on a appel. de document: « La constitution de la citoyenneté », publiée en 1988.

 

On célébrait le retour au régime civil et le pays avait sa nouvelle Constitution. Les objectifs visés par les CEB’s et les mouvements populaires étaient réalisés, mais on se retrouvait devant un  futur encore indéfini. Survint alors une période d’hésitations: on assista à la désarticulation des mlouvements, à la dispersion des forces, à la fermeture des espaces conquis en Église, à l’abandon, à la fuite et à la perte d’une partie du leadership, à la perte de vision d’ensemble et de motivation, au vide d’information, etc.

 

Cette période d’indétermination permit aux élites de continuer à faire illusion aux pauvres. L’Épiscopat n’avait plus la vigueur des années 70-80. Puis, à partir de 1990, apparurent de nouvelles tendances dans l’Église. On mettait l’accent sur le « spirituel ». L’influence des mouvements religieux internationaux se faisait sentir. D’engagée avec les « angoisses et les tristesses du peuple », la hiérarchie de l’Église retournait à sa vie interne, provoquant un changement radical au niveau de la formation de ses agents de pastorale. Les CEB’s et les principaux mouvements sociaux ne retrouvèrent pas, dans ce volte-face inattendu, l’ambiance d’évaluation, de réflexion et de croissance désirée et prirent une certaine distance.

 

Le processus de démocratisation fut un facteur d’importance pour la maturation politique des chrétiens et chrétiennes des CEB’s. De nouvelles questions apparurent, surtout celle de la « militance » au sein d’un parti politique. Devait-on s’engager dans un parti politique, ou non ? Dans quel parti ? Cette question était trop avancée pour les responsables conservateurs de l’Église. On exerça une pression pour forcer les CEB’s à s’éloigner de l’engagement au sein d’un parti politique, car, disait-on, il faut séparer l’action pastorale de l’engagement politique. Le leadership d’une hiérarchie plus conservatrice n’avait pas évolué au niveau de sa pensée sur la question, alors que chrétiens et chrétiennes connaissaient une expérience différente. Aussi, dans le silence s’éloignèrent-ils stratégiquement de la hiérarchie de l’Église. C’est alors que le pouvoir prit sous sa protection une bonne partie du leadership des CEB’s et que la hiérarchie se retrouva sans parole. Les CEB’s poursuivirent leur cheminement, tout en perdant la visibilité qui leur était donnée auparavant de par le prestige de la Conférences des évêques. Résultat: chez plusieurs chrétiens et chrétiennes engagés au sein d’un parti politique, prévalutle projet personnel. Mais, pour d’autres, ce fut un temps de maturation nécessaire.

 

Doit-on conclure que le retour à la démocratie, victoire du peuple, fut une douche d’eau froide pour les CEB’s ? Avait-on perdu l’animation et la motivation de l’engagement et le symbole de l’option pour les pauvres ? Que s’était-il donc passé ? Comme tentative d’explication à ce changement, j’entends soulever trois facteurs qui méritent une attention particulière (9).

 

1) Au temps de la dictature tous avaient l’impression d’avoir et de suivre un projet d’ensemble. En effet, l’Église était le parapluie de tous les mouvements populaires et des partis politiques de gauche, alors clandestins. La position était claire: opposition à la dictature. Mais avec l’ouverture politique, apparurent de nouveaux espaces et alors, comme Église, tous prirent conscience qu’il n’existait pas de projet politique global, alternatif et articulé qui pouvait assurer l’union des divers secteurs jusqu’alors articulés. Ce fut la confusion . L’Église n’avait pas su, dans ses médiations, équilibrer son insertion-ferment avec l’annonce d’un projet global. En d’autres mots, elle n’était pas arrivée à percevoir dans sa pratique toute l’importance du rêve utopique de Jésus-Christ. Il lui était difficile de comprendre que toute réalisation humaine, même en politique, était limitée et que c’était cette utopie qui faisait que le processus historique ne s’arrêtait jamais, ni ne s’accommodait. On comprit alors pourquoi, comme Église, les chrétiens et chrétiennes avaient perdu l’élan de gérer du NOUVEAU. Aujourd’hui, on a mieux conscience que c’est l’utopie de l’Évangile qui remet l’équilibre entre les médiations concrètes de présence et la communion au rêve. Il n’est pas important que l’Église aime les pauvres, maius il est important que les pauvres se sentent aimés de Dieu.

 

2) Le deuxième facteur à retenir concerne ce qui a changé dans l’Église après le retour à l’État civil. Au temps de la dictature, l’Église avait renoncé au pouvoir et s’était faite solidaire du peuple, en particulier des pauvres. Le changement était radical. Son point de référence n’était plus sa vie interne, mais les « angoisses et les joies » du peuple. Elle réalisait ainsi dans le concret l’articulation entre religion et politique. Religion et politique s’articulaient par la pratique du service aux pauvres. Son action collait au terrain de la vie des gens, d’où elle tirait son dynamisme. En effet, elle se trouvait sur le terrain où Dieu écrit son histoire. Puis, ses agents sentaient le besoin de grandir dans ce dynamisme pour ne pas perdre l’enthousiasme, ce qui donnait naissance à la mystique qui inspirait et unissait.

 

Malheureusement, il y eut un changementqualitatif de la hiérarchie de l’Église qui provoqua un renfermement sur elle-même. La vie des gens n’était plus l’inspiration de sa modalité de présence et d’action. Conséquemment, les CEB’s perdirent la médiation qui nourrissait la mystique de leur engagement.

 

3) Le troisième facteur réfère aux militants chrétiens. Beaucoup de leaders de CEB’s ont alors accédé au pouvoir par l’exercice d’un mandat. Il y eut ambiguïté dans la manière d’en faire usage, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas eu de changement de mentalité chez les militants, de sorte que l’execice du pouvoir continua à se légitimer dans la logique de l’exercice traditionnel de la politique et non dans la perspective du service au Bien commun. On a fait dans la pratique ce que l’on condamnait en théorie. En d’autres mots, un manque de cohérence dans l’usage du pouvoir. Les motivations évangéliques, qui auraient dû justifier comme chrétiens l’exercice du mandat, n’existaient pas. Une absence de mystique d’action.

