Mission ici… Mission ailleurs…

                                      MISSION ICI … MISSION AILLEURS… 

 Victor Asselin

En juillet 1995 je commençais une expérience missionnaire en milieu d’exclusion de Montréal et voici qu’en 1998 Dom Franco Masserdotti, évêque de Balsas, Maranhão, Brésil, m’invite à retourner au Brésil dans son diocèse dans une tentative de découvrir une pratique missionnaire dans la ligne de communion entre Églises. Je décide donc de diviser mon temps entre Montréal et Balsas, ce qui donna origine au projet MISSION ICI … MISSION AILLEURS…

         “Au début je pensais que pour évangéliser il fallait apprendre à “bien parler” – (falar bonito) – mais je suis en train de découvrir que j’évangélise en étant simple, en étant une présence “questionnante” et en parlant peu”. C’est ainsi que s’exprimait Ivanilson, un jeune “missionário do campo”.  Sans trop s’en rendre compte,  il commençait à décrire le “visage” de l’Eglise que ces missionnaires désirent vivre.

         L’aventure missionnaire que je suis en train de vivre, si je peux ainsi l’appeler, doit son origine à une invitation de Dom Franco Masserdotti, évêque du diocèse de Balsas, au sud du Maranhão, Brésil. Le 2 avril 1998 il écrivait : “cette lettre a pour but de commencer un dialogue sur la possibilité de ton retour au Maranhão … et j’aimerais que tu viennes à Balsas”. La proposition ne pouvait pas être acceptée ou rejetée sans réflexion. Pouvait-elle être pensée dans la ligne d’échange entre Églises ? La suggestion fut faite à Dom Franco et dans une lettre du 6 juillet 1998 il acceptait que le dialogue se poursuive “dans l’esprit de communion entre Églises”.

        René Belcourt était au Québec à ce moment-là. Il suggéra une rencontre avec Raymond Roy. Elle eut lieu au cours de l’été 1998 avec la participation de notre évêque Mgr St-Gelais. Raymond manifesta un intérêt particulier. “À Victoriaville nous avons des personnes qui pourraient participer à ce projet,” disait-il.  “Dans un premier temps nous pourrions nous interroger sur les forces de notre travail pour savoir ce que nous pourrions OFFRIR et sur nos faiblesses et nos limites pour savoir ce que nous pourrions DEMANDER” et il ajoutait : “Dépêchez-vous, en s’adressant à notre évêque, de prendre une décision car il ne me reste pas beaucoup de temps à vivre”.

        Après quelques rencontres réalisées à Nicolet, Mgr St-Gelais, en septembre 1998,  suggéra que l’expérience, si les deux parties le jugeaient opportun et bienfaisant, se réalisent entre l’équipe des “Missionnaires de rue” à Montréal et l’Église de Balsas. Le dialogue se poursuivit donc entre le groupe “Mission ici » – groupe de laïcs, religieuses et prêtres travaillant en milieux d’exclusion de la ville de Montréal – et l’Église de Balsas. J’assurerais le lien entre les parties et pour une période de deux ans, je diviserais mon temps entre Montréal et Balsas.

        Comment pourrions-nous définir le projet ? Personne ne le savait. L’audace existait. “Nous voulions déclencher une pratique différente de vivre la MISSION”. De part et d’autre nous voulions découvrir une manière de vivre la MISSION en esprit de solidarité et de partage entre Église d’ici et d’ailleurs. Jean-Paul II, dans « Redemptoris Missio » exprimait ce que nous désirions. « … l’esprit missionnaire ad intra est un signe très sûr et un stimulant pour l’esprit missionnaire ad extra, et réciproquement”, et il ajoutait : “Ainsi le dynamisme missionnaire suscite des échanges entre les Églises et les oriente vers le monde extérieur, avec les influences positives en tous sens” (R.M. no. 34).

        Suivant la suggestion de Mgr St-Gelais, j’approchai les groupes de Montréal. En 1995, sur le territoire du Centre-Sud de la ville, quelques personnes s’étaient articulées pour former une équipe appelée “Missionnaires de rue”. Elle était formée de chrétiens et de chrétiennes qui se sentaient appelés à vivre, au Nom de Jésus-Christ, en milieu d’exclus de la société et des Églises. Cette équipe, malgré ses hauts et ses bas, déclencha un processus d’articulation de d’autres groupes. Nous étions vraiment en territoire de “MISSION CHEZ-NOUS”.

        Aujourd’hui, dans le quartier de la Petite Bourgogne, existent trois équipes dont une à caractère œcuménique. Un évêque de l’Église orthodoxe, gagnant sa vie comme gardien de nuit à l’Armée du Salut, y participe. Nous y voyons apparaître des signes de communion. Une deuxième, celle de “Mission ici »est composée d’une  quinzaine de personnes qui travaillent surtout en milieux d’exclusion. Depuis plus de deux ans elle trace son chemin. La troisième, à caractère multi-ethnique, regroupe des gens pauvres du quartier. En janvier dernier, lors d’une rencontre avec  eux,  un membre disait avec fierté : “On a réussi à travailler ensemble”.

        Ces groupes “missionnaires ici” étaient-il prêts à entrer dans l’aventure  risquée de l’échange et du partage avec la “MISSION ailleurs” ? Voici quelques réflexions prises lors de la rencontre de janvier 1999 :

-         “La perspective du projet nous lance dans l’inconnu. Il y a là-dedans quelque chose d’emballant comme il y a aussi une peur car souvent nous aimons avoir une réponse avant même de faire”.

-          “C’est une expérience qui nous appelle à vivre d’égal à égal, ici et au Brésil”.

-         “Le projet est comme une main tendue dans un esprit de solidarité”.

-         “C’est un projet qui appelle à nous mettre ensemble sans trop savoir où nous allons. S’il y a ouverture, pourquoi ne pas y entrer ?”

-         “Le projet semble nous introduire dans quelque chose de vrai”.

-         “Ça fait du bien de découvrir avec d’autres que l’Esprit est à l’œuvre”.

        Les groupes de Montréal donnèrent leur appui et développèrent, avant mon départ à la fin de janvier 99, un plan de travail. “Nous pourrions évaluer les chemins de la mission pris jusqu’à aujourd’hui pour découvrir la qualité de ce qui a été fait, pour nous questionner sur nos peurs, pour nous interroger sur le pourquoi de notre tendance à nous figer dans certaines positions et certaines manières de faire et pour discerner les nouvelles voies qui se présentent dans un contexte de pos-modernité. Nous voulons aussi donner une importance particulière à la communication puisque la MISSION est fondamentalement communion.”

         Et je partais pour Balsas, au Brésil. A mon arrivée sur les lieux, je me devais tout d’abord de vérifier le contexte dans lequel le processus était né. En conversation avec Dom Franco je me suis vite rendu compte que le projet avait été discuté au Conseil Presbytéral mais n’avait pas réellement pris forme à partir de la base. On me suggéra de parcourir le diocèse. A partir de ce moment, un bon nombre d’agents et d’agentes de pastorale accompagnèrent le processus.

         Lors de mes premières visites dans les diverses régions du diocèse au cours des mois de février et mars 1999, je recueillis les commentaires suivants.

 « À la dernière Assemblée diocésaine de Balsas l’idée de constituer une équipe de réflexion sur la mission fut lancée mais de manière timide. La proposition actuelle vient donner un nouveau souffle. C’est une dimension nouvelle qui naîtra de la communauté et sera donc une aventure communautaire qui demande audace, auto-critique, humour et transparence.»

Il est certain que « tout ce qui est nouveau exige un changement d’attitude et de mentalité. »

Ce projet nous donne « l’opportunité de commencer une réflexion sérieuse sur les expériences missionnaires du diocèse de Balsas. »

En effet il est « important de faire mémoire ».

De plus « ceci nous aidera à prendre conscience qu’il nous faut être des passionnés du message de Jésus plus que des manières de vivre Église. »

« La peur du nouveau demeure un obstacle même si c’est elle qui fait grandir ».

« Mais n’est-ce pas la vocation de l’Esprit Saint de renouveler les choses ? ».

Une équipe diocésaine se forma : le groupe de réflexion missionnaire : GREMI. C’était un noyau articulateur qui assurerait la communication avec les équipes de Montréal. Que communiquerait-il ? Ce serait l’occasion de refaire l’Histoire missionnaire du diocèse en revoyant ses options et sa manière de vivre la mission. Ce serait une EVALUATION SÉRIEUSE en prenant comme points de repères le projet de Jésus et les projets des gens et en se demandant comment le dialogue s’est établi entre le projet de Jésus et celui des gens.

        Les communications s’établirent entre les deux parties et continuèrent tout au long de l’année 1999. On échangeait sur les expériences de part et d’autres. Montréal communiquait davantage l’évolution du travail des groupes alors que le GREMI de Balsas communiquait le résultat des évaluations des diverses expériences missionnaires réalisées depuis la fondation du diocèse.  Toute communication se faisait via Internet ou fax.

        Que dire après la première année d’échange entre Montréal et Balsas ? Il ne fait pas de doute que le projet a suscité intérêt et enthousiasme et que FAIRE MÉMOIRE fut le centre de la communication. On a pris conscience de l’importance de la passion pour l’Évangile et on s’est rendu compte que la peur est le premier obstacle à vaincre. La MISSION fait peur. C’est la « MISSIONARITÉ » qui fut mis en cause. Ça fait peur de prendre conscience que c’est le peuple de Dieu qui est missionnaire et qui a le pouvoir d’envoyer.

        Le projet a déclenché un processus. Des groupes ont débuté un dialogue par leur propre initiative. Un projet est né de la communauté. C’est ce qui faisait dire à quelqu’un : « Le dialogue se fait d’égal à égal. Jusqu’à présent le dialogue sur la mission nous parvenait par l’intermédiaire des autorités de l’Église ». Apprendre à se laisser interpeller par une Église d’ailleurs, n’est-ce pas une bonne manière d’éveiller la « missionarité » de l’Église ?

        Et nous voici dans le deuxième année de la réalisation du projet ! Que dire? Je perçois que les groupes de Montréal ont tendance à se multiplier et que l’enthousiasme est toujours présent. Trois éléments me semblent les caractériser: d’abord les pauvres découvrent qu’ils ont une place,  les religieux, les religieuses et les prêtres participants retrouvent un souffle nouveau et les chrétiens et les chrétiennes de diverses religions nourrissent un esprit de communion. De plus je remarque que des liens se tissent à partir de la pratique de chacune et de chacun. On se pose aussi beaucoup de questions.

-         Sommes-nous e devons-nous être toujours disciples ?

-         La mission consiste-t-elle à présenter Jésus ou plutôt à chercher sa présence autour de nous ?

-         Pourquoi être missionnaire ? Si c’est Dieu qui sauve, à quoi sert le travail missionnaire ?

-         Existe-t-il dans notre Église des expériences qui révèlent l’Amour de Dieu ?

-         Sommes-nous davantage préoccupés à faire des choses qu’à nous faire proche les uns des autres ?

-         Comment parler de Dieu à des hommes et des femmes indifférents et loin de l’Église-institution et à des personnes qui ne croient pas en Dieu alors qu’elle travaillent et se font proche des personnes qui souffrent ?

-         Est-il nécessaire de nous ouvrir au monde des pauvres ? Sommes-nous d’accord avec la réflexion qui dit qu’une Église qui n’opte pas pour les pauvres n’est pas l’Église de Jésus ?

        Actuellement à Montréal les groupes insistent sur l’importance de la communication : savoir faire circuler l’information et respecter la liberté de parole. Ils continuent aussi à travailler la PRÉSENCE sans imposition de critères. « Nous n’avons pas d’autre mandat que celui de l’Évangile ».

        Du côté de Balsas, que se passe-t-il ?  Durant les premiers jours de mon retour  en février dernier, j’ai repris contact et vérifié le travail réalisé depuis mon départ en mai dernier. Les bienfaits du Groupe de Réflexion Missionnaire (GREMI) sont notables. Il a permis de constater que l’Église locale a besoin d’un souffle nouveau et il questionne : Où mène l’actuelle action pastorale ? Chemine-t-elle vers un cul de sac ? 

        Les participants et participantes du GREMI décident alors de se diviser. Les uns optent pour se préoccuper davantage de la vie interne de l’Église et, en conséquence, prendre comme point de départ de réflexion la situation actuelle de la pastorale et les autres conservent comme point de départ de réflexion la présence en milieu d’exclusion,  ce qui les amène à choisir l’expérience des « Missionários do Campo ».

