C’était hier… et Aujourd’hui…

C’était hier ….  Et aujourd’hui  !

            Le 22 mars 2006, Damásio, petit village de la municipalité de Guimarães, État du Maranhão, Brésil, devenait le lieu de rencontre des autorités fédérales, provinciales et municipales pour marquer l’importance de la culture « nègre » dans la formation de ce pays de 180 millions de personnes. En effet, le gouvernement fédéral reconnaissant la contribution inestimable du peuple noir venu d’Afrique comme esclaves du Portugal, avait sanctionné une loi reconnaissant la dette envers eux et créait un fonds spécial pour financer les projets provenant de villages encore peuplés de descendants d’esclaves. Damásio devenait le premier projet à être reconnu officiellement.

C’est la fête

Ce fut la fête ! Et quelle fête ! Plus de 3000 personnes occupèrent la place publique oú commença la construction des dix premières maisons en 1970.  Trois expositions, même luxueuses, de photos d’un mètre carré chacune, rappelant la vie, la culture, les activités et le peuple du milieu, ornaient la place publique Une installation de théâtre mobile e de som digne de la grande ville de São Paulo. Des autobus de douze municipalités des environs amenèrent des visiteurs qui vinrent se joindre pour célébrer l’événement. Une page d’histoire s’écrivait.

C’est au som des tambours que la journée se déroula dans un climat de solidarité et de reconnaissance. Le bumba-meu-boi comme les diverses expressions de tambours avaient leur place. Il y eut nourriture et eau pour tous.

Qu’est Damásio ?

Qu’est donc Damásio ?  Pourquoi Damásio ? Damásio est un petit village situé a 9 kilomètres de Guimarães, village central de la municipalité. Là demeure un peuple descendant d’esclaves. Dans les années passées on avait peur d’eux car devant un noir pauvre on devait prendre ses distances. C’était un lieu sans importance et isolé des localités voisines. Ce fut dans les derniers mois de 1968 que l’on commença à y établir des contacts plus fréquents. Par surprise on y découvrit un peuple solidaire malgré le haut taux d’analphabétisme et une misère indescriptible. Aucun enfant ne demeurait sans parent. La coutume est établie: on se protège et on s’entraide.

Le début du projet communautaire

Paulo Freire, le grand éducateur brésilien, nous avait laissé sa méthode de la “Pédagogie de l’opprimé”. Inspirés par lui nous commençons une réunion hebdomadaire ouverte à tous ceux et celles qui le désiraient. En réalité, après les premières rencontres, se forma le premier groupe : dix hommes. Aucune femme. Ce n’est pas la coutume. Faire l’inventaire du vocabulaire du groupe fut le premier pas. Incroyable ! Environ 200 mots formaient l’univers de connaissance des participants. Ça ne pouvait pas être différent. On était pratiquement jamais sorti de son milieu. Sans route, sans télévision, quelques radios, sans électricité… on se couchait tôt et se levait tôt pour se rendre au travail des champs parfois à une assez longue distance.

Nous nous sommes donc mis à la tâche de regrouper ce vocabulaire en y recherchant les mots-clés. C’est ainsi que trois groupes se composèrent autour des termes générateurs : la maison, l’école et l’agriculture. Les trois premiers projets venaient de naître: la construction des maisons, l’organisation de l’école et l’amélioration de la “roça”, c’est-à-dire du travail agricole.  La construction des maisons gagna la priorité car, selon le raisonnement du groupe, la maison a une relation très étroite avec le respect de la personne. Un être humain se doit d’avoir une habitation!  D’une maison de paille on construira des maisons de briques et de tuiles et pour faciliter la vie communautaire, on se rapprochera les uns des autres.

On se mit à la recherche du local approprié et on élabore le plan du projet. Dix maisons disposées en forme de rectangle, face à un terrain libre qui deviendra la place publique et le terrain de jeu. Chaque maison aura  trois chambres à coucher, une cuisine et salle à dîner, une salle de visite et une terrasse. C’est à cet endroit que se déroulèrent les événements du 22 mars dernier.

Le projet était communautaire. Il fallait établir des règles de fonctionnement. Le lundi sera la journée de travail communautaire et personne ne pourra s’en absenter. En cas de maladie, un remplaçant est admis. L’aide externe sera demandée exclusivement pour les matériaux impossibles d’être fabriqués par les mains des membres du groupe. Les maisons seront occupées seulement à la fin de la construction des dix maisons. La réunion d’évaluation et de planification se réalisera à la fin de chaque journée de travail communautaire et est obligatoire.

La construction suivait les étapes normales : tout d’abord les fondations puis les murs, le toit et la finition. Mais le fait particulier c’est que l’on ne construisait pas une maison à la suite de l’autre. Non, on procéda tout d’abord aux fondations des dix maisons puis ensuite aux murs des dix maisons et ainsi de suite. Le travail communautaire était organizé en fonction de cela. Par exemple on prit le temps d’extraire la pierre nécessaire pour les 10 maisons avant de commencer les fondations; on fabriqua les briques de terre cuite pour les dix maisons avant de faire les murs, on coupa le bois pour les dix maisons avant de comencer le toît, les fenêtres et les portes. C’est ainsi que tous ont participé à la construction de toutes les maisons en utilisant les matériaux disponibles dans le milieu : toute la pierre, la terre et le bois furent extraits de leur milieu et fruits de leur travail. L’aide externe n’est venu compléter le projet que pour l’achat des clous, du ciment et des tuiles pour le toit, matériaux qui ne pouvaient pas être fabriquées par leurs mains. On découvrit sa dignité par le travail.

Et la femme …

Cette activité éveilla les hommes à la nécessité d’inclure le travail de la femme car, même si elle ne participait pas aux réunions et ne donnait pas son opinion, elle soutenait le groupe de diverses manières comme au transport de l’eau, de la préparation des repas etc…Ainsi, à la demande du groupe elles commencèrent à participer aux réunions et sont devenues indispensables à l’avancement du groupe et de la communauté. Cette participation devint plus visible au début de l’année 1970 quand le groupe voulant unir l’utile à l’agréable, décida d’organiser la fête de la St-Jean. Personne n’avait les conditions de financer le linge nécessaire pour la fête du bumba-meu-boi. Et si on y faisait une activité de la communauté… Les femmes acceptèrent de prendre en charge la confection des pièces nécessaires pour l’activité et leur broderie… dieu sait si cela est compliqué! Mais Sr Rita Larochelle y veillait. C’est de là que naissait le “Club des mères”. Et puisque la St-Jean coincidait avec la conclusion des dix premières maisons, Sr Rita suggéra l’activité d’une maison modèle, manière simple et plaisante à l’œil d’organiser les diverses pièces de la maison. Le propriétaire de la maison qui avait été l’heureux choisi pour cette expérience, lors de la fête de mars dernier, m’amena chez lui en me disait : “je ne sais pas si ma maison est encore une maison modèle mais ce que je sais c’est que ma femme est un modèle” ! L’inauguration du premier “conjunto” de maison coincida avec la St-Jean qui lançait le “bumba-meu-boi” en activité encore aujourd’hui.

