La communauté chrétienne. Crois-tu au changement ?

La communauté chrétienne. 

 Crois-tu au changement ?….

            « L’événement Jésus » se situe à une époque de domination et d’exploration. Il naît à Bethléem, grandit et mûrit à Nazareth dans un milieu simple. Il prend conscience de l’exploitation de son peuple. A l’exemple de Moïse il entend l’appel de son Père : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri… oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer… » (Ex. 3,7-8)

Pour réaliser la MISSION, Jésus accepte l’appel de son Père et, même au prix de sa vie, il s’engage à la libération de son peuple et annonce donc aux pauvres la Bonne Nouvelle du Royaume. Il se fait solidaire et se met au service de la fraternité. Son message n’a pas plu à tous. On s’attendait tout simplement à un revirement de situation, c’est-à-dire que les juifs prennent la place des romains, mais Jésus ne l’entendait pas ainsi. Il voulait un changement radical: UN PEUPLE FRERE ET SERVITEUR, un peuple solidaire. C’est ici que le Père est venu montrer de quel côté il était. Il s’est servi de son pouvoir créateur et a ressuscité Jésus.

Et le projet de Jésus continue

Les premiers chrétiens, se servant du même pouvoir, se sont organisés en petites communautés. (Ac. 2, 42-44)

« Vous êtes une lettre du Christ remise à nos soins, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non, sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les coeurs. » (2 Cor. 3,3)

« Notre lettre, c’est vous, une lettre écrite en nos coeurs, connue et lue par tous les hommes » (2 Cor. 3,2)

C’est dans la vie communautaire des premiers chrétiens, soutenue par la foi en Jésus vivant au milieu d’eux qu’est apparu le signe clair du projet du Père. Ce signe explicite l’appel d’Abraham et la libération du peuple d’Égypte.

L’exemple d’Emmaüs 

Emmaüs nous fait vivre l’expérience de la résurrection, vécue en communauté. Elle fut le grand éclair qui a permis aux yeux de voir. Quand les deux disciples marchaient sur le chemin avec Jésus, ils ne le reconnaissaient pas. Il manquait la lumière dans leurs yeux. Il manquait l’expérience de la résurrection. Quand ils le reconnurent à la fraction du pain, Jésus disparut car, à ce moment, Jésus était entré en eux et eux-mêmes ressuscitèrent. Ils ont vaincu leur manque d’ardeur et retournèrent à Jérusalem, lieu où se trouvaient les pouvoirs          qui avaient tué Jésus et, en conséquence, avaient tué en eux l’espérance. Mais ils ne les craignaient plus. En eux était entré une force plus grande, une force de vie qui vainc la mort.

Jésus, en marchant avec les deux disciples a dialogué et écouté avec patience. Il a mangé, prié et posé des gestes bien concrets d’amitié. C’est le climat de la communauté où on vit comme des frères et des soeurs. C’est là que se fait l’expérience de la résurrection du Christ vivant au milieu de nous.

En créant le climat de dialogue, Jésus a amené les deux disciples à parler des problèmes de la vie. C’est ainsi qu’est apparu la tristesse, le manque de motivation, la frustration, la fausse espérance, la décision de condamner Jésus, la croix et la mort, la conversation des femmes, l’incapacité des deux de croire dans les petits signes d’espérance. En somme il a amené à parler de toutes les souffrances et, en particulier, des difficultés de chaque jour …

C’est en dialoguant avec eux (donc en communauté) que Jésus s’est servi de la Bible non pas pour l’interpréter et pour enseigner mais pour interpréter les faits de la vie et leur redonner espérance. Il a réfléchi avec eux en leur faisant voir qu’ils n’avaient pas raison dans leur manière d’expliquer les faits et leur a prouvé, à la lumière de la Parole, que les faits n’échappaient pas à la main de Dieu. Il s’est servi de la Bible non pas pour l’enrichir de quelques belles idées mais pour susciter un changement radical: la peur devient courage; le désespoir devient espérance; le fuite devient engagement; la séparation devient rencontre; la mort devient vie.

En conclusion

La vie communautaire vécue dans la foi en la Résurrection de Jésus est comme la caisse de résonnance d’une guitare. Sans elle, les cordes des paroles bibliques ne produisent pas la musique de Dieu dans le coeur du lecteur ou de la lectrice. Cette caisse de résonnance se crée :

- en créant un climat d’ouverture entre les personnes;

- en essayant de comprendre à partir de celui qui souffre et qui cherche à se libérer;

- en vivant en petit groupe car le message de foi ne peut être capté et compris qu’en communauté;

- en ayant la conviction que Dieu nous parle dans l’histoire de la communauté et du peuple;

- en prenant le temps de prier, de célébrer et de partager …

Quand la vie communautaire s’enracine dans la réalité et qu’elle s’appuie sur la Parole le miracle du changement se réalise. Les disciples d’Emmaüs découvrent la force de la Parole de Dieu présent dans les faits, commencent à la pratiquer et tout se transforme: les yeux s’ouvrent, la croix devient signe de vie et
d’espérance, la crainte disparaît, le courage réapparaît, les personnes s’unissent, commencent à partager entre elles leur expérience de résurrection. Comme pour les disciples d’Emmaüs on découvre que tout commence au moment où Jésus parle…

Drummondville, 28 novembre 2012

Victor Asselin, ptre

L’exclusion, un défi à la fraternité évangélique

L’EXCLUSION, un défi à la fraternité évangélique

     Le 1er mai 1997 le comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec et le Carrefour de pastorale en monde ouvrier, Québec, publiait le message « J’étais là, m’as-tu fait de la place »?

Le document invite à faire l’exercice de réflexion sur notre manière de vivre l’économie et l’emploi dans nos maisons. … » L’Eglise du Québec représente … un espace économique avec ses fabriques, ses diocèses, ses communautés religieuses, ses mouvements et ses petits groupes. Ces différentes entités ont une autonomie administrative. Elles ont des revenus et des dépenses. Elles gèrent des emplois…. Y abordons-nous les questions économiques dans un esprit de service à la vie ? … là où il y a un budget, là où il y a une maisonnée à organiser, et parce que nous sommes humains, il y a la possibilité d’une pratique dominatrice ou solidaire….  »

« Parce qu’il n’y a pas de réponse unique… nous croyons qu’un exercice fraternel de révision de vie économique dans l’Eglise du Québec… peut constituer un déclencheur approprié pour engager notre responsabilité. … Nous pensons que nous avons la maturité nécessaire pour entreprendre l’exercice. »

C’est dans cet optique qu’aujourd’hui nous réfléchirons sur deux réalités importantes:

1. Le néo-libéralisme engendre l’exclusion

2. La fraternité évangélique, réponse à l’exclus

…………….

Néo-libéralisme et exclusion

La fraternité, élément fondamental d’une convivialité harmonieuse entre les humains doit se réfléter dans les attitudes individuelles et sociales et dans la société. Et ceci devrait encore plus se rencontrer dans les sociétés dont la structure politique est démocratique. En effet n’est-ce pas la responsabilité de ceux et celles qui ont reçu l’autorité par le vote de ses concitoyens et concitoyennes ? La question que nous voulons bien poser aujourd’hui est celle-ci : dans quelle mesure le monde qui se dit démocratique réussit-il à assurer une véritable fraternité entre les humains, en particulier dans l’économique , i.e. dans cette dimension qui régit la répartition des fruits de la terre et le travail des humains ?

Restructuration de l’économie

L’économie mondiale est dans un processus de restructuration. Le mur de Berlin en est le symbole. En effet la disparition du bloc soviétique fut le signe d’un changement essentiel car il ouvrait les pays de l’est à l’économie de marché (loi de l’offre et de la demande) et non plus à une économie planifiée (régie par l’Etat).

C’est alors que le système néolibéral a pénétré dans tous les pays de l’ancien bloc soviétique et, dès lors, l’économie de la majorité des pays fonctionne selon les lois de l’offre et de la demande. L’intervention de l’Etat comme régulateur du marché peut être plus ou moins significative mais il est une chose sûre : dans les relations économiques internationales l’économie est indépendante.

Ce triomphe du système néolibéral nous a introduit dans un monde unipolaire. Auparavant s’affrontaient deux fonctionnements économiques, chacun avec leurs principes distincts (planification et lois du marché) alors que la loi du marché se présente maintenant comme vainqueur et unique capable de gérer la production et la répartition des biens.

Quelles sont les caractéristiques de ce monde unipolaire et comment fonctionne-t-il ? Quelles sont les conséquences du néolibéralisme dans les économies nationales et dans les transactions entre les pays ? Est-il vrai que c’est l’unique manière de gérer les relations d’échange entre les humains ?

I. La globalisation

Le système néolibéral se caractérise par le minimum d’intervention de l’Etat. Ce sont les lois de l’offre et de la demande qui déterminent quels biens on va produire et à quel prix. Cela s’applique également au marché du travail i.e. que les personnes rencontrent les emplois du type et du prix que le marché détermine.

Ces caractéristiques nous viennent des théories libérales du siècle passé. On parle du néo-libéralisme car après une période où l’Etat intervenait activement dans l’économie, il y a une tendance dans les dernières décennies à ce que l’Etat se retire, ce qu’il fait graduellement, laissant toutes ses activités dans les mains de l’initiative privée. On croyait et on croit que c’est plus efficace et rentable.