        Puisque l’objectif premier de notre projet est celui de découvrir une nouvelle manière de vivre la MISSION en réponse aux aspirations du monde d’aujourd’hui, je me suis senti plus à l’aise d’accompagner de près le travail des « missionários do Campo » établis dans la municipalité et paroisse de Sambaíba, à deux heures et demie de voyage de Balsas.

        Les « missionários do campo » sont des gens simples, des travailleurs de la terre venus de la région du Nord-Est du Brésil et vivent des fruits de leur travail. Ils sont 4 et sont arrivés en janvier 99. Ils vivent dans une pauvre maison, en périphérie, font leur cuisine et leur lessive. Pas de différence avec les gens du quartier. Ils sont présents au milieu et visitent régulièrement les maisons. Ils reçoivent 6 ans de formation. Au cours des deux premières années c’est exclusivement l’apprentissage de l’écoute de la réalité.

        Les missionnaires n’ont rien en soi qui attire. Ce sont des personnes sans argent et sans diplôme. Ils ne peuvent pas partager le pouvoir de l’argent ni du savoir. Malgré cela, les gens mettent en eux leur confiance et leur présence discrète et gratuite interpelle. On entend les gens poser des questions. Une dame me disait dernièrement en commentant la vie d’un missionnaire : « J’ai commencé à croire quand j’ai vu la bêche sur son épaule « quando vi a enxada no seu ombro  ». N’est-ce pas une interrogation sérieuse sur l’image de l’Eglise que nous projetons ?

        Qu’est-ce qui les caractérisent ? Je leur laisse le soin de vous le dire.

  1. La valeur du  travail

« Le travail, quel qu’il soit, est noble. C’est par lui que la personne découvre sa dignité. Valoriser le travail c’est faire disparaître le préjugé de l’infériorité et de la supériorité et donc du statut social. Ainsi le laïc, par son travail manuel, peut être missionnaire. Ce qui était réservé jadis aux prêtres, aux religieux et religieuses, ne l’est plus. Jésus était un travailleur manuel et il est le plus grand des missionnaires, »

« Le travail est, pour les missionnaires, un moyen d’éducation de la foi. Par le travail les missionnaires s’identifient avec les travailleurs et les travailleuses et peuvent sentir et diagnostiquer les difficultés de leurs travaux. Ainsi le partage de leur foi aura des racines proches des gens et, ensemble, ils pourront chercher des alternatives » (Art. 10)

   2-   La communauté

« Nous vivons un même objectif. Ainsi nous ne sommes jamais seuls. La formation doit être quelque chose de sérieux et doit questionner le sens de la responsabilité. Notre formation insiste sur notre pratique de vie avec le peuple, sur notre capacité d’écoute, de partage, d’évaluer et d’être évalué. Ce qui nous garde uni c’est le visage de l’Association qui nous est donné dans la formation. »

« La vie communautaire suppose l’acceptation réelle de la diversité bien qu’elle se réalise concrètement avec des personnes qui communient aux mêmes affinités. Ainsi, l’Association regroupe des missionnaires itinérants, des prêtres, des contemplatifs et des couples mariés où le célibat est facultatif et les équipes se forment selon le choix de chacun » (art. 15). « Chaque charisme a sa forme propre de vie » (art. 16).

   3-   La vie de prière

« La vie de prière est nécessaire pour questionner l’engagement de chacun. »  La spiritualité du missionnaire repose sur  « Jésus de Nazareth, unique Maître, Missionnaire du Père, qui a vécu comme itinérant avec les pauvres et qui leur annonce la Bonne Nouvelle du royaume. C’est le Jésus qui soigne les aveugles, libère les prisonniers et donne le goût de la liberté. C’est le Jésus qui apprend à prier le Père, qui réunit et forme les disciples, les envoie en mission et les invite à partager le pain entre eux » (art. 4)

        Et alors, en quoi consiste mon travail pour les prochains mois à Balsas ?  Puisque l’objectif principal du projet est celui de découvrir une manière nouvelle de vivre la MISSION dans une perspective de « communion entre Églises », j’essayerai avec les missionnaires et leur accompagnateur d’évaluer le « visage missionnaire » qu’ils veulent transmettre  et le  « visage » perçu par la population. Pour cela je vivrai, de l’intérieur, l’expérience et je passerai 3-4 jours par semaine avec eux. L’expérience est commencée et je la poursuivrai jusqu’à la fin de juin. Dans les prochains jours je commencerai avec la population du lieu un cheminement qui nous aidera à discerner l’image d’Église que les missionnaires rendent visible. N’est-ce pas important ? Une image transmise n’est-elle pas le correspondant d’un modèle que nous portons ? Et le modèle transmis n’est-il pas le premier élément au témoignage transformateur de l’Évangile ?

        Voilà où nous en sommes ! Je retournerai à Montréal en juillet prochain. Et nous serons appelés à faire une évaluation. Que restera-t-il après les deux années ? Aurons-nous découvert des indices d’une nouvelle manière de vivre la MISSION, aujourd’hui ? Créer des liens entre la « MISSION ici »  et la « MISSION ailleurs » sera-t-il un projet viable ? Les communautés de Montréal et celles de Balsas découvriront-elles une communication qui leur permettra d’alimenter mutuellement l’espérance des gens de leurs milieux ? Des indices nourrissent mon enthousiasme mais ils ne font disparaître ni les obstacles et ni les résistances. Tout cela appartient à l’Esprit et à la manière dont nous exerçons notre rôle de « passeur ». Reste à voir.

Montréal, 1er avril 2000

Libertar o Maranhão ! Un projeto elitista ?

LIBERTAR O MARANHÃO !

UM  PROJETO  ELITISTA ?

Victor Asselin

            A campanha eleitoral vai avançando e as promessas vão se multiplicando. Podemos perguntar: já temos as informações suficientes para a tomada de uma decisão esclarecida sobre o projeto que queremos conquistar: a libertação do Maranhão ? Ainda hesito em dar minha resposta. Por quê ? Escuto promessas já feitas há vinte e trinta anos, sem resultado. E ainda tem gente que acredita que vai acontecer. Escândalos continuam a fazer parte do nosso cotidiano. Exemplo: a quebra do sigilo fiscal e suas fraudes. As mais altas autoridades ainda debocham sobre eles e manipulam o povo levando a crer que se trata de armadilha inventada para prejudicar a campanha da gente de bem !!!  E ainda tem gente que dá crédito a esta conversa. Porque é assim ?

            No Maranhão já nos libertamos do coronelismo ?  Talvez que ainda não. Estamos a caminho e estamos nos preparando a dar um BASTA à reprodução das práticas autoritárias e violentas do coronelismo que se aproveita da desinformação das pessoas, em particular das mais carentes de ensino e de informação para manipulá-las e levá-las a tomar decisões em acordo com a vontade do coronel. Infelizmente, estas práticas ainda se fazem presentes no nosso cotidiano.

            E, como se não bastasse viver com os resquícios do coronelismo, temos no Maranhão um agravante: a pobreza do Estado e do seu povo está sendo protegida por medidas exclusivamente assistencialistas. O coronelismo fez aliança com o populismo. O coronel e o populista se deram as mãos. Ganhamos a sobrevivência acompanhada de uma nota que diz: “isso é o preço de sua dignidade, saiba reconhecer este favor”

            Povo do Maranhão, reduzir a dignidade da pessoa ao preço de uma sobrevivência é injuriar o próprio Criador que nos fez “à sua imagem e semelhança”. É uma medida populista praticada por populista. Em efeito, existem líderes populistas. O que são eles ? Francisca Socorro Araújo explica que o populismo é “basicamente um “modo” de exercer o poder. Ou seja, dá-se uma importância ao povo, às classes menos favorecidas, cuida-se delas e, assim, conquista-se sua confiança, o que permite que se exerça um autoritarismo consentido, uma dominação que não é percebida por quem é dominado.”

            Vê-se que o populista não se caracteriza pelo seu conteúdo mas pelo modo de exercer o poder combinando o seu carisma com o autoritarismo e a manipulação. Ele se envolve emocionalmente com o povo e esquece colaborar para sua verdadeira educação. Em nome da democracia prioriza as demandas das classes menos favorecidas mas estabelece mecanismos de controle até da midia. O líder populista não tolera as oposições pois sua prática se limita a distribuir “favores”. Assim sendo, o coronel e o populista tem boa chance de se entender bem pois os dois exercem o poder de maneira diferente mais os dois tem o mesmo objetivo:manter e controlar o PODER

            O projeto de libertação do Maranhão não é um projeto elitista mas um projeto assumido pelo povo e conquistado pelo povo. Ele é a busca de uma sociedade verdadeiramente democrática onde os favores serão substituídos pelos direitos, onde o assistencialismo será substituído pelo trabalho e pela conquista e onde o autoritarismo será substituído pela igualdade e pela harmonia das classes sociais. Libertar o Maranhão é libertar-se do coronelismo e do populismo.

            Quero parabenizar você que colabora na campanha atual sem a preocupação de ocupar um espaço no próximo governo porque você entendeu que a libertação do Maranhão, antes de mais nada,  não passa pela luta de um espaço ocupado por você mas pela luta que abre o espaço para o povo participar da vida pública. E você que entendeu isto e sabe que é a condição para que se abra o caminho da felicidade para o povo do Maranhão, ajude, não por FAVOR mas por DEVER, o seu vizinho ou a gente do seu bairro a compreender que a LIBERTAÇÃO depende da soma de nossos esforços e que o voto que cairá na urna dirá o que queremos: um Maranhão livre ou dependente do coronelismo e do populismo

            Está chegando a hora !  O “Davi”, povo do Maranhão dará o “basta” final ao “Golias” coronel e populista. Esteja firme e combata o bom combate. Quem dera se a gente pudesse ouvir a voz de Deus que dizia ao povo dirigido por Moisés : “Farei de você uma grande nação”. “Farei de você, Maranhão, um grande Estado”

Publicado no Jornal Pequeno, Ma. Brasil, em 25.09.10

JONAS DEMITO – O fim de um mandato de prefeito

                         JONAS DEMITO – O fim de um mandato de prefeito 

            Nunca pensei, nunca pedi, nunca imaginei e nunca desejei assumir a chefia de Gabinete da Prefeitura de Balsas. Vieram me buscar e aceitei, após consultas e discernimento, para prestar um serviço ao POVO de Balsas. Havia apelo para colaborar com a administração JONAS DEMITO e este o queria ardentemente. Fiz promessa comigo mesmo de nunca ser cúmplice de injustiça e exigi transparência e honestidade como condição para ficar no cargo. Tinha conhecimento de certas dificuldades. Foi uma decisão consciente. Aceitava entrar numa TERRA DE MISSÃO onde existem adversidades, resistências a mudanças, pois mudança sempre assusta e mais ainda quando são mudanças de vícios que o tempo chama de rotina, hábitos conservadores e desinteresse pela « coisa pública ». Felizmente encontrei um grupo de assessores comungando ao mesmo ideal e dispostos a lutar juntos, entre elas o prefeito Jonas Demito.

            Os comentários de rua a respeito da administração e do administrador eram péssimos. A mídia, formadora de opinião, esquecia a ética para divulgar notícia sem visão de tal maneira que prevalecia o jogo de interesse muito conhecido em meio político. O prefeito acreditava e acredita que mais cedo ou mais tarde a VERDADE triunfará.

            Dia após dia aprendi a conviver com este homem, humano, humilde, frágil à pressão de quem o explora mas sempre aberto ao diálogo e à correção. Após um ano de presença no Gabinete da Prefeitura, afirmo para quem quer ouví-lo : « é possível trabalhar na política com transparência e honestidade a serviço do povo ». Para que isso aconteça é necessário firmeza, ética e mística. Jonas Demito cometeu diversos erros administrativos, na maioria das vezes por pressão de grupos , indivíduos e até de assessores mas dificilmente alguém poderá provar que se enriqueceu com o dinheiro público. Ele, com muita simplicidade, o reconhece e leva em consideração as suas limitações. Há quem hoje divulga e pressiona para que esse homem se afaste da campanha política por considerar sua administração prejudicial e se usam todos os meios possíveis para afastá-lo. Resquícios da ditadura militar. Felizmente não são pensamentos que passam pela cabeça do povo e nem na cabeça de políticos conscientes de sua responsabilidade.

            A situação da Prefeitura de Balsas não é conhecida pelo público em geral e até pela maioria dos seus funcionários. É uma Prefeitura ainda dependente das transferências, sem renda própria significativa. Apesar disso, é uma das únicas prefeituras do Estado do Maranhão que mantém sua folha de pagamento em dia e, quando atrasa, é apenas de uns dias. Os avanços dados nesta administração são grandes. Espera-se ainda apresentar à população um relato mais completo destes quatro últimos anos de trabalho. Basta apenas lembrar que a administração atual assumiu as contas das administrações anteriores. Só no Tribunal de Justiça de Trabalho havia mais de duzentos processos de 1986-2000. Tem-se hoje uma conta bancária onde mensalmente é depositada uma cota do Fundo de participação para efetuar o pagamento destas dívidas.