L’Éducation des enfants préoccupait aussi les parents. On commença donc à penser quoi faire pour dénicher un professeur de qualité. “Il nous faut un professeur qui “pousse” les étudiants et non des étudiants qui “pousse” le professeur, disait-on. On y réussit. L’arrivée de cette professeure déclencha un processus tout à fait inédit.

Tentative d’un projet d’ensemble

J’arrête ici la description des premiers pas de la communauté de Damàsio, car il y aurait beaucoup à raconter,  pour faire place à quelques réflexions de grande importance pour comprendre le contexte du moment et la situation actuelle de Damásio.

Le travail de Damásio naissait mais il fut vite intégrer à un projet d’ensemble. En effet, quelques sœurs de l’Assomption laissaient graduellement l’enseignement aux écoles pour s’engager davantage à un travail de formation de communautés ecclésiales de base. On y choisit la région qui entourait Damàsio. C’est ce qui nous amena aux villages de Jandiritiua, Carapirà, Genipaùba e Puca. Srs Cécile Rousseau, Juliette Filiatrault e Françoise Gratton auraient beaucoup à rappeler. Nous partions le lundi après-midi et chacune demeurait dans un de ces villages jusqu’au jeudi. Et Simone Grimard, malgré son âge, passait son temps à Damàsio. On se remplaçait. Un cahier de notes, de réflexions et d’observations servait de mémoire pour donner suite au travail et rappeler les événements du village et les impressions vécues au cours des journées. Toutes ces femmes auraient sans doute beaucoup de joie à écouter l’hommage que ce peuple leur rend encore aujourd’hui. Lors de cette fête à Damàsio il y avait des gens de tous ces villages.

Damásio aujourd’hui

Aujourd’hui, qu’est donc Damásio ? C’est un village articulateur de cette région déjà mentionnée. Il existe une école primaire et une école secondaire fréquentées par les jeunes des villages voisins. On voyage les étudiants en autobus. Imaginez ! Les professeurs sont en grande partie des jeunes de Damásio, diplomés de l’Université. Qu’en dites- vous ? C’est fini l’illumination à lampe à l’huile. L’électricité et l’eau courante ont transformé le rythme de vie. Le projet des maisons a continué et à chaque année, de nouvelles résidences s’ajoutent et d’autres vivent des transformations. L’église est construite et les équipes de formation ne laissent rien en suspens. La sécurité publique est prise en charge par la population locale. Aujourd’hui on dit : «beaucoup de polices viennent aux fêtes mais c’est les gens du village qui assurent la paix » Après plus de 35 ans la semence lancée a grandi et produit ses fruits. Reynald Mailhot et Jacques Cloutier ont su alimenter cette semence pour qu’elle prenne vraiment racine et engendre aujourd’hui cet arbre merveilleux auquel peut s’alimenter la jeune génération. Pe William, après quelques années comme curé de Guimarães, assume aujourd’hui la mairie et sait reconnaître l’importance de cette communauté.

FAIRE MÉMOIRE

Le samedi et le dimanche précédant la fête du 22 mars, nous avons fait MÉMOIRE. Ce furent des moments inoubliables. Nous étions en présence de trois générations : celle qui a commencé le projet; celle qui assure la direction actuelle et les adolescents en croissance. Ce fut un échange de génération. La première génération, parmi elle on enregistre déjà quelques personnes décédées, expliqua aux jeunes comment ils ont commencé, comment ils ont travaillé et les raisons qui ont justifié leur persévérance. La jeune génération a prise conscience de la nécessité de se maintenir en constant dialogue avec les plus âgés et de ne jamais mépriser leur sagesse. C’est dans ce contexte de persévérance qu’a été choisi la jeunesse de Damàsio comme lieu de réalisation du premier projet de développement agricole concédé à un quilombola. Une autre expérience naîtra au sud du pays dans l’État de Santa Catarina. On espère que ces deux pôles feront surgir de nombreux projets de développement. Les maires des douze municipalités de la région de Guimarães ont assumé l’engagement de faire naître dans chacune de leur municipalité une communauté agricole « nègre ».

Le 22 mars 2006, à Damásio,  fut la célébration de 35 ans de résistance et le lancement d’un nouveau moment offert à la jeunesse noire. Que cette jeunesse soit fière de ses ancêtres et qu’elle devienne témoin de ceux et celles qui leur succèderont.

Victor Asselin, ptre

L’exclusion, un défi à la fraternité évangélique

L’EXCLUSION, un défi à la fraternité évangélique

     Le 1er mai 1997 le comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec et le Carrefour de pastorale en monde ouvrier, Québec, publiait le message « J’étais là, m’as-tu fait de la place »?

Le document invite à faire l’exercice de réflexion sur notre manière de vivre l’économie et l’emploi dans nos maisons. … » L’Eglise du Québec représente … un espace économique avec ses fabriques, ses diocèses, ses communautés religieuses, ses mouvements et ses petits groupes. Ces différentes entités ont une autonomie administrative. Elles ont des revenus et des dépenses. Elles gèrent des emplois…. Y abordons-nous les questions économiques dans un esprit de service à la vie ? … là où il y a un budget, là où il y a une maisonnée à organiser, et parce que nous sommes humains, il y a la possibilité d’une pratique dominatrice ou solidaire….  »

« Parce qu’il n’y a pas de réponse unique… nous croyons qu’un exercice fraternel de révision de vie économique dans l’Eglise du Québec… peut constituer un déclencheur approprié pour engager notre responsabilité. … Nous pensons que nous avons la maturité nécessaire pour entreprendre l’exercice. »

C’est dans cet optique qu’aujourd’hui nous réfléchirons sur deux réalités importantes:

1. Le néo-libéralisme engendre l’exclusion

2. La fraternité évangélique, réponse à l’exclus

…………….

Néo-libéralisme et exclusion

La fraternité, élément fondamental d’une convivialité harmonieuse entre les humains doit se réfléter dans les attitudes individuelles et sociales et dans la société. Et ceci devrait encore plus se rencontrer dans les sociétés dont la structure politique est démocratique. En effet n’est-ce pas la responsabilité de ceux et celles qui ont reçu l’autorité par le vote de ses concitoyens et concitoyennes ? La question que nous voulons bien poser aujourd’hui est celle-ci : dans quelle mesure le monde qui se dit démocratique réussit-il à assurer une véritable fraternité entre les humains, en particulier dans l’économique , i.e. dans cette dimension qui régit la répartition des fruits de la terre et le travail des humains ?

