Religion et Politique

RELIGION ET POLITIQUE

Réflexion sur l’engagement des chrétiens et chrétiennes des communautés ecclésiales de base (CEB) au Brésil

« … dans la mesure où nous sommes prêts à transgresser toutes les limites morales au prétexte de servir une personne ou une collectivité quelconque, nous faisons d’elle un dieu. Au sens le plus réel, obscurci d’ordinaire par la séparation moderne entre religion et politique, nous sommes tombés dans l’idolâtrie. Nous avonbs fait de l’État un dieu » (1)

 

« Les chrétiens de la post-modernité (individuellement ou regroupés dans de nouvelles associations) pourront-ils redevenir des acteurs politiques significatifs ? À l’opposé, le politique refluera-t-il de quelque façon sur la religion ? » Voici l’interrogation suggérée. Je me permets, pour mieux adapter le sujet à mes connaissances et mon expérience, de reformular la question dans les termes suivants: « Les chrétiens et les chrétiennes engagés en politique au Brésil, en Amérique du Sud, sont-ils des acteurs significatifs ? Quels liens font-ils entre la religion et la politique ? Peut-il exister des interactions entre les deux ? En d’autres mots, est-il possible d’être à la fois chrétien et politicien ? Est-il possible de lutter contre l’injustice et d’aimer son ennemi ?/ Ma réflexion sur le thème tentera d’évaluer l’engagement des chrétiens et chrétiennes, particulièrement de l’Église catholique, dans le contexte socio-économico-politique du Brésil. Le mot « religion » se situe alors dans un univers restreint come le sera aussi celui de l’ »Église ». La relation religion-politique a toujours été difficile pour l’Église. Congar, à la fin de sa vie, déplorait le fait que cette question ait été si peu travaillée. Aujourd’hui, elle devient plus compliquée du fait que l’expérience religieuse s’est déplacée vers l’individu sans la médiation des institutions, à l’intérieur de la logique de la valorisation de la subjectivité. Les religions, qui ont eu la capacité d’orienter la vie sociale, aujourd’hui se révèlent être des sources à peine possibles de sens pour le monde et la personne. La modernité et la post-modernité obligent alors les Églises à renoncer à quelque prétention d’imposer à la société des principes et ses normes. Dans ce contexte, quelle est la position des chrétiens et chrétiennes ? Quel horizon politique pouvons-nous découvrir pour les Églises ?

 

Actuellement, au Brésil, un nombre croissant de personnes déclarent ne pas avoir de religion et 15,4% de la population se dit évangélique. Jusqu’à ces années-ci, ce dernier groupe se maintenait loin de la politique, alors qu’aux élections d’octobre 2002 il obtenait presque 10% des élus tant au niveau de la Fédération que des États. Il est vrai que, dans le « cadre évangélique », nous devons faire la distinction entre Églises historiques et Églises de la Pentecôte et néo-Pentecôte. Reste un fait: parmi les élus de cette année, on compte 6 évèques et 13 pasteurs.(2)

 

Pour mieux camper la réflexion, je tentarai de faire dans un premier temps une lecture socio-pastorale des cinquante dernières années de l’Église catholique au Brésil. Dans un deuxième temps, je présenterai l’analyse que font généralment chrétiens et chrétiennes du thème « Religion et politique » et des articulations qui en ressortent. Pour, dans un troisième temps, dégager quelques é;l.éments à considérer afin de bien poursuivre le rêve quiotidien du Royaume.

 

1ère  partie: LECTURE SOCiO-PASTORALE  DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE AU BRÉSIL

 

Au Brésil comme un peu partout dans le monde occidental à prédominance chrétienne, la religion est passée du primat de l’institution à celui de l’individu et d’un regad tourné vers la transcendance à une recherche de solutions immédiates aux problèmes humains de chaque jour.

 

1.1 Évolution de l’Église Catholique de 1950-2000

 

Nous inspirant de la lecture du théologien brésilien Alberto Antoniazzi (3), nous pensons que quatre étapes marquent l’évolution de l’Église catholique au Brésil dans les cinquante dernières années.

 

1) D’abord, on est parti d’une solide institution traditionnelle, où les fidèles acceptaient l’autorité de la hiérarchie ecclésiastique pour orienter leur foi.

 

2) Puis, l’accent fut mis sur les communautés. Il s’agissait de communautés relativement petites, où la relation entre les personnes est directe et proche. C’est l’Époque de la croissance des Communautés ecclésiales de base (CEB) dans les années 70 et des « nouveaux mouvements » des années plus récentes. Dans les deux cas, les relations de proximité et de parenté sont importantes, l’expérience de la foi est soutenue davantage par le groupe, la doctrine qui génère la vérité est celle qui se fait cohérente avec l’expérience de la communauté. Toutefois, les CEB’s et les « nouveaux mouvements/ se différencient: les premières par leur engagement social et les deuxièmes par leur caractère émotif et les liens affectifs institués entre les personnes.  

 

3) Par la suite, les CEB’s et les « nouveaux mouvements » vont exprimer à leur manière l’élément principal qui les caractérise. Les CEB’s accentuent le caractère social de leur engagement, alors que les « nouveaux mouvements » ne sentent pas la nécessité de partager la vie de groupe, mais préfèrent plutôt suivre l’exemple de quelqu’un qui leur semble plus authentique dans son expérience religieuse. C’est la troisième étape.  

 

4) Enfin, alors que les chrétiens et chrétiennes des « nouveaux mouvements » cherchent à légitimer leur foi à l’intérieur d’eux-mêmes – « ma religion, c’est moi », disait un catholique non pratiquant – et que la communauté n’a plus d’importance si ce n’est qu’elle représente un espace de supermarché où le client choisit et achète ce qu’il veut, de leur côté les chrétiens et chrétiennes des Communautés ecclésiales de base, prenant conscience d’avoir accentué l’engagement politique et social au détriment de leur relation avec Dieu, cherchent à approfondir la motivation de leur engagement.

 

Le contexte de la réflexion sur le thème proposé sera celui de l’expérience menée au sein de ces Commmunautés ecclésiales de base (CEB’s)

 

1.2 L’Église des Communautés ecclésiales de base (CEB’s)

 

Que dire sur les Communautés ecclésiales de base ? Retracer quelques traits de leur évolution peut nous aider à comprendre comment, au nom de leur foi, chrétiens et chrétiennes ont découvert l’importance de l’engagement politique. Les CEB’s ne sont pas le fruit d’une génération spontanée, mais le résultat de l’engagement de chrétiens et chrétiennes – évêques, prêtres, religieux, religieuses et laïcs – issus de l’Action Catholique, spécialement JEC, JOC. JUC, raffermis par l’ouverture du concile Vatican II, qui ont pris le risque de vivre l’Église de manière différente (4).

 

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaït donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. (5)

 

1.2.1 Une Église alliée à l’élite

 

Le laïcat issu de l’Action catholique était bien présent à la société et solidaire des « Réformes de base » proposées par les autorités gouvernementales du début des années 60, comme l’était aussi la direction de la Conférence des Évêques. Paulo Freire avait initié, avec la « pédagogie de l’opprimé », le « Mouvement d’éducation de base » (MEB). Mais le coup d’État du 31 mars 1964 imposé par la force militaire faisait avorter le projet. La crise politique en engendrait une autre au sein de l’épiscopat. La direction de la Conférence nacionale des évêques démissionnait en bloc et, en mai de la même anne, les « métropolites » se réunissaient et émettaient une déclaration. On appuyait les militaires dans leur intention de libérer le Brésil de la menace communiste, on les remerciait et on souhaitait que la reconstruction du pays se réalise, inspirée par la Doctrine sociale de l’Église. Le pouvoir changeait, mais l’épiscopat restait l’allié du pouvoir.