            O que pretendo com este artigo ? Prestar homenagem a um homem que deixará a prefeitura em 31 de dezembro próximo  ? defender interesses pessoais ? procurar vantagens para o futuro ? iludir a opinião pública ? Nada disso. Quero apenas chamar a atenção da importância da ética numa campanha política. Quero apenas denunciar os mecanismos centenários usados para conquistar o VOTO DE FAVOR em lugar de defender com lucidez um projeto de sociedade que leve todos e todas a participar na conquista de sua cidadania. É tempo de demonstrar que o compromisso de cristão e de cristã é na RUA, é nos VALORES. Sonho o dia em que um grupo de mandatários e de funcionários chegue a assumir a POLÍTICA como o exercício mais alto da caridade. Sonho o dia em que o povo assumirá em verdade sua dimensão política. E para isso, é hora já de saber avaliar com objetividade e imparcialidade.

            O mestre Leonardo Boff na sua visita em Balsas no mês passado apresentava três critérios para que seu voto fosse dado para o bem do seu município. Peço licença para relembrar :

  1. OLHE AS MÃOS . Não olhe a BOCA

Acrescento : olhe também os pés. Em outras palavras olhe a vida anterior de cada candidato , o que fez e não o que diz.

   2.   EXAMINE A LIGAÇÃO que tem com o POVO.

Quem é o candidato que está perto de você ? só em tempo de eleição ? tem sensibilidade para com as necessidades do seu bairro. Em outras palavras é alguém que sabe distribuir FAVORES (cesta, remédio, viagem etc…) ou alguém que luta para defender seus DIREITOS ?

   3.   Há projetos NOVOS, ATUAIS ?

O seu candidato(a) a prefeito tem projeto de Governo ? Esse projeto tem algo NOVO ou apenas repete o VELHO ? O seu candidato(a) a vereador sabe o que é ser legislador ou apenas quer ser mais um secretário do Executivo ?

       Meu caro leitor e minha cara leitora, fique com estas reflexões. É tempo de criar o NOVO. Quando o cego passa a ver, quando a aleijado passa a andar, quando o leproso passa a ter uma pele sadia, quando o preso passa a gozar de sua liberdade, é o TEMPO NOVO que está chegando. É a NOVA SOCIEDADE que está se construindo.

Novembro de 2004

                                                                Victor Asselin

Viemos… caminhamos… celebramos…

VIEMOS …  CAMINHAMOS…  CELEBRAMOS

Naquele dia, Lucille Ratté, Lucille Chamberland, Stéphanette Lemire e Flora Poirier sairam de Nicolet, Québec, Canada e foram sentar-se às margens do oceano Atlântico, no lugar denominado Alcântara. Era o dia 09 de abril de 1957. Numerosas multidões se reuniram em volta delas, coxos, paralíticos, leprosos, mulheres gestantes, presos. Falaram com eles e elas tantas coisas. “O semeador saiu para semear”. As vezes a semente caia em terreno inapropriado, em terreno cheio de pedra, em terreno seco, espinhos cresceram mas também em muita terra boa.. E esta aventura se tornou tão gostosa que se espalhou em diversos cantos do Maranhão, do Tocantins e chegou agora até Goiás sem esquecer suas profundas relações com a Colombia. Estamos em 09 de abril de 2007. Neste dia, após CINQUENTA anos, o que aconteceu com a semente ?

            Margarida continuava a andar e chamava as suas irmãs a cuidar da qualidade da semente espalhada. Por isso, após esses anos, com as novas MARGARIDAS de raça e de cores diferentes, deu-se por certo que, apesar das mortes sofridas no cotidiano, o REINO está mais florido pois elas cuidaram da semente de tal maneira que ainda hoje se encontra em boas condições para ser espalhada.

            A semente foi oferecida a todos e a todas sem distinção. Havia sempre semente para quem quisesse. Foram anos de abertura, de acolhida fraterna, de amor-providência. Foram anos de PRESENÇA QUALIFICADA. Momentos sombrios serviam para buscar nova dinamização.

            A semente foi tratada sem artíficio e sem adubo destruidor. Guardou a simplicidade de sua casca e, por isso, sua aparência foi a expressão do real vivido entre si eem comunidades. Vidasimples, sem complicação.

            A semente foi plantada também em terrenos difíceis de acreditar que poderia dar frutos. A teimosia, às vêzes,  em querer ir além do terreno espinhoso ou pedregoso, levou as semeadoras a descobrir terreno de excelente qualidade quando venceram a superfície para chegar à profundidade das pessoas individual e comunitáriamente. Sinal de que a perseverança e a busca da vivência dos valores do Reino conduzem à descoberta do tesouro escondido.

            Não posso fechar estas palavras sem manifestar uma profunda gratidão pela SOLIDARIEDADE sempre manifestada e nunca negada em situações e circunstâncias problemáticas. As irmãs da Caridade ainda tem muitos desafios pela frente mas ficarão sempre vivas em qualquer lugar que seja, enquanto continuarão a assumir o testamento de Margarida. “Quem tem ouvidos para ouvir, ouça” (Mc. 4, 9)

                                                          Seu irmão Victor Asselin

 

 

FOME ZERO: uma prática inédita de formação à cidadania

FOME  ZERO : uma prática inédita de formação à cidadania

         « As categorias de CASA GRANDE e da SENZALA de Gilberto Freyre ainda são úteis para explicar a gênese e a estrutura da ordem social brasileira até hoje vigente.

         « Portugal criou uma classe de proprietários de terra e escravos, capaz de comandar a produção de mercadorias e servir ao comércio com a metrópole. Para compor a força de trabalho, os povos indígenas foram desestruturados enquanto nações e incorporados, enquanto indivíduos, ao estrato inferior de sociedade, muitos deles escravizados. Pior foi com os africanos. Formou-se, então, uma sociedade onde uma elite submete a enorme massa de indivíduos que foram destituídos de meios de subsistência e dos direitos de cidadania.

         « E quando o povo tentou se organizar, a elite jogou politicamente contra a mudança » (CNBB, Análise de conjuntura, abril 2003). O mais significativo é que essa elite sempre costurou seu acordo assegurando o domínio sobre a terra.

         O que será 2003 ?  Um operário foi eleito Presidente do país. Uma conquista de mais de cinquenta anos. Terá o atual governo força para operar verdadeira mudança social ou, mais uma vez, o clamor do povo será abafado?

         O êxito do governo Lula depende da capacidade de mobilizar o povo para a conquista da plena cidadania. Eleger foi um passo importante mas, sem a participação efetiva do povo, não há cidadania. Assim entendeu o Presidente, o que justificou sua priorização ao combate da fome e miséria, como instrumento privilegiado de participação. O projeto « Fome Zero » convida o povo brasileiro a participar da vida de sua cidade, de seu município, acreditando na sua capacidade de definir suas necessidades e de decidir sobre suas soluções.

         Fome no Brasil é o resultado de uma exclusão social, política, cultural e econômica pois o Brasil carrega uma herança chamada de « cultura de corrupção ». Gilberto Freyre dizia : « No Brasil, não há propriamente direitos adquiridos. Subsistem os privilégios para a Casa Grande e, para a Senzala, favores e chibatas. Ocorre que os favores dependem do humor do patrão ». O jeito de vencê-la é assumir com coragem e obstinação o caminho da passagem da exclusão à inclusão a começar com a mobilização dos menos favorecidos.

O que é o « FOME ZERO » ?

         O programa Fome Zero propõe « uma política de segurança alimentar aliado ao desenvolvimento sustentável a partir de uma ampla mobilização popular envolvendo os governos » (Apostila Mesa). Ele tem como base as políticas específicas, estruturais e locais. As políticas específicas atendem aos direitos individuais da pessoa humana : alimento, casa, água, condições sanitárias, saúde, educação e outras; as políticas estruturais se voltam para os direitos sociais como o são a questão agrária e as diversas reformas necessárias, previdência e tributária, isto é, são as políticas que se voltam para as causas mais profundas da fome e da pobreza e as políticas locais são as que são implantadas através das prefeituras e da sociedade civil. « Fome zero » é um projeto alternativo de sociedade. « Fome Zero » é uma contribuição a um « outro Brasil é possível ». « Fome Zero » é um projeto abrangente cujo dono só pode ser a sociedade civil organizada.

O « NOVO » do projeto Fome Zero

         A primeira novidade do « Fome Zero » é, sem dúvida nenhuma, o reconhecimento da sociedade civil como protagonista e dona do país no qual o Governo assume sua responsabilidade de gestor e parceiro. E, para que o povo seja, de fato, sociedade civil, requer-se educação política desde as bases, o que implica necessariamente uma informação fiel à realidade, uma reflexão séria e madura e uma tomada de posições expressa através de decisões transparentes e fundamentadas.

         « Fome Zero », em segundo lugar, colabora à formação da sociedade civil levando o povo a participar, FAZENDO. Em efeito, o projeto facilita a aprendizagem do viver e do conviver em sociedade. Ele exercita a capacidade de se reunir, de discutir, de viver a liberdade de expressão; ele permite o exercício do respeito pela lentidão do processo e a resolução em conjunto; ele permite a elaboração dos projetos e o estabelecimento dos consensos. « Fome Zero » habilita para debates, análises e decisões.

         Construir a cidadania é ocupar espaços de poder criando políticas alternativas e, consequentemente, novas posições de poder. Por isso, « Fome Zero » introduz uma cultura de participação.

         « Fome Zero »,  em terceiro lugar, acredita na mudança a partir da mobilização dos menos favorecidos, motivo pelo qual o primeiro passo é dado a partir do cartão alimentação em vista de lhes dar a condição essencial para iniciar sua inclusão na sociedade. Quem vive em situação de miséria, pensando na sobrevivência, não tem tempo de ter condição de ser cidadão. Perseverando na caminhada, de acordo com os passos conquistados, construirão um programa adequado às suas necessidades e aspirações imediatas, lutando por emprego, moradia decente, segurança, educação, saúde, reforma agrária e assim em diante.

         Em quarto lugar, « Fome Zero » traz para dentro os excluídos. As políticas compensatórias não levam os pobres a sairem do seu lugar mas, ao contrário, os mantém onde estão. « Fome Zero » convida, desde seu começo, os excluídos a participar. « Fome Zero » acaba com a cultura do dar e do consumir e passa à cultura da conquista do direito. Não se pede favores mas se conquista direitos.

         Enfim « Fome Zero » chama todo brasileiro e brasileira a se juntar para lutar por uma democracia baseada na justiça social, acabando definitivamente com a discriminação e a exclusão da maioria. É « o Brasil que come ajudando o Brasil com fome ». Terá a elite a compreensão, o espírito de partilha e a vontade de contribuir ?

A presença da Igreja católica

No encontro dos bispos do Brasil com o presidente da República e com alguns ministros, em abril próximo passado, chegou-se ao compromisso de um trabalho em conjunto para assumir o « Fome Zero » como projeto de formação e educação à cidadania. « Trata-se de retomar as grandes intuições do passado como inspiração para a construção de uma autêntica nação brasileira. Há esperança de concretizar o projeto tendo porém em mente as resistências estruturais. A análise dessas tensões entre o desejo nacional por mudanças e as resistências estruturais, pode abrir pistas sobre as reais possibilidades da concretização daquele projeto e a contribuição da sociedade civil e da Igreja Católica nesse processo » (CNBB, Análise da conjuntura, abril 2003). Os grandes inimigos são e serão sempre os que investem na « apatia cidadã » para confirmar o « statu quo ».

Pela sua história, a Igreja tem a capacidade de mobilizar o povo em torno de uma causa. Seu papel de educadora ajudará a elevar o nível político da sociedade brasileira. No contexto atual da sociedade civil e de suas relações com o Estado torna-se necessária para a Igreja uma forma de colaboração no plano da Ética e no posicionamento firme diante da « cultura de corrupção ». Estabelecer parceria na educação e formação cidadã com o Estado, no respeito mútuo de sua autonomia, terá como resultado a multiplicação das energias sociais e políticas para a realização desse projeto nacional de « universalização da cidadania ». (Id.).

É mais do que desejável  nesse projeto de unidade nacional em favor do povo, dando prioridade aos mais desfavorecidos, o encontro gratuíto e despojado de interesses pessoais entre o Governo e a Igreja Católica. O verdadeiro poder reside na conquista da cidadania. Políticos e cristãos se encontram num projeto de sociedade que renova a face do Brasil.