 

… comme éducatrice à la citoyenneté

 

Et l’aujourd’hui, comment se dit-il ? Même si au quotidien certains chrétiens et chrétiennes ont un intérèt pour une religion du spectaculaire et de l’émotion qui laisse les personnes libres de choisir leurs croyances et leurs valeurs morales, il reste néammoins des chrétiens et chrétiennes sensibles à la situation de pauvreté et de marginalisation vécue par la majorité dans une société à la merci d’une économie mondiale, et qui s’engagent à la transformation et à l’élaboration d’un nouvel ordre et trouvent dans l’Évangile leur source d’inspiration. Malgré certaines pertes, l’Église a gagné en expérience. Des chrétiens et chrétiennes réunis lors d’un séminaire réalisé en juin 2001 disaient: « Nous avons la certitude que nous sommes capables; nous avons gagné des points, car il existe encore des leaders qui persévèrent, des leaders qui sont nés du milieu ecclésial et qui recherchent une formation qui les aidera à vivre leur foi en cohérence avec leur choix; nous avons gagné, aussi, parce que nous avons découvert le chemin qui relie foi et  vie, religion et politique; nous avons gagné, enfin, car une éducation de base sérieuse a pris racine et l’esprit de démocratie et la lutte pour la terre ont beaucoup grandi. » (10)

 

La reprise de l’articulation des forces vives de l’Église, justifiée par la nécessité d’une évaluation approfondie des chrétiens et chrétiennes engagés dans le mouvement « Un autre Brésil est possible » est en train de s’affirmer. D’une part, resurgit l’engagement politique de chrétiens et chrétiennes au sein des partis politiques; d’autre part, les communautés redécouvrent leur rôle d’éducatrices à la citoyenneté.

 

Un sondage sur les politiciens formés dans les cadres de l’Église catholique (pastorale, CEB, mouvements et activités paroissiaux) élus en 2002 au Législatif montre que le travail de formation politique produit des fruits même s’il met devant le défi pastoral de son accompagnement spirituel et d’une formation encore plus qualifiée. La victoire de l’opposition en octobre dernier marque le débouché d’un long processus historique qui, dans les années 60, s’était configuré dans les « Réformes de base » et que le coup d’État de 1964 avait fait avorter. Les semences étaient tombées dans un terrain fertile et ont créé des racines dans la société par le moyen des CEB’s, des Associations de quartiers, des noyaux de mouvements syndicaux, des divers mouvements sociaux et des organisations qui sont devenues plus tard des ONG. De plus, le document de la CNBB sur les élections 2002 (11) dit clairement la disposition de l’.épiscopat à appuyer le projet de construction nationale, fixant comme priorité la défense de la dignité et des Droits humains et le développement pour tous. C’est en ce sens que les CEB’s ont pris l’initiative de sengager dans les « politiques publiques » et que les évêques appuient ce projet d’éveil et stimulent la population à une participation effective à la vie publique. Pas de démocratie réelle sans la participation réelle du peuple.

 

2e partie : RELIGION ET POLITIQUE (11)

 

La persévérance des chrétiens et chrétiennes à maintenir un lien entre la foi et la vie a soutenu la pratique de l’articulation entre la religion et la politique. De plus, l’engagement pour la défense des droits des personnes et des groupes sociaux, réalisé bien souvent en contexte oecuménique, a permis un certain approfondissement du lien entre les deux.

 

Cependant, la pratique de cette articulation foi-vie fut et est encore semée de plusieurs difficultés, car elles sont comme deux chemins qui courent en parallèle. D’une part, la culture séculaire de dépendance a amené le peuple à « sataniser » la politique, de telle manière qu’encore aujourd’hui elle demeure dans les mains des élites; d’autre part, l’expérience de la chrétienté a dépolitisé la foi et éloigné les chrétiens et chrétiennes de leur engagement. Est-il possible de lutter contre l’injustice et d’aimer son ennemi ? En d’autres mots, est-il possible dans la foi chrétienne d’articuler religion et politique ?

 

Cette question demeure constamment sous-jacente à l’engagement des chrétiens et ch.étiennes des CEB’s qui se retrouvent toujours devant un dilemme dans leur manière de vivre l’Église. La situation actuelle est plus qu’évidente: les « nouveaux mouvements » mobilisent la population autour du religieux; les mouvements sociaux, autour d’une cause à défendre. De leur côté, les chrétiens et chrétiennes des CEB’s cherchent une manière de rapprocher les deux: la foi dans la vie. Pour eux et elles, l’engagement politique est devenu l’expression de la foi au quotidien. Les manifestations publiques, qui avaient pour but l’expression des choix et des opinions du peuple, leur ont fait découvrir le politique comme participation populaire; alors que le politique était reconnu comme sale et sordide, il a pris une nouvelle saveur, la saveur de l’Évangile. Il convient maintenant d’interpeller la foi chrétienne: qu’entendons-nous par foi ? que dit la foi ?

 

2.1 La foi chrétienne

Parler de foi chrétienne n’est pas seulement parler d’un engagement religieux, mais d’une option de vie qui, au dire de l’Évangile, implique une décision qui englobe tout. Matthieu parle d’un trésor caché dans un champ et d’une perle précieuse.[xiii] La foi chrétienne est l’adhésion à un projet qui exige une option totale et totalisante. Et ce projet est celui de Jésus. Ainsi, la foi n’est pas un acte parmi d’autres ni une option reliée à un secteur de la vie, mais elle se veut une inspiration qui oriente la vision, les critères, les attitudes et la pratique d’une personne, d’un groupe ou d’une communauté. Avoir la foi, c’est entrer avec Jésus dans l’aventure du Royaume; c’est construire le Royaume avec Lui; c’est faire avec Lui le chemin pour que le Royaume arrive. En d’autres mots, il ne suffit pas de dire “Seigneur, Seigneur” pour entrer dans le Royaume, comme il n’appartient pas à tous ceux et celles qui disent qu’ils y entreront, mais pour y accéder il est nécessaire de faire la Volonté, le projet du Père, proposé et rappelé par Jésus. La “foi” sans les oeuvres est morte.