L’auto-régulation du marché

L’Idée qui est en-dessous de cette manière de voir est celle de l’auto-régulation du marché. Cela signifie à niveau mondial que chaque pays et chaque région se spécialisent selon sa capacité  d’être plus compétitif dans les sphères de leurs spécificités. De cette manière on augmente l’interdépendance entre les pays puisqu’on favorise l’échange commercial et l’échange de services plus que l’autosuffisance nationale.

Evidemment cette loi du marché favorise le plus fort: celui qui a une infrastructure meilleure, celui qui a une plus grande capacité d’invertion, celui qui a une technologie plus développée aura plus de chance. Et ce n’est pas une cachette que les pays se rencontrent dans des situations très inégales. Et alors que se passe-t-il ? La compétence entre inégaux a comme conséquence la perte du plus fragile : il est alors absorbé par le plus fort ou on le met tout simplement de côté. C’est l’exclusion, phénomène nouveau dans l’économie mondiale.

Attitudes et conséquences

Ce fonctionnement économique conditionne des attitudes et des conséquences qui caractérise notre monde moderne. Les uns disent, par exemple, que c’est la fin de l’histoire. Cela signifie que nous sommes arrivés à un point final de l’évolution. On ne pourra rien trouver de meilleur. C’est la fin des utopies. Rien ne sert de chercher autre chose. Ainsi les personnes grandissent et sont éduqués dans une ambiance très individualiste. ça ne vaut pas la peine de se réunir pour organiser de nouvelles manières de vivre ensemble car l’unique qui fonctionne est la loi du plus fort et l’unique que nous pouvons défendre est notre liberté individuelle: la liberté – si nous faisons partie des plus forts – de gagner plus.

Cette liberté à outrance apporte avec elle la domination des plus forts sur les plus faibles. Voici des exemples:

- entre les personnes dans un même pays les riches deviennent plus riches et les pauvres deviennent des misérables;

- la différence entre les pays du Nord et les pays du sud augmente de plus en plus;

- Dans la nature, l’homme, se sentant plus fort par sa capacité technologique, détruit l’équilibre fragile de la terre aux dépens de gains matériels immédiats.

Le développement rapide de la technologie

Tout cela  se voit amplifié par le développement rapide de la technologie qui rend encore plus possible une domination plus efficace car, par les moyens de communication, elle envahit tous les coins de la terre. On transporte les produits de manière plus rapide et à un prix plus bas. Les recours financiers se déplacent en espace de seconde via satellite, entrant et sortant des pays selon leur rentabilité sans leur laisser le temps suffisant pour être utilisé dans quelque chose de productif. La publicité faite à l’échelle internationale uniformise les modes de consommation et cela, non seulement pour les produits tangibles mais pour la culture. Elle envahit la culture: la télévision, les livres, les spectacles… tout est soumis à la loi du marché. De plus en plus on s’habille pareil, on mange la même chose, on lit la même chose -évidemment toute proportion gardée – et on finit par adopter, en beaucoup de choses, la même manière d’être et de penser. Et ce n’est pas nécessairement la meilleure mais bien celle de la domination.

Réactions

La globalisation a provoqué diverses réactions chez les plus faibles:

- la renaissance des nationalismes -

Dans plusieurs parties du monde des peuples et des personnes revendiquent leurs racines ehtniques et/ou culturelles et souvent de manière intolérante et        violente. Ex. les serbes et les croates en Europe de l’Est et les hutus et les tutsis en Afrique. Bien que les  problèmes sont très complexes et ont des racines historiques profondes, nous pouvons nous aventurer à dire que le manque d’espérance pour une vie meilleure (pour l’Afrique c’est l’espérance d’une survie) liée à la nécessité d’avoir son identité sont des réactions à la globalisation.

- les intégrismes religieux – l’islamisme, le fondamentalisme catholique, les sectes chrétiennes de tout genre etc…

- l’extrême droite en politique – Le discours de certains groupes d’extrême droite ne diffère pas beaucoup des fascistes d’il y a 50 ans et alimente un racisme souvent violent.

Il y a aussi des réactions pleines d’espérance, des alternatives pour la fraternité entre les humains. Nous verrons cela plus loin.

II. Qui contrôle l’économie mondiale ?

Si la globalisation est mondiale, on ne peut pas dire la même chose de l’économie car les pays industrialisés concentrent les recours financiers et techonologiques et leurs relations avec les pays pauvres peuvent être qualifié de néo-colonialisme i.e. ils exercent un contrôle en raison de leur supériorité économique et financière et, ainsi, attentent à l’autonomie politique des nations plus faibles.

La dette externe

Et un de leurs arguments pour exercer le contrôle est celui de la dette externe. Puisque le paiement de la dette externe est pratiquement impossible pour les pays pauvres, les pays riches avec la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire    international imposent une restructuration qui n’a pas pour objectif le bon fonctionnement des économies locales mais le paiement de la dette.

La lutte pour la domination

De plus les pays riches se disputent entre eux pour avoir la domination économique. Ainsi les Etats-Unis sont menacés par    l’Allemagne et le Japon. Cette lutte a amené la formation de blocs et de marchés régionaux. L’Union européenne, L’Alena, le Japon organise une région économique avec d’autres états du sud-est asiatique… Puis il y a le groupe des SEPT qui contrôle les mesures économiques imposées par les institutions  comme la Banque mondiale et le Fond Monétaire International.

Problèmes

Avec l’application exagérée des philosophies néolibérales qui    limitent l’ingérence de l’Etat on en est arrivé aux problèmes suivants:

1. Non seulement les grands capitaux décident mais il n’y a aucune possibilité de contrôle sur eux. Même les gouvernements des pays riches sont impuissants.

2. De plus les capitaux s’engagent dans une inversion financeiro-spéculative plutôt qu’une inversion dans la production d’un pays. De cette manière les économies des pays fragiles sont à la merci des grands capitaux car ceux-ci entrent quand ça fait leur affaire et sortent quand ça fait leur affaire. On vient chercher l’argent quand les intérêts sont hauts et on disparaît au premier indice que les capitaux pourraient être plus rentables ailleurs sans laisser aucun type de construction. Il y a ainsi un écart important entre l’économie réelle et l’économie spéculative qui empêche la croissance concrètedes pays.

III. Mécanisme de domination

Avec les éléments que nous venons de voir, est-il possible de discerner de quelles manières s’interrelacionnent les intérêts économiques, politiques, idéologiques et militaires des puissances du globe dans leur lutte pour établir leur hégémonie ?

On peut affirmer que ce sont les mécanismes traditionnels que les pays développés ont toujours maintenu envers les pays du Sud qui se sont renforcis et se sont étendus à l’échelle de la planète. Voyons:

1. La philosophie géopolitique perd du terrain et est remplacé par la géoéconomie. Clinton, lors de sa 1ère visite à l’Allemagne réunifiée, disait: « Ce sont le commerce et les troupes qui définiront de manière croissante les  liens qui uniront les nations au XXIe siècle ». Ce sont les grandes corporations et les centres internationaux de pouvoir financier qui décident le chemin de l’humanité.

2. Le monde de l’après-guerre froide développe une dynamique multinationale de pouvoir. Ce sont les puissances du Nord, maintenant appuyées par la Russie, qui influencent les décisions des organismes internationaux (ONU, OEA, OTAN etc…)   Ces organismes fonctionnent comme des instances supranationales qui grugent de plus en plus la  souveraineté des pays du Sud. Malgré leurs discours        progressistes avec la défense des droits de la personne, de l’environnement etc… elles sont des instruments efficaces pour forcer les nations pauvres à ouvrir leurs économies, à s’intégrer de manière dépendante au marché international, à ouvrir leurs frontières à des milliers de soldats en « mission de paix » quand elles sont  incapables par elles-mêmes de restaurer l’ordre démocratique, à continuer à payer à haut prix social et ambiental la reconversion industrielle et la compétence « inter-blocs » des puissances du Nord.

3. Un exemple dramatique de ce que nous venons de dire est bien celui de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Leur rôle devrait être celui de conduire les grands et les petits à participer à la croissance économique mondiale. Mais ce n’est pas ce qui arrive. Leur intervention en est une d’une pression croissante  sur les gouvernements du Sud pour que leurs économies soient de plus en plus compétitives et qu’ainsi puissent payer leurs dettes extérieures. Cet objectif ne peut être obtenu que par l’application des politiques socialement criminelles de l’ajustement structurel. Elles fixent les conditions du développement mais ne se responsabilisent aucunement des conséquences. Les résultats de cette « coopération » sont désastreux. Pour garder leur image elles se sont approprié des discours des ONG’s sur le développement, la pauvreté et la participation populaire  mais elles ne se sont jamais engagées à abandonner les politiques néolibérales qui mettent en danger la survie humaine. La Banque mondiale conditionne son appui aux gouvernements qui appliquent les programmes d’ajustement et réorientent leurs économies vers l’extérieur.

Voici ce que disait Pierre Galand qui, durant 3 ans, était membre du Groupe de Travail d’Organismes non gouvernamentaux de la Banque Mondiale:

« L’Afrique se meurt et la Banque Mondiale s’enrichit.  L’Asie et l’Europe Orientale voient leurs richesses disparaître et la Banque Mondiale appuie les initiatives du Fond Monétaire International et du Gatt qui autorisent ce vol de richesses matérielles et intellectuelles. L’Amérique Latine, comme les deux autres continents contemple avec horreur comment ses enfants sont exploités comme force de travail et encore, ce qui est le plus terrible, comme donateurs forcés d’organes pour le marché prospère de transplantations en Amérique du Nord.