A chave de resolução da situação atual do país é a organização e a formação da consciência da sociedade civil. Por isso, a Igreja não pode deixar de se engajar no « Fome Zero » por ser ele, um instrumento privilegiado de formação à cidadania. O Assessor da CNBB, responsável pelo projeto Fome Zero, lembrava na ocasião de sua passagem em São Luis do Maranhão, o apelo dos bispos a todos os cristäos e cristäs para que assumam o projeto como « compromisso social ». É uma maneira para a Igreja de realizar concretamente o caminho aberto, há muitos anos, pelo Concílio Vaticano II : uma Igreja presente no mundo, sendo luz, sal e fermento.

A Igreja pode contribuir também com sua mística libertadora. Sua presença simples alimentará o sonho justificador da ação de conjunto. Qual sonho ? O sonho de um Brasil onde a dignidade de cada um e de cada uma é reconhecida, onde reina a liberdade, onde os direitos humanos são respeitados, onde as condições mínimas de vida são garantidas, onde existirão novas relações de igualdade, respeito, autenticidade, onde o outro não é mais o inimigo mas aceito como uma parte de si mesmo, onde todos e todas terão acesso às riquezas e onde todos e todas se respeitarão e viverão sua autonomia na cumplicidade das diferenças

Conclusão

         Para concluir resta desejar que tal concertação oferecida pelo projeto « Fome Zero » ganhe espaço e fôlego e que não seja atropelado pelas resistências e apatias. Existe um fato : o mutirão para combater a miséria e a fome e para construir uma sociedade nova está nas mãos do povo, nas nossas mãos.

Conservar-se-á e realizar-se-á de acordo com sua inspiração original ou sofrerá transformação, travestindo-se de políticas assistencialistas e compensatórias a serviço de interesses pessoais e, quem sabe, eleitoreiros ? O tempo falará ! A História escreverá ! Aqui estamos, por isso existe Esperança.

31.07.03                                                              Victor Asselin             

Nota

O projeto de luta contra a fome no Brasil FRACASSOU. Venceram as políticas assistencialistas por serem boas de votos. O último parágrafo do artigo, como redigido, realizou-se como profecia.  – 25.06.08

Réponse à la violence

                     REPONSE A LA VIOLENCE

     A notre dernière rencontre nous avons esayé d’approfondir la question de la violence. Aujourd’hui nous essaierons d’y voir une piste de cheminement pour la combattre.

     On pourrait définir la violence comme UNE FORCE VITALE.

         – c’est une manifestation de vie

         – si elle va à l’excès, c’est la destruction de la vie elle-même.

     La violence s’exerce – CONTRE UNE RAISON, contre une norme établie;

                                                      OU

                                      – PARCE QU’il y a UNE RAISON (c’est moins évident)

         Sur ce sujet, voyons l’exemple de Jésus.

I. Exemple de Jésus – Jésus a été violent 

     1.1 Il viole l’ordre établi.

              Pensons aux démêlés qu’il a eus avec les pharisiens du fait qu’il « travaille » le jour du sabbat. Le conseil des Anciens l’a accusé de « trouble-fête » comme on avait accusé le prophète Elie.

              Lc. 23,2  – I R 18,17

     1.2 Face à l’ordre établi, Jésus dresse sa force vitale en raison d’une réalité supérieure, le ROYAUME DE DIEU.

         – Jésus ne se gêne pas pour parler de sa violence: « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Mt, 10,34)

         – Il parle de feu – Lc. 12, 49

              « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (voir note de « Bible des communautés chrétiennes »)

              . il se réfère au baptême avec son aspect violent, la purification

              . il apparaît comme cause de dissension. A cause de lui nous avons à choisir entre le Royaume de Dieu et le monde. Choisir le Royaume c’est plonger avec lui dans son baptême.

         – « Le Royaume de Dieu souffre violence » (Mt. 11,12)

              . Jusqu’à Jean le Baptiste (Lc 16, 16) ce furent la Loi et les Prophètes;

              . Après, c’est le Royaume de Dieu qui est annoncé et tous s’efforcent d’y entrer par violence. « Lutter pour entrer par la porte étroite ». Le temps converge vers la personne de Jésus et, dès lors, c’est l’heure cruciale, l’heure du choix.

    1.3 C’est changer l’échelle des valeurs

         – Il enlève de son chemin ce qui fait obstacle au Royaume

              « Arrière, Satan » (Mt. 16, 23) « Tu es un scandale pour moi », i.e. un obstacle sur le chemin de la Rédemption que Jésus doit suivre. « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».

              Est objet d’expulsion celui ou celle qui place ses intérêts devant ceux de Dieu. Ce sont tous les passages d’expulsion des démons.

         – Il propose un ordre nouveau.

              . Il chasse les vendeurs du temple. Mt. 11, 15-19. Dans ce texte il n’excommunie pas les voleurs mais réprouve les valeurs matérialistes qui ont détrôné les valeurs sacrées et culturelles.

              . « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » – Mc 2, 27

              . « Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, et alors il se répandra et les outres seront perdues. Mais le vin nouveau, il faut le mettre dans des outres neuves »  Lc 5, 37-38

         – Jésus a voulu changer le coeur humain

              . « Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » Mt. 5, 45

              . « Les publicains et les prostituées arrivent avant  vous au royaume de Dieu » Mt. 21, 31

                   Les professionnels de la sainteté sont déboutés car ce qui ouvre le Royaume c’est la conversion.

              . Il donne même les samaritains en exemple aux juifs  Lc. 10, 29-37

              . Il admire la foi de certains païens – Lc. 7, 9

II. Comment vivre l’heure ?

         La réponse à la violence se pose au moment où nous avons les deux pieds dans une situation de violence.

         Eh oui, comment vivre l’heure de l’affrontement quand   nous sommes en présence de l’ennemi, en face d’une personne qui est prête à nous violenter ?

     A. Jacob devant son frère Esaü

     « J’ai affronté ta présence comme on affronte celle de Dieu » (Gn. 33,10)

     2.1 Jacob fait une rencontre avec un personnage mystérieux.  C’est Dieu. Deux attitudes complémentaires:

         – Il lutte ardemment avec ce personnage au point que Dieu  lui donne le nom d’Israël (« Il a été fort contre moi ») – (Gn. 32, 25-29)

         – Il s’en remet complètement à Dieu et reconnaît que c’est par faveur divine qu’il a la vie sauve. (Gn. 32, 30-32)

     2.2 Jacob va à la rencontre de son frère Esaü. Il le craint. Son frère avance avec 400 hommes. (Gn. 33, 1-5)

         – il prend les devants, fort d’être le béni de Dieu

         – il s’en remet complètement à son frère, se prosternant devant lui.

         Et la rencontre se passe bien. « J’ai affronté ta présence comme on affronte celle de Dieu, et tu m’as bien reçu ».

         Exemples: à Gurupi (visite au poste de police après une nuit de prière)

                   à Joao Pessoa

     B. Attitudes de Jésus

     Les deux attitudes de Jacob s’inscrivent dans le grand commandement de l’amour: aimer Dieu et aimer son prochain. Voyons cela dans la personne de Jésus.

     2.1 Jésus s’en remet à son Père.

         Persécuté, Jésus de tourne vers son Père. Il s’en remet à son Père. Il le considère comme capable de juger avec justice et de triompher de la mort. C’est là qu’il trouve         sa RAISON D’ETRE et sa force.

     2.2 Jésus s’en remet au prochain

         Jésus regarde ses persécuteurs. Il pratique l’amour du prochain. il avait déjà dit de tendre l’autre joue; ici, il pardonne à ceux qui le crucifient. Ce n’est pas un abandon passif entre les mains de Dieu; il se fait violence à lui-même pour mieux faire violence au violent.       Il l’affronte au niveau de sa conscience. De ce fait, il l’ennoblit, il l’aime. C’est la seule porte d’où peut venir l’amour en retour.

     A cause de cela, en raison de cela, l’AMOUR est la seule force vitale qui répond efficacement à la violence.

         Pour les humains, l’histoire de Jésus finit sur la croix. Dieu avait osé croire que les humains auraient des égards pour son FIls. Mais non. L’amour de sa création allait       jusque là.

         Cependant Dieu n’avait pas dit son dernier mot. Une fois le sang versé, selon l’exigence des humains, l’amour n’était pas mort pour autant. L’amour est une FORCE      VITALE, la seule vraiment. L’amour se tiendra debout, toujours, envers et contre tous. L’amour est la raison d’être ultime, même de la violence. Pour les chrétiens et les chrétiennes, voici la raison d’être de la résistance à la violence. Se faire violence par amour.

III. La non-violence – Une réponse à la violence.

         Des hommes comme Gandhi et Luther King et autres ont pratiqué une réponse appelée « non-violence ». Qu’en disons-   nous ? Se situe-t-elle dans la ligne de l’Evangile ?

     3.1 Les sources de la violence

              Les sources de la violence sont multiples et complexes. Elles jouent sur deux plans indissociables: le plan individuel et le plan collectif.

         1. Gandhi affirme que la violence prend racine dans le coeur de l’homme. C’est aussi l’enseignement de Jésus.

              « Du coeur en effet proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, injures » (Mt. 15,19)

         2. Puisque l’homme est aussi une créature sociale, la violence provient aussi du coeur de la société. Les institutions peuvent engendrer des formes de violence soit par une trop grande permissivité ou par une présence trop envahissante, parfois oppressante et aliénante.

     3.2 La non-violence, un appel à la conscience

              La violence ne peut se solutionner par une vue courte sur le présent. Il est nécessaire une vision à long terme. Alors comment agir pour atteindre les personnes et par ricochet les structures oppressantes pour espérer extirper la violence de nos coeurs et de nos vies ?

         1. Par la loi ?

              « Dans la loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi qu’en dis-tu ?

              La loi sert de balises communes pour fonctionner en société mais ça ne suffit pas.

         2. Jésus retourne les gens à leur propre conscience.

              Comme nous l’avons déjà dit, Jésus a affronté la violence au niveau de sa conscience. Ici, la non-violence remet les gens à leur conscience. En effet, les lois doivent favoriser l’épanouissement des gens en les retournant à leur conscience. C’est ici que     réside la force de la NON-VIOLENCE. La non-violence pose la « question fondamentale de la capacité à aimer et à s’engager en faveur du bien commun… car seule la non violence nous autorise à tenir à la vérité fondamentale de notre conscience » (Krieger, David J. Les voies du coeurs, Cerf, 1993, p. 17)

     3.3 Les implications de la non-violence

         1. Elle suppose un travail d’éducation et de conscientisation afin que les choses changent de l’intérieur pour atteindre les personnes au coeur de leur être. Elle suppose la douceur et l’amour, mais aussi le courage et la fermeté.

              « Vous avez appris …. oeil pour oeil … et moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire … Mt. 5, 38-39

         2. Cette douceur et ce courage impliquent une approche autre et créative des problèmes, conflits, tensions, oppressions et injustices. Cela appelle la conscience humaine au dépassement de soi, à l’abandon de nos préjugés défavorables et idées  préconçues, pour nous ouvrir à la différence de l’autre et à l’amour des ennemis.

         3. La non violence et la souffrance renvoient à la propre conscience. En effet la non-violence et la souffrance volontairement assumées sont des miroirs dans lequel ceux et celles qui commettent la violence perçoivent la souffrance qu’ils ou elles provoquent, ce qui les interpelle au questionnement en les renvoyant à leur propre conscience.

         4. Pour atteindre les personnes au coeur de leur être, il faut faire preuve de droiture morale, de douceur, de courage, car la peur est aussi source de violence; il faut rechercher la vérité en toute chose et chercher constamment la voie de l’Amour. La non-violence c’est l’engagement de toute une vie. C’est un travail constant qui demande vigilance et engagement de toute notre personne.

         5. La non-violence propose une issue concrète au problème de la violence pris dans son ensemble et aux  aliénations qui oppressent l’humanité. Par la voie de l’Amour et de la Vérité elle nous suggère de commencer le grand ménage en nous-mêmes, au coeur de l’être, et ainsi susciter des transformations en profondeur dans les consciences individuelles et collectives. Le Christ lui-même nous invite à plonger notre regard à l’intérieur de nous-mêmes.

         conclusion

              La non-violence, c’est la loi fondamentale du coeur et de l’intelligence. Par la non-violence nous désarmons ceux et celles qui commettent la violence en opposant la douceur à la violence, le pardon à la vengeance, la générosité à la mesquinerie,           l’amour à la haine et la vérité au mensonge et à l’hypocrisie.