 

1.2.2 Une Église alliée au peuple

 

Les années passèrent et les militaires manifestèrent peu à peu de profondes divergences d’avec la Doctrine sociale de l’Église. La réalité devint si négative que les sympathies et la nostalgie des évêques avec le pouvoir se détériorèrent. En même temps, mûrissait en son sein une nouvelle option politique et pastorale qui semblait renverser le « concordat moral » avec le pouvoir et les classes dirigeantes. Cette option, résutat du régime militaire et du refus des élites de maintenir le compromis tacite de l’alliance, entraîna l’Église comme institution à renoncer à l’alliance avec les élites et à assumer fermement la solidarité avec le peuple. Ce pas fut d’une importance capitale. L’Épiscopat prenait la décision de reconstruire l’Église à partir de la « base », c’est-à-dire de son insertion dans la vie des gens. Cette option lui donna une grande crédibilité auprès de la population. Quelques agents de pastorale prirent l’initiative de sensibiliser les CEB’s aux problèmes vécus dans leurs milieux respectifs. Une partie de la hiérarchie appuyait et encourageait la population civile à combattre la violence et l’autoritarisme. La lutte s’organisa principalement autour de l’accès à la terre et de la conquête de la démocratie. Malgré le grand nombre de souffrances - car ce furent des années de confrontation avec le martyre – on faisait de grands pas, surtout au niveau de l’organisation et du développement d’une mystique d’action.Les mouvements populaires firent ainsi la conquête de leur autonomie d’action, de réflexiion et de formation.

 

comme « Maîtresse de la Vérité »

 

En 1976, l’épiscopat ébranlé par tant de violence, réagit énergiquement avec le « Communiqué pastoral au peuple de Dieu » (6) et, tout de suite après, en 1977, avec le document « Exigences chrétiennes pour un Ordre politique » (7). C’étaient des options sans équivoque en faveur de la démocratisation du pays. Il s’agissait d’une position prise comme « Maître de la Vérité et de l’Éthique ». On indiquait à la société le vrai et le correct ordre politique.

 

Ces gestes de l’épiscopat déclenchèrent un mouvement national: des grèves apparurent, évidemment illégales en régime dictatorial, des manifestations pour la défense des droits à la terre et au terrain urbain s’organisèrent, l’opposition syndicale s’articulait comme forme alternative à la formule proposée par les militaires et les concentrations se multipliaient dans toutes les régions du pays. Le mouvement populaire était si fort qu’il conduisit à un mouvement national de mobilisation exigeant le retour à l’État civil et les élections du Président de la République par voie directe. La force du peuple vainquit le gouvernement militaire et les élections eurent lieu en 1985.

 

comme défenseur de la volonté du peuple

 

En 1986, les évêques réunis en Conférence publiaient le document « Pour un nouvel ordre constitutionnel » (8). C’était le moment de l’élaboration de la nouvelle Constitution du pays. L’épiscopat, cette fois-ci, ne se positionnait plus comme « Maître de la vérité », mais comme « défenseur de la volonté du peuple ». Ce fut un temps riche de participation. « Tout pouvoir vient du peuple et en son nom doit ètre exercé », dit la Loi suprème du pays. La participation de tous les groupes de la société et, en particulier, des classes pauvres, fut telle qu’on a appel. de document: « La constitution de la citoyenneté », publiée en 1988.

 

On célébrait le retour au régime civil et le pays avait sa nouvelle Constitution. Les objectifs visés par les CEB’s et les mouvements populaires étaient réalisés, mais on se retrouvait devant un  futur encore indéfini. Survint alors une période d’hésitations: on assista à la désarticulation des mlouvements, à la dispersion des forces, à la fermeture des espaces conquis en Église, à l’abandon, à la fuite et à la perte d’une partie du leadership, à la perte de vision d’ensemble et de motivation, au vide d’information, etc.

 

Cette période d’indétermination permit aux élites de continuer à faire illusion aux pauvres. L’Épiscopat n’avait plus la vigueur des années 70-80. Puis, à partir de 1990, apparurent de nouvelles tendances dans l’Église. On mettait l’accent sur le « spirituel ». L’influence des mouvements religieux internationaux se faisait sentir. D’engagée avec les « angoisses et les tristesses du peuple », la hiérarchie de l’Église retournait à sa vie interne, provoquant un changement radical au niveau de la formation de ses agents de pastorale. Les CEB’s et les principaux mouvements sociaux ne retrouvèrent pas, dans ce volte-face inattendu, l’ambiance d’évaluation, de réflexion et de croissance désirée et prirent une certaine distance.

 

Le processus de démocratisation fut un facteur d’importance pour la maturation politique des chrétiens et chrétiennes des CEB’s. De nouvelles questions apparurent, surtout celle de la « militance » au sein d’un parti politique. Devait-on s’engager dans un parti politique, ou non ? Dans quel parti ? Cette question était trop avancée pour les responsables conservateurs de l’Église. On exerça une pression pour forcer les CEB’s à s’éloigner de l’engagement au sein d’un parti politique, car, disait-on, il faut séparer l’action pastorale de l’engagement politique. Le leadership d’une hiérarchie plus conservatrice n’avait pas évolué au niveau de sa pensée sur la question, alors que chrétiens et chrétiennes connaissaient une expérience différente. Aussi, dans le silence s’éloignèrent-ils stratégiquement de la hiérarchie de l’Église. C’est alors que le pouvoir prit sous sa protection une bonne partie du leadership des CEB’s et que la hiérarchie se retrouva sans parole. Les CEB’s poursuivirent leur cheminement, tout en perdant la visibilité qui leur était donnée auparavant de par le prestige de la Conférences des évêques. Résultat: chez plusieurs chrétiens et chrétiennes engagés au sein d’un parti politique, prévalutle projet personnel. Mais, pour d’autres, ce fut un temps de maturation nécessaire.

 

Doit-on conclure que le retour à la démocratie, victoire du peuple, fut une douche d’eau froide pour les CEB’s ? Avait-on perdu l’animation et la motivation de l’engagement et le symbole de l’option pour les pauvres ? Que s’était-il donc passé ? Comme tentative d’explication à ce changement, j’entends soulever trois facteurs qui méritent une attention particulière (9).

 

1) Au temps de la dictature tous avaient l’impression d’avoir et de suivre un projet d’ensemble. En effet, l’Église était le parapluie de tous les mouvements populaires et des partis politiques de gauche, alors clandestins. La position était claire: opposition à la dictature. Mais avec l’ouverture politique, apparurent de nouveaux espaces et alors, comme Église, tous prirent conscience qu’il n’existait pas de projet politique global, alternatif et articulé qui pouvait assurer l’union des divers secteurs jusqu’alors articulés. Ce fut la confusion . L’Église n’avait pas su, dans ses médiations, équilibrer son insertion-ferment avec l’annonce d’un projet global. En d’autres mots, elle n’était pas arrivée à percevoir dans sa pratique toute l’importance du rêve utopique de Jésus-Christ. Il lui était difficile de comprendre que toute réalisation humaine, même en politique, était limitée et que c’était cette utopie qui faisait que le processus historique ne s’arrêtait jamais, ni ne s’accommodait. On comprit alors pourquoi, comme Église, les chrétiens et chrétiennes avaient perdu l’élan de gérer du NOUVEAU. Aujourd’hui, on a mieux conscience que c’est l’utopie de l’Évangile qui remet l’équilibre entre les médiations concrètes de présence et la communion au rêve. Il n’est pas important que l’Église aime les pauvres, maius il est important que les pauvres se sentent aimés de Dieu.