Dans ses discours, la Banque Mondiale parle des sacrifices inévitables qu’exige la stabilité structurelle pour que les nations s’intègrent dans le marché mondial globalizé comme s’il s’agissait d’un désert difficile à traverser pour arriver à la Terre Promise du développement ».

4. Les puissances du Nord sont certaines qu’il est très difficile pour le « reste » du monde de prétendre au développement. Pour cette raison elles ont favorisé la génération de « puissances régionales » qui peuvent servir de frontière entre le Nord et le Sud. Elles détiennent en elles-mêmes les maux du « développement ». Des pays comme l’Inde, la Chine, Iran, Irak, Egypte, Argélie, le Marroc et le Mexique sont appelés « pays tampons ». On ne prétend pas les incorporer au monde de l’industrialisation et ainsi on baisse un peu la ligne qui divise le Nord du Sud.

5. Les puissances n’ont pas renoncé non plus à la domination militaire ni à l’industrie de guerre. Curieusement les coûts militaires des pays du Sud ont augmenté à un rythme plus accéléré que celui des pays du Nord lors des dernières années. Ce sont les conflits régionaux qui le motivent. De plus il y a toujours danger d’une économie récessive puisque les zones sont controlées par les intérêts des blocs économiques hégémoniques.

6. La lutte pour l’hégémonie comprend aussi les aspect  idéologiques. Avec la chute du socialisme la voie capitaliste demeure comme l’unique alternative. Ce fait a affaibli les résistances des états nationaux devant les processus de globalisation mondiale. Et de plus ce processus de transnationalisation pose l’épineux problème de l’identité des peuples.

IV. Les conséquences

Même si on vante et on défend le néolibéralisme comme l’unique alternative viable de développement, il y a plusieurs évidences de ce que les élites qui contrôlent l’humanité se sont trompés. On peut le voir par les nombreux effets engendrés sur la planète.

4.1 Conséquences dans le développement social

L’échec le plus évident est bien celui du fossé encore plus grand entre les pays du Nord et ceux du Sud et reproduisant aussi cette dynamique à l’intérieur de chaque pays. Le rythme de croissance s’est accéléré entre les inégalités.

Voici quelques données du Programme des Nations Unies pour le Développement:

- Dans un monde de 5,600 millions de personnes, 1,300 millions  vivent dans l’extrême pauvreté i.e. dispose de moins d’un dollar par jour pour sa subsistance;

- Les 3/4 des pauvres vivent en Asie méridionale et orientale, en Afrique, en Amérique Latine et dans les Caraibes;

- 1,300 millions personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 770 millions n’ont pas accès aux services de santé;

- A chaque 3 secondes meurt un enfant pour des causes qu’on pourrait éviter si on avait accès aux conditions sanitaires minimales. 98% de ces enfants vivent dans un pays en voie de développement;

- Dans les pays du Sud une femme enceinte a 18 fois plus de chance de mourir durant son état de gestation que dans le Nord. A chaque année meurt 600,000 femmes durant la  gestation ou durant l’accouchement;

     – Dans l’éducation, 300 millions d’enfants ne vont pas à l’école et 1,000 millions d’adultes sont analphabètes;

- On compte plus 1,000 millions de sans-emplois. En Amérique Latine ça implique 30% de la population.

- Dans le Nord 20% de la population controle 60% de la  richesse de la planète; 98% de la recherche cientifico-technologique; consomme 70% de l’électricité du monde; possède 70% des métaux et 85% du bois.

On veut favoriser la croissance et réduire les dépenses publiques et sociales. De plus, ce qui peut aussi expliquer aussi l’inégalité ce sont les grandes différences entres les   salaires des travailleurs qualifiées et des non qualifiés comme aussi entre les travailleurs des pays industrialisée et des pays non industrialisés.

On justifie l’implantation de ce modèle de développement en affirmant qu’en favorisant la croissance économique des élites de chaque société c’est créer les conditions de bien-être et de prospérité pour le reste. On oublie qu’on offre une solution à la pauvreté sans exiger la discipline morale du partage. Et alors on ne se rend pas compte que l’appauvrissement accéléré devient de plus en plus une menace plus grande que celle de la bombe atomique.

Il n’y a pas de volonté du côté des « centres de pouvoir » de   transformer cet état de choses. Cela se vérifie clairement par la dépense militaire et par la dette externe.

- dette externe: chaque année les pays du sud payent comme intérêt une somme 3 fois supérieures à ce que les pays du Nord investissent dans la coopération internationale;

- dépense militaire: l’importation d’armes des pays du Sud équivaut à 75% de l’aide externe reçue et il existe 8 fois plus de soldats que de médecins.

4.2 Conséquences environnementales

L’écosystème est menacé autant par la richesse excessive que par la pauvreté extrême. Les deux génèrent des effets nocifs sur la nature. Voici quelques exemples:

          – La destruction des boisés. Presque la moitié des boisés humides tropicaux ont été détruit par les entreprises qui exploitent le bois précieux ou font de l’élevage extensif. Ces boisés qui couvrent à peu près 6% de la superficie terrestre sont l’habitat de 80% de toutes les espèces d’insectes de la terre, sans compter la diversité de mammifères, d’oiseaux et de plantes. Ils jouent un rôle important pour le climat si bien que peuvent être changés les systèmes de vents, les régimes de pluies etc…

          – L’érosion des sols.

          L’abandon des méthodes traditionnelles de cultiver la terre et l’usage d’engrais et de fertilizants industrialisés et l’accélération de l’augmentation de la population humaine ont influencés de manière drastique de telle sorte qu’à chaque année on perd 24,000 millions de tonnes de la couche supérieure du sol, ce qui représente une perte de 9 millions de tonnes de cueillette potentielles de céréales. De plus on emploie les fertilizants chimiques pour produire plus pour l’exportation. Aussi à chaque année 40,000 personnes  meurent dans le Tiers-Monde d’intoxication due aux pesticides.

          – L’empoisonnement de l’air -

          Les formes de contamination qui détruisent l’équilibre atmosphérique s’aggravent. Beaucoup de quantité d’ozone produit du mélange d’hydrocarbure que laissent échapper les autos et les industries avec les oxides de carbone de la lumière solaire menacent la vie. Ceci a commencé à être une tragédie surtout dans les villes surpeuplées du Tiers-Monde. Et d’un autre côté la pluie acide des gas industriels et des centrales électriques assassinent les boisés et les lacs des Etats-Unis et de l’Europe. On estime que presque toutes les espèces d’arbres en Europe sont affectées et qu’aux Etats-Unis plusieurs espèces courent le danger d’être éliminées comme par exemple le pin rouge et le pin blanc.

          – La mort des eaux -

          Les déchets industriels et les déchets domestiques versées dans les rivières, les lacs et les océans sont les causes de l’extinction de plusieurs espèces d’animaux        et de végétaux. On calcule aussi que 25,000 personnes meurent à chaque jour pour avoir bu de l’eau contaminée.

     « La nature humiliée a été mise au service de l’accumulation du capital. On empoisonne la terre, l’eau et l’air pour que l’argent génère plus d’argent sans que diminue le taux du  gain. Efficient est celui qui gagne plus en moins de temps » (Eduardo Galeano)

     4.3 Conséquences culturelles

          Les tendances forcées à l’unification de vastes zones géoéconomiques, à la globalisation mondiale et à l’uniformité   culturelle dans un monde très divers et inégal ont engendré une série de contradictions dans les processus culturels.     Voici:

     – La crise des identités sociales et nationales -

     Il est de plus en plus difficile de penser en termes nationaux. L’identité collective basée sur la natalité ou l’appartenance à une classe sociale est en train de disparaître. Comme forces émergent les identités ethniques, religieuses,, régionales, de genre etc…

     – la crise de la démocratie formelle -

     L’émergence de la multiplicité d’identités engendrent l’apathie politique de grands secteurs de la population.

     – Les recherches de contre-cultures -

     Face à la consommation, à l’individualisme et à la technocratie on recherche des alternatives d’utopies. Cependant ce ne sont pas toutes les recherches qui sont libératrices car on sombre souvent dans le fanatisme et l’aliénation comme on le voit dans des sectes et des cultes liés au satanisme.

CONCLUSION

     Le nouvel ordre mondial qui est en train de s’établir est bien loin d’un climat fraternel entre les humains. Il est urgent de remettre la personne humaine au centre des considérations économiques, politiques et sociales mais non pas comme exploiteur mais bien comme responsable d’un tout, incluant la nature qui est la base de sa survivance. Nous devons juger avec une éthique renouvelée les mécanismes qui régissent les relations dans la société. Il est urgent aussi, comme citoyens actifs et responsables, que nous étudiions la logique néolibérale pour découvrir des alternatives bien fondées. Il nous faut regarder des propositions non seulement techniques mais aussi culturelles sans oublier que les générations millénaires peuvent offrir des alternatives à ce que le monde occidental nous présente aujourd’hui. Nous sommes devant une menace d’en finir avec la création que Dieu nous a remis entre les mains.