Restructuration de l’économie

L’économie mondiale est dans un processus de restructuration. Le mur de Berlin en est le symbole. En effet la disparition du bloc soviétique fut le signe d’un changement essentiel car il ouvrait les pays de l’est à l’économie de marché (loi de l’offre et de la demande) et non plus à une économie planifiée (régie par l’Etat).

C’est alors que le système néolibéral a pénétré dans tous les pays de l’ancien bloc soviétique et, dès lors, l’économie de la majorité des pays fonctionne selon les lois de l’offre et de la demande. L’intervention de l’Etat comme régulateur du marché peut être plus ou moins significative mais il est une chose sûre : dans les relations économiques internationales l’économie est indépendante.

Ce triomphe du système néolibéral nous a introduit dans un monde unipolaire. Auparavant s’affrontaient deux fonctionnements économiques, chacun avec leurs principes distincts (planification et lois du marché) alors que la loi du marché se présente maintenant comme vainqueur et unique capable de gérer la production et la répartition des biens.

Quelles sont les caractéristiques de ce monde unipolaire et comment fonctionne-t-il ? Quelles sont les conséquences du néolibéralisme dans les économies nationales et dans les transactions entre les pays ? Est-il vrai que c’est l’unique manière de gérer les relations d’échange entre les humains ?

I. La globalisation

Le système néolibéral se caractérise par le minimum d’intervention de l’Etat. Ce sont les lois de l’offre et de la demande qui déterminent quels biens on va produire et à quel prix. Cela s’applique également au marché du travail i.e. que les personnes rencontrent les emplois du type et du prix que le marché détermine.

Ces caractéristiques nous viennent des théories libérales du siècle passé. On parle du néo-libéralisme car après une période où l’Etat intervenait activement dans l’économie, il y a une tendance dans les dernières décennies à ce que l’Etat se retire, ce qu’il fait graduellement, laissant toutes ses activités dans les mains de l’initiative privée. On croyait et on croit que c’est plus efficace et rentable.

L’auto-régulation du marché

L’Idée qui est en-dessous de cette manière de voir est celle de l’auto-régulation du marché. Cela signifie à niveau mondial que chaque pays et chaque région se spécialisent selon sa capacité  d’être plus compétitif dans les sphères de leurs spécificités. De cette manière on augmente l’interdépendance entre les pays puisqu’on favorise l’échange commercial et l’échange de services plus que l’autosuffisance nationale.

Evidemment cette loi du marché favorise le plus fort: celui qui a une infrastructure meilleure, celui qui a une plus grande capacité d’invertion, celui qui a une technologie plus développée aura plus de chance. Et ce n’est pas une cachette que les pays se rencontrent dans des situations très inégales. Et alors que se passe-t-il ? La compétence entre inégaux a comme conséquence la perte du plus fragile : il est alors absorbé par le plus fort ou on le met tout simplement de côté. C’est l’exclusion, phénomène nouveau dans l’économie mondiale.

Attitudes et conséquences

Ce fonctionnement économique conditionne des attitudes et des conséquences qui caractérise notre monde moderne. Les uns disent, par exemple, que c’est la fin de l’histoire. Cela signifie que nous sommes arrivés à un point final de l’évolution. On ne pourra rien trouver de meilleur. C’est la fin des utopies. Rien ne sert de chercher autre chose. Ainsi les personnes grandissent et sont éduqués dans une ambiance très individualiste. ça ne vaut pas la peine de se réunir pour organiser de nouvelles manières de vivre ensemble car l’unique qui fonctionne est la loi du plus fort et l’unique que nous pouvons défendre est notre liberté individuelle: la liberté – si nous faisons partie des plus forts – de gagner plus.

Cette liberté à outrance apporte avec elle la domination des plus forts sur les plus faibles. Voici des exemples:

- entre les personnes dans un même pays les riches deviennent plus riches et les pauvres deviennent des misérables;

- la différence entre les pays du Nord et les pays du sud augmente de plus en plus;

- Dans la nature, l’homme, se sentant plus fort par sa capacité technologique, détruit l’équilibre fragile de la terre aux dépens de gains matériels immédiats.

Le développement rapide de la technologie

Tout cela  se voit amplifié par le développement rapide de la technologie qui rend encore plus possible une domination plus efficace car, par les moyens de communication, elle envahit tous les coins de la terre. On transporte les produits de manière plus rapide et à un prix plus bas. Les recours financiers se déplacent en espace de seconde via satellite, entrant et sortant des pays selon leur rentabilité sans leur laisser le temps suffisant pour être utilisé dans quelque chose de productif. La publicité faite à l’échelle internationale uniformise les modes de consommation et cela, non seulement pour les produits tangibles mais pour la culture. Elle envahit la culture: la télévision, les livres, les spectacles… tout est soumis à la loi du marché. De plus en plus on s’habille pareil, on mange la même chose, on lit la même chose -évidemment toute proportion gardée – et on finit par adopter, en beaucoup de choses, la même manière d’être et de penser. Et ce n’est pas nécessairement la meilleure mais bien celle de la domination.

Réactions

La globalisation a provoqué diverses réactions chez les plus faibles:

- la renaissance des nationalismes -

Dans plusieurs parties du monde des peuples et des personnes revendiquent leurs racines ehtniques et/ou culturelles et souvent de manière intolérante et        violente. Ex. les serbes et les croates en Europe de l’Est et les hutus et les tutsis en Afrique. Bien que les  problèmes sont très complexes et ont des racines historiques profondes, nous pouvons nous aventurer à dire que le manque d’espérance pour une vie meilleure (pour l’Afrique c’est l’espérance d’une survie) liée à la nécessité d’avoir son identité sont des réactions à la globalisation.

- les intégrismes religieux – l’islamisme, le fondamentalisme catholique, les sectes chrétiennes de tout genre etc…

- l’extrême droite en politique – Le discours de certains groupes d’extrême droite ne diffère pas beaucoup des fascistes d’il y a 50 ans et alimente un racisme souvent violent.

Il y a aussi des réactions pleines d’espérance, des alternatives pour la fraternité entre les humains. Nous verrons cela plus loin.

II. Qui contrôle l’économie mondiale ?

Si la globalisation est mondiale, on ne peut pas dire la même chose de l’économie car les pays industrialisés concentrent les recours financiers et techonologiques et leurs relations avec les pays pauvres peuvent être qualifié de néo-colonialisme i.e. ils exercent un contrôle en raison de leur supériorité économique et financière et, ainsi, attentent à l’autonomie politique des nations plus faibles.