 

2) Le deuxième facteur à retenir concerne ce qui a changé dans l’Église après le retour à l’État civil. Au temps de la dictature, l’Église avait renoncé au pouvoir et s’était faite solidaire du peuple, en particulier des pauvres. Le changement était radical. Son point de référence n’était plus sa vie interne, mais les « angoisses et les joies » du peuple. Elle réalisait ainsi dans le concret l’articulation entre religion et politique. Religion et politique s’articulaient par la pratique du service aux pauvres. Son action collait au terrain de la vie des gens, d’où elle tirait son dynamisme. En effet, elle se trouvait sur le terrain où Dieu écrit son histoire. Puis, ses agents sentaient le besoin de grandir dans ce dynamisme pour ne pas perdre l’enthousiasme, ce qui donnait naissance à la mystique qui inspirait et unissait.

 

Malheureusement, il y eut un changementqualitatif de la hiérarchie de l’Église qui provoqua un renfermement sur elle-même. La vie des gens n’était plus l’inspiration de sa modalité de présence et d’action. Conséquemment, les CEB’s perdirent la médiation qui nourrissait la mystique de leur engagement.

 

3) Le troisième facteur réfère aux militants chrétiens. Beaucoup de leaders de CEB’s ont alors accédé au pouvoir par l’exercice d’un mandat. Il y eut ambiguïté dans la manière d’en faire usage, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas eu de changement de mentalité chez les militants, de sorte que l’execice du pouvoir continua à se légitimer dans la logique de l’exercice traditionnel de la politique et non dans la perspective du service au Bien commun. On a fait dans la pratique ce que l’on condamnait en théorie. En d’autres mots, un manque de cohérence dans l’usage du pouvoir. Les motivations évangéliques, qui auraient dû justifier comme chrétiens l’exercice du mandat, n’existaient pas. Une absence de mystique d’action.

 

… comme éducatrice à la citoyenneté

 

Et l’aujourd’hui, comment se dit-il ? Même si au quotidien certains chrétiens et chrétiennes ont un intérèt pour une religion du spectaculaire et de l’émotion qui laisse les personnes libres de choisir leurs croyances et leurs valeurs morales, il reste néammoins des chrétiens et chrétiennes sensibles à la situation de pauvreté et de marginalisation vécue par la majorité dans une société à la merci d’une économie mondiale, et qui s’engagent à la transformation et à l’élaboration d’un nouvel ordre et trouvent dans l’Évangile leur source d’inspiration. Malgré certaines pertes, l’Église a gagné en expérience. Des chrétiens et chrétiennes réunis lors d’un séminaire réalisé en juin 2001 disaient: « Nous avons la certitude que nous sommes capables; nous avons gagné des points, car il existe encore des leaders qui persévèrent, des leaders qui sont nés du milieu ecclésial et qui recherchent une formation qui les aidera à vivre leur foi en cohérence avec leur choix; nous avons gagné, aussi, parce que nous avons découvert le chemin qui relie foi et  vie, religion et politique; nous avons gagné, enfin, car une éducation de base sérieuse a pris racine et l’esprit de démocratie et la lutte pour la terre ont beaucoup grandi. » (10)

 

La reprise de l’articulation des forces vives de l’Église, justifiée par la nécessité d’une évaluation approfondie des chrétiens et chrétiennes engagés dans le mouvement « Un autre Brésil est possible » est en train de s’affirmer. D’une part, resurgit l’engagement politique de chrétiens et chrétiennes au sein des partis politiques; d’autre part, les communautés redécouvrent leur rôle d’éducatrices à la citoyenneté.

 

Un sondage sur les politiciens formés dans les cadres de l’Église catholique (pastorale, CEB, mouvements et activités paroissiaux) élus en 2002 au Législatif montre que le travail de formation politique produit des fruits même s’il met devant le défi pastoral de son accompagnement spirituel et d’une formation encore plus qualifiée. La victoire de l’opposition en octobre dernier marque le débouché d’un long processus historique qui, dans les années 60, s’était configuré dans les « Réformes de base » et que le coup d’État de 1964 avait fait avorter. Les semences étaient tombées dans un terrain fertile et ont créé des racines dans la société par le moyen des CEB’s, des Associations de quartiers, des noyaux de mouvements syndicaux, des divers mouvements sociaux et des organisations qui sont devenues plus tard des ONG. De plus, le document de la CNBB sur les élections 2002 (11) dit clairement la disposition de l’.épiscopat à appuyer le projet de construction nationale, fixant comme priorité la défense de la dignité et des Droits humains et le développement pour tous. C’est en ce sens que les CEB’s ont pris l’initiative de sengager dans les « politiques publiques » et que les évêques appuient ce projet d’éveil et stimulent la population à une participation effective à la vie publique. Pas de démocratie réelle sans la participation réelle du peuple.

 

2e partie : RELIGION ET POLITIQUE (11)

 

La persévérance des chrétiens et chrétiennes à maintenir un lien entre la foi et la vie a soutenu la pratique de l’articulation entre la religion et la politique. De plus, l’engagement pour la défense des droits des personnes et des groupes sociaux, réalisé bien souvent en contexte oecuménique, a permis un certain approfondissement du lien entre les deux.

 

Cependant, la pratique de cette articulation foi-vie fut et est encore semée de plusieurs difficultés, car elles sont comme deux chemins qui courent en parallèle. D’une part, la culture séculaire de dépendance a amené le peuple à « sataniser » la politique, de telle manière qu’encore aujourd’hui elle demeure dans les mains des élites; d’autre part, l’expérience de la chrétienté a dépolitisé la foi et éloigné les chrétiens et chrétiennes de leur engagement. Est-il possible de lutter contre l’injustice et d’aimer son ennemi ? En d’autres mots, est-il possible dans la foi chrétienne d’articuler religion et politique ?

 

Cette question demeure constamment sous-jacente à l’engagement des chrétiens et ch.étiennes des CEB’s qui se retrouvent toujours devant un dilemme dans leur manière de vivre l’Église. La situation actuelle est plus qu’évidente: les « nouveaux mouvements » mobilisent la population autour du religieux; les mouvements sociaux, autour d’une cause à défendre. De leur côté, les chrétiens et chrétiennes des CEB’s cherchent une manière de rapprocher les deux: la foi dans la vie. Pour eux et elles, l’engagement politique est devenu l’expression de la foi au quotidien. Les manifestations publiques, qui avaient pour but l’expression des choix et des opinions du peuple, leur ont fait découvrir le politique comme participation populaire; alors que le politique était reconnu comme sale et sordide, il a pris une nouvelle saveur, la saveur de l’Évangile. Il convient maintenant d’interpeller la foi chrétienne: qu’entendons-nous par foi ? que dit la foi ?

 

2.1 La foi chrétienne

Parler de foi chrétienne n’est pas seulement parler d’un engagement religieux, mais d’une option de vie qui, au dire de l’Évangile, implique une décision qui englobe tout. Matthieu parle d’un trésor caché dans un champ et d’une perle précieuse.[xiii] La foi chrétienne est l’adhésion à un projet qui exige une option totale et totalisante. Et ce projet est celui de Jésus. Ainsi, la foi n’est pas un acte parmi d’autres ni une option reliée à un secteur de la vie, mais elle se veut une inspiration qui oriente la vision, les critères, les attitudes et la pratique d’une personne, d’un groupe ou d’une communauté. Avoir la foi, c’est entrer avec Jésus dans l’aventure du Royaume; c’est construire le Royaume avec Lui; c’est faire avec Lui le chemin pour que le Royaume arrive. En d’autres mots, il ne suffit pas de dire “Seigneur, Seigneur” pour entrer dans le Royaume, comme il n’appartient pas à tous ceux et celles qui disent qu’ils y entreront, mais pour y accéder il est nécessaire de faire la Volonté, le projet du Père, proposé et rappelé par Jésus. La “foi” sans les oeuvres est morte.