Montréal, 15 mars 1998

                                  Victor Asselin,

                   La fraternité dans la bible

        (L’exclusion, un défi à la fraternité évangélique)

     La fraternité est un des points centraux et fondamentaux dans la pensée théologique du peuple d’Israel, point qui sera assumé postérieurement par la pensée chrétienne de la communauté primitive.

     Le sujet est ample. Nous allons seulement sortir quelques pistes. Et je le ferai en prenant comme division les deux grandes parties de la bible, à savoir l’Ancien testament et le Nouveau Testament.

INTRODUCTION

     Dès le début de la bible le thème est clair. L’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gen 1,26) et, à cause de cela, il a une dignité. Cet homme-femme est appelé à vivre dans la respect, dans le partage, dans la fraternité, en communauté. Tout au long de l’histoire d’Israel cet élément est fondamental pour comprendre le développement de sa pensée. Depuis Abraham jusqu’à Jésus on insiste sur un seul point: l’intérêt et le soin pour l’autre. Et cela parce que l’autre a une dignité et parce qu’il est une représentation de ce grand autre: DIEU. C’est ainsi qu’on peut dire que toute la pensée théologique de l’Ancien Testament est centrée sur cette idée: LE PROJET D’ETRE FRERE. Cet élément central on le trouve quand Dieu appelle Cain et l’interroge au sujet de son frère Abel. (Gen. 4, 8-10) Nous avons alors une affirmation claire et explicite de ce que chacun et chacune sommes responsables de nos frères et de nos soeurs.

I. L’Ancien Testament

     Nous alons nous référer au Pentateuque avec son histoire et ses lois, aux prophètes avec son appel à la conversion et à l’époque de l’Exil dans lequel le peuple défend sa foi, sa vie de fraternité et de communauté.

     1.1 Le Pentateuque

     Dieu, bon et miséricordieux, établit son Alliance ave l’homme, Abraham. Il l’invite à être une bénédiction pour tous les peuples de la terre et à être témoin de l’amour et de la bonté    de Dieu (Gen. 12, 1-3)

     Contexte

     Nous nous mouvons dans une ambiance de pasteurs qui vivent    dans le désert où la survivance est un fait quotidien. Si tu    n’es pas fraternel et hospitalier, l’autre peut mourir. Dans     ce contexte, être fraternel n’est pas simplement une question de goût ou de préférence. C’est une question de vie ou de mort   car nier la nourriture ou la boisson dans le désert c’est    condamner l’autre à une mort certaine. C’est dans ce contexte   que dans le Pentateuque on a divers passages qui nous      indiquent que l’étranger jouit de certains privilèges à cause   de sa situation.

     a) Un des textes les plus beaux est celui des trois  personnages qui se présentent à Abraham près du chêne de Mambré. Il est à la porte de sa tente et il invite les  trois hommes à venir se reposer et à manger. C’est le précepte de la fraternité et de la survivance au désert.

          Lisons – Gen. 18, 1-8

                    Gen. 24, 17-21

                    Ex. 2, 15-20

          C’est l’engagement de l’hospitalité. C’est être frère au désert. L’autre dépend de moi pour vivre. C’est aussi l’esprit que nous retrouvons dans les commandements.           Violer une seule de ces lois provoquerait un désastre. Ce serait le chaos dans la communauté.

     b) C’est de cette perspective que prend sens l’idée d’une communauté, de la fraternité. La personne ne peut pas être seule car elle ne pourrait pas développer toutes ses capacités. Sans compagnie, la personne est condamnée à l’échec. Voici pourquoi le respect de l’autre, l’aide et l’appui sont des colonnes essentielles dans la vie.

     c) L’expérience fondamentale, base de la foi d’Israël, se trouve dans la libération du peuple de l’esclavage, de l’oppression d’Egypte.

               Deut. 26, 5-9

     d) Dieu se fait patient quand l’autre souffre, quand « l’autre » a besoin de Lui. Il se fait compagnon de route, il accompagne l’autre dans sa douleur, dans sa souffrance. Il veut partager la douleur, il veut la faire sienne. C’est pour cela qu’il agit et qu’il n’est pas seulement spectateur.

               Ex. 3, 7-8

     e) Dieu demande aussi que chacun soit miséricordieux envers l’autre. Que le peuple voie en l’autre un frère, qu’il apprenne à être frère, à être solidaire, à ne pas laisser l’autre à son propre sort s’il ne veut pas répondre de sa vie.

               Lév. 19, 1-2, 10, 13, 17, 18

     Conclusion

     Ce que le Seigneur Dieu demande pour sa communauté c’est la   SAINTETE. Une sainteté qui doit se manifester dans des faits concrets. La sainteté se réalise dans la relation avec l’autre, dans l’appui à l’autre, dans le partage avec l’autre. Cette sainteté s’exprime dans la fraternité, dans l’être proche de l’autre, dans la solidarité avec l’autre. On ne peut pas réaliser cette sainteté en dehors de la relation avec le prochain et si on est indifférent devant la situation de l’autre.

     1.2 Les Prophètes

          La littérature prophétique est abondante en ce qui a trait à la fraternité et à la solidarité avec l’ »autre ».

          Pour les prophètes, le fait que le peuple a oublié de   faire la volonté de Dieu a amené aussi la rupture avec les frères. Il y a de plus en plus de pauvres qui sont menacés. On a perdu la terre. On n’est plus sensible à l’orphelin ni à la veuve et ni à l’étranger.

          Ces trois catégories de gens sont importantes pour      comprendre l’enseignement des prophètes. Ils représentent les    plus oubliés de la société, les moins protégés. Les « anawin »   (les pauvres de Yahvé) ont été dépouillés de leur dignité.   C’est contraire à la volonté de Dieu. Raison pour laquelle les prophètes dénoncent l’injustice, le manque de solidarité et     de fraternité des grands et des puissants envers le peuple.

     a) Les grands et les puissants, souvent, justifient leurs actions par une religiosité profonde. Ils imaginent qu’en étant fidèles au culte ils sont fidèles à la volonté de Dieu. Il y a une séparation entre le culte et la vie.

          IS. 1, 10-12. 15-17

          Is. 10, 1-2

     b) Quel est le jeûne qui fait plaisir à Dieu ?

          Is. 58, 6-7

          C’est clair que l’autre n’est pas un abstrait. Il n’est pas loin de ma vie et de mes circonstances. C’est quelqu’un qui est dans mon monde et dans ma réalité.

     Conclusion

     La grande préoccupation des prophètes est bien celle de la   fraternité envers les plus faibles et les moins protégés de   la société. C’est seulement lorsque je suis capable de me   préoccuper de ceux et celles qui m’entourent et d’en n’être    pas indifférent, que je ressemble à Dieu. En effet ce Dieu est    le défenseur de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger, de      celui qui est raillé et méprisé. C’est ce Dieu qui rachète de   la situation de misère et d’oppression.

     1.3  L’exil

          On a tout perdu, ou presque. Le peuple d’Israel et resté sans prophète, sans roi, sans prêtre, sans temple. Il a perdu les éléments précieux qui donnaient sens et identité. Le choc   fut brutal. La communauté est sur le point de perdre l’orientation centrale de sa foi. Il faut donc se regrouper et resserrer les liens puisqu’il court le risque de perdre son identité. En effet l’influence d’une autre culture se fait forte…

     Devant cette situation comment garder l’Espérance ? Quels sont     les éléments qui pourraient fortifier la vie et rendre      capables de récupérer leur identité ? Ces éléments devraient donner cohésion et sens à la vie, à la communauté en ce moment d’exil. Les voici:

     – La circoncision

     C’est un signe d’identité, signe de l’alliance sellée avec le   Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob. C’est ce qui fera reconnaître    celui qui appartient au peuple de l’Alliance.

     – le « sabbat »

     Ce n’est pas seulement un jour de repos mais c’est un jour consacré au Seigneur. Un jour de rencontre avec le Seigneur, pas une rencontre individuelle mais une rencontre en   communauté.

     – la synagogue

     C’est le lieu de rencontre avec Dieu mais aussi avec les frères, avec la communauté.

     Conclusion

     Ainsi le peuple développera sa solidarité, son appui et son aide à ceux et celles qui en ont davantage besoin. La louange   à Dieu est effective parce qu’elle se réalise de manière très   concrète avec la communauté.

     C’est ainsi que le judaisme conserve les traits de son identité tout au long des siècles VI et 1er avant JC.

II. Le Nouveau Testament

     Dans le nouveau Testament il n’y a rien de bien nouveau au sujet de la fraternité si ce n’est qu’elle devient plus exigente et radicale. On récupère l’idée que rencontrer l’ »autre » c’est rencontrer l’image de Dieu.

     2.1 L‘annonce du Royaume de Dieu

          Tout l’enseignement de Jésus tourne autour du Royaume. Dans son enseignement et son activité il annonce qu’il n’est    pas venu pour les bien-portants mais pour les malades (Mt. 9,     12) et ni pour pour les justes mais pour les pécheurs (Mc 2,      17). L’annonce du royaume de Jésus est une invitation à     entrer, non à repousser, à marginaliser, mais bien à     participer.

     La communauté, médiation du royaume

     Et cela ne se fait pas de manière abstraite. Ca se concrétise dans une communauté. La communauté n’épuise pas le royaume mais c’est la médiation du Royaume. C’est dans la communauté,  à partir d’une communauté et pour la communauté que le Royaume devient une réalité.