La dette externe

Et un de leurs arguments pour exercer le contrôle est celui de la dette externe. Puisque le paiement de la dette externe est pratiquement impossible pour les pays pauvres, les pays riches avec la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire    international imposent une restructuration qui n’a pas pour objectif le bon fonctionnement des économies locales mais le paiement de la dette.

La lutte pour la domination

De plus les pays riches se disputent entre eux pour avoir la domination économique. Ainsi les Etats-Unis sont menacés par    l’Allemagne et le Japon. Cette lutte a amené la formation de blocs et de marchés régionaux. L’Union européenne, L’Alena, le Japon organise une région économique avec d’autres états du sud-est asiatique… Puis il y a le groupe des SEPT qui contrôle les mesures économiques imposées par les institutions  comme la Banque mondiale et le Fond Monétaire International.

Problèmes

Avec l’application exagérée des philosophies néolibérales qui    limitent l’ingérence de l’Etat on en est arrivé aux problèmes suivants:

1. Non seulement les grands capitaux décident mais il n’y a aucune possibilité de contrôle sur eux. Même les gouvernements des pays riches sont impuissants.

2. De plus les capitaux s’engagent dans une inversion financeiro-spéculative plutôt qu’une inversion dans la production d’un pays. De cette manière les économies des pays fragiles sont à la merci des grands capitaux car ceux-ci entrent quand ça fait leur affaire et sortent quand ça fait leur affaire. On vient chercher l’argent quand les intérêts sont hauts et on disparaît au premier indice que les capitaux pourraient être plus rentables ailleurs sans laisser aucun type de construction. Il y a ainsi un écart important entre l’économie réelle et l’économie spéculative qui empêche la croissance concrètedes pays.

III. Mécanisme de domination

Avec les éléments que nous venons de voir, est-il possible de discerner de quelles manières s’interrelacionnent les intérêts économiques, politiques, idéologiques et militaires des puissances du globe dans leur lutte pour établir leur hégémonie ?

On peut affirmer que ce sont les mécanismes traditionnels que les pays développés ont toujours maintenu envers les pays du Sud qui se sont renforcis et se sont étendus à l’échelle de la planète. Voyons:

1. La philosophie géopolitique perd du terrain et est remplacé par la géoéconomie. Clinton, lors de sa 1ère visite à l’Allemagne réunifiée, disait: « Ce sont le commerce et les troupes qui définiront de manière croissante les  liens qui uniront les nations au XXIe siècle ». Ce sont les grandes corporations et les centres internationaux de pouvoir financier qui décident le chemin de l’humanité.

2. Le monde de l’après-guerre froide développe une dynamique multinationale de pouvoir. Ce sont les puissances du Nord, maintenant appuyées par la Russie, qui influencent les décisions des organismes internationaux (ONU, OEA, OTAN etc…)   Ces organismes fonctionnent comme des instances supranationales qui grugent de plus en plus la  souveraineté des pays du Sud. Malgré leurs discours        progressistes avec la défense des droits de la personne, de l’environnement etc… elles sont des instruments efficaces pour forcer les nations pauvres à ouvrir leurs économies, à s’intégrer de manière dépendante au marché international, à ouvrir leurs frontières à des milliers de soldats en « mission de paix » quand elles sont  incapables par elles-mêmes de restaurer l’ordre démocratique, à continuer à payer à haut prix social et ambiental la reconversion industrielle et la compétence « inter-blocs » des puissances du Nord.

3. Un exemple dramatique de ce que nous venons de dire est bien celui de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Leur rôle devrait être celui de conduire les grands et les petits à participer à la croissance économique mondiale. Mais ce n’est pas ce qui arrive. Leur intervention en est une d’une pression croissante  sur les gouvernements du Sud pour que leurs économies soient de plus en plus compétitives et qu’ainsi puissent payer leurs dettes extérieures. Cet objectif ne peut être obtenu que par l’application des politiques socialement criminelles de l’ajustement structurel. Elles fixent les conditions du développement mais ne se responsabilisent aucunement des conséquences. Les résultats de cette « coopération » sont désastreux. Pour garder leur image elles se sont approprié des discours des ONG’s sur le développement, la pauvreté et la participation populaire  mais elles ne se sont jamais engagées à abandonner les politiques néolibérales qui mettent en danger la survie humaine. La Banque mondiale conditionne son appui aux gouvernements qui appliquent les programmes d’ajustement et réorientent leurs économies vers l’extérieur.

Voici ce que disait Pierre Galand qui, durant 3 ans, était membre du Groupe de Travail d’Organismes non gouvernamentaux de la Banque Mondiale:

« L’Afrique se meurt et la Banque Mondiale s’enrichit.  L’Asie et l’Europe Orientale voient leurs richesses disparaître et la Banque Mondiale appuie les initiatives du Fond Monétaire International et du Gatt qui autorisent ce vol de richesses matérielles et intellectuelles. L’Amérique Latine, comme les deux autres continents contemple avec horreur comment ses enfants sont exploités comme force de travail et encore, ce qui est le plus terrible, comme donateurs forcés d’organes pour le marché prospère de transplantations en Amérique du Nord.

Dans ses discours, la Banque Mondiale parle des sacrifices inévitables qu’exige la stabilité structurelle pour que les nations s’intègrent dans le marché mondial globalizé comme s’il s’agissait d’un désert difficile à traverser pour arriver à la Terre Promise du développement ».

4. Les puissances du Nord sont certaines qu’il est très difficile pour le « reste » du monde de prétendre au développement. Pour cette raison elles ont favorisé la génération de « puissances régionales » qui peuvent servir de frontière entre le Nord et le Sud. Elles détiennent en elles-mêmes les maux du « développement ». Des pays comme l’Inde, la Chine, Iran, Irak, Egypte, Argélie, le Marroc et le Mexique sont appelés « pays tampons ». On ne prétend pas les incorporer au monde de l’industrialisation et ainsi on baisse un peu la ligne qui divise le Nord du Sud.

5. Les puissances n’ont pas renoncé non plus à la domination militaire ni à l’industrie de guerre. Curieusement les coûts militaires des pays du Sud ont augmenté à un rythme plus accéléré que celui des pays du Nord lors des dernières années. Ce sont les conflits régionaux qui le motivent. De plus il y a toujours danger d’une économie récessive puisque les zones sont controlées par les intérêts des blocs économiques hégémoniques.

6. La lutte pour l’hégémonie comprend aussi les aspect  idéologiques. Avec la chute du socialisme la voie capitaliste demeure comme l’unique alternative. Ce fait a affaibli les résistances des états nationaux devant les processus de globalisation mondiale. Et de plus ce processus de transnationalisation pose l’épineux problème de l’identité des peuples.