     3.4 Retenons …

         L’ampleur des problèmes ne doit pas nous faire perdre de vue la valeur des actions que nous pouvons poser, même si nous ne changerons pas le monde. Sauf que …

         1. la gratuité nous interpelle – la gratuité qui consiste à s’impliquer un peu plus et un peu mieux (bénévolat ou manière gratuite d’approcher un collège de travail …)

        2. l’écoute des autres nous interpelle – nous vivons dans un monde où nous ne nous parlons plus vraiment et où nous n’écoutons pas l’autre… n’est-ce pas une cause de violence ?

         3. la prière nous interpelle – seul un approfondissement de notre intériorité en face de Dieu peut mener à une compréhension plus profonde et à un dialogue plus vrai.

         4. le monde nous interpelle – le monde comme lieu d’engagement… là où le partage et l’ouverture ont leur place. Monde aux richesses mal partagées, etc… Dans ce monde on s’adresse au frère ou à la soeur et à Dieu en disant: J’ai soif.

                      La communauté ….

     « On expérimente le dépassement de la violence par la pratique de la solidarité. La communauté est le nouveau terrain et le terrain concret pour sa rédemption » (Milton Schwantes)

I. Réponse de Jésus à la violence – Un peuple solidaire – un peuple d’exclus – au service de la non- violence i.e. de la fraternité

     a. Pour réaliser la mission, Dieu a envoyé son propre Fils. C’est lui qui a apporté la libération pour le peuple et qui a annoncé aux pauvres la bonne nouvelle du Royaume.

     b. Le message de Jésus n’a pas plu à tous. On s’attendait tout simplement à un revirement de situation i.e. que les juifs prennent la place des romains. Mais Jésus ne        l’entendait pas ainsi: il voulait un changement radical: UN PEUPLE FRERE ET SERVITEUR, un peuple solidaire.

     c. C’est ici que le Père est venu montrer de quel côté il était. Il s’est servi de son pouvoir créateur et a ressuscité Jésus.

 

II. Le projet de Jésus continue 

     Puis les premiers chrétiens, se servant du même pouvoir, se sont organisés en petites communautés. (Ac. 2, 42-44)

         « Vous êtes une lettre du Christ remise à nos soins, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non, sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les coeurs. » (2 Cor. 3,3)

         « Notre lettre, c’est vous, une lettre écrite en nos coeurs, connue et lue par tous les hommes » (2 Cor. 3,2)

         C’est dans la vie communautaire des premiers chrétiens, soutenue par la foi en Jésus vivant au milieu d’eux qu’est apparu le signe clair du projet du Père. Ce signe       explicite l’appel d’Abraham et la libération du peuple d’Egypte.

III. L’exemple d’Emmaüs. Une communauté, lieu d’expérience de la Résurrection

     Emmaüs nous fait vivre l’expérience de la résurrection, vécue en communauté. Elle fut le grand éclair qui a illuminé les yeux.

     Quand les deux disciples marchaient sur le chemin avec Jésus, ils ne le reconnaissaient pas. Il manquait la lumière dans leurs yeux. Il manquait l’expérience de la résurrection. Quand ils le reconnurent à la fraction du pain, Jésus disparut car, à ce moment, Jésus était entré en eux et eux-mêmes ressuscitèrent. Ils ont vaincu leur manque d’ardeur et   retournèrent à Jérusalem, lieu où se trouvaient les pouvoirs qui avaient tué Jésus et, en conséquence, avaient tué en eux l’espérance. Mais ils ne les craignaient plus. En eux étaient entré une force plus grande, une force de vie qui vainc la mort.

     2.1 Jésus a dialogué, écouté avec patience, a mangé, prié etc.. posé des gestes bien concrets d’amitié. Tout cela c’est le climat de la communauté où on cherche à vivre       comme des frères et des soeurs. C’est là que se fait l’expérience de la résurrection du Christ vivant au milieu de nous.

     2.2 En créant le climat de dialogue, Jésus a amené les deux disciples à parler des problèmes de la vie. C’est ainsi qu’est apparu la tristesse, le manque de motivation, la        frustration, la fausse espérance, la décision de condamner Jésus, la croix et la mort, la conversation des femmes, l’incapacité des deux de croire dans les petits signes d’espérance. En somme il a amené à parler de toutes les violences et, en particulier des violences gratuites …

    2.3 C’est en dialoguant avec eux (donc en communauté) que Jésus s’est servi de la Bible non pas pour l’interpréter et pour enseigner mais pour interpréter les faits de la         vie et pour animer les deux disciples. Il a réfléchi avec eux en leur faisant voir qu’ils n’avaient pas raison dans leur manière d’expliquer les faits et leur a prouvé, à la lumière de la Parole, que les faits n’échappaient pas à la main de Dieu. Il s’est servi de la Bible non pas pour l’enrichir de quelques belles idées mais pour susciter un changement radical: la peur devient courage; le désespoir devient espérance; le fuite devient        engagement; la séparation devient rencontre; la mort devient vie.

Conclusion

     La vie communautaire dans la foi en la Résurrection est comme la caisse de résonnance d’une guitare. Sans elle, les cordes des paroles bibliques ne produisent pas la musique de Dieu dans le coeur du lecteur ou de la lectrice. Cette caisse de résonnance se crée :

     – en créant un climat d’ouverture entre les personnes;

     – en essayant de comprendre à partir de celui qui souffre et qui cherche à se libérer;

     – en vivant en petit groupe car le message de foi ne peut être capté et compris qu’en communauté;

     – en ayant la conviction que Dieu nous parle dans l’histoire de la communauté et du peuple;

     – en prenant le temps de prier, de célébrer et de partager …

     Quand la vie communautaire s’enracine dans la réalité et qu’elle s’appuie sur la Parole le miracle du changement se réalise. La violence disparaît. Les disciples d’Emmaüs découvrent la force de la Parole de Dieu présent dans les faits, commencent à la pratiquer et tout se transforme: les yeux s’ouvrent, la croix devient signe de vie et d’espérance, la crainte disparaît, le courage réapparaît, les personnes s’unissent, commencent à partager entre elles leur expérience de résurrection etc… Comme pour les disciples d’Emmaüs on découvre que tout commence au moment où Jésus parle…

 

Entretien donné aux religieuses de la Congrégation de Notre-Dame (C.N.D.), communauté du Sacré-Coeur, Westmount, Montréal, le 10 mars 1997)

 

Violence et non-violence

                   VIOLENCE ET NON-VIOLENCE

                            Victor Asselin, ptre

I. Etat de la question

     1.1 La violence est un fait

     Dans tous les moyens de communication sociale, dans les débats politiques, dans les conversations entre amis, la question de la violence est un thème presque obligatoire. Nous sommes inondés par des événements, des intentions et des discours qui révèlent les facettes les plus variées de la violence.

     A chaque jour nous lisons dans les journaux, nouvelles de grèves, de manifestations, de répression de la police, de guerres, de séquestre d’avion, de corruption etc… La violence est un fait fréquent.

     1.2 Devant la violence, un comportement paradoxal

     – les réactions des personnes sont diverses et c ontradictoires: on condamne la violence et, par contre, elle attire et fascine les masses.

         Ex. le succès des films avec un héros violent; la violence dans les sports

     Comment expliquer ce comportement paradoxal ?

     Dans les structures de la société il y a des évidences d’un autoritarisme socialement existant qui se constitue comme un régime d’exception parallèle et qui rencontre une certaine légitimité à l’intérieur de la société. La violence est dans les entrailles de l’organisation sociale, de manière insidieuse, et masquée par un discours d’apparence démocratique et humaniste. Ses mécanismes d’intériorisation sont efficaces et subtiles.

     Il se crée ainsi une CULTURE DE LA VIOLENCE. Un de ses instruments très efficace est celui des midia. A travers eux elle pénètre dans tous les foyers: on escamotte les faits, on change le sens des informations, on est partial dans les commentaire, on ne révèle pas les évidences qui sont contraires aux groupes dominants, on insinue malicieusement etc… On en arrive même à faire du mensonge la vérité, d’un mauvais caractère un citoyen exemplaire, d’une revendication populaire juste un acte de terrorisme et d’anarchie.

     En conséquence on arrive à justifier la répression et à la considérer naturelle et nécessaire.

     1.3 Ambiguité dans la doctrine sociale de l’Eglise

     Souvent dans l’Eglise, dans la doctrine sociale, dans l’opinion de beaucoup de chrétiennes et de chrétiens, la violence ne peut pas être approuvé ou soutenu. Sur cette question il y a une profonde confusion terminologique et conceptuelle.  Attention …

     1.4 Et pourtant le défi du chrétien et de la chrétienne: Nouvelle Jérusalem.

     Dans la Bible, nous lisons: Ap. 21, 22 et 22, 3-5

     Pour le chrétien le royaume de Dieu sera la communauté parfaite, sans injustice, sans classes sociales ni inégalités, sans péché, sans violence,  dans une découverte continuelle et passionnante où la révolution ne sera plus nécessaire car elle sera permanente. C’est l’amour parfait où tout est nouveau à chaque moment et où il n’y a pas de structure sinon celle de la créativité permanente de nouvelles structures « pour les siècles des siècles. »

     1.5 Question

         Et alors, quel comportement le chrétien et la chrétienne doivent adopter face à la violence ? Il est impossible de donner une réponse à cette question sans, d’abord, essayer d’approcher la complexité de cette réalité. Sans cela on risque de ne pas travailler efficacement à la construction de la Nouvelle Jérusalem ou de la détruire.

II. Violence expliquée et violence gratuite

     2.1 Violence expliquée

     Aujourd’hui on veut expliquer la violence. Question d’exorciser la terreur qu’elle provoque en nous, peut-être … en effet, quand elle est expliquée elle cesse d’exister comme chose premier… elle est seulement conséquence d’une autre chose qui l’a provoqué.

     Ex: Un chauffeur de camion meurt parce qu’il s’est endormi.

         Or, moi je ne me suis jamais endormi.

         Donc je peux continuer à voyager et rien ne m’arrivera.

     L’explication a cette fonction: elle garantit que le monde dans ses fondements est en ordre. Il s’agit d’y faire attention et de corriger ses erreurs.

         Quelques explications que nous donnons de la violence

         1. Les personnes sont violentes parce qu’elles vivent  dans des structures violentes. C’est une réaction   à une provocation externe. Dans le fond les personnes sont              bonnes. Ce sont des déviations de l’histoire qui les ont fait mauvais. Si nous corrigions l’histoire et si nous éliminions les structures violentes, la violence disparaîtrait. C’est clair: la violence est l’effet d’une cause. Eliminons la cause …

         2. La violence est le résultat de la folie. Mais la folie existe quand la personne est hors d’elle-même. Alors ce n’est pas elle qui est violente car elle n’était même pas présente à elle-même. Ainsi en justice on déclarera « non coupable » les personnes qui ont commis un crime alléguant que la personne a agit « sous une forte impulsion » et avec « la privation de ses sens ». ça revient à dire que la personne qui est là n’a jamais réellement commis de crime. Si la perturbation cesse, la personne revient à elle-même. Alors le criminel n’existe plus. Si son corps a servi d’instrument de violence c’est que quelqu’un d’autre l’a habité. Une fois passée la folie, comment ignorer la bonté ?

         3. Il y a aussi l’explication et la justification de la violence comme acte de « légitime défense » quand l’unique manière de mettre fin à la violence est d’employer la violence.

         4. La violence du moyen pour atteindre une fin. C’est  celle de celui qui détruit pour voler. Ce type de violence est aussi celui qui justifie la guerre. « Faire la guerre pour la paix », dit-on. Souvent ça peut-être une paix qui satisfait à ses intérêts propres. Même la guerre peut-être expliquée. Elle a ses causes et ses objectifs. Si on pouvait atteindre les objectifs par d’autres moyens, la guerre n’existerait pas.

         Conclusion

         La violence expliquée est une violence qui blesse mais elle ne met pas notre monde en péril. Elle fait partie de notre compréhension optimiste des humains. Au fond ce qui existe c’est la bonté. La violence n’est qu’une perturbation lamentable de l’ordre qui peut être corrigée.

     2.2 La violence gratuite

         La violence gratuite est un autre type de violence. Celle-ci est menaçante. C’est le plaisir pur de faire souffrir. C’est la violence qui est une fin en soi, une violence qui donne du plaisir.