     Nouvelle manière  de vivre la relation familiale

     Ce n’est plus la ligne de la chair et du sang qui fonde le   modèle de la famille mais celle de ceux qui font la volonté   du Père. C’est la manière de vivre les béatitudes. Alors la communauté devient le nouveau modèle d’où s’instaure un nouveau type de relations.  (MC. 3, 32-35)

     A. La prédication de Jésus

     – la réconciliation

          L’ »autre » dont parle l’Evangile n’est pas étranger à ma  personne. Il fait partie de ma vie. Je ne peux pas présenter à l’autel mon offrande si j’ai quelque chose contre mon frère. Je dois d’abord me réconcilier.

          La réconciliation c’est sortir de ma personne pour me rencontrer avec l’autre qui est différent en bien des aspects. Cette sortie c’est la rupture avec mon égoisme, avec ma petite vie personnelle et privée dans laquelle je ne me compromets avec rien et d’où je me tiens isolé de tout ce qui pourrait perturber mon petit monde. Sortir de moi c’est entrer dans la dynamique du Royaume, d’où l’autre prend un sens pour ma personne, d’où l’autre n’est plus un étranger, d’où sa douleur et sa souffrance sont miennes, d’où je me compromets à être frère ou soeur.

     – le pardon

          La réconciliation est profondément liée au pardon. Le pardon est essentiel dans la vie de tout chrétien. Il est  important pour la bonne marche de la communauté et de la fraternité. Sans le pardon ni la communauté, ni la fraternité existe. Pour Jésus le pardon n’est pas conditionné, il se donne. A la question de Pierre:  combien de fois dois-je pardonner …  Si je ne pardonne pas, l’autre sera exclu, marginalisé, repoussé et il n’y a rien de plus contraire au Royaume que l’EXCLUSION.

     – l’amour préférentiel de Jésus : les exclus

          C’est à eux que Jésus invite d’abord à participer au Royaume. Le Père de Jésus n’exclut personne. C’est le message du NOTRE PERE. S’il en est ainsi du Père, pourquoi excluirions-nous ?

     B. La communauté primitive

          La première communauté a bien compris cela et c’est ce qu’elle exprime dans le passage des disciples d’Emmaus. On reconnaît Jésus au partage du pain. C’est le lieu où on reconnaît les disciples de Jésus. La communauté acquiert son véritable sens quand elle sait partager, quand elle est fraternelle, quand les pauvres se sentent acceptés et appuyés, quand le processus de recherche de ses membres les amène à leur propre libération

          Une communauté c’est le lieu où tous sont accueillis et acceptés parce que tous ont une valeur comme personne; c’est le lieu où la dignité humaine est la suprême valeur; c’est le lieu où on donne réponse aux besoins des autres. La parabole du jugement final est éloquente à ce sujet (Mt. 25)

     2.2 Les communautés de Paul

          Chez Paul on rencontre des éléments très importants pour nous aider à comprendre le sens de la fraternité et de la solidarité.

          – Jésus est la pierre angulaire d’où se construit l’édifice  (Eph. 2, 20)

          Jésus ne s’est pas accroché à sa condition divine, Il s’est fait un des nôtres, prenant même la condition d’esclave (Phil. 2, 6-11) Jésus est le véritable frère. Il s’est fait un de nous pour partager.

          – La communauté est comme un corps – L’Unité

          Si un membre souffre, tous souffrent avec lui (I cor. 12, 26) Personne ne doit vivre nécessité dans la communauté car la communauté c’est pour être solidaire avec ceux et celles qui souffrent. Paul insiste sur l’unité qui doit se manifester à l’intérieur de la communauté (I Cor. 1, 10): une même pensée, un même sentir, un même coeur … la  communauté c’est le temple où réside l’Esprit du Seigneur  (I Cor. 3, 16) C’est cet esprit qui unifie, qui donne sens et cohésion au fait communautaire. Puisque chacun est temple de l’Esprit et que tous forment le temple du Seigneur, ça veut dire que chacun tient en lui une dignité que personne ne doit violenter. Ainsi toute personne est sacrée (I Cor. 3, 17) Nous sommes des pierres vivantes de cette construction (Eph. 2, 19ss)

          – C’est la foi au Christ qui dit le mieux la dignité de chaque membre de la communauté

          C’est Lui qui unifie, qui élimine les différences qui dénigrent et qui excluent.

CONCLUSION

          C’est dans ces éléments que nous devons chercher la force et la lumière pour affronter la situation que nous vivons aujourd’hui. Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de communautés où se vit la fraternité, la solidarité, le respect pour la dignité de l’autre.

Montréal, le 15 mars 1998

                                       Victor Asselin, ptre

Institution… mystique… prophétie …

     En général, l’institution n’aime pas les mystiques. Elle aime les personnes qui parlent au nom du pape, de l’évêque et de la doctrine… Le mystique ne fait jamais référence à cela. Il parle au nom de Dieu. Le Dieu qu’il expérimente. Pour ce motif le mystique est un fondateur. Il ne part pas de ce qui a été fondé, de ce qui existe. Max Weber dans ses textes analyse deux types de leadership qui influencent la société: le type sacerdotal qui n’invente pas le droit canonique, n’invente pas la messe. C’est le type « politicien » qui n’invente pas la société  mais qui à peine la fait fonctionner et maintient le statu quo. Il ne change rien. Et il y a le type de leadership qui est celui du prophète, c’est-à-dire le type « politicien » qui rêve d’une nouvelle société, du subversif, de celui qui ne reproduit pas les choses mais les invente.

     Le scientifique qui se situe à l’intérieur du paradigme à l’université et qui fait fonctionner la science normale est un répétitif. Il n’invente rien. Il sait tout de sa science, l’applique et la fait fonctionner. Mais il y a un autre scientifique, celui à l’attitude prophétique, qui invente. C’est l’hérétique de la science. Il cherche des idées nouvelles, des fantaisies et fait des tests. Qui est le créateur ? N’est-ce pas l’hérétique de la science ? Si quelqu’un est fidèle au paradigme scientifique, il continue toujours à l’intérieur de la physique. Il ne deviendra jamais un Einstein ou un Heisenberg.

     Le mystique est une figure dangereuse pour la religion. Je donne un exemple: Saint François. Normalement on dit: c’est une figure qui s’adapte … c’est un des saints fondateurs de toute une spiritualité qui insère le pauvre et le cosmos dans sa rencontre avec Dieu. Il insère le pauvre non seulement avec l’attitude de la pratique de la solidarité mais avec l’attitude de l’émigration du centre à la périphérie. Lui, qui était de la bourgeoisie, l’a laissée et est allé demeurer avec les lépreux. Il y a eu un changement de lieu social. Je peux continuer comme je suis et être solidaire avec les pauvres. C’est une autre chose de vivre comme les pauvres, assumer l’univers du pauvre et, à partir de cela, découvrir les dimensions nouvelles de l’incarnation, du chemin de la croix … François a inventé le chemin de la croix, il a inventé la crèche, il a inventé l’eucharistie en dehors de l’église… C’est lui qui a obtenu que le prêtre puisse apporter la pierre d’autel qui garde les reliques d’un saint pour célébrer la messe dans la rue, là où est le peuple. Il a fait une décentralisation. Il a été créatif.

     Dans la mesure où saint François se montrait créatif, Rome l’avait à l’oeil. Sa règle c’étaient des versets de la bible, du Nouveau Testament. Le pape exerçait des pressions pour lui faire comprendre que, pour être moine, il fallait observer les trois voeux: pauvreté, obéissance et chasteté; obéir au Pape Honoré et à tous ses successeurs. Saint François a été obligé d’accepter et Dieu sait à quel prix. Il avait élaboré une règle; ce qu’il y avait de plus évangélique a disparu. IL en a fait une deuxième et les provinciaux l’ont volé et lui ont dit: « C’est assez ! Il faut se conformer à Saint Benoit, il faut se conformer à Saint Basile ». Saint François a réuni tous les moines et leur dit: « Je ne veux rien savoir de Basile, je ne veux rien savoir de Benoit. Je veux être le fou de Dieu. Je veux la voie de l’Évangile. La voie de la folie ». Folie pour celui qui donne tant d’importance à l’Église organisée. Pour celui qui se situe au delà de cette Église, c’est le charisme et la nouveauté.

     Avant de finir d’écrire la règle qui serait approuvée, il a souffert une très grande crise quand il s’est retiré et est allé vivre seul dans le bois pour servir les lépreux. Durant un an et demi il n’a parlé avec aucun moine. Seulement par deux fois le frère Léon l’a visité et lui a parlé. Quelle était la crise ? Il n’acceptait plus l’institution: les moines  construisaient des couvents, ils organisaient. Pour cela il fallait posséder des biens, de la nourriture, des maisons pour accueillir les novices, pour enseigner … François ne voulait rien de cela ! Il voulait le mouvement évangélique de la rue. Et le pape avec la règle, l’organisation, l’obéissance … A la fin il résolut la crise dans un profond acte d’humilité en disant qu’il acceptait, ayant compris que le Christ se fait présent, crucifié dans les institutions et dans l’Église du pouvoir. Il meurt dans cette crise. Les biographies cachent cette phase de saint François parce qu’il est important de montrer que les moines obéissent au pape. Ils sont partie de l’Église. Cependant, les plus fidèles à François n’ont pas obéi et furent exclus, excommuniés et remis entre les mains de l’Inquisition. Saint Bonaventure, considéré le vrai fondateur des Franciscains, et pas saint François, envoie brûler toutes les biographies existantes, les témoignages des confrères et fait lui-même la biographie canonique, bonne pour les novices. Il « normatise ». Il crée les constitutions générales dont le centre est l’approbation du pape.

