À LA RENCONTRE DE DEUX ÉGLISES

MISSION ICI ET MISSION AILLEURS

                   A la rencontre de deux Eglises

  I. La proposition est née …

En avril 1998 Mgr Franco Masserdotti, évêque de Balsas, Maranhao, écrivait à Victor Asselin dans le but « de sonder la possibilité de venir joindre les rangs du personnel de son diocèse ». Cette lettre déclencha un dialogue à plusieurs volets et avec divers groupes et personnes et en arriva à formuler la proposition d’un projet d’échange missionnaire entre deux Eglises. Dans cette perspective Mgr St-Gelais était d’opinion que l’expérience pourrait s’avérer importante pour l’Eglise du Québec. En septembre 1998, après quelques rencontres sur le sujet, il exprima sa priorité pour notre projet de MISSION ici à Montréal, tout en donnant le feu vert pour que l’équipe des « Missionnaire de rue » de Montréal et l’ »Eglise de Balsas » tentent l’expérience si les deux parties le jugent opportun et bienfaisant.

II. Quel est le chemin ?

Quel est donc ce projet ? Serait-ce un sain ou un malsain opportunisme que d’affirmer que nous ne le savons pas encore. Et pourtant c’est bien la réalité car nous voulons le découvrir par une pratique menée conjointement ici et là. Les défis que la postmodernité pose à l’Eglise et les évaluations de l’exercice de la MISSION vécue jusqu’à ces dernières années nous interrogent et nous stimulent mais ne nous tracent pas le chemin d’avenir. On y dresse des éléments du nouveau paradigme mais encore faut-il le découvrir dans un engagement persévérant auprès des « préférés » de Jésus. C’est la raison qui nous pousse à faire un saut dans l’inconnu et nous sommes prêts à accepter l’échec autant que le succès. Nous aurons au moins le mérite d’avoir tenté quelque chose.

Ceci dit, nous osons formuler l’objectif du présent projet dans les termes suivants: Découvrir la manière de vivre la MISSION chez-nous (Montréal) et ailleurs (Balsas), vivant la solidarité et le partage par une « PRESENCE inspirée de l’Esprit de communion » (Dom Franco) et donnant ainsi le témoignage de la BONNE NOUVELLE.

« Consciemment ou non ces paroles résonnent comme un appel à vivre la Mission sous un prisme différent, c’est-à-dire dans un esprit de si grande solidarité que les personnes impliquées brûlent de la nécessité d’ouvrir de nouveaux chemins pour la Mission, aujourd’hui ». (Lettre de Victor Asselin du 06.11.98)

III. Un tel projet a-t-il sa pertinence ?

Est-il utopique de penser la réalisation d’un tel projet ? Les conditions minimum de possibilité d’échange existent-elles ?

1. Les « Missionnaires de rue » – MISSION CHEZ-NOUS

« Annoncer l’Evangile est la MISSION confiée à tous les baptisés. Annoncer l’Evangile, voilà une « force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit » (Rm. 1.16) et c’est cette    force de Dieu qui engendre la communauté et l’engage dans un    cheminement de libération. » (Doc. équipe , 27.04.96)

« Cette Bonne Nouvelle a été annoncée d’abord aux pauvres, au    aveugles, aux estropiés et aux boiteux pour, avec eux et    elles, construire les « cieux nouveaux et la terre nouvelle »     (id.,)

C’est ainsi qu’en 1995, sur le territoire du Centre-Sud de   Montréal commençèrent à s’articuler des personnes qui      formèrent une équipe appelée « missionnaires de rue » et se   définissait comme suit: « nous sommes des chrétiens, de divers    milieux, qui se sentent appelés à former équipe pour vivre une      présence, au Nom de Jésus-Christ, au milieu de groupes   d’exclus de la société et de l’Eglise. Nous croyons à une présence spéciale de l’Amour du Père dans ces milieux et nous      désirons solidairement en faire l’expérience avec eux » (Id.,)

Les membres de l’équipe ont ainsi commencé une expérience de « MISSION CHEZ-NOUS » c’est-à-dire l’expérience d’une PRESENCE      dans des milieux de marginalité où « le Christ et son Evangile   ne sont pas connus, ou dans lesquels il n’y a pas de      communautés chrétiennes assez mûres pour pouvoir incarner la    foi dans leur milieu et l’annoncer à d’autres groupes »    (Redemptoris MIssio, no. 33).