         Exemples

         – Quand on était jeune on s’amusait avec une carabine à plomb

         – quelqu’un faisait remarquer que le rire des desseins animés est toujours provoqué par la violence. Un rire sadique. Le piano tombe sur quelqu’un, il devient un crabe… le piège à souris attrape le nez… on plonge dans une piscine vide et elle se casse comme si c’était une assiette… Ce qui est extraordinaire c’est que les dessins animés ont     découvert que le sadisme est la manière la plus rapide pour provoquer le rire. La bonté ça ne fait pas rire… ça fait pleurer …

         – les lutteurs … si le combat finit trop vite c’est la déception. On aime voir se « tapocher » jusqu’au sang            …

         – les batailles de coq. Le plaisir de la violence est si grand qu’en plus des griffes naturelles on en ajoute d’autres en fer, très affilées pour que le sang  gicle plus facilement.

         – les « corrida » de taureaux. C’est la manifestation suprême de la culture sportive d’un peuple qui applaudit quand les aiguilles entrent dans la chair… on tue à petit feu pour la jouissance de plusieurs. Les « tueurs » doivent être beaux pour provoquer la jalousie des hommes et l’amour des femmes.

         – Et que dire du hockey ? On engage des joueurs seulement à cause de leur force physique sans être nécessairement de bons joueurs de hockey. Les coups infligés… les commotions cérébrales…les membres cassés… Beaucoup vont au stade non pas pour voir une belle exhibition de sport mais pour la bataille. Ce que l’on espère c’est le moment suprême que s’inflige la douleur du but à l’adversaire. Le but c’est comme l’aiguille dans les côtes du taureau.

         – Et les « surnoms » que l’on donne. C’est une manière subtile de toucher une blessure. Un surnom est drôle seulement s’il blesse.

         – Les violences qui vont des paroles aux actes et qui  culminent dans les rituels d’humiliation comme les messages anonymes. Parfois il y a des personnes simples qui changent totalement lorsqu’elles sont en groupe. Chacune y va de son coup, de son mot parfois tyrannique, de son petit coup de couteau… et pourtant dorment avec la conscience tranquille.

         – et dans la politique… Il est probable qu’un candidat pacifiste et écologique ne soit pas élu … il se peut qu’on élise un candidat qui ne se gêne pas d’offrir ses rituels de violence pour éliminer ses adversaires. Un secret pour être élu: identifier un bandit, une personne malhonnête, un groupe sujet à discrimination et promettre qu’il sera éliminé. Il sera élu. Autour des rituels de violence, même les ennemis font la paix.

              TUER ENSEMBLE EST UN SACREMENT DE FRATERNITÉ.

III. La violence en nous

         Et alors ? Qu’en est-il de la violence ?

     3.1 La violence gratuite nous fait saisir une réalité sévère. Avec elle le sens moral arrête de fonctionner et la raison n’est plus là. Hitler est monté au pouvoir. Si son      aventure avait eu un succès quelconque, tout le monde le considérerait, encore aujourd’hui, un homme de bien.

     3.2 On dirait – et cela est terrible – qu’il y a à l’intérieur de nous la haine qui gruge plus que l’amour. L’explication est simple: l’amour est faible et lent; la violence est forte et rapide. C’est plus spectaculaire couper un arbre centenaire que de planter un rejeton.

     3.3 La violence gratuite nous fait soupçonner que les explications sont terribles. En vérité, il n’y a pas  d’explication même si le christianisme, pour sauver les      humains, a mis la violence à l’extérieur de l’humain. C’est le démon qui vient, envahit et prendre place dans      la personne. Mais ceci se résout par l’exorcisme. Le plus terrible c’est de penser que la violence habite en nous et qu’elle demeure là en espérant les conditions    extérieures pour se manifester. Les conditions sont à peine l’occasion pour qu’elle se manifeste. En théologie on se réfère au « péché originel ». Nous naissons porteur et porteuse d’une perturbation dans notre capacité d’aimer. On s’amourache de « chose mauvaise »: on fait l’amour avec la mort.

         – La psychanalyse dit que nous sommes un mélange d’EROS et de TANATOS (vie et mort). Et la distribution n’est pas démocratique. Les uns reçoivent plus de vie et             moins de mort et d’autres moins de vie et plus de mort.

         – L’expression symbolique la plus curieuse de ce sadisme c’est l’enfer, lieu où on met ceux et celles que nous avons marqué par la haine pour l’éternité. Et on pense que l’enfer n’existe pas à l’intérieur de soi- même mais dans un lieu quelconque de l’univers. Dieu aurait-il alors un plaisir sadique de contempler éternellement ceux qui se seront perdus ?

     3.4 Je conclue avec ce texte…

         Orwell dans son livre sur la violence (1984) décrit une scène dans la chambre des tortures. C’est le tortionnaire qui donne une leçon à sa victime. Je n’aime pas lire cela mais j’ai l’impression que c’est la vérité          …

         « Non, nous ne torturons pas pour découvrir un secret quelconque. Il n’y a rien que tu puisses nous dire que nous ne savons pas. Ce n’est pas nous qui avons besoin d’apprendre. C’est toi. Et la leçon est simple. Le POUVOIR. Des tyrans de d’autres époques ont été stupides. Ils ont pensé que le pouvoir était un moyen pour obtenir une fin. Et ils se répétaient comme ils répétaient aux autres qu’ils torturaient et tuaient pour qu’un jour il y ait plus de plaisir et de joie. C’est seulement nous qui avons compris la vérité. Le pouvoir n’est pas un moyen pour obtenir quelque chose. Nous ne voulons pas une société plus juste. Nous ne voulons pas que les hommes et les femmes soient plus heureux. Nous ne voulons pas de plaisir pour nous-mêmes. Une chose est importante: le pouvoir. Et c’est cela que nous sentons quand le corps d’une victime se tord, impuissant. C’est bon de le faire souffrir. Au milieu de ses cris, il y a quelque chose de magique qui se produit: dans la mesure qu’il devient plus faible, je me sens plus fort. C’est la transfusion du pouvoir. Il est plus près de la mort. Je suis plus proche des dieux. C’est la simple leçon du pouvoir: nous sentons plus la volupté de la divinité quand nous avons le pouvoir de faire souffrir et de tuer. »

IV. La violence et le POUVOIR

     Le pouvoir c’est la capacité d’imposer sa volonté aux autres et la violence c’est la manière d’imposer, par force physique   et matérielle, cette volonté. La violence établit son règne là où le droit est absent ou là où le droit est expression   d’un pouvoir minoritaire de classes dominantes.

     4.1 Quelques manières d’imposition du POUVOIR

         a. La plus invisible et la plus fréquente : le mal, la méchanceté de celui qui a une pratique perverse.

              Ex: Gn. 4, 8-10 (Cain et Abel)

              Elle peut être décrite de la manière suivante:

              – L’origine du mal ou du péché c’est nier l’autre, l’autre personne, l’autre terme de relation.  

              – la praxis dominatrice c’est le mal. Ce n’est pas la praxis d’une personne devant une autre personne. La relation s’est arrêtée. Cain, le dominateur, a transformé Abel en instrument, en un moyen: il l’a tué p.c.qu’il était son ennemi; il l’a volé comme instrument de richesse; il l’a violenté comme instrument de plaisir etc…  Abel n’est plus une personne. C’est une chose. Ça c’est le péché: destituer l’autre comme personne; aliéner l’autre en chose; chosifier, instrumentaliser.

                   L’offense contre Dieu signifie toujours un acte de domination contre le frère. Dieu est l’Autre absolu. Nous l’offensons quand nous dominons l’autre. C’est pour cela que le Christ a pris la forme du plus pauvre.

         b. Le péché social ou le péché concret

              De manière abstraite on peut dire que l’individu Jean a péché. Mais concrètement Jean est le père de Marie, l’époux de Marthe, le frère de Pierre, professeur de ses élèves, citoyen dans son pays. Jean n’est jamais le seul et concrètement il n’est jamais le seul individu solitaire. Il en est de même pour le mal et le péché.

              Une institution n’est pas une structure qui existe pour elle-même. C’est la modalité que les individus ont pour se comporter dans leurs relations de manière stable. Ainsi il y a l’institution matrimoniale, l’Etat, l’Eglise etc…

              Si une personne ou un groupe de personne domine de manière stable ou historiquement une autre personne ou un autre groupe de personnes nous disons alors que c’est une pratique de domination. Ex. le propriétaire sur ses employés, l’homme sur la femme etc… Et c’est une pratique de domination institutionnelle, sociale.

              Et plus, il arrive qu’un individu naît dans une trame institutionnelle qui l’a précédée et qui le détermine. Ex. Quelqu’un naît riche et dominateur dans une famille bourgeoise. Il n’est pas responsable d’être né là mais il hérite de ce péché institutionnel, « originel ».

         c. Le pouvoir des armes

              Dans l’Apocalypse la BETE est pleine de pouvoir, du pouvoir des armes.

                        Ap. 13, 2-7

              Le pouvoir du Prince de ce monde, la manière d’exercer concrètement le pouvoir c’est par le moyen de la pression de l’instrument de la mort: les armes. La « croix » du martyr c’est l’usage effectif de l’arme qui tue l’innocent.

              Le péché de tuer le prochain avec violence par l’usage des armes – la guerre – est intimement lié à l’injustice: le puissant, le dominateur, doit contrôler, maintenir tranquille l’opprimé, en paix, par le moyen des armes. Le « pain », symbole biblique de tout « produit » est maintenant « pain de la mort ».

              Pour garantir et pour donner la permanence à la structure du péché, les armes et le pouvoir militaire deviennent la dernière instance de l’effectivité du péché, du « règne » du Prince de ce monde. C’est pour cela, que la   torture soufferte par le héros ou par le martyr et sa propre mort comme « croix » est la consommation du péché sur la terre  et, en même temps, le moment de la manifestation de la Gloire de l’Infini. En étant crucifié par le pouvoir militaire dominant  de son époque – les romains- Jésus manifeste la contradiction absolue de l’histoire.

              Pour le capital c’est la même chose produire « pain » ou « armes ». Les deux signifient « valeur » (vie du travailleur) et avec les deux on fait des « gains ». La guerre de domination c’est la pression de la « BETE » pour maintenir les pauvres à l’intérieur des structures qui permettent de leur prendre ce qu’ils ont de vie.

         d. La vente de son travail

              La praxis de domination est une relation sociale. Elle est une rupture de la relation communautaire. Face à face sont là le « pauvre » et celui qui a l’argent pour payer son travail. Ils sont un devant l’autre non comme Moise devant Dieu et comme le samaritain devant le pauvre, en respect à l’extériorité de l’autre. Non, l’un est misérable et demande pour manger, se vêtir, avoir une maison et la santé… l’autre a de l’argent et en veut  plus. Pour en arriver à ses fins il voit le pauvre devant lui comme un instrument, une chose qui lui permettra d’avoir plus. Le péché bien subtil qui peut s’y cacher c’est que celui qui a de l’argent exploitera la « source créatrice » de l’homme et ne paiera que la « capacité de travailler ». C’est comme payer l’usage d’une machine.

     4.2 La culture de la violence

         a. La vie quotidienne nous enseigne que c’est le plus fort qui gagne ou celui qui est le plus éveillé. On y retrouve alors les conditions pour l’existence d’une « culture de la violence » dans le sens qu’Oscar Lewis l’a formulé: une structure, une articulation, des mécanismes de défense et de reproduction, en se constituant en valeurs positives, orientent la vie des personnes qui ont à affronter la pauvreté comme forme substantielle de vie et ont à vivre avec elle tous les jours.

         b. Cette culture devient le principe de base de l’articulation de vie des communautés comme forme de défense et de survivance dans un monde qui les marginalise et les exclut et leur impose de façon violente une vie réduite à la survivance.

         c. On reproduit alors la violence qui vient d’en haut. Et sans s’en rendre compte, bien loin de s’opposer à la violence provoquée, elle alimente ce système. En effet, le destin de chacun n’a pas de lien avec la communauté qui souffre la même violence. C’est la « gang » qui jouera ce rôle et elle pénétrera dans le milieu familial, dans les écoles et dans les autres institutions. Au lieu de « sage femme de l’histoire » la violence sert de forme de survie au milieu d’un monde qui remet le destin de chacun à la vie mercantile et capitalisante.

     4.3 La théologie

         a. Un premier courant. Il a son origine chez les grecs. On dit qu’à partir de la « nature, les uns se manifestent comme des dieux et d’autres comme hommes; les uns sont libres et d’autres sont  esclaves. » Personne n’est coupable de la pauvreté du pauvre; aucune faute d’aucune liberté n’est la source créatrice de l’injustice. Le « pauvre » l’est par inclination naturelle, par mauvaise disposition de son corps ou de son âme, par vagabondage, par manque de vertu ou simplement par mauvaise chance. C’est la théologie de la résignation. Dieu l’a voulu ainsi.

         b. Un deuxième courant. C’est celui de la réconciliation des riches avec les pauvres sans que soient données les conditions objectives pour le pardon. Pour qu’il y ait pardon il faut d’abord une conscience claire de la faute et une réparation juste. Sans l’égalité réelle et objective des deux personnes – ce qui signifie que le riche n’est plus riche ni le pauvre, pauvre – il ne peut pas y avoir de réconciliation.