     François s’est maintenu à l’intérieur de l’institution avec beaucoup de souffrance parce qu’il était suffisamment mystique pour découvrir que Jésus vit dans l’Église, bien que crucifié. La transcendance crucifiée à l’intérieur du pouvoir.

     Quelqu’un de semblable à Saint François fut Teilhard de Chardin qui avait la même expérience de base: celle de la redécouverte du sacré dans le cosmos et de Dieu dans le monde. Chaque chose pour lui est un frère, une soeur. Dieu est là. Teilhard de Chardin est, dans le monde moderne, un grand mystique, anthropologue, géologue, paléontologue, qui a écrit le fameux livre « Le milieu divin ». Un homme qui est venu de la cosmologie moderne, du monde en évolution et qui a perçu que le Christ n’est pas seulement méditerranéen mais est incarné dans notre histoire, qui a une préhistoire, comme notre corps et notre psyché a aussi une préhistoire de millions d’années. Christ est au début de l’organisation du monde, de la matière et évolue – la Christogénèse – il est conçu dans le sein, dans le ventre cosmique jusqu’à naître. L’Univers est christique. Il est marqué par le Christ.

     La spiritualité des années 20 et 30 était une spiritualité volontariste, une spiritualité de jaculatoires, de bonne intention. Quant je me lève le matin, je fais tout par amour pour Dieu et durant le jour je m’habitue à marquer avec des « jaculatoires » mes actions. Elles deviennent ainsi méritoires avec l’avantage de valoir sept ans, 30 jours d’indulgence etc… Si tu n’as pas la droite intention, si tu écris un livre et que mille personnes se convertissent mais que tu ne l’as pas fait avec la bonne intention de convertir, ça ne vaut rien devant Dieu parce que c’est la bonne intention qui lui donne valeur. La chose en soi est purement profane.

     Selon Teilhard, ça c’est une spiritualité volontariste, plate, d’une conscience qui vit dans la peur du mérite. Elle oublie que Dieu est mélangé à la matière. Le Christ cosmique est là à l’intérieur, il naît; dès que je fais bien ce que j’ai à faire, je suis en syntonie avec Dieu.

     Le « milieu divin » est une atmosphère divine, là où Dieu vit. Ce livre de Teilhard n’a pas été publié et a reçu la censure. On le distribue cependant, sous forme de lettres, à son entourage d’amis. Rome oblige le général de l’Ordre à le transférer en Chine, là où il n’y a pas de chrétiens. Là il célèbre la messe à l’ambassade de France et, le dimanche, il a la permission de souper avec les franciscains avec qui il peut parler de théologie. Vingt-cinq années en Chine, loin des discussions théologiques, de la rénovation des années 30 et40. C’est seulement en 50 qu’il reçoit la permission de revenir à Paris. De ses oeuvres – il y en avait beaucoup d’écrites – aucune n’est publiée. Elles sont toutes censurées. Teilhard de Chardin meurt en 1955, le jour qu’il désirait mourir, Pâques. Puis après sa mort, grâces à la force des notables des académies, on exerce des pressions sur Rome et on publie ses oeuvres. On n’a pas encore fini …

     Saint François ne s’est jamais soumis et a lutté jusqu’à la fin. Dans son testament qui est ce qu’il y a de plus original, avant de mourir, il écrit: « Personne ne m’a jamais enseigné comment je devais vivre. Ni l’Église, ni les prêtres, ni les théologiens. C’est Dieu lui-même qui me l’a révélé. Et il m’a révélé que je devais laisser le monde et aller vivre au milieu des lépreux ». Et ça, c’est quel monde ? Le monde organisé ? Le monde d’Innocent III, le pape le plus riche de l’histoire de l’Église ? Prince du monde était son titre parce que même le duc de Moscou était suzerain soumis à lui. Il avait des armées. Il a fondé la première banque de l’Europe – encore existante aujourd’hui – la Banque de l’Esprit Saint, la banque du Vatican. Mais François ne s’est jamais soumis à son projet.

     Quand Innocent III mourut – il avait approuvé la règle de François, c’était une collection de textes bibliques – François est allé le veiller. On a embaumé le pape et on l’a vêtu en l’entourant de tous les bijoux, les couronnes et tout ce qu’il avait de plus précieux, espérant la visite des rois, des princes et de toutes les autorités du monde entier. Mais les voleurs, de nuit, sont entrés dans la cathédrale, ont dépouillé le cadavre et l’ont laissé nu. François, qui n’avait pas de place pour passer la nuit, dormait à l’intérieur de la cathédrale, caché dans un coin. Il a pris son habit tout percé et a couvert les « parties honteuses » du pape. C’est le symbole de cette Église du pouvoir que les voleurs peuvent dépouiller et apporter. Saint François, symbole des pauvres, a sauvé la dignité du cadavre.

 

Article écrit par Leonardo Boff, brésilien, et traduit en français par Victor Asselin

« Un autre monde est possible ». Une autre Église est-elle possible ?

 

         Le Forum Social Mondial et le Forum Économique Mondial viennent de se terminer. Ces deux événements arrivent en un moment de guerre et de croissance de la violence et dans une conjoncture marquée par l’intolérance religieuse et le fondamentalisme du marché. Les organisateurs du Forum Social Mondial affirmait : « Un autre monde est possible ».

         Je lisais, ce matin,  le procès-verbal de la dernière réunion du Conseil Presbytéral de notre diocèse convoquant l’Église diocésaine pour deux journées de réflexion et d’approfondissement sur l’Évangélisation. Et je me disais : « Une autre Église est possible ».

Deux mondes

         New York et Porto Alegre représentent l’affrontement de deux projets bien différents. Pedro Tierra, poète ami et compagnon de travail, l’exprimait ainsi à la fin du Forum social : « À New York, le pouvoir et la peur. Porto Alegre, la liberté. Le mot tisse des rêves, comme des aiguilles qui sortent du tapis sans encore de dessin défini… Nous apportons la vocation de la diversité. De la liberté … La vocation de l’humain. Nous refusons l’empire blanc de Davos, le pouvoir et la peur de New York… Nous sommes la polyphonie encore confuse des voix du Sud et du Nord qui rejettent la marche funèbre du marché. La solidarité est l’air qui alimente  les espérances… la fragile possibilité qu’un autre monde est possible. »

         New York a réuni les seigneurs du pouvoir et de l’argent. On décide le futur du monde. On a traité de l’efficacité administrative des entreprises, du lidership des processus de production, des nouvelles formes de développement technologique, toujours en poursuivant l’objectif d’obtenir de plus grands gains. Concentrer les richesses et les biens de la terre.

         Porto Alegre a réuni les peuples de l’Univers qui croient à la dignité de la personne, à la solidarité des peuples et à la paix comme œuvre de la justice. Porto Alegre a réuni 86,300 participants (inscrits et enregistrés) de 131 pays sans compter les 15,000 jeunes en campement et les 2,500 enfants accompagnés de 800 éducateurs volontaires. On a réussi à remettre à l’agenda du monde la discussion sur la nécessité de changer la logique qui reconnaît la priorité des humains et de la nature sur le capital. « Un autre monde est possible ». Sur la propagande du Forum on lisait : « Il n’est pas nécessaire que nous parlions tous la même langue, il suffit de partager les mêmes rêves ». La méthodologie de la construction de ce monde est si différente du monde de New York : les chemins se font en marchant. Les visions s’éclairent en prenant conscience des pierres sur le chemin.

Une autre Église ?

         Déjà à Vatican II on disait que l’Église ne servait à rien si elle n’était pas insérée dans le monde. Mais dans quel monde ? Celui de New York ou celui de Porto Alegre ? Celui du seigneur du pouvoir et de l’argent ou celui de la foi profonde en la dignité de la personne ?

         Quel sera le point de départ des réflexions des journées sur l’Évangélisation ? Qu’est-ce qui donnera SOUFFL.E à une présence d’Église qui puisse alimenter l’espérance de tant de personnes qui cherchent réponse à leur mal de vivre parce que accommodés et étouffés par le confort… et pourtant en manque de SOUFFLE ? À New York on cherchait des méthodes d’efficacité, on « réaménage »,  à Porto Alegre on cherchait un esprit qui vivifie; à New York on veut des résultats, à Porto Alegre on veut vivre.

         De quelle Église le peuple du Québec a-t-il besoin aujourd’hui ? Que dire d’une Évangélisation qui consisterait à articuler les initiatives de solidarité qui surgissent d’un peu partout ? Que dire d’une Évangélisation qui se dissoudrait dans la masse comme le ferment qui disparaît dans le pain ou comme le sel qui fondrait dans les aliments ? Que dire d’une Évangélisation qui, par sa qualité de présence, diminuerait la violence, la consommation de drogues, l’exploitation du sexe, l’itinérance,  la concentration du capital… etc … ?