Ceci dit, nous pouvons affirmer que la foi chrétienne s’exprime principalement en deux dimensions: religieuse et politique. L’engagement religieux est la relation à la transcendance, au Père de Jésus; l’engagement politique, la relation à l’œuvre du Père de Jésus, la Création. Pour vivre la foi, en plus de l’engagement religieux, il doit exister un engagement éthique et l’éthique exige une pratique en conformité avec la foi. C’est le volet politique de la foi chrétienne. Ainsi, parler du politique, c’est parler de la foi vécue dans le social, c’est parler de l’engagement pour la société civile, c’est parler de la participation du peuple à la vie publique. En ce sens, la foi chrétienne implique nécessairement l’expression religieuse et l’engagement politique. Le divorce entre les deux conduit, d’une part, à l’aliénation et, d’autre part, à l’idolâtrie.

Si l’on comprend ainsi la foi, il est plus facile de dialoguer avec toutes et tous, même avec ceux et celles qui ont des références et valeurs différentes des nôtres.

2.2 Le politique

Il est important de distinguer le politique comme organisation de société et la politique comme “militance” au sein d’un parti politique. La première conception est inhérente à la foi chrétienne, car elle se révèle être partie constitutive de son expression; alors que la deuxième, même si elle est essentielle à l’existence du politique comme organisation de la société, se présente au chrétien et à la chrétienne comme une option parmi d’autres. Élaborons quelques traits de réflexion sur chacune des deux compréhensions qui, loin de s’exclure, s’appellent mutuellement pour une réalisation pleine de sa finalité.

2.2.1  Le politique comme organisation de la société

La communauté chrétienne, l’Église, ne peut mettre de côté l’engagement politique comme organisation de la société. C’est une question d’existence et de vitalité pour elle. Plus que jamais, il est opportun et nécessaire qu’elle lui donne une place de choix. Elle doit l’accueillir debout et les deux pieds sur terre, car c’est un impératif de se faire présente dans les situations révoltantes les plus variées des majorités “sans emploi”, des “sans terre”, des “sans-abri” et des “sans” de toutes sortes. Sans engagement politique il ne peut pas exister de citoyenneté et, conséquemment, la démocratie est impossible. Tout ce qui a relation à l’humain est relié au politique.

 Le texte biblique du paiement du tribut à César constitue un fondement de la présence de l’Église au politique. Les interprétations les plus fréquentes de ce texte concentrent leur attention sur la séparation des sphères: le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Un laïc chrétien en a fait la lecture suivante:

Faisons la lecture du texte à partir des droits de César, disait-il. Quand Jésus dit: “Donne à César ce qui est à César”, il reconnaît autant l’existence de l’ordre temporel que les devoirs que tous doivent avoir envers lui. Il attire l’attention sur la collaboration que nous devons avoir pour que l’ordre temporel soit organisé et fonctionne de manière à rendre plus facile la pleine réalisation de tous les membres de la société, ce qui a affaire directement avec le politique. L’engagement des chrétiens dans le politique n’a d’autre finalité que celle de la réalisation de cette exigence. [xiv]

Il convient de souligner ici, à titre exemplaire, la précieuse collaboration et le témoignage que les participants des “Forums sociaux mondiaux” – expression de diverses races et religions – offrent au monde entier.

La présence de l’Église au politique est une exigence de la foi chrétienne, la Doctrine sociale nous le rappelle et la réalité d’aujourd’hui le réclame. Le politique est une “Terre de Mission”.

A. Une exigence de la foi chrétienne

La nécessité de la présence de l’Église au politique reste une exigence de la foi chrétienne. Faire politique est acte essentiel de toute pratique d’amour évangélique, car c’est lutter contre la tentation de servir sa carrière individuelle avant tout ; c’est purifier chaque jour l’engagement qui permet l’ajustement entre la conduite individuelle et le service du Bien commun. C’est la manière amoureuse du Samaritain. Paul VI considérait la vocation politique comme la forme la plus élevée de la charité. Le politique fait avec amour s’adresse à tous et spécialement à tous ceux et celles que nous ne connaissons pas. Faire politique et être conséquent dans son agir sont une attitude chrétienne cohérente et indispensable pour qui prétend résister aux nouvelles idoles impériales.

Paul VI écrivait que “la politique est une manière exigeante de vivre l’engagement chrétien au service des autres.” [xv] Si l’on accepte cette affirmation, nul ne peut dire: “moi, je ne fais pas de politique”, car qui déclare ne pas faire de politique, dans la même mesure, a déjà choisi une politique qui refuse de servir les autres dans un engagement organisé de la société. Le politique ne peut être affaire de culte de personnalité ni objet d’idolâtrie ou d’une simple lutte pour le pouvoir en dehors des normes de l’éthique et encore moins d’un commerce d’intérêts personnels et corporatifs. On retrouve ici le symbole du lavement des pieds et la perspective du SERVICE présentés dans l’Évangile, où Jésus devient la figure du véritable politicien, et Pilate, celle de l’exercice du pouvoir sacrifiant le projet de vie.

Servir l’autre dans sa dignité, c’est retrouver le véritable exercice du pouvoir. Luc en donne un exemple. “Il s’éleva… entre eux (les Apôtres) une discussion : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand. Jésus, cependant, dit: Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert.” [xvi]

B. Le Bien commun, fondement théologique du pouvoir

En plus d’être une exigence de la foi chrétienne, l’Église, dans sa Doctrine sociale, présente le Bien commun comme le fondement théologique du pouvoir et justifie ainsi la raison de l’engagement politique.

Vatican II définissait le “politique” comme l’“usage du pouvoir légitime en vue de la conservation du Bien Commun de la société”. [xvii] Le pape Jean-Paul II a repris cette définition en ajoutant que le “Bien commun”, c’est “l’ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aux individus, aux familles et aux associations de pouvoir réaliser de manière plus pleine et plus facile leur propre réalisation, leur propre perfection, c’est-à-dire la pleine réalisation de la personne.” [xviii]

Ainsi compris, le politique ne peut pas être le SERVITEUR de l’économie, comme le comprennent aujourd’hui bien des gouvernants, mais il doit être le SERVITEUR de la pleine réalisation de l’être humain et de tous les humains, le SERVITEUR du BONHEUR.

Pour que le Bien commun se réalise, ajoutait Jean-Paul II lors de sa rencontre avec les politiciens, “il est nécessaire de garantir à tous égales opportunités et de donner une attention spéciale à ceux et celles qui, pour motif de santé ou à cause de leur condition sociale, courent le risque de rester en arrière.” [xix] C’est une autre manière de parler de l’option pour les pauvres. L’option pour les pauvres demande d’avoir soin de ceux et celles qui, de par leur situation sociale d’exclusion, c’est-à-dire pour ne pas avoir eu les conditions minimales de survie ou pour motifs de santé, ne peuvent participer comme les autres et, ainsi, courent le risque de demeurer en marge de la société. Faire “politique”, c’est veiller au bonheur de tous, tout en gardant un oeil et une attention particuliers aux exclus de la vie et du bonheur.

C. Le politique, terre de mission – Lieu d’une pratique de l’amour évangélique

Le politique, aujourd’hui, est une “terre de mission”. Pour cette raison, il se doit d’être au cœur des préoccupations de l’Église. Le politique est une “terre de mission”, parce qu’il est un champ de l’activité humaine passablement méconnu et vu avec préjugés, spécialement de la part des militants chrétiens, et aussi parce que c’est un champ d’activité où la tentation du pouvoir se fait très intense. L’exercice du politique n’a jamais été aussi éloigné de la Doctrine sociale de l’Église.