Ceci dit, nous pouvons affirmer que la foi chrétienne s’exprime principalement en deux dimensions: religieuse et politique. L’engagement religieux est la relation à la transcendance, au Père de Jésus; l’engagement politique, la relation à l’œuvre du Père de Jésus, la Création. Pour vivre la foi, en plus de l’engagement religieux, il doit exister un engagement éthique et l’éthique exige une pratique en conformité avec la foi. C’est le volet politique de la foi chrétienne. Ainsi, parler du politique, c’est parler de la foi vécue dans le social, c’est parler de l’engagement pour la société civile, c’est parler de la participation du peuple à la vie publique. En ce sens, la foi chrétienne implique nécessairement l’expression religieuse et l’engagement politique. Le divorce entre les deux conduit, d’une part, à l’aliénation et, d’autre part, à l’idolâtrie.

Si l’on comprend ainsi la foi, il est plus facile de dialoguer avec toutes et tous, même avec ceux et celles qui ont des références et valeurs différentes des nôtres.

2.2 Le politique

Il est important de distinguer le politique comme organisation de société et la politique comme “militance” au sein d’un parti politique. La première conception est inhérente à la foi chrétienne, car elle se révèle être partie constitutive de son expression; alors que la deuxième, même si elle est essentielle à l’existence du politique comme organisation de la société, se présente au chrétien et à la chrétienne comme une option parmi d’autres. Élaborons quelques traits de réflexion sur chacune des deux compréhensions qui, loin de s’exclure, s’appellent mutuellement pour une réalisation pleine de sa finalité.

2.2.1  Le politique comme organisation de la société

La communauté chrétienne, l’Église, ne peut mettre de côté l’engagement politique comme organisation de la société. C’est une question d’existence et de vitalité pour elle. Plus que jamais, il est opportun et nécessaire qu’elle lui donne une place de choix. Elle doit l’accueillir debout et les deux pieds sur terre, car c’est un impératif de se faire présente dans les situations révoltantes les plus variées des majorités “sans emploi”, des “sans terre”, des “sans-abri” et des “sans” de toutes sortes. Sans engagement politique il ne peut pas exister de citoyenneté et, conséquemment, la démocratie est impossible. Tout ce qui a relation à l’humain est relié au politique.

 Le texte biblique du paiement du tribut à César constitue un fondement de la présence de l’Église au politique. Les interprétations les plus fréquentes de ce texte concentrent leur attention sur la séparation des sphères: le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Un laïc chrétien en a fait la lecture suivante:

Faisons la lecture du texte à partir des droits de César, disait-il. Quand Jésus dit: “Donne à César ce qui est à César”, il reconnaît autant l’existence de l’ordre temporel que les devoirs que tous doivent avoir envers lui. Il attire l’attention sur la collaboration que nous devons avoir pour que l’ordre temporel soit organisé et fonctionne de manière à rendre plus facile la pleine réalisation de tous les membres de la société, ce qui a affaire directement avec le politique. L’engagement des chrétiens dans le politique n’a d’autre finalité que celle de la réalisation de cette exigence. [xiv]

Il convient de souligner ici, à titre exemplaire, la précieuse collaboration et le témoignage que les participants des “Forums sociaux mondiaux” – expression de diverses races et religions – offrent au monde entier.

La présence de l’Église au politique est une exigence de la foi chrétienne, la Doctrine sociale nous le rappelle et la réalité d’aujourd’hui le réclame. Le politique est une “Terre de Mission”.

A. Une exigence de la foi chrétienne

La nécessité de la présence de l’Église au politique reste une exigence de la foi chrétienne. Faire politique est acte essentiel de toute pratique d’amour évangélique, car c’est lutter contre la tentation de servir sa carrière individuelle avant tout ; c’est purifier chaque jour l’engagement qui permet l’ajustement entre la conduite individuelle et le service du Bien commun. C’est la manière amoureuse du Samaritain. Paul VI considérait la vocation politique comme la forme la plus élevée de la charité. Le politique fait avec amour s’adresse à tous et spécialement à tous ceux et celles que nous ne connaissons pas. Faire politique et être conséquent dans son agir sont une attitude chrétienne cohérente et indispensable pour qui prétend résister aux nouvelles idoles impériales.

Paul VI écrivait que “la politique est une manière exigeante de vivre l’engagement chrétien au service des autres.” [xv] Si l’on accepte cette affirmation, nul ne peut dire: “moi, je ne fais pas de politique”, car qui déclare ne pas faire de politique, dans la même mesure, a déjà choisi une politique qui refuse de servir les autres dans un engagement organisé de la société. Le politique ne peut être affaire de culte de personnalité ni objet d’idolâtrie ou d’une simple lutte pour le pouvoir en dehors des normes de l’éthique et encore moins d’un commerce d’intérêts personnels et corporatifs. On retrouve ici le symbole du lavement des pieds et la perspective du SERVICE présentés dans l’Évangile, où Jésus devient la figure du véritable politicien, et Pilate, celle de l’exercice du pouvoir sacrifiant le projet de vie.

Servir l’autre dans sa dignité, c’est retrouver le véritable exercice du pouvoir. Luc en donne un exemple. “Il s’éleva… entre eux (les Apôtres) une discussion : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand. Jésus, cependant, dit: Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert.” [xvi]

B. Le Bien commun, fondement théologique du pouvoir

En plus d’être une exigence de la foi chrétienne, l’Église, dans sa Doctrine sociale, présente le Bien commun comme le fondement théologique du pouvoir et justifie ainsi la raison de l’engagement politique.

Vatican II définissait le “politique” comme l’“usage du pouvoir légitime en vue de la conservation du Bien Commun de la société”. [xvii] Le pape Jean-Paul II a repris cette définition en ajoutant que le “Bien commun”, c’est “l’ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aux individus, aux familles et aux associations de pouvoir réaliser de manière plus pleine et plus facile leur propre réalisation, leur propre perfection, c’est-à-dire la pleine réalisation de la personne.” [xviii]

Ainsi compris, le politique ne peut pas être le SERVITEUR de l’économie, comme le comprennent aujourd’hui bien des gouvernants, mais il doit être le SERVITEUR de la pleine réalisation de l’être humain et de tous les humains, le SERVITEUR du BONHEUR.