IV. Les conséquences

Même si on vante et on défend le néolibéralisme comme l’unique alternative viable de développement, il y a plusieurs évidences de ce que les élites qui contrôlent l’humanité se sont trompés. On peut le voir par les nombreux effets engendrés sur la planète.

4.1 Conséquences dans le développement social

L’échec le plus évident est bien celui du fossé encore plus grand entre les pays du Nord et ceux du Sud et reproduisant aussi cette dynamique à l’intérieur de chaque pays. Le rythme de croissance s’est accéléré entre les inégalités.

Voici quelques données du Programme des Nations Unies pour le Développement:

- Dans un monde de 5,600 millions de personnes, 1,300 millions  vivent dans l’extrême pauvreté i.e. dispose de moins d’un dollar par jour pour sa subsistance;

- Les 3/4 des pauvres vivent en Asie méridionale et orientale, en Afrique, en Amérique Latine et dans les Caraibes;

- 1,300 millions personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 770 millions n’ont pas accès aux services de santé;

- A chaque 3 secondes meurt un enfant pour des causes qu’on pourrait éviter si on avait accès aux conditions sanitaires minimales. 98% de ces enfants vivent dans un pays en voie de développement;

- Dans les pays du Sud une femme enceinte a 18 fois plus de chance de mourir durant son état de gestation que dans le Nord. A chaque année meurt 600,000 femmes durant la  gestation ou durant l’accouchement;

     – Dans l’éducation, 300 millions d’enfants ne vont pas à l’école et 1,000 millions d’adultes sont analphabètes;

- On compte plus 1,000 millions de sans-emplois. En Amérique Latine ça implique 30% de la population.

- Dans le Nord 20% de la population controle 60% de la  richesse de la planète; 98% de la recherche cientifico-technologique; consomme 70% de l’électricité du monde; possède 70% des métaux et 85% du bois.

On veut favoriser la croissance et réduire les dépenses publiques et sociales. De plus, ce qui peut aussi expliquer aussi l’inégalité ce sont les grandes différences entres les   salaires des travailleurs qualifiées et des non qualifiés comme aussi entre les travailleurs des pays industrialisée et des pays non industrialisés.

On justifie l’implantation de ce modèle de développement en affirmant qu’en favorisant la croissance économique des élites de chaque société c’est créer les conditions de bien-être et de prospérité pour le reste. On oublie qu’on offre une solution à la pauvreté sans exiger la discipline morale du partage. Et alors on ne se rend pas compte que l’appauvrissement accéléré devient de plus en plus une menace plus grande que celle de la bombe atomique.

Il n’y a pas de volonté du côté des « centres de pouvoir » de   transformer cet état de choses. Cela se vérifie clairement par la dépense militaire et par la dette externe.

- dette externe: chaque année les pays du sud payent comme intérêt une somme 3 fois supérieures à ce que les pays du Nord investissent dans la coopération internationale;

- dépense militaire: l’importation d’armes des pays du Sud équivaut à 75% de l’aide externe reçue et il existe 8 fois plus de soldats que de médecins.

4.2 Conséquences environnementales

L’écosystème est menacé autant par la richesse excessive que par la pauvreté extrême. Les deux génèrent des effets nocifs sur la nature. Voici quelques exemples:

          – La destruction des boisés. Presque la moitié des boisés humides tropicaux ont été détruit par les entreprises qui exploitent le bois précieux ou font de l’élevage extensif. Ces boisés qui couvrent à peu près 6% de la superficie terrestre sont l’habitat de 80% de toutes les espèces d’insectes de la terre, sans compter la diversité de mammifères, d’oiseaux et de plantes. Ils jouent un rôle important pour le climat si bien que peuvent être changés les systèmes de vents, les régimes de pluies etc…

          – L’érosion des sols.

          L’abandon des méthodes traditionnelles de cultiver la terre et l’usage d’engrais et de fertilizants industrialisés et l’accélération de l’augmentation de la population humaine ont influencés de manière drastique de telle sorte qu’à chaque année on perd 24,000 millions de tonnes de la couche supérieure du sol, ce qui représente une perte de 9 millions de tonnes de cueillette potentielles de céréales. De plus on emploie les fertilizants chimiques pour produire plus pour l’exportation. Aussi à chaque année 40,000 personnes  meurent dans le Tiers-Monde d’intoxication due aux pesticides.

          – L’empoisonnement de l’air -

          Les formes de contamination qui détruisent l’équilibre atmosphérique s’aggravent. Beaucoup de quantité d’ozone produit du mélange d’hydrocarbure que laissent échapper les autos et les industries avec les oxides de carbone de la lumière solaire menacent la vie. Ceci a commencé à être une tragédie surtout dans les villes surpeuplées du Tiers-Monde. Et d’un autre côté la pluie acide des gas industriels et des centrales électriques assassinent les boisés et les lacs des Etats-Unis et de l’Europe. On estime que presque toutes les espèces d’arbres en Europe sont affectées et qu’aux Etats-Unis plusieurs espèces courent le danger d’être éliminées comme par exemple le pin rouge et le pin blanc.

          – La mort des eaux -

          Les déchets industriels et les déchets domestiques versées dans les rivières, les lacs et les océans sont les causes de l’extinction de plusieurs espèces d’animaux        et de végétaux. On calcule aussi que 25,000 personnes meurent à chaque jour pour avoir bu de l’eau contaminée.

     « La nature humiliée a été mise au service de l’accumulation du capital. On empoisonne la terre, l’eau et l’air pour que l’argent génère plus d’argent sans que diminue le taux du  gain. Efficient est celui qui gagne plus en moins de temps » (Eduardo Galeano)

     4.3 Conséquences culturelles

          Les tendances forcées à l’unification de vastes zones géoéconomiques, à la globalisation mondiale et à l’uniformité   culturelle dans un monde très divers et inégal ont engendré une série de contradictions dans les processus culturels.     Voici:

     – La crise des identités sociales et nationales -

     Il est de plus en plus difficile de penser en termes nationaux. L’identité collective basée sur la natalité ou l’appartenance à une classe sociale est en train de disparaître. Comme forces émergent les identités ethniques, religieuses,, régionales, de genre etc…

     – la crise de la démocratie formelle -

     L’émergence de la multiplicité d’identités engendrent l’apathie politique de grands secteurs de la population.

     – Les recherches de contre-cultures -

     Face à la consommation, à l’individualisme et à la technocratie on recherche des alternatives d’utopies. Cependant ce ne sont pas toutes les recherches qui sont libératrices car on sombre souvent dans le fanatisme et l’aliénation comme on le voit dans des sectes et des cultes liés au satanisme.