La majeure partie des espaces tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église, dominés par l’idole-marché, se sont fermés à cause de leurs pensées devenues uniques et autosuffisantes et, en aucun autre moment de son histoire, la dispute pour le pouvoir n’a été aussi éloignée de la recherche du Bien commun. Les forces qui ont commandé jusqu’à présent l’État brésilien mettaient uniquement leurs efforts à moderniser les “patterns” de consommation des classes riches, au détriment du niveau de vie des classes de travailleurs et en marginalisant une partie considérable de la population. Ne serait-ce pas le devoir de l’Église, dans le plein exercice de sa fonction prophétique, de dénoncer cet éloignement du sens chrétien du politique?

De plus, l’existence d’une vision politique fragile et étroite ne se rencontre pas seulement dans les secteurs populaires non organisés, mais aussi chez les leaders, qui n’arrivent pas à prendre conscience de ce que le peuple pense et fait. Au fond, prévaut encore le vieux schème: “Nous savons, nous, et le peuple doit être enseigné par nous”. Le politique des grands thèmes relatifs à l’humanité de la personne et de la société est très loin de notre conscience sociale et de notre action politique. Ne serait-ce pas une précieuse contribution de l’Église au politique que de stimuler la formation de communautés participant effectivement à la vie publique?

Le politique est une véritable terre de mission, car il est un lieu de collaboration nécessaire pour que les valeurs du Royaume puissent y trouver leur pleine réalisation. Le reconnaître comme lieu de mission, c’est accepter que l’Évangile y soit proclamé en ce qu’il a de fondamental, donc que soit proclamée l’humanité de l’être humain comme universalité et comme réalisation de Dieu.

2.2.2  Le politique comme parti politique

Il nous faut maintenant parler du politique comme parti politique, donc de la politique. Que dit la foi chrétienne? que dit l’Église? qu’ont à dire chrétiens et chrétiennes à ce sujet? Des documents officiels de l’Église catholique instituent une différence entre la position de la hiérarchie comme service au Bien commun et la position des laïcs comme protagonistes de la construction du monde dans la politique de partis. Cette distinction conduit à un danger de dichotomie: le temporel aux laïcs et le spirituel à la hiérarchie. Avant d’aller plus loin, voici le témoignage d’une chrétienne, élue député de l’État du Maranhão, au Brésil. Son engagement à divers niveaux dure depuis plus de 30 ans. Lisons un extrait de son discours d’investiture.

Il me faut souligner, parmi les traits marquants de ma vie, mes engagements dans ma communauté de foi, exigences de mon baptême. J’appartiens, consciemment, à une Église qui a déclaré, à l’Assemblée des évêques de l’Amérique latine à Puebla en 1979, son option préférentielle pour les pauvres, réaffirmant ainsi tout le magistère déjà proclamé bien avant par Jésus lui-même, principalement dans le Sermon sur la montagne. J’ai appris inclusivement, par Lui, que les plus heureux sont “ceux et celles qui écoutent la Parole et la mettent en pratique”.

Cette pratique est un grand défi. Elle nous pousse à rompre avec toute structure corrompue du Pouvoir, sans faire aucune concession ni accommodation. Elle nous pousse à une action transformatrice de la société en commençant par le témoignage de vie dans les réalités quotidiennes. C’est pour cela que le pape Paul VI, en décembre 1975, dans le document L’évangélisation dans le monde d’aujourd’hui, nous exhorte à changer, à modifier les critères de jugement, les valeurs qui comptent, les centres d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie qui se présentent en contraste avec la Parole.

Le paragraphe premier de l’article 86 du Régime interne de cette Assemblée m’informe que la “Bible sacrée doit demeurer, durant tout le temps de la Session, sur la table, à la disposition de qui veut en faire usage”. Ce dispositif m’amène à croire que les critères de jugement, les valeurs qui comptent, les modèles, les centres d’intérêt, les lignes de pensée et les sources d’inspiration sous-jacentes à l’agir de cette Maison devront être en parfaite concordance avec le contenu du livre qui se trouve sur la table des travaux. Dans le cas contraire, il ne serait qu’une décoration, ce qui ne respecterait pas la pensée de celui qui a proposé cette règle pour ce Parlement. [xx]

Le parti politique est la médiation nécessaire pour traduire un projet de société et c’est par lui que les citoyens et les citoyennes découvrent les perspectives d’un projet national qui réponde le mieux aux besoins de la population. Il est absolument indispensable. Nous n’en traiterons pas ici, mais il importe cependant de se demander pourquoi l’Église a tant de difficulté avec les partis politiques. Nous avons souvent remarqué que, lorsqu’un laïc engagé dans sa communauté assume un mandat, il est tout de suite abandonné. Combien de fois les communautés chrétiennes ont-elles recruté des candidats et candidates pour s’engager dans la politique de parti, ont-elles ensuite fait la campagne avec eux et elles, pour à la fin les abandonner! Qu’est-ce qui expliquerait cette difficulté de relations?

Au premier abord, on serait porté à dire que le problème n’existe pas et que l’Église a toujours été proche des partis politiques autant de gauche que de droite; mais ce point de vue n’explique pas pourquoi les mouvements d’Église liés aux partis politiques conservent peu de leur charisme chrétien. Après plusieurs essais de réflexion, les chrétiens et chrétiennes en sont arrivés à la conclusion qu’il s’agissait d’une fausse compréhension de la relation entre religion et politique.

Il existe en outre une situation de deux poids deux mesures, qui nous montre que le jeu est inégal. D’abord, considérons la relation des mouvements catholiques conservateurs avec les partis politiques conservateurs et avec les partis à couleur chrétienne, créés ou non par l’Église ou appuyés par elle. Pourquoi sont-ils toujours acceptés et vus comme quelque chose de désirable? Par contre, pourquoi certains agents d’Église et politiciens sont-ils fortement incommodés lorsque les pastorales et les mouvements, par leurs positions et leurs pratiques, se rapprochent et agissent, en certaines circonstances, de concert avec les partis politiques de gauche qui ont des propositions et des pratiques innovatrices et poursuivent l’objectif de la justice? Pourquoi en est-il ainsi?

La première manière de faire nous dit que religion et politique doivent être séparées comme on sépare économie et droits sociaux, politique et justice. Religion et politique étant séparées, on a la certitude que le chrétien engagé restera sur le terrain des préoccupations internes de l’Église et que le politicien restera aussi sur son propre terrain. Il s’agit d’une compréhension pour le moins étrange de la relation entre religion et politique. Une compréhension qui reflète une vision fermée de chacun sur sa sphère de pouvoir. Une fausse conception du politique et de l’Évangile. En séparant religion et politique on ne se rend pas compte qu’on exprime une crise de perspective et une impossibilité à comprendre les changements sociaux et politiques et surtout à comprendre la raison de la venue de Jésus. Faire politique, ne serait-ce pas proclamer et rendre effectives les valeurs reliées à la condition humaine? Perdre la dimension de l’universel et, conséquemment, du sens plénier et singulier du politique et de l’Évangile, c’est compromettre sérieusement la mission de l’Église.

2.2.3    Se rapprocher n’est pas s’assimiler

Il importe, bien sûr, d’établir une juste relation entre religion et politique, ce qui ne signifie pas les confondre. Il ne s’agit pas de transformer les mouvements et/ou les travaux de l’Église en appareil de parti politique, mais de comprendre qu’il y a diverses manières de lutter pour la vie et plusieurs visages d’expression de l’amour concret et historique, tous construisant le Royaume.

