C’est encore possible

C’est encore possible …

1957-2007

         Cinquante ans au Brésil. Marcel Pépin rappelle un événement. C’est l’objet de la célébration. C’est rappeler et célébrer une présence d’Église. A-t-elle été missionnaire ? L’homélie de Mgr Erwin, évêque dans la région amazonique, lors du quatrième anniversaire de la mort de Sœur Dorothy Stang nous présente les critères importants pour évaluer une présence missionnaire. Les 50 ans de Marcel nous permettent de les reprendre.

         Avant tout, um mot sur soeur Dorothy. Qui était-elle ? Une religieuse américaine de la congrégation de Notre-Dame de Namur, arrivée au Brésil en 1966. Nous avons fait ensemble l’apprentissage à la langue portugaise à Petrópolis puis elle est venue travailler au Maranhão, à Coroatá. Plus tard  elle partit en Amazonie, région de multiples conflits, en particulier de nature agraire. Inspirée par l’Évangile de Jésus, de son idéal, de ses valeurs, elle a fait de sa vie un don pour se faire partenaire des agriculteurs exploités. On la tua, il y a quatre ans.

         A-t-elle été missionnaire ? Mgr Erwin répond avec les critères suivants. Elle a été missionnaire parce qu’elle s’est incarnée en Amazonie et a travaillé pour un développement juste et responsable. Elle concevait le développement comme une manière de vivre en harmonie avec la nature que Dieu a créée, de vivre d’elle et avec elle, en y prenant soin avec le même zèle que l’on a pour sa propre maison et sa famille. Elle rêvait d’une communauté qui se nourrirait de tout ce qu’elle trouverait dans son propre milieu sans le détruire. L’ambition de dominer et du gain facile est venue mettre fin à son rêve. Oui, elle a été missionnaire car elle a pris soin dela Création, œuvre du Dieu communion.

         Missionnaire c’est prêter sa voix, sa parole aux nombreux et nombreuses voix éteintes et perdues et engendrer une lutte qui ne s’arrêtera plus. C’est le peuple qui s’organise et conquiert ses droits laissant de côté la peur de ceux qui causent la mort et qui ne s’intimide pas pour poursuivre la route. Nous pouvons mettre en terre les martyrs mais jamais nous enterrerons le cri pour une société juste et pour la défense du milieu ambiant. La mort engendre la vie et devient un nouveau souffle pour la conquête. « Ne crains pas… continue de parler… je suis avec toi » (At. 18.9)

         La prophétie est un autre critère de la pratique missionnaire. C’est la marque publicitaire des hommes et des femmes qui croient et défendent un monde différent. « Nous sommes persécutés e nous supportons » disait S. Paul (I Cor. 4, 12). « Quand l’Église n’est plus persécutée, continue Mgr Erwin, c’est le signe qu’elle a prise le chemin de l’accommodation et a renoncée à sa vocation de prophète. Proclamer que tout est déjà « paix et amour » et prendre conscience que le système en place ne réagit plus et ne persécute plus, c’est le signe que l’Église a perdu son audace, son courage, son esprit de défi et sa passion pour le Royaume. Nous supportons parce que nous croyons qu’« un autre monde est possible ». Cet autre monde, poursuit Mgr Erwin, coincide avec le Royaume de Dieu, avec la réalisation du rêve de Jésus et avec l’annonce et le témoignage dela BonneNouvellede l’amour de Dieu, de la fraternité, de la solidarité pour toute la famille humaine.

         Le missionnaire a une grande mission : travailler au service de la citoyenneté du Royaume. Et ça commence déjà par être citoyen et citoyenne de cet « autre monde possible »

         Merci Marcel. Tu rappelles 50 ans de présence au Brésil. Par cet événement tu nous donnes l’occasion d’évaluer notre pratique missionnaire. Félicitations au Dieu Trinité qui continue à envoyer. Félicitations au Fils missionnaire qui a tracé le chemin.

                                                           Victor Asselin

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