C’était donc une expérience de MISSION « Ad gentes, ad intra »,   c’est-à-dire une expérience de MISSION chez-nous telle que      Jean-Paul II la conçoit dans son encyclique « Redemptoris   Missio ».  Nous y croyons et nous la voyons nécessaire pour     redonner à l’Eglise de Jésus-Christ au Québec son véritable     dynamisme et pour revivre la pertinence de son Evangile.

2. La nécessité d’articuler mission « ad intra » et « ad extra »

Nous héritons d’un riche travail missionnaire à l’étranger.    Il ne faudrait cependant pas le délaisser sous prétexte que   le Québec est devenu un territoire de mission. Bien plus, pour     être davantage fidèle à la MISSIO DEI, le pape Jean-Paul II     affirme que  « l’esprit missionnaire ad intra est un signe très    sûr et un stimulant pour l’esprit missionnaire ad extra, et     réciproquement ». (RM no. 34) « Ainsi le dynamisme missionnaire     suscite des échanges entre les Eglises et les oriente vers le      monde extérieur, avec des influences positives en tous sens »     (id.)

Il n’est donc pas superflu d’affirmer qu’il est nécessaire     d’établir des liens entre MISSION ICI et MISSION AILLEURS pour    développer et conserver la véritable dimension de la MISSIO DEI. Ainsi on évitera le danger du passé où l’on divisait le    monde en territoire de mission et en territoire d’Eglises véritables, ce qui souvent exprimaient l’existence de liens    de supériorité et d’infériorité.

3. Un signe des temps pour les jeunes

Depuis quelques années beaucoup de jeunes réalisent un stage     dans les pays du Tiers-Monde comme aussi beaucoup de jeunes      découvrent un sens à leur vie en s’approchant des milieux de      marginalité d’ici. L’équipe des « missionnaires de rue » cherche    la manière de donner un suivi à ces jeunes qui reviennent d’un séjour à l’étranger et qui désirent s’engager dans un projet    de MISSION ICI. C’est une préoccupation que nous retrouvons encore dans l’encyclique « Redemptoris Missio ». « La connaissance directe de la vie missionnaire et des nouvelles      communautés chrétiennes peut, elle aussi, enrichir et affermir la foi. Les visites que l’on rend aux missions sont une très bonne chose, surtout de la part des jeunes qui y vont pour     servir et pour faire une forte expérience de vie chrétienne »     (RM. no. 82)

4. L’appel et le désir de l’Eglise de Balsas

Mgr Franco, dans sa lettre du 24 novembre dernier, disait : « Merci pour ta réponse et pour les belles perspectives que le      projet présente… nous avons examiné avec attention ta lettre (06.11.98) lors de la dernière rencontre du Conseil     Presbytéral et nous sommes d’accord avec tous les points » et    plus loin il ajoute : « nous sommes d’accord pour que notre    diocèse mûrisse de plus en plus dans cet esprit d’échange »…

S’il existe déjà un groupe ici et un autre groupe là-bas, désireux d’établir des liens entre eux comme membres d’Eglises; si la nature même de la Mission exige un lien entre Mission « ad extra » et mission « ad intra » et que ces groupes sont déjà à l’oeuvre dans l’expérience de la MISSION et si l’intérêt des jeunes d’ici prend des proportions importantes pour un engagement missionnaire, nous ne pouvons plus douter de la pertinence de la proposition en étude.

