« Un autre monde est possible ». Une autre Église est-elle possible ?

 

         Le Forum Social Mondial et le Forum Économique Mondial viennent de se terminer. Ces deux événements arrivent en un moment de guerre et de croissance de la violence et dans une conjoncture marquée par l’intolérance religieuse et le fondamentalisme du marché. Les organisateurs du Forum Social Mondial affirmait : « Un autre monde est possible ».

         Je lisais, ce matin,  le procès-verbal de la dernière réunion du Conseil Presbytéral de notre diocèse convoquant l’Église diocésaine pour deux journées de réflexion et d’approfondissement sur l’Évangélisation. Et je me disais : « Une autre Église est possible ».

Deux mondes

         New York et Porto Alegre représentent l’affrontement de deux projets bien différents. Pedro Tierra, poète ami et compagnon de travail, l’exprimait ainsi à la fin du Forum social : « À New York, le pouvoir et la peur. Porto Alegre, la liberté. Le mot tisse des rêves, comme des aiguilles qui sortent du tapis sans encore de dessin défini… Nous apportons la vocation de la diversité. De la liberté … La vocation de l’humain. Nous refusons l’empire blanc de Davos, le pouvoir et la peur de New York… Nous sommes la polyphonie encore confuse des voix du Sud et du Nord qui rejettent la marche funèbre du marché. La solidarité est l’air qui alimente  les espérances… la fragile possibilité qu’un autre monde est possible. »

         New York a réuni les seigneurs du pouvoir et de l’argent. On décide le futur du monde. On a traité de l’efficacité administrative des entreprises, du lidership des processus de production, des nouvelles formes de développement technologique, toujours en poursuivant l’objectif d’obtenir de plus grands gains. Concentrer les richesses et les biens de la terre.

         Porto Alegre a réuni les peuples de l’Univers qui croient à la dignité de la personne, à la solidarité des peuples et à la paix comme œuvre de la justice. Porto Alegre a réuni 86,300 participants (inscrits et enregistrés) de 131 pays sans compter les 15,000 jeunes en campement et les 2,500 enfants accompagnés de 800 éducateurs volontaires. On a réussi à remettre à l’agenda du monde la discussion sur la nécessité de changer la logique qui reconnaît la priorité des humains et de la nature sur le capital. « Un autre monde est possible ». Sur la propagande du Forum on lisait : « Il n’est pas nécessaire que nous parlions tous la même langue, il suffit de partager les mêmes rêves ». La méthodologie de la construction de ce monde est si différente du monde de New York : les chemins se font en marchant. Les visions s’éclairent en prenant conscience des pierres sur le chemin.

Une autre Église ?

         Déjà à Vatican II on disait que l’Église ne servait à rien si elle n’était pas insérée dans le monde. Mais dans quel monde ? Celui de New York ou celui de Porto Alegre ? Celui du seigneur du pouvoir et de l’argent ou celui de la foi profonde en la dignité de la personne ?

         Quel sera le point de départ des réflexions des journées sur l’Évangélisation ? Qu’est-ce qui donnera SOUFFL.E à une présence d’Église qui puisse alimenter l’espérance de tant de personnes qui cherchent réponse à leur mal de vivre parce que accommodés et étouffés par le confort… et pourtant en manque de SOUFFLE ? À New York on cherchait des méthodes d’efficacité, on « réaménage »,  à Porto Alegre on cherchait un esprit qui vivifie; à New York on veut des résultats, à Porto Alegre on veut vivre.

         De quelle Église le peuple du Québec a-t-il besoin aujourd’hui ? Que dire d’une Évangélisation qui consisterait à articuler les initiatives de solidarité qui surgissent d’un peu partout ? Que dire d’une Évangélisation qui se dissoudrait dans la masse comme le ferment qui disparaît dans le pain ou comme le sel qui fondrait dans les aliments ? Que dire d’une Évangélisation qui, par sa qualité de présence, diminuerait la violence, la consommation de drogues, l’exploitation du sexe, l’itinérance,  la concentration du capital… etc … ?

         Que faudrait-il pour que l’Évangélisation soit « NOUVELLE » ? Ne faudrait-il pas qu’elle se pose d’abord la question de son option ? Pour quel monde : celui de New York ou celui de Porto Alegre ? Est-il possible de vivre une Nouvelle évangélisation sans prendre le chemin de la MISSION ?  « La plus petite des semences de la terre, quand elle est semée, elle prend racine, croît et devient grande au point qu’elle peut abriter les oiseaux » (Mc 4, 31-32)

                                          Balsas, 13 février 2002

                                                              Victor Asselin, ptre

 

 

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