Chrétiens et chrétiennes ont avantage à se rapprocher des personnes de bonne volonté, organisées en mouvements et/ou en partis politiques et qui sont disposées à faire les pas nécessaires pour construire le Royaume promis et déjà réalisé par la Vie, la Mort et la Résurrection de Jésus. En ce sens, les partis politiques de gauche et l’Évangile ont une complicité surprenante, car les deux sont ferment, sel et lumière, les deux sont révélateurs du lieu et de l’importance radicale de la force transformatrice de l’Évangile, les deux sont inspirateurs de nouveaux projets sociaux, politiques, économiques, culturels, spirituels et les deux sont générateurs de l’Espérance au cœur de l’humanité emprisonnée par les élites dominantes. L’humanité a besoin de la présence spirituellement révolutionnaire des disciples de Jésus. C’est une urgence.

Se faire présent dans les partis politiques, les animer, les encourager, se compromettre avec eux pour qu’un jour la société administre son propre destin et dépende de moins en moins de mécanismes de contrôle et de répression est une autre manière de rapprocher religion et politique sans les confondre. D’ailleurs, cela fait aussi partie de la mission de l’Église. Ainsi, les chrétiens et chrétiennes aideront les partis à reconnaître que le peuple doit devenir le protagoniste de son destin et qu’il faut lutter pour y arriver. Jusqu’à aujourd’hui, les pauvres ont toujours été et sont toujours troisièmes. Quelqu’un est toujours là pour décider pour eux. En d’autres mots, il y a toujours quelqu’un pour dire ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent et même pour expliquer ce qu’ils disent, ce qu’ils font, ce qu’ils veulent dire et ce qu’ils veulent faire. Quand ce n’est pas l’État, c’est le parti politique. Le jour où les pauvres exerceront leur pouvoir de décision, le Royaume sera plus près d’advenir. S’engager “utopiquement” dans cette mission historique, c’est pratiquer l’Évangile dans ce qu’il a de plus dynamique.

De cette manière, l’Église contribuera à faire diminuer la fausse soif du pouvoir chez tant de personnes. Les partis politiques assoiffés du Bien commun se rencontreront avec l’Évangile dans l’universalité de la personne humaine, cœur de la pratique évangélique.

2.3       La foi chrétienne, une rencontre de la religion et du politique

Religion et politique sont deux composantes de la foi chrétienne. Celle-ci n’est cependant un instrument technique ni de l’une ni de l’autre, car elles ont chacune leur autonomie. Mais la foi les illumine et les oriente. Comment cela peut-il se faire? C’est que la foi est un processus d’adhésion à une nouvelle manière d’ÊTRE. Elle agit comme lumière, fruit d’une option personnelle de vie et d’un long cheminement de communion et de conversion à Jésus Christ et à son projet. Et c’est cette lumière qui illumine la religion et le politique à la manière chrétienne d’être. En d’autres mots, sans une expérience profonde de Jésus Christ et de son projet, la foi ne peut aucunement prétendre illuminer la religion et le politique. Ce n’est donc qu’à partir du témoignage de Jésus qu’un chrétien et qu’une chrétienne peuvent découvrir les interactions entre la religion et le politique.

La pratique de Jésus révèle l’amour du Père envers ses enfants et annonce la réalisation prochaine du Royaume. En d’autres mots, Il annonce un monde gouverné selon la volonté du Créateur, libéré de tout mal et de toute injustice, de toute souffrance et de toute douleur, rétablissant en son intégrité les relations de l’humanité avec Dieu, avec ses semblables et avec le monde.

2.3.1  Les contributions de la foi chrétienne au politique

Que dit la foi chrétienne au politique? Comment peut-elle l’éclairer? Du témoignage de Jésus, trois valeurs se dégagent. Elles se réfèrent à l’exercice du pouvoir, à la priorité donnée aux personnes et à l’espérance. Trois contributions qui peuvent éclairer l’exercice du politique.

“Que celui qui veut être le plus grand, qu’il serve” [xxi], disait Jésus. Le pouvoir ne peut être exercé que pour le Bien commun, car le véritable pouvoir réside dans la dignité de la personne. Il ne s’exerce pas par imposition, arrogance, égoïsme et ambition, mais par gratuité de l’amour. Un tel exercice du pouvoir suppose la prise de conscience de ses limites et de la manière de les vivre en lien constant avec la société civile. Un tel exercice du pouvoir consiste à vivre la vérité non pas toute faite d’avance, mais découverte par un effort constant de participation et de communication.

La foi chrétienne rappelle aussi au politique que le Bien commun ne peut être conquis que par une lutte constante en faveur d’un projet au service des personnes et non contre des personnes. Pour être en accord avec l’Évangile, l’engagement implique une lutte contre l’injustice, en même temps que la constante recherche de l’amour de l’ennemi. Cette dimension se révèle d’une importance capitale. C’est elle qui aide les politiciens à approfondir les relations entre eux et à découvrir les diverses tendances de recherche du Bien commun souvent exprimées dans les partis politiques auxquels ils adhèrent.

Enfin, la foi chrétienne dynamise le processus politique en alimentant son Espérance par la patience historique et en n’exigeant pas l’efficacité et les résultats immédiats. La précipitation éloigne les gens et souvent les empêche d’assumer leur rôle de protagoniste de leur histoire. L’Espérance n’est pas une répétition simplement rénovée de ce qui a été, mais un avenir ouvert sur un nouveau commencement, supérieur au premier. Quelle richesse pour un peuple bâtisseur de son avenir!

2.3.2  Les contributions de la foi chrétienne à la religion

Que dit la foi chrétienne à la religion, maintenant? La foi chrétienne reconnaît l’autonomie du politique et lui reconnaît la compétence d’élaborer un projet de vie en société qui permette la réalisation du Bien commun. Mais il faut reconnaître que les gens, en général, ont tendance à s’unir autour de projets d’émergence et d’assistance qui améliorent les conditions de vie à court terme et beaucoup moins autour de projets qui, pour servir le Bien commun, exigent un changement profond et structurel. Il n’est pas rare de constater que, lorsqu’un projet exige un changement en profondeur, les personnes ont tendance à s’éloigner, à résister et même à exclure les protagonistes du changement. Cette réaction résume bien la vision de beaucoup de chrétiens et chrétiennes au temps de la dictature au Brésil. On voulait le changement, mais quel changement? Et c’était en fidélité à sa religion qu’on s’éloignait et refusait. Quelle est donc cette foi qui inspire une telle religion?

La foi chrétienne se doit de questionner la religion. Au nom de quel Dieu cette religion n’autoriserait-elle pas l’union des chrétiens et chrétiennes autour de réformes profondes de changement? Au nom de quel Dieu cette religion justifierait-elle encore le processus séculaire de domination et de conformisme? Au nom de quel Dieu cette religion éteindrait-elle la voix prophétique par des faveurs reçues ou à venir? Au nom de quel Dieu cette religion permettrait-elle la soumission pour maintenir prestige et honneur? Ce ne serait sûrement au nom du Dieu de Jésus! La foi chrétienne se doit d’interroger la qualité de la religion des chrétiens et chrétiennes.

La foi chrétienne rappelle aussi aux chrétiens et chrétiennes qu’elle promeut un projet de société où doivent se vivre la dignité, le respect, l’amour, le partage des biens et la participation et qu’ils sont appelés à y collaborer non seulement par la contestation et la critique mais aussi par une collaboration effective.

Disons, en résumé, que si la foi chrétienne invite le politique à changer le projet de société pour qu’il soit au service du Bien commun, elle invite aussi la religion à changer la conception de son Dieu. La foi chrétienne, celle de l’Évangile, inspire et illumine la religion et le politique. Elle donne courage, disposition et dynamisme et fait entrer dans la dynamique du changement.

