Transmettre la foi ou accueillir la foi ?

 

            J’ai lu et relu divers documents. J’en arrive à la conclusion que ce n’est pas facile de « faire le deuil » du modèle d’Église dans lequel nous sommes nés et avons grandi. La tendance est toujours très forte de présenter une nouveauté dans la manière de faire au lieu de s’engager à bâtir le NEUF d’une manière d’être. Voici quelques réflexions qui me viennent. Elles surgissent surtout des deux lectures : le livre de Le Gendre et le texte de Gilles Routhier.

            Le plus grand défi de l’Église actuelle est de se re-situer dans le monde, dans l’œuvre de la Création, dans l’Univers du monde canadien et québécois.  C’est ce à quoi le Concile Vatican II invitait : L’Église dans le monde (Gaudium et Spes), unique manière de sortir du modèle de la chrétienté « Hors l’Église, point de salut ». Nous sommes donc appelés à nous situer d’abord dans le monde et non dans l’Église. C’est le tournant à prendre. Le point de départ de la réflexion et de l’action ne peut pas être l’Église. Il y a des années que nous nous obstinons à réaménager les églises au lieu de nous laisser interroger par le monde. Ainsi la crise perdure. Jamais, au grand jamais, la nouvelle manière d’être Église naîtra de nouvelles manières de réorganiser ou de réaménager. Persister dans une telle illusion justifie le retrait de plus en plus des chrétiens et chrétiennes. Cette illusion ne nourrit pas l’Espérance que les gens d’aujourd’hui ont besoin. 

« L’Église ne sortira pas de son anémie si elle se focalise sur ses difficultés internes

mais si elle se préoccupe résolument et en priorité des difficultés du monde, si elle

manifeste qu’elle les comprend, si elle prouve qu’elle se met à son service ». (O. Le

Gendre, op. cit. p. 48)

Raison pour laquelle l’Église est missionnaire et la MISSION donne priorité  à ce qui est extérieur à elle-même.

« …c’est au moment des difficultés qu’il faut « investir » vers l’extérieur. S’il

est moins dramatique de se laisser aller à un certain relâchement dans les périodes

fastes, c’est au moment des difficultés qu’il faut retrouver la clarté de ses raisons

d’être et les affirmer avec plus de force ». (Ibid., p. 49)

            La catéchèse est une activité interne à l’Église. Pour cette raison, elle ne peut pas être une piste de solution à la crise actuelle. Ce n’est pas que la catéchèse ne soit pas importante pour les communautés chrétiennes mais c’est qu’elle est une activité d’ordre pastoral et non de l’ordre de la MISSION. Ce qui me semble sérieux c’est qu’on opte pour une nouvelle manière de faire la catéchèse sans avoir fait le tournant qui s’impose et, en conséquence, on utilise la catéchèse comme nouveau moyen de réaménager. Pour rebâtir une nouvelle manière d’être, l’Église se doit de sortir d’elle-même pour « retrouver la clarté de ses raisons d’être » comme dit Le Gendre. Tant qu’elle gardera cette distance avec le monde et tant qu’elle ne se perdra pas dans le monde, sa lucidité est fortement compromise.

            Il est donc clair qu’on est encore loin de « faire le deuil » du modèle qui est devenu insignifiant et inefficace. C’est encore Le Gendre qui poursuit :

            « … l’organisation de l’Église, son fonctionnement, ses habitudes, sa manière de se gouverner ont été façonnés par l’époque où il existait un Occident chrétien. Prendre

acte que celui-ci n’existe plus est d’abord difficile à admettre et aboutit ensuite à

devoir repenser l’organisation, le fonctionnement, les habitudes et les manières de

gouverner ». (Ibid., p. 31)

« Ce deuil passe par plusieurs étapes.

La première est de comprendre que la réalité en effet a changé, qu’il n’est plus

possible de faire comme avant…

La deuxième est d’admettre que si certaines officines ont un véritable projet de

déstabilisation de l’Église, elles sont elles-mêmes poussiéreuses et sans grand avenir…

La troisième est d’accepter que la période soit en effet très difficile…

La quatrième est de montrer combien cette époque peut être riche si son instabilité

aboutit à ce que les chrétiens se sentent libres d’inventer de nouvelles manières d’être

fidèles. » (Ibid. p. 34)

            Transmettre la foi chrétienne nous semble encore la finalité de l’Église ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Que veut dire « transmettre la foi » quand nous sommes appelés à bâtir un monde où Dieu aura sa place ?  N’est-ce pas donner une collaboration inspirée par les valeurs retrouvées dans le message de Jésus ? Saint Paul rappelle que le monde est déjà en état de gestation. Qui sommes-nous alors pour transmettre, pour donner la foi ?

            Puisque nous avons de la difficulté à « faire le deuil » du modèle d’Église , ne serait-il pas bénéfique de faire des exercices de SORTIES : sortir de soi, sortir de son Église, sortir de sa communauté  pour aller à la rencontre de l’autre dans un exercice de communion ? Dans ce sens, la catéchèse des enfants pourrait engendrer quelque chose de nouveau dans la manière d’être. Par exemple, au lieu d’enseigner les vérités de la religion chrétienne, pourquoi ne pas amener les enfants dans un quartier plus pauvre ou encore dans un foyer de personnes âgées ou encore dans un magasin partage ou dans une maison d’accueil où logent des personnes handicapées ou bien encore en pleine nature pour exercer la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goûter ? Quand Dieu a appelé Moïse, il lui disait : « J’ai vu la misère de mon peuple … j’ai entendu son cri … Oui je connais … et je suis descendu… » Et, au retour, faire l’exercice de la découverte des divers visages de Dieu et des visages qui le détruisent.  Il est bien certain qu’il faudra renoncer à l’enseignement logique et complet ! La semaine dernière je rencontrais un groupe de missionnaires de rue du quartier – réunion pleine de découvertes et d’espérance – et, dans le partage, quelqu’un racontait : « nous n’avons pas de réponse à donner et ni l’autre n’a de réponse à nous donner mais Dieu nous prend par surprise car il dit son visage ».

            L’exercice de la SORTIE nous apprend à lire les événements, à écouter Dieu et à accueillir sa RÉVÉLATION, aujourd’hui. Cet exercice commence par les sens externes. C’est ce qui amenait Dieu dire à Moïse : « Oui, je connais …» . En travail d’Église, souvent nous savons sans même avoir pris le temps de voir, d’écouter,  de sentir, de toucher  et de goûter. Quelle belle expérience à faire !

            Je me suis longuement attardé sans trop savoir si je me suis fait comprendre. Je peux résumer en ceci : il y a des choses simples qui redynamiseraient  et transformeraient radicalement notre Église alors que nous compliquons les choses. Ce ne sont pas des livres nouveaux de catéchèse, de l’argent neuf, des nombreux catéchètes etc… qu’il faut mais une SORTIE pour prendre un  bon bain dans notre monde. Écoutons-nous les personnes qui sont SORTIES ? Avons-nous peur de les écouter ?

Drummondville, 8 décembre 2012

                                                                       Victor Asselin