         Affirmer que la pauvreté du pauvre (sa mort) est naturelle ou est la volonté de Dieu ou prétendre la réconciliation avant de « haïr le monde » et de faire justice, sont des propositions d’une théologie de domination.

V. ET LA NON-VIOLENCE

         Quand les opprimés, les pauvres, commencent à se lever, à se rebeller, à s’opposer à la domination, la violence hégémonique devient REPRESSION. C’est alors que beaucoup de personnes devant la répression ou la violence active du péché adoptent la position de NON VIOLENCE. Gandhi aux Indes, Luther King aux Etats-Unis, Miguel d’Escoto au Nicaragua. Cette position, que nous aborderons à la prochaine rencontre, bien que de très grande valeur, ne puisse pas être érigée en

 principe théorique absolu. A la violence du péché le martyr oppose le courage du « serviteur souffrant ». Il n’est pas évident que cela puisse s’appliquer dans tous les cas.

     La non-violence est une réponse à des manières d’exercer le POUVOIR

 

(Entretien donné  aux religieuses de la Congrégation Notre-Dame (C.N.D.) communauté « Sacré-Cœur », Westmount, Montréal, le 03 mars 1997)

Les pauvres et l’appauvrissement

               LES PAUVRES  ET  L’APPAUVRISSEMENT

      Dans le cadre de votre rencontre, aujourd’hui, on me demande une collaboration pour, ensemble, réfléchir. On ne me fixe pas de sujet mais on me dit souhaiter reprendre les éléments de la conférence que j’ai donné, dernièrement, au Carrefour d’Entraide. Alors, voici mon thème: les pauvres et l’appauvrissement. D’abord, qui sont les pauvres; en 2e lieu, un regard sur quelques inégalités sociales au Québec et, enfin, une suggestion de pédagogie de travail.

I. Qui sont les pauvres ?

     Si nous ouvrons le dictionnaire, pauvre veut dire « celui qui manque d’argent ». Son contraire c’est « riche ». Entendons bien ici « pauvre » dans son sens réel et non dans un sens métaphorique. Ceci est bien important pour savoir de qui on parle car ce qui arrive souvent c’est qu’on mélange beaucoup d’ingrédients et il devient difficile de s’entendre. Les « pauvres » sont ceux et celles qui souffrent de carence économique fondamentale. Ce sont celles et ceux qui sont privés des biens matériels nécessaires pour une existence digne. Ce sont les pauvres socio-économiques. Je parlerai aussi des pauvres socio-culturels et des nouveaux pauvres de la société industrielle mais qui s’articulent avec les pauvres pris dans leur sens réel.

     1.1 Les pauvres socio-économiques

     Les pauvres constituent un phénomène collectif; ils sont le résultat d’un processus conflictuel et exigent un projet historique alternatif. Ainsi donc, trois éléments sont nécessaires pour comprendre le phénomène de l’appauvrissement:

     – un phénomène collectif;

     – un processus conflictuel;

     – un projet alternatif.

     J’explique:

         a) Les pauvres sont un phénomène collectif

- La pauvreté, aujourd’hui, est une question sociale, structurelle et massive i.e. les pauvres sont des classes, des masses et des peuples entiers et elle fait partie de la structure d’une société. Par exemple le 3e monde.

     Lorsque nous parlons du premier monde et du Tiers-monde, la différence n’en est pas une de nature de la pauvreté mais en est une de degré, de nombre. Mais c’est la même pauvreté.

- Partant de ce point de vue, nous pouvons déjà mettre de côté la vision vulgaire qui conçoit le pauvre comme un individu, comme un cas particulier. Cette conception du pauvre constitue une vision arriérée qui abstrait le pauvre de ses conditions sociales ou des structures qui le définissent. On voit l’arbre mais on est incapable de voir la forêt.

- Les adeptes de la conception de la pauvreté comme cas individuel justifient la situation par les causes suivantes:

     1- causes morales

- La pauvreté est le fruit de l’ignorance ou de la paresse ou encore elle est le fruit de l’égoisme et de l’avarice des  autres. Ainsi on ne voit pas les  structures ou les mécanismes sociaux qui donnent chair à ces forces morales.

     2- Causes naturelles

- Les pauvres sont pauvres p.c.qu’ils sont nés pauvres et ainsi ils le resteront.

     Dans une telle vision et une telle analyse, nous n’avons pas à nous surprendre que la solution sera l’assistentialisme. Il est important et prioritaire de donner. Et on ne se rend pas compte que donner sans une compréhension sérieuse de la situation est l’obstacle majeur pour éviter la prise de conscience. Avec la meilleure des bonnes volontés on fortifie ainsi la structure qui fonde et engendre le phénomène d’appauvrissement.

     Il faut admettre aussi que beaucoup d’initiative sont nées et naissent parce que l’on a pitié. Une pitié naïve. Un coeur bon mais un oeil peu critique. Ainsi on voit les personnes – ce qui est louable – mais on ne voit pas les structures (ou on ne veut pas les voir) qui enveloppent les personnes.

         b) Les pauvres sont le résultat d’un processus conflictuel

     Les pauvres, aujourd’hui, constituent un phénomène social voulu et produit. Ce n’est pas un fait naturel. Cette affirmation est lourde de conséquence et exige, sans doute, une analyse plus approfondie du système économique. Les pauvres sont réduits à la pauvreté ou sont maintenus dans la pauvreté par les forces d’un système de domination. C’est bien ce que les experts veulent exprimer par le phénomène d’appauvrissement. Aucun individu ne désire s’appauvrir. Les pauvres apparaissent comme des classes dominées et régies par un système économique.

     Les pauvres sont pauvres parce qu’ils sont exploités ou rejetés par une organisation économique et ils sont maintenus sous ou hors de ce système.

     Ainsi on y rencontre deux groupes de pauvres:

         1. Ceux qui sont mis en marge, i.e. ceux qui sont exclus du système économique: Les chômeurs, les mendiants, les marginaux, les prostituées. Ceux-ci sont sur la ligne ou au-dessous de la ligne de survivance.

         2. Ceux qui sont exploités i.e. ceux qui souffrent injustice du système économique: ce sont les pauvres travailleurs.

     La figure traditionnelle et classique du pauvre comme le misérable qui passe de porte en porte pour demander du pain est définitivement dépassée. Aujourd’hui, il faut avoir une figure moins romantique et plus réaliste. C’est la figure de celui et de celle qui cherche libération. C’est cette image critique qui sera le fondement d’une pratique concrète de lutte à l’appauvrissement. Sans elle, on demeurera toujours avec les solutions des générations passées pour une problématique moderne. Les premiers à applaudir n’en seront que les idéalisateurs, les planificateurs et les responsables du système économique actuel.

     c) Les pauvres exigent un projet social alternatif

     Puisque la situation des pauvres, le phénomène de l’appauvrissement, a une racine structurelle, il est évident que le changement, que la libération doit passer par une transformation des structures sociales qui empêchent les pauvres de grandir et de s’affirmer historiquement.

     Ce processus historique se réalise déjà au tiers-Monde. Qu’il suffise de regarder et d’analyser ce qui se passe en Afrique et en Amérique Latine. Les peuples s’organisent en vue d’une libération collective. J’en suis moins sûr du côté de l’Est en raison des pressions excessivement fortes pour l’économie de marché.

     1.2 Les pauvres socio-culturels

     Les pauvres pris dans leur sens réel sont donc ceux et celles dont leur travail est dissocié des moyens de vie, qui dépendent de ceux et celles qui possèdent ces moyens de vie et qui les exploitent. Cette conception nous a fait entrer dans une compréhension globalisante. Il faut cependant parler des formes spécifiques, celles de caractère socio-culturel. C’est la discrimination raciale, éthnique et sexuelle. Par exemple, les minorités étrangères, les déficients physiques et mentaux etc…

     Les pauvretés socio-culturelles doivent être comprises dans le contexte socio-économique car c’est celle-ci qui détermine fondamentalement celles-là et les pauvretés socio-culturelles accentuent la pauvreté réelle. Les pauvretés socio-culturelles ont leur consistance propre, leur autonomie relative mais sont articulées avec la pauvreté économique. On l’associe normalement à la pauvreté économique et c’est correct car elle doit être envisagée avec elle.

     1.3 Les nouveaux pauvres de la société industrielle

     La société industrielle a engendrée un nouveau type de pauvre. Ce sont les travailleurs étrangers, les jeunes fugitifs, les suicidaires, les vieillards abandonnés, les jeunes drogués…

     Ces nouveaux pauvres sont le fruit typique de la société industrielle bien que nous y trouvons aussi un potentiel contestataire d’une société d’abondance matérielle qui sature le corps mais vide l’esprit.

     Ces nouveaux pauvres ne doivent pas être compris non plus isolés du corps social. Ils doivent être compris à l’intérieur des conditions sociales et surtout des conditions économiques. A ces nouveaux pauvres, on ne pourra penser à une action effective libératrice de leur aliénation que dans une compréhension globale, i.e. libérant du système qui les aliène.

Conclusion

     Concluant cette partie, disons d’abord que parlant des pauvres socio-économiques, des pauvres socio-culturels et des nouveaux pauvres de la société industrielle, nous ne sommes pas en face de trois blocs juxtaposés mais bien de trois blocs qui s’articulent. Ce sont trois blocs qui devraient faire l’objet des intérêts et des luttes.

     Ainsi il est urgent de revoir notre conception du pauvre et de la pauvreté car nous ne pouvons pas le voir aujourd’hui comme on le voyait dans les générations passées. La pauvreté, aujourd’hui, est le fruit du développement contradictoire par lequel le riche devient de plus en plus riche et le pauvre de plus en plus pauvre. On l’a répété souvent. La pauvreté, aujourd’hui, est endogène, i.e. elle est interne au système économique et elle en est son produit naturel. Pauvreté signifie donc, aujourd’hui, oppression sociale et dépendance. En éthique, on dit injustice et péché social.

     Visualons, en quelques mots, le pauvre d’hier et celui d’aujourd’hui:

Hier                                                             Aujourd’hui

1. homme individuel: ce sont            1. Ce sont des classes, des masses

    des personnes, des cas…              (entité collective)

2. Abandonné par l’égoisme  du       2. Exploité par l’ambition des classes

  riche. On le laisse pauvre                  dominantes. On fait le pauvre

3. Il demande la charité: qu’on lui       3. Il demande justice: qu’il puisse

  donne du pain en ce monde              s’asseoir à la table avec les autres.

     Nous ne pouvons cependant pas nier que le pauvre d’hier existe encore aujourd’hui mais ce n’est pas le pauvre typique de notre monde actuel. Ainsi donc l’aumône est complètement dépassée et n’est pas la solution du problème de la pauvreté d’aujourd’hui.

     Si nous voulons envisager la pauvreté d’aujourd’hui comme celle d’hier, il faut admettre que la solution pour le pauvre consiste à attendre. C’est une question de temps et d’aide des autres. On n’a qu’à dire que tout est question de technique, d’investissements et de projets rationnels etc… Cette solution ne peut que produire encore plus de pauvreté.

     Si nous voulons par ailleurs envisager la pauvreté d’aujourd’hui, phénomène d’appauvrissement, dans une vision critique, seul un travail à la transformation du système social à partir des propres intéressés pourra faire changer la situation. Il s’agit d’une libération historique, d’un projet dans le temps et non pas seulement d’un développement économique. On est pauvre aujourd’hui non pas parce qu’on est en retard mais parce qu’on est dépendant.

II. Les inégalités sociales au Québec

     Dans cette deuxième partie nous allons jeter un regard rapide sur le Québec. Ce sont des considérations qui prennent figure d’amorce de réflexion. Je m’inspire d’ailleurs d’un texte de Simon Langlois, professeur à l’Université Laval. Ce texte a été publié dans le livre « La société québécoise après 30 ans de changement », publié sous la direction de Fernand Dumont. Dans cet article, Simon Langlois nous fait voir l’évolution des inégalités et des différences dans notre Québec contemporain, analyse qu’il fait à partir des mécanismes sociaux et des forces qui les affectent et qui ainsi impriment une direction. Il est bien évident que le paysage socio-économique du Québec a considérablement changé.