2.3.3  Politique et religion se rencontrent pour réaliser un rêve

C’est alors que politique et religion, illuminés par la foi chrétienne, se rencontrent dans le projet de Jésus, projet de Dieu sur le monde. Ce projet laisse l’espace nécessaire pour que tout être humain collabore à son élaboration concrète. Et l’articulation entre les deux est possible à travers l’option pour les pauvres. En effet, ce qui unit dans la foi chrétienne religion et politique, c’est la recherche de la libération des pauvres; et, ce qui crée la communion entre le politicien et le chrétien, c’est l’option totale pour le bonheur de tous les humains. Les deux se rencontrent alors qu’ils luttent avec gratuité et esprit dépouillé d’intérêts personnels dans un projet de communion et de fraternité en faveur du peuple, donnant la priorité aux plus pauvres. Le politicien aide le chrétien à découvrir que le véritable pouvoir réside dans la conquête de la citoyenneté et le chrétien aide le politicien en dynamisant son quotidien dans la perspective du “déjà-là” et du “pas-encore”. La religion et le politique ne peuvent pas se séparer dans la foi chrétienne. Unis, ils permettent le changement du monde dans lequel nous vivons et construisent le Royaume. Ils sont les deux visages inséparables de l’Évangile.

Quand nous nous engageons à contribuer au changement de modèle de vie en société pour qu’il soit en cohérence avec le projet de Dieu, nous faisons du politique; et, quand nous prenons soin de la qualité de notre engagement qui illumine et inspire le cheminement dans la réalisation de ce projet, nous vivons la foi.

Puisqu’il en est ainsi, nous ne pouvons ni parler du politique chrétien pour une société harmonieuse, ni du politique neutre. Ce serait ressusciter l’ombre de Pilate. L’Évangile de communion ne peut se vivre que dans un engagement solidaire des politiciens et des chrétiens dans un projet de société qui renouvelle la face de la terre.

Religion et politique dans la foi chrétienne se réunissent pour réaliser un rêve. C’est le rêve au service d’une utopie. C’est le rêve d’un monde où la dignité de chacun et chacune est reconnue, où règne la liberté, où les droits humains sont respectés, où les conditions minimales de la vie sont garanties, où existeront de nouvelles relations d’égalité, de respect, d’authenticité, où l’autre n’apparaîtra pas d’abord comme un ennemi mais sera accepté comme une partie de soi-même, où tous auront accès aux richesses, où tous se respecteront et vivront leur autonomie dans la complicité des différences et où sera reconnu définitivement le Père de Jésus.

A. Quelques éléments à considérer

Comment faire pour que le politique, au Brésil, soit ce qu’il doit être: “l’art du possible”? Comment faire pour que le projet du Dieu de Jésus Christ devienne réalité?

Pour que nous puissions y voir davantage clair, il m’apparaît important de considérer encore trois éléments. Au centre, le Royaume de Dieu. Puis, l’importance du dialogue et de la clarté au sujet des suppléances. Enfin, en fonction de la situation politique actuelle du Brésil, quelques autres éléments à prendre en considération. [xxii]

1. Au centre : le Royaume de Dieu

Jésus rappelait qu’il était venu pour qu’il y “ait de la vie en abondance”. Quand nous cherchons à articuler religion et politique, nous n’oublions pas le fondamentalisme, l’intégrisme et la chrétienté vécus par l’Église catholique et nous n’oublions pas non plus qu’au cours de cette histoire elle a cherché sa survie dans le politique. Dans la réflexion que nous faisons ici, nous n’avons pas la préoccupation de l’affirmation de l’Église en soi, mais bien celle de l’avancement du projet de Jésus, projet du Royaume. La vie de Dieu dans le monde est entachée. La vie humaine et son milieu ambiant sont fortement compromis. C’est pourquoi il nous semble que, articuler religion et politique dans la foi chrétienne, c’est croire que Jésus est venu dans le monde pour libérer la vie et que notre tâche consiste à l’aider pour réaliser ce travail.

2.  Le dialogue

Pour bien articuler religion et politique dans la foi chrétienne, voici un deuxième élément: la nécessité du dialogue. Nous, catholiques et chrétiens, ne sommes pas les seuls à lutter pour construire le Royaume. Il existe des gens de plusieurs autres religions et de beaucoup d’autres mouvements qui ne font pas référence à une inspiration religieuse mais qui ont l’esprit de vie. En raison de notre foi, nous sommes poussés et nous voulons construire le Royaume avec ces personnes de croyances et de références différentes des nôtres. En raison de notre foi, nous sommes partenaires. Nous n’avons pas le privilège ni la responsabilité de construire seuls le Royaume. Nous sommes tous appelés. L’esprit qui doit donc nous guider dans l’articulation de religion et politique n’est pas celui du “nous, nous faisons, et les autres, non”, mais celui qui par le dialogue, dans une convergence de forces et dans une complémentarité d’inspirations, nous appelle à servir l’unique Esprit qui souffle où il veut. Cet Esprit souffle autant dans les religions qu’en dehors d’elles. C’est ce qui nous permet de construire ensemble la vie et le bonheur que, chrétiens et chrétiennes, nous nommons le projet du Royaume de Dieu.

L’œcuménisme, le dialogue interreligieux et la capacité de dialogue avec ceux et celles qui ont leur inspiration fondée même en dehors de la religion ne sont pas seulement possibles et opportuns mais nécessaires, car personne n’épuise l’immensité de la tâche de la construction du Royaume dans le champ du social. Avons-nous besoin de tous? C’est l’esprit de notre recherche.

Il n’y a pas de doute que dans ce dialogue, en tant que chrétiens et chrétiennes, nous avons quelque chose à donner de spécifique: l’Espérance. Nous portons avec les autres une utopie, un rêve qu’aucune médiation historique n‘épuisera. Nous portons l’Espérance qui vient de la certitude que, dans ce puits de la vie de l’histoire, Jésus Christ, celui que le Père a ressuscité, s’est déjà baigné. Nous avons l’Espérance que cette construction du Royaume sera réalisée.

3. La clarté dans les suppléances

J’ajoute rapidement ce troisième élément: la nécessité de discerner, de voir clair au sujet des suppléances. Il y a des choses qui font partie de la nature de l’Église, de sa mission, et qui lui sont essentielles, et il y en a d’autres qui ne sont que provisoires. Cette distinction est nécessaire pour faire une bonne articulation entre religion et politique, car mélanger l’essentiel et le provisoire dans ce travail d’articulation nous conduirait à des équivoques et des ambiguïtés.

B.  Un agir dans la conjoncture politique actuelle du Brésil

Les chrétiens et chrétiennes des CEB au Brésil ont une longue expérience d’engagement social et politique. Les élections d’octobre dernier sont le résultat de ces années d’échecs, d’angoisses, de longues souffrances, de travail acharné et d’une foi profonde qui les a toujours soutenus. L’arrivée d’un ouvrier “sans diplôme” à la tête de la République est un exploit inédit. On est de plus en plus conscient de la nécessité de la participation populaire pour continuer d’avancer dans la construction du Royaume. Voici quelques orientations déjà définies:

1. La démocratie a besoin d’être solidifiée et cela ne sera pas possible tant que les politiciens continueront à défendre des intérêts personnels dans une promiscuité entre le public et le privé. Il y aura des élections municipales dans deux ans dans tout le pays. Une première tâche consistera à affronter ces équivoques, avec un travail articulé, ouvert et courageux, proposé clairement aux communautés avec l’orientation de commencer un nouveau processus de participation plus cohérent des chrétiens et chrétiennes dans le politique. Pour que cela se réalise, il faudra mettre un accent spécial sur la formation permanente du travailleur comme expression de la socialisation de la connaissance, ainsi que sur une mystique du service.