IV. Existe-t-il, actuellement, un accord pour le projet proposé ?

Les « missionnaires de rue » de Montréal et le Conseil presbytéral du diocèse de Balsas, Maranhao, Brésil, sont d’accord pour expérimenter la possibilité de « déclencher un processus de recherche sur une nouvelle manière de vivre la MISSION. Il ne fait pas de doute que personne n’a d’idée préconcue, ni ici et ni à Balsas, mais qu’il y a volonté de la part des deux parties de le découvrir par une pratique en constant échange.

1. Comment ?

1. Les « missionnaires de rue », à partir de leur engagement auprès    des itinérants et en lien avec les jeunes qui reviennent de stages à l’étranger par l’intermédiaire de l’organisme « Salut le monde » mûriront la réflexion sur ce qu’ils peuvent offrir    au diocèse de Balsas et, réciproquement, une équipe au Diocèse de Balsas cheminera dans le même sens.

2. Pour que cette recherche ne se perde pas et pour que les deux      groupes puissent en arriver à une mise en exécution, Victor   Asselin, prêtre diocésain de Nicolet, tout en accomplissant    sa tâche missionnaire au sein de l’équipe « Missionnaires de    rue » ou en assurant certains services au diocèse de Balsas,    assurera le lien entre les parties et, ainsi, passera quelques     mois en 1999 (de 4 à 6 mois) dans le diocèse de Balsas et les autres mois à Montréal. Si le travail s’avère positif et si les circonstances l’exigent, l’expérience pourra se renouveler      en l’an 2000. Puis, un bilan sera dressé et les mesures      pertinentes seront prises.

3.   Selon le désir de Mgr Franco Masserdotti, le travail de Victor    Asselin se réalisera dans l’esprit de l’encyclique de Fidei Donum de Pie XII et repris par Jean-Paul II. « Vingt-cinq ans     plus tard, j’ai voulu souligner la grande nouveauté de ce   document « qui a fait dépasser la dimension territoriale du     service presbytéral pour l’ouvrir à l’Eglise tout entière ».     Aujourd’hui, la valeur et la fécondité de cette expérience sont confirmées; en effet, ceux qu’on appelle les prêtres      Fidei donum mettent en évidence d’une manière singulière les      liens de communion entre les Eglises, ils fournissent un précieux apportà la croissance de communautés ecclésiales dans le besoin, et de leur côté ils reçoivent d’elles la     fraîcheur et la vitalité de leur foi. » (RM no. 68)

Dans sa dernière lettre, l’évêque de Balsas disait: « Nous     pensons que la venue de Victor dans notre milieu sera      providentielle pour que nous puissions concrétiser les différents points du projet » (24.11.98)

V. Peut-on demander une aide financière ?

M. Renaud Baril, prêtre diocésain de Nicolet et président de l’Association des missionnaires nicolétains au Brésil, au cours d’une première conversation au sujet de la possibilité d’aide financière au présent projet, a manifesté son intérêt et suggéra d’en faire la demande au Comité responsable.

Ainsi, au nom de l’équipe des « missionnaires de rue » de Montréal je sollicite le financement de mon voyage aller-retour au Brésil et de m’accorder une somme à être déterminée par les membres du Comité pour mes dépenses personnelles. De son côté, le Conseil Presbytéral de Balsas s’est déjà engagé pour le logement et l’alimentation et pour les dépenses inhérentes au travail dispensé au service du diocèse.

Un dernier mot …

Et nous concluons par une autre citation de l’encyclique « Redemptoris Missio ». « Alors que nous sommes proches du troisième millénaire de la Rédemption, Dieu est en train de préparer pour le christianisme un grand printemps que l’on voit déjà poindre. En effet, que ce soit dans le monde non chrétien ou dans le monde de chrétienté ancienne, les peuples ont tendance à se rapprocher progressivement des idéaux et des valeurs évangéliques, tendance que l’Eglise s’efforce de Favoriser. »

….

« L’espérance chrétienne nous soutient pour nous engager à fond dans la nouvelle évangélisation et dans le mission universelle… » (RM no. 86)

Il n’en dépend que de nous d’accepter de collaborer à la libération de ce monde en gestation de l’Esprit.

Montréal, le 3 décembre 1998

Victor Asselin, ptre

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