Pour que le Bien commun se réalise, ajoutait Jean-Paul II lors de sa rencontre avec les politiciens, “il est nécessaire de garantir à tous égales opportunités et de donner une attention spéciale à ceux et celles qui, pour motif de santé ou à cause de leur condition sociale, courent le risque de rester en arrière.” [xix] C’est une autre manière de parler de l’option pour les pauvres. L’option pour les pauvres demande d’avoir soin de ceux et celles qui, de par leur situation sociale d’exclusion, c’est-à-dire pour ne pas avoir eu les conditions minimales de survie ou pour motifs de santé, ne peuvent participer comme les autres et, ainsi, courent le risque de demeurer en marge de la société. Faire “politique”, c’est veiller au bonheur de tous, tout en gardant un oeil et une attention particuliers aux exclus de la vie et du bonheur.

C. Le politique, terre de mission – Lieu d’une pratique de l’amour évangélique

Le politique, aujourd’hui, est une “terre de mission”. Pour cette raison, il se doit d’être au cœur des préoccupations de l’Église. Le politique est une “terre de mission”, parce qu’il est un champ de l’activité humaine passablement méconnu et vu avec préjugés, spécialement de la part des militants chrétiens, et aussi parce que c’est un champ d’activité où la tentation du pouvoir se fait très intense. L’exercice du politique n’a jamais été aussi éloigné de la Doctrine sociale de l’Église.

La majeure partie des espaces tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église, dominés par l’idole-marché, se sont fermés à cause de leurs pensées devenues uniques et autosuffisantes et, en aucun autre moment de son histoire, la dispute pour le pouvoir n’a été aussi éloignée de la recherche du Bien commun. Les forces qui ont commandé jusqu’à présent l’État brésilien mettaient uniquement leurs efforts à moderniser les “patterns” de consommation des classes riches, au détriment du niveau de vie des classes de travailleurs et en marginalisant une partie considérable de la population. Ne serait-ce pas le devoir de l’Église, dans le plein exercice de sa fonction prophétique, de dénoncer cet éloignement du sens chrétien du politique?

De plus, l’existence d’une vision politique fragile et étroite ne se rencontre pas seulement dans les secteurs populaires non organisés, mais aussi chez les leaders, qui n’arrivent pas à prendre conscience de ce que le peuple pense et fait. Au fond, prévaut encore le vieux schème: “Nous savons, nous, et le peuple doit être enseigné par nous”. Le politique des grands thèmes relatifs à l’humanité de la personne et de la société est très loin de notre conscience sociale et de notre action politique. Ne serait-ce pas une précieuse contribution de l’Église au politique que de stimuler la formation de communautés participant effectivement à la vie publique?

Le politique est une véritable terre de mission, car il est un lieu de collaboration nécessaire pour que les valeurs du Royaume puissent y trouver leur pleine réalisation. Le reconnaître comme lieu de mission, c’est accepter que l’Évangile y soit proclamé en ce qu’il a de fondamental, donc que soit proclamée l’humanité de l’être humain comme universalité et comme réalisation de Dieu.

2.2.2  Le politique comme parti politique

Il nous faut maintenant parler du politique comme parti politique, donc de la politique. Que dit la foi chrétienne? que dit l’Église? qu’ont à dire chrétiens et chrétiennes à ce sujet? Des documents officiels de l’Église catholique instituent une différence entre la position de la hiérarchie comme service au Bien commun et la position des laïcs comme protagonistes de la construction du monde dans la politique de partis. Cette distinction conduit à un danger de dichotomie: le temporel aux laïcs et le spirituel à la hiérarchie. Avant d’aller plus loin, voici le témoignage d’une chrétienne, élue député de l’État du Maranhão, au Brésil. Son engagement à divers niveaux dure depuis plus de 30 ans. Lisons un extrait de son discours d’investiture.

Il me faut souligner, parmi les traits marquants de ma vie, mes engagements dans ma communauté de foi, exigences de mon baptême. J’appartiens, consciemment, à une Église qui a déclaré, à l’Assemblée des évêques de l’Amérique latine à Puebla en 1979, son option préférentielle pour les pauvres, réaffirmant ainsi tout le magistère déjà proclamé bien avant par Jésus lui-même, principalement dans le Sermon sur la montagne. J’ai appris inclusivement, par Lui, que les plus heureux sont “ceux et celles qui écoutent la Parole et la mettent en pratique”.

Cette pratique est un grand défi. Elle nous pousse à rompre avec toute structure corrompue du Pouvoir, sans faire aucune concession ni accommodation. Elle nous pousse à une action transformatrice de la société en commençant par le témoignage de vie dans les réalités quotidiennes. C’est pour cela que le pape Paul VI, en décembre 1975, dans le document L’évangélisation dans le monde d’aujourd’hui, nous exhorte à changer, à modifier les critères de jugement, les valeurs qui comptent, les centres d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie qui se présentent en contraste avec la Parole.

Le paragraphe premier de l’article 86 du Régime interne de cette Assemblée m’informe que la “Bible sacrée doit demeurer, durant tout le temps de la Session, sur la table, à la disposition de qui veut en faire usage”. Ce dispositif m’amène à croire que les critères de jugement, les valeurs qui comptent, les modèles, les centres d’intérêt, les lignes de pensée et les sources d’inspiration sous-jacentes à l’agir de cette Maison devront être en parfaite concordance avec le contenu du livre qui se trouve sur la table des travaux. Dans le cas contraire, il ne serait qu’une décoration, ce qui ne respecterait pas la pensée de celui qui a proposé cette règle pour ce Parlement. [xx]

Le parti politique est la médiation nécessaire pour traduire un projet de société et c’est par lui que les citoyens et les citoyennes découvrent les perspectives d’un projet national qui réponde le mieux aux besoins de la population. Il est absolument indispensable. Nous n’en traiterons pas ici, mais il importe cependant de se demander pourquoi l’Église a tant de difficulté avec les partis politiques. Nous avons souvent remarqué que, lorsqu’un laïc engagé dans sa communauté assume un mandat, il est tout de suite abandonné. Combien de fois les communautés chrétiennes ont-elles recruté des candidats et candidates pour s’engager dans la politique de parti, ont-elles ensuite fait la campagne avec eux et elles, pour à la fin les abandonner! Qu’est-ce qui expliquerait cette difficulté de relations?

Au premier abord, on serait porté à dire que le problème n’existe pas et que l’Église a toujours été proche des partis politiques autant de gauche que de droite; mais ce point de vue n’explique pas pourquoi les mouvements d’Église liés aux partis politiques conservent peu de leur charisme chrétien. Après plusieurs essais de réflexion, les chrétiens et chrétiennes en sont arrivés à la conclusion qu’il s’agissait d’une fausse compréhension de la relation entre religion et politique.