2. Quand les partis politique nés des mouvements sociaux arrivent au pouvoir, deux alternatives se présentent à eux: ou ils assument des responsabilités et s’intègrent au pouvoir – ça peut conduire à la cooptation –, ou ils évitent la participation au gouvernement tout en fiscalisant les engagements électoraux, alimentant ainsi l’opposition qui aime s’approprier de toute critique populaire. Entre ces deux extrêmes, les mouvements populaires devront trouver une place qui leur soit propre, c’est-à-dire une place où leur autonomie et la capacité critique soient au service d’un nouveau projet pour le Brésil.

3. Par crainte d’impliquer la communauté dans des options de parti politique, la hiérarchie de l’Église insiste pour laisser exclusivement à chaque chrétien et chrétienne le droit à son critère subjectif lors du choix de son candidat, critère qu’on supposerait correspondre aux valeurs évangéliques que l’Église prêche généralement. En conséquence, on diminue le prestige des partis, qui sont pourtant des médiations indispensables pour concrétiser quelque idéal politique que ce soit.

De plus, on ne mise sur aucune autre médiation organisée qui pourrait devenir un instrument auxiliaire aidant au discernement politique, indispensable autant pour identifier les valeurs en jeu dans les propositions politiques que pour démasquer les pratiques de qui emploie le politique pour pervertir ses vraies finalités.

Aussi, l’option simplement subjective manque de cohérence ; la prétendue neutralité de la communauté, en réalité, devient prétexte pour ne pas s’engager et pour vivre dans la complicité. Alors, la prédication théorique de la hiérarchie devient inefficace et perd de sa crédibilité.

D’où l’urgence d’une “pastorale politique” (et terre de mission) pour se constituer en médiation nécessaire entre les principes doctrinaux et l’engagement des chrétiens et chrétiennes. Sans elle, continuera de se pratiquer le divorce entre religion et politique pour le préjudice des deux et conséquemment de la foi chrétienne.

Conclusion

Dans la foi chrétienne, religion et politique se rencontrent. Elles ont la même finalité, le BONHEUR de tous les humains. Le point par excellence de leur rencontre est l’option pour les pauvres, car ils sont le signe évident des faiblesses d’un projet de société caractérisé par les inégalités et l’absence de fraternité. Unir religion et politique, c’est une question d’identité pour tout chrétien et toute chrétienne, car le projet de Dieu appelé Royaume prend ses racines dans l’expérience vécue, la transcende et révèle Dieu. Jésus s’est inséré dans l’histoire en s’appropriant toutes les dimensions de la vie humaine, y inclus les conditionnements matériels et socio-économiques, montrant ainsi que toutes les dimensions, indépendamment de leur référence ecclésiale, possèdent une valeur divine et théologale. Le politique, dans la mesure où il intègre les dimensions de la réciprocité, de la solidarité et de la justice, exprime sa volonté et concrétise ce que Jésus a voulu et réalisé.

 


[i] RACE, Alan, Les idoles de la sécurité, citado par Timothy RADCLIFFE, Que votre joie soit parfaite, Paris/Montréal, Cerf/Fides, 2002, p. 265.

[ii] RIBEIRO DE OLIVEIRA, Pedro A, Análise de conjuntura, CNBB, novembro 2002.

[iii] ANTONIAZZI, Antônio, “Leitura socio-pastoral da Igreja no Brasil (1960-2000)”, em Conjuntura Social e Documentação, CNBB, nos 638, 641, 642, 644.

[iv] BANDEIRA, Marina, A Igreja Católica na Virada da Questão Social, (1930-64), Rio de Janeiro, Vozes-Educam, 2000, p. 279-351.

[v] VATICANO II, “Igreja no mundo de hoje”, em Concílio ecuménico Vaticano II, Petrópolis, Vozes, 1966, p. 137.

[vi] Documentos da CNBB, Ed. Paulinas, no 8 (série azul).

[vii] Documentos da CNBB, Ed. Paulinas, no 10 (série azul).

[viii] Documentos da CNBB, Ed. Paulinas, no 36 (série azul).

[ix] ASSELIN, Victor, “Política, terra de missão”, seminário sobre “Fé e política”, Balsas, Ma, Brasil, 25-27 junho 2002, p. 4-5.

[x] Id., p. 5.

[xi] Eleições 2002, Propostas para reflexão, Documentos da CNBB, no 67 (série azul).

[xii] ASSELIN, Victor, “Política, terra de Missão”, texto de estudo, Balsas, Ma, Brasil, junho 2002.

[xiii] Mt. 13, 44-46.

[xiv] SAMPAIO, Plínio de Arruda, Notas, Seminário “Fé e Politica”, Balsas, Ma, Brasil, 25-27 de junho de 2002.

[xv] Paulo VI,  Octogesima Adveniens, no. 46.

[xvi] Lc 22, 24-26.

[xvii] VATICANO II, A Igreja no mundo de hoje, 74, dans Documentos do Vaticano II, Petrópolis, Vozes, 1966.

[xviii] JOÃO PAULO II, Jubileu dos Políticos, 2000.

[xix] Id.

[xx] HELUY, Helena, “Discurso de posse” na Assembléia Legislativa do Estado do Maranhão, 01 de fevereiro de 2001.

[xxi] Mc 10, 43.

[xxii] MASSERDOTTI, Dom Franco, palestra “Política, terra de Missão”, Seminário Balsas, 25 junho 2002.

Conférence donnée au Colloque organisé par l’Université Saint-Paul d’Ottawa, Ontario, Canada, le 28 février 2003 sur le thème FOI CHRÉTIENNE ET POLITIQUE et publiée dans la revue « Sciences Pastorales » de la Faculté des Sciences Humaines de la même Université, vol. 23, no. 1 , 2004, p. 55-79

* Victor Asselin, prêtre du diocèse de Nicolet, au Québec, exerce son ministère pastoral depuis maintenant près de 30 ans dans la région du Maranhão, au Brésil. Il a aussi travaillé durant de nombreuses années pour une Commission épiscopale des évêques du Brésil chargée de faire pression pour la redistribution des fermes inoccupées aux paysans sans terre. M. Asselin enseigne à temps partiel au programme des Sciences de la mission et du dialogue interreligieux de la Faculté des sciences humaines de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Il fait également partie d’une communauté de base à Montréal. Il passe au moins la moitié de chaque année au Brésil.

RÉSUMÉ

La foi chrétienne et le politique peuvent-ils vraiment s’articuler l’une à l’autre? Pour nous inviter à une réflexion sur les liaisons nécessaires entre ces deux réalités, V. Asselin nous explique l’effort intense de recherche en pratique pastorale qu’ont tenté les Communautés ecclésiales de base au Brésil. Refusant de s’enfermer dans des problématiques purement internes aux Églises, tâchant de prendre aussi leur distance d’un pur engagement social sans motivations désintéressées, les membres des CEB ont tenté de tenir les deux bouts en même temps: réaliser le Royaume à travers des agirs politiques s’inspirant des principes de la foi chrétienne. V. Asselin en profite pour pousser plus avant les questions. Pourquoi les évêques ont-ils tant peur du politique? Où religion et politique doivent-ils coûte que coûte se recouper? Faut-il travailler politiquement avec d’autres qui ne partagent pas la même foi? Qu’est-ce que l’utopie du Royaume et l’Espérance chrétienne ont à fournir comme contribution à la construction sociale?

 

 

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