     2.1 L‘Etat

     Dans ces dernières années l’État a joué un rôle-clé dans les changements qui ont marqué la stratification sociale au Québec. Voyons-en quelques aspects.

a) D’abord le développement accéléré du système scolaire a favorisé une importante mobilité sociale. La population plus instruite a occupé des nouveaux postes. Cette mobilité sociale a été tellement grande qu’aujourd’hui on se pose la question à savoir si l’appareil scolaire est en mesure de continuer à soutenir cette importante mobilité scolaire collective comme ce fut le cas durant les années 60.

b) Puis dans les années 60 est née une nouvelle bourgeoisie d’affaire francophone. Ce phénomène a été un tremplin à de jeunes cadres le plus souvent d’origine modeste. Et l’État a favorisé cette émergence par une série de mesures et d’interventions comme la caisse de dépôt et de placement  jusqu’au Régime d’Épargne-Action.

c) Il faut signaler aussi la distribution des richesses car depuis60, l’État, tant fédéral que provincial, prélève et redistribue   une part croissante du revenu national. Rappelons que la part    du revenu personnel, en transferts directs à l’État, est passée   de 9,5% en 61 à 22,4% en 87 et que la part des revenus            personnels provenant des transferts de l’État aux individus est   passée, pour les mêmes dates, de 9,6% à 16,6%.

     A-t-on réussi, durant toutes ces années, à réduire les inégalités ? Je continue avec les mêmes informations fournies par Simon Langlois.

     1. Durant 20 ans, dit-il, on a assisté à une diminution des inégalités mais cette tendance s’est arrêtée au début des années 80. Depuis 10 ans, on essaie plutôt de neutraliser l’inégalité croissante des revenus privés et non plus de redistribuer la richesse.

     2. On constate, aujourd’hui, que les paiements de transferts ne profitent pas seulement aux plus démunis. En effet, en 85, 30% de tous les paiements de transferts sont allés à des familles dont le revenu était supérieur à la moyenne. On constate aussi que le caractère universel des programmes sociaux fait que les classes moyennes et supérieures accaparent maintenant une part plus grande de l’argent redistribué par l’État. Ainsi, on signale:

         – Au niveau de la famille, il y a eu diminution de la pauvreté dans les années 60-70 mais cette tendance s’est arrêtée autour des années 80;

         – Il y a aujourd’hui plus de personnes seules à vivre sous le seuil du faible revenu. Cependant cette proportion continue à diminuer;

         – Par contre, en général, la proportion des personnes à faible revenu a tendance à augmenter. Actuellement, au Québec, une personne sur 5 peut être classée comme étant sous le seuil du faible revenu;

         – Puis il y a augmentation de la population qui vit de l’aide sociale. Une personne sur 10 de moins de 64 ans est dépendante de l’État.

Conclusion: Dès maintenant, une deuxième  conclusion s’impose: nous vivons dans une société qui, depuis maintenant 10 ans, parvient plus difficilement qu’auparavant à combattre les inégalités et, conséquemment, lutte moins efficacement contre la pauvreté.

     2.2 Le travail

     Diverses constatations s’imposent au niveau du travail.

         a) D’abord le secteur tertiaire – service – continue sa poussée. En 61 il représentait la moitié des emplois alors qu’aujourd’hui c’est 3 sur 4;

         b) Quant aux travailleurs on les retrouve de plus en plus dans les très petites entreprises;

         c) Puis la structure professionnelle a connu de profonds changements depuis 60. Les emplois non qualifiés ont diminué et ont augmenté les emplois dans le secteur des      services personnels et de bureau. C’est donc la classe moyenne qui se fractionne. Alors qu’une partie d’elle continue d’améliorer sa situation, l’autre partie n’y parvient pas.

         d) En raison de la montée des petites entreprises, s’accentue la précarité du travail. En effet cette précarité se développe souvent en raison du fait que les petites entreprises sont éphémères. On retrouve aussi un groupement de travailleurs et de salariés           précaires parallèle aux permanents et aux réguliers, i.e. même travail sans avoir les mêmes avantages.

         e) Aussi le travail à temps partiel a augmenté. Il touche 13,6% de toute la population en emploi et, depuis 10 ans, ce sont les personnes entre 25 et 45 ans. Il faut ainsi admettre que le travail à temps partiel est de   plus en plus non volontaire. L’autre catégorie de travailleurs à temps partiel, ce sont des personnes qui reviennent sur le marché du travail voyant dans ce régime d’emploi une façon de concilier la vie active avec d’autres activités.  Dans cette deuxième partie de travailleurs à temps partiel, on peut dire, en général, qu’il s’agit de personnes qui connaissent une situation personnelle        privilégiée ou favorable.

         f) Enfin, en général, il n’est pas faux d’affirmer que les travailleurs les mieux nantis sont aussi ceux qui sont les mieux protégés.

Conclusion; Une troisième conclusion s’impose: globalement, on assiste depuis 10 ans, à une sorte de retour en arrière et à l’extension des formes archaïques de l’organisation  du travail que l’on croyait révolues comme la précarité, les salaires réels en baisse et l’absence de protection sociale.

     2.3 Les genres de vie

     Dans le passé la position occupée sur le marché du travail était la principale source du statut social comme aussi la principale source des inégalités. Aujourd’hui, c’est différent. Même si ce facteur demeure il y en a d’autres. En voici trois:

     a) La famille étendue a cédée la place à la famille nucléaire. Celle-ci est centrée sur le couple alors que les enfants occupent une place plus restreinte. La vie et le bonheur du couple passent avant tout. C’est un nouveau genre de vie.

         b) Le travail salarié des épouses a bouleversé la logique traditionnelle car le principe de l’égalité des salaires a remplacé le principe du salaire familial. Ceci a amené un autre nouveau  genre de vie et une nouvelle inégalité entre les ménages à deux revenus et les ménages à un seul revenu.

         c) Il y a aussi des événements qui marquent les modes de vie, notamment la rupture de l’union, et qui causent des difficultés. Ainsi 57% des familles vivant de l’aide sociale en 88 étaient monoparentales.

     2.4 Les générations

     Il nous faut considérer aussi les générations: alors que la situation relative des jeunes dans la société s’est détériorée, celle des adultes d’âge mûr s’est améliorée. Voici quelques constatations:

         a) Les revenus relatifs des jeunes qui travaillent à plein temps sont en baisse importante;

         b) Les jeunes qui travaillent à plein temps ont plus souvent que les autres accès à des emplois précaires, sans protection sociale et fréquemment sans avantages        sociaux;

         c) Les jeunes sont de plus en plus nombreux à travailler parallèlement à leur études à plein temps. Ils occupent 40% de tous les emplois à temps partiel;

         d) Depuis 81 la proportion des jeunes familles sous le seuil de faible revenu a dépassé celle des familles âgées. Cette proportion augmente toujours. Il y a donc un déplacement de la pauvreté;

         e) Enfin, l’accumulation du patrimoine accentue aussi les différences entre les groupes d’âge. Depuis 80, les personnes âgées de 55 ans voyagent de plus en plus à l’étranger. L’écart s’agrandit avec les jeunes de moins de 30 ans.

     2.5 Les sexes

     Si l’on a débattu la question des inégalités entre les hommes et les femmes, on ne s’attarde cependant pas aux nouvelles inégalités. En effet, comme l’homme est inégal dans sa position sociale, il en devient ainsi pour la femme. C’est une nouvelle inégalité qu’il faut considérer car la femme est présente aux deux bouts de l’échelle des statuts, i.e. dans les emplois moins qualifiés et dans la position supérieure. Ainsi nous pouvons dire que sur le plan individuel, les femmes tendent à se rapprocher des hommes qui sont eux-mêmes fortement inégaux entre eux. L’égalité des femmes avec les hommes implique donc plus d’inégalités entre les femmes.

III. Une pédagogie de travail

     Une analyse différente nous amène à des conclusions différentes et, conséquemment, à une manière différente de travailler. Ceci ne veut pas dire de changer nécessairement les actions car il arrive souvent que nous pouvons poursuivre avec les mêmes actions. Il est important que l’agir soit une conséquence de l’analyse faite. Une pédagogie doit donc suivre.

     3.1 Si le phénomène de l’appauvrissement est structurel, il faut d’abord impliquer les intéressés.

     – Personne n’enseigne quelque chose à personne; nous apprenons ensemble.

     – Éduquer, ce n’est pas introduire dans un monde déjà fait, c’est aider à transformer le monde.

     – L’éducation doit être une participation populaire au développement. Elle doit être une insertion critique des personnes dans un processus historique.

     – Les personnes, dans un processus d’éducation, doivent passer de la conscience magique et naïve à une conscience   critique, développant ainsi une nouvelle mentalité: celle de l’adhésion à la nécessité des transformations comme fondement pour le développement.

     – L’éducation ne doit pas amener l’être humain à des positions de tranquillité mais à la recherche en commun de la vérité en écoutant, en se questionnant et en recherchant.

         a) La première demande des pauvres est celle des nécessités de base: alimentation, travail, santé,  habitation etc…

              1) Dans la mesure où on répond aux demandes des  gens, par la participation de ces personnes, découvrir de petites solutions;

              2) Dans la pratique quotidienne de réponse aux demandes, nous courrons des risques: l’activisme qui donne sa réponse dans l’assistentialisme. Dans ce cas on ne fait que continuer le cycle de la dépendance.

         b) Il y a aussi la demande d’espace de rencontre. C’est un deuxième type de demandes. « Je viens ici parce que je me sens bien pour parler. Je me sens accueilli ». On veut un espace de liberté. Le pauvre a autant besoin de fraternité que de nourriture.

              1) Il est donc nécessaire de créer des services qui transforment l’ambiance: partage, aide mutuel, amitié, accueil.

              2) Un danger: former un groupe fermé, un oasis aliéné de la réalité.

         c) Un troisième type de demande se situe autour de la défense de ses droits et la nécessité de s’organiser.

              1) Il est nécessaire de reconnaître que les pauvres n’ont pas seulement des nécessités. Ils ont aussi des valeurs. Et ces valeurs doivent être reconnues et défendues.

              2) Le risque: peur de payer le prix pour son  audace.

     3.2 L‘éducateur

     Les pauvres ont un énorme potentiel de transformation mais ils vivent de grandes et nombreuses contradictions. Seuls, il leur est donc impossible de déclencher un processus. C’est alors que se fait sentir le besoin de l’éducateur, des organismes divers, des intervenants. Ces personnes ou ces organismes ont alors à définir leur place et leur rôle. Je crois qu’elles doivent être des personnes ou des organismes qui vont vers le peuple, qui s’insèrent dans leur problématique et qui, petit à petit, font un cheminement avec eux. Il se fait nécessaire qu’ils se situent à leurs côtés.

     Exprimons la différence des modèles de l’éducateur-animateur et de l’éducateur-paternaliste.

Modèles de l’éducateur

(animateur)                      (éducateur-paternaliste)

1. C’est comme une sage-femme.       1. C’est comme un père.

   Il aide la mère à donner vie.                   Il engendre le fils.

2. C’est comme un agriculteur.            2. C’est un artisan ou fabricant.

   Il entretient la terre pour                         Il manipule les choses pour en

   qu’elle produise de bons                       produire d’autres

   fruits.

3. C’est comme un médecin.             3. C’est comme un général.

   Il soigne le corps pour                          Il donne des ordres pour 

   qu’il conserve ou récupère                   avancer ou reculer.

   la santé.

     Le principal objectif de l’éducateur doit être la conquête de l’autonomie des pauvres. Pour ce motif, le véritable éducateur est appelé à disparaître. Ainsi, dès le début, c’est pour lui important de discerner les éléments suivants:

     1. les choses que les pauvres font seul;

     2. Les choses que les pauvres font avec l’éducateur;

     3. Les choses que seul l’éducateur est capable de faire et  qui, en conséquence, fait seul.

Conclusion

     En guise de conclusion, je dirais que si nous voulons réellement donner une contribution effective à la cause de l’appauvrissement, il nous faut admettre, dès le départ, que c’est une pure chimère de vouloir cheminer seul. Des choses pourront se faire mais elles tomberont vite, faute d’appui et de force collective. Les organismes communautaires doivent se donner la main et être capables et avoir l’audace de réfléchir ensemble sur leur pratique communautaire. Sans cela, sous l’étiquette de bonne conscience et de bonne volonté, on ne fera qu’accentuer le cycle de l’appauvrissement et l’État et les forces économiques n’en seront que plus satisfaits. Et plus, on se fera un devoir d’y contribuer financièrement.

                   Drummondville, mai 1992

                                 Victor Asselin, ptre curé