CONCLUSION

     Le nouvel ordre mondial qui est en train de s’établir est bien loin d’un climat fraternel entre les humains. Il est urgent de remettre la personne humaine au centre des considérations économiques, politiques et sociales mais non pas comme exploiteur mais bien comme responsable d’un tout, incluant la nature qui est la base de sa survivance. Nous devons juger avec une éthique renouvelée les mécanismes qui régissent les relations dans la société. Il est urgent aussi, comme citoyens actifs et responsables, que nous étudiions la logique néolibérale pour découvrir des alternatives bien fondées. Il nous faut regarder des propositions non seulement techniques mais aussi culturelles sans oublier que les générations millénaires peuvent offrir des alternatives à ce que le monde occidental nous présente aujourd’hui. Nous sommes devant une menace d’en finir avec la création que Dieu nous a remis entre les mains.

Montréal, 15 mars 1998

                                  Victor Asselin,

                   La fraternité dans la bible

        (L’exclusion, un défi à la fraternité évangélique)

     La fraternité est un des points centraux et fondamentaux dans la pensée théologique du peuple d’Israel, point qui sera assumé postérieurement par la pensée chrétienne de la communauté primitive.

     Le sujet est ample. Nous allons seulement sortir quelques pistes. Et je le ferai en prenant comme division les deux grandes parties de la bible, à savoir l’Ancien testament et le Nouveau Testament.

INTRODUCTION

     Dès le début de la bible le thème est clair. L’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gen 1,26) et, à cause de cela, il a une dignité. Cet homme-femme est appelé à vivre dans la respect, dans le partage, dans la fraternité, en communauté. Tout au long de l’histoire d’Israel cet élément est fondamental pour comprendre le développement de sa pensée. Depuis Abraham jusqu’à Jésus on insiste sur un seul point: l’intérêt et le soin pour l’autre. Et cela parce que l’autre a une dignité et parce qu’il est une représentation de ce grand autre: DIEU. C’est ainsi qu’on peut dire que toute la pensée théologique de l’Ancien Testament est centrée sur cette idée: LE PROJET D’ETRE FRERE. Cet élément central on le trouve quand Dieu appelle Cain et l’interroge au sujet de son frère Abel. (Gen. 4, 8-10) Nous avons alors une affirmation claire et explicite de ce que chacun et chacune sommes responsables de nos frères et de nos soeurs.

I. L’Ancien Testament

     Nous alons nous référer au Pentateuque avec son histoire et ses lois, aux prophètes avec son appel à la conversion et à l’époque de l’Exil dans lequel le peuple défend sa foi, sa vie de fraternité et de communauté.

     1.1 Le Pentateuque

     Dieu, bon et miséricordieux, établit son Alliance ave l’homme, Abraham. Il l’invite à être une bénédiction pour tous les peuples de la terre et à être témoin de l’amour et de la bonté    de Dieu (Gen. 12, 1-3)

     Contexte

     Nous nous mouvons dans une ambiance de pasteurs qui vivent    dans le désert où la survivance est un fait quotidien. Si tu    n’es pas fraternel et hospitalier, l’autre peut mourir. Dans     ce contexte, être fraternel n’est pas simplement une question de goût ou de préférence. C’est une question de vie ou de mort   car nier la nourriture ou la boisson dans le désert c’est    condamner l’autre à une mort certaine. C’est dans ce contexte   que dans le Pentateuque on a divers passages qui nous      indiquent que l’étranger jouit de certains privilèges à cause   de sa situation.

     a) Un des textes les plus beaux est celui des trois  personnages qui se présentent à Abraham près du chêne de Mambré. Il est à la porte de sa tente et il invite les  trois hommes à venir se reposer et à manger. C’est le précepte de la fraternité et de la survivance au désert.

          Lisons – Gen. 18, 1-8

                    Gen. 24, 17-21

                    Ex. 2, 15-20

          C’est l’engagement de l’hospitalité. C’est être frère au désert. L’autre dépend de moi pour vivre. C’est aussi l’esprit que nous retrouvons dans les commandements.           Violer une seule de ces lois provoquerait un désastre. Ce serait le chaos dans la communauté.

     b) C’est de cette perspective que prend sens l’idée d’une communauté, de la fraternité. La personne ne peut pas être seule car elle ne pourrait pas développer toutes ses capacités. Sans compagnie, la personne est condamnée à l’échec. Voici pourquoi le respect de l’autre, l’aide et l’appui sont des colonnes essentielles dans la vie.

     c) L’expérience fondamentale, base de la foi d’Israël, se trouve dans la libération du peuple de l’esclavage, de l’oppression d’Egypte.

               Deut. 26, 5-9

     d) Dieu se fait patient quand l’autre souffre, quand « l’autre » a besoin de Lui. Il se fait compagnon de route, il accompagne l’autre dans sa douleur, dans sa souffrance. Il veut partager la douleur, il veut la faire sienne. C’est pour cela qu’il agit et qu’il n’est pas seulement spectateur.

               Ex. 3, 7-8

     e) Dieu demande aussi que chacun soit miséricordieux envers l’autre. Que le peuple voie en l’autre un frère, qu’il apprenne à être frère, à être solidaire, à ne pas laisser l’autre à son propre sort s’il ne veut pas répondre de sa vie.

               Lév. 19, 1-2, 10, 13, 17, 18

     Conclusion

     Ce que le Seigneur Dieu demande pour sa communauté c’est la   SAINTETE. Une sainteté qui doit se manifester dans des faits concrets. La sainteté se réalise dans la relation avec l’autre, dans l’appui à l’autre, dans le partage avec l’autre. Cette sainteté s’exprime dans la fraternité, dans l’être proche de l’autre, dans la solidarité avec l’autre. On ne peut pas réaliser cette sainteté en dehors de la relation avec le prochain et si on est indifférent devant la situation de l’autre.

     1.2 Les Prophètes

          La littérature prophétique est abondante en ce qui a trait à la fraternité et à la solidarité avec l’ »autre ».

          Pour les prophètes, le fait que le peuple a oublié de   faire la volonté de Dieu a amené aussi la rupture avec les frères. Il y a de plus en plus de pauvres qui sont menacés. On a perdu la terre. On n’est plus sensible à l’orphelin ni à la veuve et ni à l’étranger.

          Ces trois catégories de gens sont importantes pour      comprendre l’enseignement des prophètes. Ils représentent les    plus oubliés de la société, les moins protégés. Les « anawin »   (les pauvres de Yahvé) ont été dépouillés de leur dignité.   C’est contraire à la volonté de Dieu. Raison pour laquelle les prophètes dénoncent l’injustice, le manque de solidarité et     de fraternité des grands et des puissants envers le peuple.

     a) Les grands et les puissants, souvent, justifient leurs actions par une religiosité profonde. Ils imaginent qu’en étant fidèles au culte ils sont fidèles à la volonté de Dieu. Il y a une séparation entre le culte et la vie.