         Que faudrait-il pour que l’Évangélisation soit « NOUVELLE » ? Ne faudrait-il pas qu’elle se pose d’abord la question de son option ? Pour quel monde : celui de New York ou celui de Porto Alegre ? Est-il possible de vivre une Nouvelle évangélisation sans prendre le chemin de la MISSION ?  « La plus petite des semences de la terre, quand elle est semée, elle prend racine, croît et devient grande au point qu’elle peut abriter les oiseaux » (Mc 4, 31-32)

                                          Balsas, 13 février 2002

                                                              Victor Asselin, ptre

 

 

O rosto camponês da Igreja

O rosto camponês da Igreja …

                                                              Victor Asselin

.Victor é canadense, mas muito cedo se fez maranhense. E foi a partir do Maranhão, como missionário ligado às comunidades eclesiais de base e aos camponeses, que participou e ajudou a fazer a história que contamos. Foi o primeiro vice-presidente da CPT e, entre muitas obras, revelou o intricado sistema da grilagem de terras por meio da pesquisa que resultou no livro sobre o Grilo do Pindaré.

         Em 22 de junho de 1975 foi criada a Comissão Pastoral da Terra. Vinte e cinco anos se passaram. Era um sonho ! Um gesto profético ! Era um loucura também, como diziam alguns na época. Mas a Pastoral da Terra não nasceu nem por acaso nem por geração espontânea. Ela chegou como um ponto de encontro de diversos caminhos que vinham se construindo. Assim, não posso falar da criação da CPT sem relembrar os anos que a antecederam.

         A década de 70 foi fertíl em compromissos na vida da Igreja. Medellin estava em cena e a “opção pelos pobres” vinha dar um rosto ao Concílio Vaticano II na América Latina. Na época, assumia eu a coordenação pastoral da diocese de Pinheiro, no Maranhão, responsabilidade que me levou a conhecer o Pe Ernani Pinheiro da Arquidiocese de Olinda-Recife. Seu entusiasmo após ter participado do curso do Instituto de Pastoral Latino-americana (IPLA)  incentivou-me a pedir minha inscrição para o mesmo curso em janeiro de 1973.

         Voltei do Equador em julho do mesmo ano com uma visão diferente. Tinha que descobrir um novo caminho. O grito do povo ecoava fundo em mim. Deixo um lavrador do povoado Salgado, em Itapipoca, no Ceará, expressar o que eu vivia naquele tempo.

“… com muita fé e boa vontade que eu tenho, não sei como irei … “só prometo uma coisa: nesta maneira de trabalhar eu não mais continuarei…o jeito dos trabalhos … dá muito mais chance aos exploradores explorarem com menos trabalho … continuar fazendo reuniões, visitas, só falando em amor, união, paz, fé etc. e não falar do sofrimento do povo não dá mais … são os latifundiários que não tem amor e ficam tirando o couro dos pobres.

… até que abri os olhos …”

A articulação no Maranhão

         Já existia no Maranhão uma articulação das CEB’S em algumas dioceses. A Arquidiocese de São Luis, na época, abrangia os territórios das dioceses de Brejo e Coroatá, hoje criadas. Porém, o padre ainda era a mola do trabalho. “Onde não há padre, o pessoal se torna bicho. É o padre que faz a animação no lugar”. Assim se expressava un collaborador leigo.

         Em 1973, as CEB’S tinham crescido. O fervor inicial tinha passado. Dois problemas emergiam: o primeiro, o individualismo dos agentes e o isolamento dos grupos comunitários; o segundo, a fragilidade das CEB’S, organizadas em torno do culto dominical e da catequese. Existia porém em São Luis um grupo da ACO que, pela formação anterior, tinha consciência crítica. Mas o “caboclo” vivia cada vez mais em situação de miséria. Já se falava do minério de Carajás. “São Luis poderá tornar-se um inferno” dizia alguém.

O encontro das CEB’S de dezembro de 1973

         Em dezembro de 1973, assumi a coordenação estadual das CEB’S. Nos dias14 a17 de dezembro realizou-se a Assembléia Arquidiocesana das CEB’S. O Pe Claúdio Perani do CEAS de Salvador, na Bahia, assumia o papel da assessoria com o Pe Albani Linhares da diocese de Sobral, no Ceará, e o Pe Gérard Cambron. Pe Albani era muito conhecido no meio. Fazia tempo vinha acompanhando o trabalho das comunidades.

         A presença de Claúdio neste encontro foi muito importante. Passo a transcrever algumas de suas observações, enviadas após o encontro.

“O fato de poder reunir com tanta facilidade uma assembléia numerosa de camponeses revela a existência de um trabalho bem dinâmico no setor rural.

Fiquei impressionado ao ver o grau de responsabilidade do povo: ele sabe dizer a própria palavra, assume, organiza, questiona, tem responsabilidades … ”.

              Em seguida fazia dois questionamentos :

            A. O problema da relação agentes-povo.

         “A necessidade de respeitar o povo e de favorecer sua responsabilidade, autonomia e participação não significa – evidentemente – uma omissão do agente.

         Minha impressão é de que exista uma certa omissão em lugar de reconhecer a própria influência e questioná-lá para ver como melhor utilizá-lá em favor do povo.

         Em primeiro lugar, mesmo quando a gente se afasta de uma intervenção direta, não deixa de influir de várias outras maneiras…

         Em segundo lugar, as afirmações do povo não podem ser consideradas, assim sem mais, como palavra do Espírito Santo, só pelo fato que vêm do povo. Ao contrário, quanto mais espontâneas, tanto mais fácil que sejam equívocas, condicionadas por toda uma ideologia de opressão que se torna presente de mil maneiras na vida do camponês. A funcão do agente não é simplesmente técnica, mas deve proporcionar a possibilidade de uma visão sempre mais crítica (que liberta).”

              B.  A questão da ideologia do povo (e dos agentes)

        O plenário manifestou que prevalece uma visão individualista e voluntarista. Individualista: grande parte da atenção foi concentrada sobre a responsabilidade do “padre” e do “dirigente”. Voluntarista: muitas soluções iam na linha da fé, paciência, coragem, etc.

        Não havia uma análise mais estrutural que relacionasse entre si os vários problemas, compreendendo mais profundamente as causas escondidas. Daí o fato de apresentar soluções típo: formar a família, educar as pessoas, etc., numa visão bastante estática.

        Nessa mesma linha, a falta de uma visão mais “conflitiva”do evangelho.”

        Duas necessidades saltavam aos olhos: a da articulação dos agentes e das bases e a importância da análise mais profunda da realidade.

         Logo após o encontro das CEB’S da Arquidiocese de São Luis em dezembro de 1973, Albani, Carolina e eu nos reunimos com a finalidade de nos interrogar sobre a modalidade de desencadear um processo de articulação dos agentes e sobre a de colaborar para que as bases desencadeassem seu próprio processo. Fizemos uma segunda reunião em janeiro de 1974. Depois de muita conversa, chegamos à conclusão de que cada um, de acordo com seu jeito, tentaria descobrir um caminho.

         A partir daí, articulação e capacitação andaram juntas nos âmbitos estadual, regional e nacional.

Articulação no âmbito estadual       

        No Maranhão, logo no começo de 1974, o encontro das CEB’s da Arquidiocese de São Luis tornou-se o encontro estadual, reunindo os representantes de todas as  dioceses do Estado. Os temas, até então da vida interna da Igreja, passaram a ser os da vida do povo: direitos humanos, direitos do lavrador, lei da renda, direitos e deveres do lavrador.

         Os camponêses começaram a abrir so olhos. Na avaliação do encontro de dezembro de 1974, pudemos escutar comentários como estes:

“Isso deu para mostrar que a gente deve ajudar não só na parte espiritual   

  mas também material.”

“Descobri que temos direitos. Vai ser uma base que vai me afirmar.”

“Se alguém disser “faça isso”, vou dizer “diga de novo”, “espera aí.”

“Estou satisfeito em saber que o homem do campo pode reclamar.”

“Sinto-me com grande responsabilidade.

Articulação no âmbito nacional

         Na mesma época, isto é nos dias8 a10 de fevereiro de 1974, participei do encontro realizado em Salvador na Bahia. Procuravam-se pistas para a articulação em nível nacional. As preocupações e as perguntas dos participantes eram as mesmas que a gente se fazia no Maranhão. O que significa a “opção pelos pobres” ? “Tem-se a consciência de dominado”?

         Os participantes deste encontro não queriam ser considerados um grupo mas seu desejo era ser reconhecidos pela modalidade de encontros sendo  nem “clandestinos nem publicitários”. Criar comunhão entre pessoas-chave das diversas regiões do país em vista de uma ação libertadora era o objetivo de todos. Por isso delineamos alguns critérios para uma ação libertadora. Uma ação é libertadora, dizia-se, quando ela : atinge a raiz e não só os efeitos; leva a uma mudança; desperta a consciência crítica; leva o povo a se autodeterminar; incentiva a participação desde a base.

         Após este encontro, pessoas se encontravam, duas vezes por ano, em âmbito nacional.