Il existe en outre une situation de deux poids deux mesures, qui nous montre que le jeu est inégal. D’abord, considérons la relation des mouvements catholiques conservateurs avec les partis politiques conservateurs et avec les partis à couleur chrétienne, créés ou non par l’Église ou appuyés par elle. Pourquoi sont-ils toujours acceptés et vus comme quelque chose de désirable? Par contre, pourquoi certains agents d’Église et politiciens sont-ils fortement incommodés lorsque les pastorales et les mouvements, par leurs positions et leurs pratiques, se rapprochent et agissent, en certaines circonstances, de concert avec les partis politiques de gauche qui ont des propositions et des pratiques innovatrices et poursuivent l’objectif de la justice? Pourquoi en est-il ainsi?

La première manière de faire nous dit que religion et politique doivent être séparées comme on sépare économie et droits sociaux, politique et justice. Religion et politique étant séparées, on a la certitude que le chrétien engagé restera sur le terrain des préoccupations internes de l’Église et que le politicien restera aussi sur son propre terrain. Il s’agit d’une compréhension pour le moins étrange de la relation entre religion et politique. Une compréhension qui reflète une vision fermée de chacun sur sa sphère de pouvoir. Une fausse conception du politique et de l’Évangile. En séparant religion et politique on ne se rend pas compte qu’on exprime une crise de perspective et une impossibilité à comprendre les changements sociaux et politiques et surtout à comprendre la raison de la venue de Jésus. Faire politique, ne serait-ce pas proclamer et rendre effectives les valeurs reliées à la condition humaine? Perdre la dimension de l’universel et, conséquemment, du sens plénier et singulier du politique et de l’Évangile, c’est compromettre sérieusement la mission de l’Église.

2.2.3    Se rapprocher n’est pas s’assimiler

Il importe, bien sûr, d’établir une juste relation entre religion et politique, ce qui ne signifie pas les confondre. Il ne s’agit pas de transformer les mouvements et/ou les travaux de l’Église en appareil de parti politique, mais de comprendre qu’il y a diverses manières de lutter pour la vie et plusieurs visages d’expression de l’amour concret et historique, tous construisant le Royaume.

Chrétiens et chrétiennes ont avantage à se rapprocher des personnes de bonne volonté, organisées en mouvements et/ou en partis politiques et qui sont disposées à faire les pas nécessaires pour construire le Royaume promis et déjà réalisé par la Vie, la Mort et la Résurrection de Jésus. En ce sens, les partis politiques de gauche et l’Évangile ont une complicité surprenante, car les deux sont ferment, sel et lumière, les deux sont révélateurs du lieu et de l’importance radicale de la force transformatrice de l’Évangile, les deux sont inspirateurs de nouveaux projets sociaux, politiques, économiques, culturels, spirituels et les deux sont générateurs de l’Espérance au cœur de l’humanité emprisonnée par les élites dominantes. L’humanité a besoin de la présence spirituellement révolutionnaire des disciples de Jésus. C’est une urgence.

Se faire présent dans les partis politiques, les animer, les encourager, se compromettre avec eux pour qu’un jour la société administre son propre destin et dépende de moins en moins de mécanismes de contrôle et de répression est une autre manière de rapprocher religion et politique sans les confondre. D’ailleurs, cela fait aussi partie de la mission de l’Église. Ainsi, les chrétiens et chrétiennes aideront les partis à reconnaître que le peuple doit devenir le protagoniste de son destin et qu’il faut lutter pour y arriver. Jusqu’à aujourd’hui, les pauvres ont toujours été et sont toujours troisièmes. Quelqu’un est toujours là pour décider pour eux. En d’autres mots, il y a toujours quelqu’un pour dire ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent et même pour expliquer ce qu’ils disent, ce qu’ils font, ce qu’ils veulent dire et ce qu’ils veulent faire. Quand ce n’est pas l’État, c’est le parti politique. Le jour où les pauvres exerceront leur pouvoir de décision, le Royaume sera plus près d’advenir. S’engager “utopiquement” dans cette mission historique, c’est pratiquer l’Évangile dans ce qu’il a de plus dynamique.

De cette manière, l’Église contribuera à faire diminuer la fausse soif du pouvoir chez tant de personnes. Les partis politiques assoiffés du Bien commun se rencontreront avec l’Évangile dans l’universalité de la personne humaine, cœur de la pratique évangélique.

2.3       La foi chrétienne, une rencontre de la religion et du politique

Religion et politique sont deux composantes de la foi chrétienne. Celle-ci n’est cependant un instrument technique ni de l’une ni de l’autre, car elles ont chacune leur autonomie. Mais la foi les illumine et les oriente. Comment cela peut-il se faire? C’est que la foi est un processus d’adhésion à une nouvelle manière d’ÊTRE. Elle agit comme lumière, fruit d’une option personnelle de vie et d’un long cheminement de communion et de conversion à Jésus Christ et à son projet. Et c’est cette lumière qui illumine la religion et le politique à la manière chrétienne d’être. En d’autres mots, sans une expérience profonde de Jésus Christ et de son projet, la foi ne peut aucunement prétendre illuminer la religion et le politique. Ce n’est donc qu’à partir du témoignage de Jésus qu’un chrétien et qu’une chrétienne peuvent découvrir les interactions entre la religion et le politique.

La pratique de Jésus révèle l’amour du Père envers ses enfants et annonce la réalisation prochaine du Royaume. En d’autres mots, Il annonce un monde gouverné selon la volonté du Créateur, libéré de tout mal et de toute injustice, de toute souffrance et de toute douleur, rétablissant en son intégrité les relations de l’humanité avec Dieu, avec ses semblables et avec le monde.

2.3.1  Les contributions de la foi chrétienne au politique

Que dit la foi chrétienne au politique? Comment peut-elle l’éclairer? Du témoignage de Jésus, trois valeurs se dégagent. Elles se réfèrent à l’exercice du pouvoir, à la priorité donnée aux personnes et à l’espérance. Trois contributions qui peuvent éclairer l’exercice du politique.