          IS. 1, 10-12. 15-17

          Is. 10, 1-2

     b) Quel est le jeûne qui fait plaisir à Dieu ?

          Is. 58, 6-7

          C’est clair que l’autre n’est pas un abstrait. Il n’est pas loin de ma vie et de mes circonstances. C’est quelqu’un qui est dans mon monde et dans ma réalité.

     Conclusion

     La grande préoccupation des prophètes est bien celle de la   fraternité envers les plus faibles et les moins protégés de   la société. C’est seulement lorsque je suis capable de me   préoccuper de ceux et celles qui m’entourent et d’en n’être    pas indifférent, que je ressemble à Dieu. En effet ce Dieu est    le défenseur de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger, de      celui qui est raillé et méprisé. C’est ce Dieu qui rachète de   la situation de misère et d’oppression.

     1.3  L’exil

          On a tout perdu, ou presque. Le peuple d’Israel et resté sans prophète, sans roi, sans prêtre, sans temple. Il a perdu les éléments précieux qui donnaient sens et identité. Le choc   fut brutal. La communauté est sur le point de perdre l’orientation centrale de sa foi. Il faut donc se regrouper et resserrer les liens puisqu’il court le risque de perdre son identité. En effet l’influence d’une autre culture se fait forte…

     Devant cette situation comment garder l’Espérance ? Quels sont     les éléments qui pourraient fortifier la vie et rendre      capables de récupérer leur identité ? Ces éléments devraient donner cohésion et sens à la vie, à la communauté en ce moment d’exil. Les voici:

     – La circoncision

     C’est un signe d’identité, signe de l’alliance sellée avec le   Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob. C’est ce qui fera reconnaître    celui qui appartient au peuple de l’Alliance.

     – le « sabbat »

     Ce n’est pas seulement un jour de repos mais c’est un jour consacré au Seigneur. Un jour de rencontre avec le Seigneur, pas une rencontre individuelle mais une rencontre en   communauté.

     – la synagogue

     C’est le lieu de rencontre avec Dieu mais aussi avec les frères, avec la communauté.

     Conclusion

     Ainsi le peuple développera sa solidarité, son appui et son aide à ceux et celles qui en ont davantage besoin. La louange   à Dieu est effective parce qu’elle se réalise de manière très   concrète avec la communauté.

     C’est ainsi que le judaisme conserve les traits de son identité tout au long des siècles VI et 1er avant JC.

II. Le Nouveau Testament

     Dans le nouveau Testament il n’y a rien de bien nouveau au sujet de la fraternité si ce n’est qu’elle devient plus exigente et radicale. On récupère l’idée que rencontrer l’ »autre » c’est rencontrer l’image de Dieu.

     2.1 L‘annonce du Royaume de Dieu

          Tout l’enseignement de Jésus tourne autour du Royaume. Dans son enseignement et son activité il annonce qu’il n’est    pas venu pour les bien-portants mais pour les malades (Mt. 9,     12) et ni pour pour les justes mais pour les pécheurs (Mc 2,      17). L’annonce du royaume de Jésus est une invitation à     entrer, non à repousser, à marginaliser, mais bien à     participer.

     La communauté, médiation du royaume

     Et cela ne se fait pas de manière abstraite. Ca se concrétise dans une communauté. La communauté n’épuise pas le royaume mais c’est la médiation du Royaume. C’est dans la communauté,  à partir d’une communauté et pour la communauté que le Royaume devient une réalité.

     Nouvelle manière  de vivre la relation familiale

     Ce n’est plus la ligne de la chair et du sang qui fonde le   modèle de la famille mais celle de ceux qui font la volonté   du Père. C’est la manière de vivre les béatitudes. Alors la communauté devient le nouveau modèle d’où s’instaure un nouveau type de relations.  (MC. 3, 32-35)

     A. La prédication de Jésus

     – la réconciliation

          L’ »autre » dont parle l’Evangile n’est pas étranger à ma  personne. Il fait partie de ma vie. Je ne peux pas présenter à l’autel mon offrande si j’ai quelque chose contre mon frère. Je dois d’abord me réconcilier.

          La réconciliation c’est sortir de ma personne pour me rencontrer avec l’autre qui est différent en bien des aspects. Cette sortie c’est la rupture avec mon égoisme, avec ma petite vie personnelle et privée dans laquelle je ne me compromets avec rien et d’où je me tiens isolé de tout ce qui pourrait perturber mon petit monde. Sortir de moi c’est entrer dans la dynamique du Royaume, d’où l’autre prend un sens pour ma personne, d’où l’autre n’est plus un étranger, d’où sa douleur et sa souffrance sont miennes, d’où je me compromets à être frère ou soeur.

     – le pardon

          La réconciliation est profondément liée au pardon. Le pardon est essentiel dans la vie de tout chrétien. Il est  important pour la bonne marche de la communauté et de la fraternité. Sans le pardon ni la communauté, ni la fraternité existe. Pour Jésus le pardon n’est pas conditionné, il se donne. A la question de Pierre:  combien de fois dois-je pardonner …  Si je ne pardonne pas, l’autre sera exclu, marginalisé, repoussé et il n’y a rien de plus contraire au Royaume que l’EXCLUSION.

     – l’amour préférentiel de Jésus : les exclus

          C’est à eux que Jésus invite d’abord à participer au Royaume. Le Père de Jésus n’exclut personne. C’est le message du NOTRE PERE. S’il en est ainsi du Père, pourquoi excluirions-nous ?

     B. La communauté primitive

          La première communauté a bien compris cela et c’est ce qu’elle exprime dans le passage des disciples d’Emmaus. On reconnaît Jésus au partage du pain. C’est le lieu où on reconnaît les disciples de Jésus. La communauté acquiert son véritable sens quand elle sait partager, quand elle est fraternelle, quand les pauvres se sentent acceptés et appuyés, quand le processus de recherche de ses membres les amène à leur propre libération

          Une communauté c’est le lieu où tous sont accueillis et acceptés parce que tous ont une valeur comme personne; c’est le lieu où la dignité humaine est la suprême valeur; c’est le lieu où on donne réponse aux besoins des autres. La parabole du jugement final est éloquente à ce sujet (Mt. 25)

     2.2 Les communautés de Paul

          Chez Paul on rencontre des éléments très importants pour nous aider à comprendre le sens de la fraternité et de la solidarité.

          – Jésus est la pierre angulaire d’où se construit l’édifice  (Eph. 2, 20)

          Jésus ne s’est pas accroché à sa condition divine, Il s’est fait un des nôtres, prenant même la condition d’esclave (Phil. 2, 6-11) Jésus est le véritable frère. Il s’est fait un de nous pour partager.