Articulação no âmbito regional

        No regional do MAPICE (Maranhão-Piaui-Ceará) viveu-se um tempo rico em solidariedade. Foram os encontros realizados em Meruoca, no Ceará, de 20 a 25 de fevereiro, e de 21 a 30 de agôsto de 1974 e em Teresina, no Piaui. Apareceram conflitos em terras de Igreja. Nós nos perguntávamos : como vamos nos comportar em luta contra a Igreja, a nossa Igreja ? Esta situação nos levou a buscar, num nível mais amplo, um trabalho de libertação. A pedagogia libertadora era nossa principal preocupação. 

         Do encontro de agôsto de 1974, em Meruoca, nasceu uma equipe regional de articulação, que se deu como tarefa o acompanhamento e a animação dos participantes da região MAPICE. Era importante buscar também a articulação com os outros grupos existentes. Os membros da equipe continuavam a se interrogar sobre a viabilidade de tomar a iniciativa de incentivar a articulação regional das bases. Que típo de interferência podemos ter neste processo ? Como fugir do perigo de elitização ? Os agentes se organizaram em pequenos grupos de acordo com seu interesse de estudos e aprofundamentos: história, religiosidade popular, sindicato, lutas populares, leis da terra, luta de classe e projeto babaçu.        

         O pessoal do CEAS, em particular Claúdio e Andrés, facilitaram muito a caminhada da articulação no regional, com visitas às regiões e com cursos de capacitação.

Encontro de Vitória, E.S.

         Dom Luis Fernandes era bispo auxiliar de vitória, Es. No segundo semestre de 1974, ele convidou pessoas de diversas regiões do país trabalhando com as CEB’S. O encontro era marcado para os dias6 a8 de janeiro de 1975. Pedia que fosse enviado com antecedência o relato de uma experiência de uma comunidade ecclesial de base. Contava ele que a idéia deste encontro tinha nascido numa conversa com Eduardo Hoornaert, quando se interrogava sobre o futuro das CEB’S. Dizia ele : “Porque não reunir esses grupos do Brasil que tem  objetivos  parecidos com os da diocese de Vitória ?”

         O objetivo de Dom Luis era descobrir pistas concretas para  o trabalho futuro da Igreja de Vitória ajudado pela colaboração dos participantes das diversas regiões do país. Dom Luis não pretendia desencadear um processo de articulação nacional das CEB’S mas foi o que aconteceu.

         No fim daquele encontro, foram apresentadas diversas opções e critérios de ação. Leio em meu caderno de anotações:

“Nas diversas opções apresentadas, decidiu-se, em primeiro lugar, por assumir concretamente o significado de “libertação”: problema político, cultural e ministerial. Quanto ao problema político, destacou-se um ponto fundamental: TERRA. Isso significa que se deve tomar uma posição a respeito da propriedade. Quanto ao problema ministerial, criar uma assessoria para refletir sobre a passagem entre o sistema clerical e aquele novo que vai brotar. É necessário garantir a autonomia da base.”

         Esta opção prioritária discutida em plenário foi formulada assim nas conclusões finais :

“Em obediência ao Evangelho e aos apelos que vem da realidade vivida pelo povo, optamos por uma evangelização libertadora através do trabalho nas CEB’S. Isso implica numa clara opção nossa pelos oprimidos.

Na linha da ação política, que a Igreja participe da luta de libertação do povo, denunciando toda forma de injustiça e suas causas, propondo uma sociedade sem barreiras que impedem a fraternidade e a comunhão entre os homens.”

Encontro no âmbito da Amazônia Legal

         Concomitante ao encontro das CEB’s em Vitória, o Pe Virgílio Uchoa, assessor da linha dos ministérios na pastoral da CNBB, começou a articular um encontro de agentes pastorais que trabalhavam no território definido como Amazônia Legal – o que compreendia, então, o Maranhão – para estudar a questão TERRA. Lembro-me ter encontrado Pe Virgilio na casa dos padres redentoristas em São Luis, Ma, para discutir o assunto. A Comissão Pontíficia Justiça e Paz patrocinaria o encontro.

         Em 19 de junho de 1975 estávamos reunidos, agentes das regiões e membros das comissões nacional e regionais de Justiça e Paz, em Goiânia. Trabalhamos até o dia 22. Num primeiro momento assistimos às palestras do Dr. Hélio Paulo de Arruda, diretor do departamento de projetos do INCRA e do representante da Contag. Em seguida, tentamos uma análise crítica da problemática terra na Amazônia Legal. Destacou-se a importância do instrumento jurídico, da falta da posse legal, a conscientização e o comportamento da Igreja. Fez-se uma crítica ao modelo brasileiro.

         No dia seguinte falou o Dr. Jorge, superintendente da SUDECO, representando ali o Governo.    

        Prosseguindo, perguntou-se: “No âmbitoDentro do que estamos fazendo, qual o objetivo, a visão, os impasses e as contradições da ação da Igreja?” Os debates foram animados e preocupantes. O que fazer para que este encontro produza seu fruto ?

         Lembro-me daquela noite, onde, num quarto de dormir, estavam presentes Andrés Mato e Claúdio Perani, do CEAS, Ivo Poletto, D. Pedro Casaldáliga e eu, alimentanto informalmente a conversa. Estávamos procurando um jeito de sistematizar e dar coerência às conclusões do encontro. Surgiu, não sei como, a idéia de sugerir a Dom Moacyr Grechi, responsável pela linha missionária da pastoral da CNBB, que pedisse uma comissão de assessoria para o assunto terra. Idéia genial. No momento da caminhada final do encontro, a proposta foi apresentada, votada e aprovada. Acabava de nascer a Comissão Pastoral da Terra como órgão de assessoria ao bispo responsável pela linha missionária da CNBB.

         O Maranhão estava em plena crise. Desde o “Maranhão Novo” do então ex-governador José Sarney, o Estado vivia fortes tensões, violências e mortes.  A grilagem pipocava em todos os cantos, em particular na área do Pindaré, na diocese de Viana. O novo bispo nomeado, presente ao encontro da Amazônia Legal, vinha para “botar órdem” e acabar com a memória de Dom Hélio Campos.

         A notícia da CPT  foi uma feliz notícia para o Maranhão. Chegava como uma resposta aos esforços de tantos agentes de Igreja comprometidos com o povo.

         Em agôsto de 1975, poucas semanas após a ciação da CPT, viajei para o Canadá por motivo de saúde e consegui retornar somente no começo de janeiro de 1976. Ivo Poletto tinha assumido a tarefa de secretário executivo da CPT em nível nacional. Neste intervalo do segundo semestre de 1975, ele visitou diversas regiões, inclusive o Maranhão. Recebi o convite para assumir o regional do Maranhão. Não havia ainda acordo de Dom Mota, arcebispo de São Luis, em cuja arquidiocese assumia a coordenação das CEB’S. Manifestou sua adesão em 5 de março 1976.

        O grupo de articulação do MAPICE questionava minha participação na recém-criada comissão. “Será uma comissão de cúpula na linha política ou ação de base na linha profética e pedagógica ?” perguntavam. Existiam certos temores. Um colega, após ter lido o primeiro boletim da CPT, dizia: “Pense bem, pois se for publicado um segundo boletim de conteúdo igual ao primeiro, esta Comissão não vai durar muito tempo”. Por diversos motivos. Sentia que a existência da CPT e minha participação causariam alguns afastamentos de amigos e amigas. Aconteceram, sim, mas a CPT desencadeou o processo de articulação pelas bases e deu vitalidade às comunidades eclesiais de base, sonho que a equipe de articulação acalentava havia alguns anos.

         Em maio de 1976, reunidos em Goiânia, ainda em local emprestado e sentados no chão, fizemos um relato do trabalho realizado nas diversas áreas. O problema da terra não era só problema da Amazônia Legal, mas de todo o país. A dificuldade de relacionamento entre a CPT e grupos de bispos, sindicatos,   FUNAI era marcante. Não havia muita sensibilidade do episcopado em relação ao problema, apesar de existir regiões em situação de desespero. Foi também naquele encontro que definimos o objetivo da CPT nos termos de “interligar, assessorar, dinamizar deixando margens às experiências diversas conforme as realidades”. Já era possível contar um quadro das regiões com seus animadores.

E depois …

         Nos dias18 a20 de maio de 1976, no encontro de articulação nacional, processo desencadeado em fevereiro de 1974, o meio rural se apresentou mais organizado e articulado. Estava também articulado o meio operário. Resolveu-se então acabar com este típo de grupo e de encontro.

         No mesmo ano, no mês de agôsto, a equipe de articulação do MAPICE também questionou a necessidade de continuar os encontros regionais. Após uma avaliação dos últimos acontecimentos, chegamos à conclusão de que aqueles encontros tinham cumprido seu objetivo – a raiz da articulação estava plantada e os jardineiros que fôramos haviam servido e cumprido a missão. Concluímos deixando ao futuro a missão de avaliar o acerto de nossa decisão.

         Hoje, diante dos fatos e do crescimento da consciência dos homens e das mulheres no campo, ninguém pode duvidar. Vinte e cinco anos depois, pode se celebrar o profetismo do gesto de 1975.

Artigo redigido no ano da celebração dos vinte e cinco anos de lutas e conquistas da Comissão Pastoral da Terra e publicado no livro “Nas pegadas do povo da terra”, coordenada a primeira parte por Ivo Poletto e redigida a segunda parte por Antônio Canuto, Comissão Pastoral da Terra, Goiânia, e Edições Loyola, São Paulo, Brasil, 2002, 168 p.