“Que celui qui veut être le plus grand, qu’il serve” [xxi], disait Jésus. Le pouvoir ne peut être exercé que pour le Bien commun, car le véritable pouvoir réside dans la dignité de la personne. Il ne s’exerce pas par imposition, arrogance, égoïsme et ambition, mais par gratuité de l’amour. Un tel exercice du pouvoir suppose la prise de conscience de ses limites et de la manière de les vivre en lien constant avec la société civile. Un tel exercice du pouvoir consiste à vivre la vérité non pas toute faite d’avance, mais découverte par un effort constant de participation et de communication.

La foi chrétienne rappelle aussi au politique que le Bien commun ne peut être conquis que par une lutte constante en faveur d’un projet au service des personnes et non contre des personnes. Pour être en accord avec l’Évangile, l’engagement implique une lutte contre l’injustice, en même temps que la constante recherche de l’amour de l’ennemi. Cette dimension se révèle d’une importance capitale. C’est elle qui aide les politiciens à approfondir les relations entre eux et à découvrir les diverses tendances de recherche du Bien commun souvent exprimées dans les partis politiques auxquels ils adhèrent.

Enfin, la foi chrétienne dynamise le processus politique en alimentant son Espérance par la patience historique et en n’exigeant pas l’efficacité et les résultats immédiats. La précipitation éloigne les gens et souvent les empêche d’assumer leur rôle de protagoniste de leur histoire. L’Espérance n’est pas une répétition simplement rénovée de ce qui a été, mais un avenir ouvert sur un nouveau commencement, supérieur au premier. Quelle richesse pour un peuple bâtisseur de son avenir!

2.3.2  Les contributions de la foi chrétienne à la religion

Que dit la foi chrétienne à la religion, maintenant? La foi chrétienne reconnaît l’autonomie du politique et lui reconnaît la compétence d’élaborer un projet de vie en société qui permette la réalisation du Bien commun. Mais il faut reconnaître que les gens, en général, ont tendance à s’unir autour de projets d’émergence et d’assistance qui améliorent les conditions de vie à court terme et beaucoup moins autour de projets qui, pour servir le Bien commun, exigent un changement profond et structurel. Il n’est pas rare de constater que, lorsqu’un projet exige un changement en profondeur, les personnes ont tendance à s’éloigner, à résister et même à exclure les protagonistes du changement. Cette réaction résume bien la vision de beaucoup de chrétiens et chrétiennes au temps de la dictature au Brésil. On voulait le changement, mais quel changement? Et c’était en fidélité à sa religion qu’on s’éloignait et refusait. Quelle est donc cette foi qui inspire une telle religion?

La foi chrétienne se doit de questionner la religion. Au nom de quel Dieu cette religion n’autoriserait-elle pas l’union des chrétiens et chrétiennes autour de réformes profondes de changement? Au nom de quel Dieu cette religion justifierait-elle encore le processus séculaire de domination et de conformisme? Au nom de quel Dieu cette religion éteindrait-elle la voix prophétique par des faveurs reçues ou à venir? Au nom de quel Dieu cette religion permettrait-elle la soumission pour maintenir prestige et honneur? Ce ne serait sûrement au nom du Dieu de Jésus! La foi chrétienne se doit d’interroger la qualité de la religion des chrétiens et chrétiennes.

La foi chrétienne rappelle aussi aux chrétiens et chrétiennes qu’elle promeut un projet de société où doivent se vivre la dignité, le respect, l’amour, le partage des biens et la participation et qu’ils sont appelés à y collaborer non seulement par la contestation et la critique mais aussi par une collaboration effective.

Disons, en résumé, que si la foi chrétienne invite le politique à changer le projet de société pour qu’il soit au service du Bien commun, elle invite aussi la religion à changer la conception de son Dieu. La foi chrétienne, celle de l’Évangile, inspire et illumine la religion et le politique. Elle donne courage, disposition et dynamisme et fait entrer dans la dynamique du changement.

2.3.3  Politique et religion se rencontrent pour réaliser un rêve

C’est alors que politique et religion, illuminés par la foi chrétienne, se rencontrent dans le projet de Jésus, projet de Dieu sur le monde. Ce projet laisse l’espace nécessaire pour que tout être humain collabore à son élaboration concrète. Et l’articulation entre les deux est possible à travers l’option pour les pauvres. En effet, ce qui unit dans la foi chrétienne religion et politique, c’est la recherche de la libération des pauvres; et, ce qui crée la communion entre le politicien et le chrétien, c’est l’option totale pour le bonheur de tous les humains. Les deux se rencontrent alors qu’ils luttent avec gratuité et esprit dépouillé d’intérêts personnels dans un projet de communion et de fraternité en faveur du peuple, donnant la priorité aux plus pauvres. Le politicien aide le chrétien à découvrir que le véritable pouvoir réside dans la conquête de la citoyenneté et le chrétien aide le politicien en dynamisant son quotidien dans la perspective du “déjà-là” et du “pas-encore”. La religion et le politique ne peuvent pas se séparer dans la foi chrétienne. Unis, ils permettent le changement du monde dans lequel nous vivons et construisent le Royaume. Ils sont les deux visages inséparables de l’Évangile.

Quand nous nous engageons à contribuer au changement de modèle de vie en société pour qu’il soit en cohérence avec le projet de Dieu, nous faisons du politique; et, quand nous prenons soin de la qualité de notre engagement qui illumine et inspire le cheminement dans la réalisation de ce projet, nous vivons la foi.

Puisqu’il en est ainsi, nous ne pouvons ni parler du politique chrétien pour une société harmonieuse, ni du politique neutre. Ce serait ressusciter l’ombre de Pilate. L’Évangile de communion ne peut se vivre que dans un engagement solidaire des politiciens et des chrétiens dans un projet de société qui renouvelle la face de la terre.

Religion et politique dans la foi chrétienne se réunissent pour réaliser un rêve. C’est le rêve au service d’une utopie. C’est le rêve d’un monde où la dignité de chacun et chacune est reconnue, où règne la liberté, où les droits humains sont respectés, où les conditions minimales de la vie sont garanties, où existeront de nouvelles relations d’égalité, de respect, d’authenticité, où l’autre n’apparaîtra pas d’abord comme un ennemi mais sera accepté comme une partie de soi-même, où tous auront accès aux richesses, où tous se respecteront et vivront leur autonomie dans la complicité des différences et où sera reconnu définitivement le Père de Jésus.

A. Quelques éléments à considérer

Comment faire pour que le politique, au Brésil, soit ce qu’il doit être: “l’art du possible”? Comment faire pour que le projet du Dieu de Jésus Christ devienne réalité?

Pour que nous puissions y voir davantage clair, il m’apparaît important de considérer encore trois éléments. Au centre, le Royaume de Dieu. Puis, l’importance du dialogue et de la clarté au sujet des suppléances. Enfin, en fonction de la situation politique actuelle du Brésil, quelques autres éléments à prendre en considération. [xxii]

1. Au centre : le Royaume de Dieu

Jésus rappelait qu’il était venu pour qu’il y “ait de la vie en abondance”. Quand nous cherchons à articuler religion et politique, nous n’oublions pas le fondamentalisme, l’intégrisme et la chrétienté vécus par l’Église catholique et nous n’oublions pas non plus qu’au cours de cette histoire elle a cherché sa survie dans le politique. Dans la réflexion que nous faisons ici, nous n’avons pas la préoccupation de l’affirmation de l’Église en soi, mais bien celle de l’avancement du projet de Jésus, projet du Royaume. La vie de Dieu dans le monde est entachée. La vie humaine et son milieu ambiant sont fortement compromis. C’est pourquoi il nous semble que, articuler religion et politique dans la foi chrétienne, c’est croire que Jésus est venu dans le monde pour libérer la vie et que notre tâche consiste à l’aider pour réaliser ce travail.

2.  Le dialogue

Pour bien articuler religion et politique dans la foi chrétienne, voici un deuxième élément: la nécessité du dialogue. Nous, catholiques et chrétiens, ne sommes pas les seuls à lutter pour construire le Royaume. Il existe des gens de plusieurs autres religions et de beaucoup d’autres mouvements qui ne font pas référence à une inspiration religieuse mais qui ont l’esprit de vie. En raison de notre foi, nous sommes poussés et nous voulons construire le Royaume avec ces personnes de croyances et de références différentes des nôtres. En raison de notre foi, nous sommes partenaires. Nous n’avons pas le privilège ni la responsabilité de construire seuls le Royaume. Nous sommes tous appelés. L’esprit qui doit donc nous guider dans l’articulation de religion et politique n’est pas celui du “nous, nous faisons, et les autres, non”, mais celui qui par le dialogue, dans une convergence de forces et dans une complémentarité d’inspirations, nous appelle à servir l’unique Esprit qui souffle où il veut. Cet Esprit souffle autant dans les religions qu’en dehors d’elles. C’est ce qui nous permet de construire ensemble la vie et le bonheur que, chrétiens et chrétiennes, nous nommons le projet du Royaume de Dieu.

L’œcuménisme, le dialogue interreligieux et la capacité de dialogue avec ceux et celles qui ont leur inspiration fondée même en dehors de la religion ne sont pas seulement possibles et opportuns mais nécessaires, car personne n’épuise l’immensité de la tâche de la construction du Royaume dans le champ du social. Avons-nous besoin de tous? C’est l’esprit de notre recherche.

Il n’y a pas de doute que dans ce dialogue, en tant que chrétiens et chrétiennes, nous avons quelque chose à donner de spécifique: l’Espérance. Nous portons avec les autres une utopie, un rêve qu’aucune médiation historique n‘épuisera. Nous portons l’Espérance qui vient de la certitude que, dans ce puits de la vie de l’histoire, Jésus Christ, celui que le Père a ressuscité, s’est déjà baigné. Nous avons l’Espérance que cette construction du Royaume sera réalisée.

3. La clarté dans les suppléances

J’ajoute rapidement ce troisième élément: la nécessité de discerner, de voir clair au sujet des suppléances. Il y a des choses qui font partie de la nature de l’Église, de sa mission, et qui lui sont essentielles, et il y en a d’autres qui ne sont que provisoires. Cette distinction est nécessaire pour faire une bonne articulation entre religion et politique, car mélanger l’essentiel et le provisoire dans ce travail d’articulation nous conduirait à des équivoques et des ambiguïtés.

B.  Un agir dans la conjoncture politique actuelle du Brésil

Les chrétiens et chrétiennes des CEB au Brésil ont une longue expérience d’engagement social et politique. Les élections d’octobre dernier sont le résultat de ces années d’échecs, d’angoisses, de longues souffrances, de travail acharné et d’une foi profonde qui les a toujours soutenus. L’arrivée d’un ouvrier “sans diplôme” à la tête de la République est un exploit inédit. On est de plus en plus conscient de la nécessité de la participation populaire pour continuer d’avancer dans la construction du Royaume. Voici quelques orientations déjà définies:

1. La démocratie a besoin d’être solidifiée et cela ne sera pas possible tant que les politiciens continueront à défendre des intérêts personnels dans une promiscuité entre le public et le privé. Il y aura des élections municipales dans deux ans dans tout le pays. Une première tâche consistera à affronter ces équivoques, avec un travail articulé, ouvert et courageux, proposé clairement aux communautés avec l’orientation de commencer un nouveau processus de participation plus cohérent des chrétiens et chrétiennes dans le politique. Pour que cela se réalise, il faudra mettre un accent spécial sur la formation permanente du travailleur comme expression de la socialisation de la connaissance, ainsi que sur une mystique du service.

2. Quand les partis politique nés des mouvements sociaux arrivent au pouvoir, deux alternatives se présentent à eux: ou ils assument des responsabilités et s’intègrent au pouvoir – ça peut conduire à la cooptation –, ou ils évitent la participation au gouvernement tout en fiscalisant les engagements électoraux, alimentant ainsi l’opposition qui aime s’approprier de toute critique populaire. Entre ces deux extrêmes, les mouvements populaires devront trouver une place qui leur soit propre, c’est-à-dire une place où leur autonomie et la capacité critique soient au service d’un nouveau projet pour le Brésil.

3. Par crainte d’impliquer la communauté dans des options de parti politique, la hiérarchie de l’Église insiste pour laisser exclusivement à chaque chrétien et chrétienne le droit à son critère subjectif lors du choix de son candidat, critère qu’on supposerait correspondre aux valeurs évangéliques que l’Église prêche généralement. En conséquence, on diminue le prestige des partis, qui sont pourtant des médiations indispensables pour concrétiser quelque idéal politique que ce soit.

De plus, on ne mise sur aucune autre médiation organisée qui pourrait devenir un instrument auxiliaire aidant au discernement politique, indispensable autant pour identifier les valeurs en jeu dans les propositions politiques que pour démasquer les pratiques de qui emploie le politique pour pervertir ses vraies finalités.

Aussi, l’option simplement subjective manque de cohérence ; la prétendue neutralité de la communauté, en réalité, devient prétexte pour ne pas s’engager et pour vivre dans la complicité. Alors, la prédication théorique de la hiérarchie devient inefficace et perd de sa crédibilité.

D’où l’urgence d’une “pastorale politique” (et terre de mission) pour se constituer en médiation nécessaire entre les principes doctrinaux et l’engagement des chrétiens et chrétiennes. Sans elle, continuera de se pratiquer le divorce entre religion et politique pour le préjudice des deux et conséquemment de la foi chrétienne.

Conclusion

Dans la foi chrétienne, religion et politique se rencontrent. Elles ont la même finalité, le BONHEUR de tous les humains. Le point par excellence de leur rencontre est l’option pour les pauvres, car ils sont le signe évident des faiblesses d’un projet de société caractérisé par les inégalités et l’absence de fraternité. Unir religion et politique, c’est une question d’identité pour tout chrétien et toute chrétienne, car le projet de Dieu appelé Royaume prend ses racines dans l’expérience vécue, la transcende et révèle Dieu. Jésus s’est inséré dans l’histoire en s’appropriant toutes les dimensions de la vie humaine, y inclus les conditionnements matériels et socio-économiques, montrant ainsi que toutes les dimensions, indépendamment de leur référence ecclésiale, possèdent une valeur divine et théologale. Le politique, dans la mesure où il intègre les dimensions de la réciprocité, de la solidarité et de la justice, exprime sa volonté et concrétise ce que Jésus a voulu et réalisé.

 


[i] RACE, Alan, Les idoles de la sécurité, citado par Timothy RADCLIFFE, Que votre joie soit parfaite, Paris/Montréal, Cerf/Fides, 2002, p. 265.

[ii] RIBEIRO DE OLIVEIRA, Pedro A, Análise de conjuntura, CNBB, novembro 2002.

[iii] ANTONIAZZI, Antônio, “Leitura socio-pastoral da Igreja no Brasil (1960-2000)”, em Conjuntura Social e Documentação, CNBB, nos 638, 641, 642, 644.

[iv] BANDEIRA, Marina, A Igreja Católica na Virada da Questão Social, (1930-64), Rio de Janeiro, Vozes-Educam, 2000, p. 279-351.

[v] VATICANO II, “Igreja no mundo de hoje”, em Concílio ecuménico Vaticano II, Petrópolis, Vozes, 1966, p. 137.

[vi] Documentos da CNBB, Ed. Paulinas, no 8 (série azul).

[vii] Documentos da CNBB, Ed. Paulinas, no 10 (série azul).

[viii] Documentos da CNBB, Ed. Paulinas, no 36 (série azul).

[ix] ASSELIN, Victor, “Política, terra de missão”, seminário sobre “Fé e política”, Balsas, Ma, Brasil, 25-27 junho 2002, p. 4-5.

[x] Id., p. 5.

[xi] Eleições 2002, Propostas para reflexão, Documentos da CNBB, no 67 (série azul).

[xii] ASSELIN, Victor, “Política, terra de Missão”, texto de estudo, Balsas, Ma, Brasil, junho 2002.

[xiii] Mt. 13, 44-46.

[xiv] SAMPAIO, Plínio de Arruda, Notas, Seminário “Fé e Politica”, Balsas, Ma, Brasil, 25-27 de junho de 2002.

[xv] Paulo VI,  Octogesima Adveniens, no. 46.

[xvi] Lc 22, 24-26.

[xvii] VATICANO II, A Igreja no mundo de hoje, 74, dans Documentos do Vaticano II, Petrópolis, Vozes, 1966.

[xviii] JOÃO PAULO II, Jubileu dos Políticos, 2000.

[xix] Id.

[xx] HELUY, Helena, “Discurso de posse” na Assembléia Legislativa do Estado do Maranhão, 01 de fevereiro de 2001.

[xxi] Mc 10, 43.

[xxii] MASSERDOTTI, Dom Franco, palestra “Política, terra de Missão”, Seminário Balsas, 25 junho 2002.

Conférence donnée au Colloque organisé par l’Université Saint-Paul d’Ottawa, Ontario, Canada, le 28 février 2003 sur le thème FOI CHRÉTIENNE ET POLITIQUE et publiée dans la revue « Sciences Pastorales » de la Faculté des Sciences Humaines de la même Université, vol. 23, no. 1 , 2004, p. 55-79

* Victor Asselin, prêtre du diocèse de Nicolet, au Québec, exerce son ministère pastoral depuis maintenant près de 30 ans dans la région du Maranhão, au Brésil. Il a aussi travaillé durant de nombreuses années pour une Commission épiscopale des évêques du Brésil chargée de faire pression pour la redistribution des fermes inoccupées aux paysans sans terre. M. Asselin enseigne à temps partiel au programme des Sciences de la mission et du dialogue interreligieux de la Faculté des sciences humaines de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Il fait également partie d’une communauté de base à Montréal. Il passe au moins la moitié de chaque année au Brésil.

RÉSUMÉ

La foi chrétienne et le politique peuvent-ils vraiment s’articuler l’une à l’autre? Pour nous inviter à une réflexion sur les liaisons nécessaires entre ces deux réalités, V. Asselin nous explique l’effort intense de recherche en pratique pastorale qu’ont tenté les Communautés ecclésiales de base au Brésil. Refusant de s’enfermer dans des problématiques purement internes aux Églises, tâchant de prendre aussi leur distance d’un pur engagement social sans motivations désintéressées, les membres des CEB ont tenté de tenir les deux bouts en même temps: réaliser le Royaume à travers des agirs politiques s’inspirant des principes de la foi chrétienne. V. Asselin en profite pour pousser plus avant les questions. Pourquoi les évêques ont-ils tant peur du politique? Où religion et politique doivent-ils coûte que coûte se recouper? Faut-il travailler politiquement avec d’autres qui ne partagent pas la même foi? Qu’est-ce que l’utopie du Royaume et l’Espérance chrétienne ont à fournir comme contribution à la construction sociale?