          – La communauté est comme un corps – L’Unité

          Si un membre souffre, tous souffrent avec lui (I cor. 12, 26) Personne ne doit vivre nécessité dans la communauté car la communauté c’est pour être solidaire avec ceux et celles qui souffrent. Paul insiste sur l’unité qui doit se manifester à l’intérieur de la communauté (I Cor. 1, 10): une même pensée, un même sentir, un même coeur … la  communauté c’est le temple où réside l’Esprit du Seigneur  (I Cor. 3, 16) C’est cet esprit qui unifie, qui donne sens et cohésion au fait communautaire. Puisque chacun est temple de l’Esprit et que tous forment le temple du Seigneur, ça veut dire que chacun tient en lui une dignité que personne ne doit violenter. Ainsi toute personne est sacrée (I Cor. 3, 17) Nous sommes des pierres vivantes de cette construction (Eph. 2, 19ss)

          – C’est la foi au Christ qui dit le mieux la dignité de chaque membre de la communauté

          C’est Lui qui unifie, qui élimine les différences qui dénigrent et qui excluent.

CONCLUSION

          C’est dans ces éléments que nous devons chercher la force et la lumière pour affronter la situation que nous vivons aujourd’hui. Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de communautés où se vit la fraternité, la solidarité, le respect pour la dignité de l’autre.

Montréal, le 15 mars 1998

                                       Victor Asselin, ptre

Réponse à la violence

                     REPONSE A LA VIOLENCE

     A notre dernière rencontre nous avons esayé d’approfondir la question de la violence. Aujourd’hui nous essaierons d’y voir une piste de cheminement pour la combattre.

     On pourrait définir la violence comme UNE FORCE VITALE.

         – c’est une manifestation de vie

         – si elle va à l’excès, c’est la destruction de la vie elle-même.

     La violence s’exerce – CONTRE UNE RAISON, contre une norme établie;

                                                      OU

                                      – PARCE QU’il y a UNE RAISON (c’est moins évident)

         Sur ce sujet, voyons l’exemple de Jésus.

I. Exemple de Jésus – Jésus a été violent 

     1.1 Il viole l’ordre établi.

              Pensons aux démêlés qu’il a eus avec les pharisiens du fait qu’il « travaille » le jour du sabbat. Le conseil des Anciens l’a accusé de « trouble-fête » comme on avait accusé le prophète Elie.

              Lc. 23,2  – I R 18,17

     1.2 Face à l’ordre établi, Jésus dresse sa force vitale en raison d’une réalité supérieure, le ROYAUME DE DIEU.

         – Jésus ne se gêne pas pour parler de sa violence: « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Mt, 10,34)

         – Il parle de feu – Lc. 12, 49

              « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (voir note de « Bible des communautés chrétiennes »)

              . il se réfère au baptême avec son aspect violent, la purification

              . il apparaît comme cause de dissension. A cause de lui nous avons à choisir entre le Royaume de Dieu et le monde. Choisir le Royaume c’est plonger avec lui dans son baptême.

         – « Le Royaume de Dieu souffre violence » (Mt. 11,12)

              . Jusqu’à Jean le Baptiste (Lc 16, 16) ce furent la Loi et les Prophètes;

              . Après, c’est le Royaume de Dieu qui est annoncé et tous s’efforcent d’y entrer par violence. « Lutter pour entrer par la porte étroite ». Le temps converge vers la personne de Jésus et, dès lors, c’est l’heure cruciale, l’heure du choix.

    1.3 C’est changer l’échelle des valeurs

         – Il enlève de son chemin ce qui fait obstacle au Royaume

              « Arrière, Satan » (Mt. 16, 23) « Tu es un scandale pour moi », i.e. un obstacle sur le chemin de la Rédemption que Jésus doit suivre. « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».

              Est objet d’expulsion celui ou celle qui place ses intérêts devant ceux de Dieu. Ce sont tous les passages d’expulsion des démons.

         – Il propose un ordre nouveau.

              . Il chasse les vendeurs du temple. Mt. 11, 15-19. Dans ce texte il n’excommunie pas les voleurs mais réprouve les valeurs matérialistes qui ont détrôné les valeurs sacrées et culturelles.

              . « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » – Mc 2, 27

              . « Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, et alors il se répandra et les outres seront perdues. Mais le vin nouveau, il faut le mettre dans des outres neuves »  Lc 5, 37-38

         – Jésus a voulu changer le coeur humain

              . « Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » Mt. 5, 45

              . « Les publicains et les prostituées arrivent avant  vous au royaume de Dieu » Mt. 21, 31

                   Les professionnels de la sainteté sont déboutés car ce qui ouvre le Royaume c’est la conversion.

              . Il donne même les samaritains en exemple aux juifs  Lc. 10, 29-37

              . Il admire la foi de certains païens – Lc. 7, 9

II. Comment vivre l’heure ?

         La réponse à la violence se pose au moment où nous avons les deux pieds dans une situation de violence.

         Eh oui, comment vivre l’heure de l’affrontement quand   nous sommes en présence de l’ennemi, en face d’une personne qui est prête à nous violenter ?

     A. Jacob devant son frère Esaü

     « J’ai affronté ta présence comme on affronte celle de Dieu » (Gn. 33,10)

     2.1 Jacob fait une rencontre avec un personnage mystérieux.  C’est Dieu. Deux attitudes complémentaires:

         – Il lutte ardemment avec ce personnage au point que Dieu  lui donne le nom d’Israël (« Il a été fort contre moi ») – (Gn. 32, 25-29)

         – Il s’en remet complètement à Dieu et reconnaît que c’est par faveur divine qu’il a la vie sauve. (Gn. 32, 30-32)

     2.2 Jacob va à la rencontre de son frère Esaü. Il le craint. Son frère avance avec 400 hommes. (Gn. 33, 1-5)

         – il prend les devants, fort d’être le béni de Dieu

         – il s’en remet complètement à son frère, se prosternant devant lui.

         Et la rencontre se passe bien. « J’ai affronté ta présence comme on affronte celle de Dieu, et tu m’as bien reçu ».

         Exemples: à Gurupi (visite au poste de police après une nuit de prière)

                   à Joao Pessoa

     B. Attitudes de Jésus

     Les deux attitudes de Jacob s’inscrivent dans le grand commandement de l’amour: aimer Dieu et aimer son prochain. Voyons cela dans la personne de Jésus.

     2.1 Jésus s’en remet à son Père.

         Persécuté, Jésus de tourne vers son Père. Il s’en remet à son Père. Il le considère comme capable de juger avec justice et de triompher de la mort. C’est là qu’il trouve         sa RAISON D’ETRE et sa force.

     2.2 Jésus s’en remet au prochain

         Jésus regarde ses persécuteurs. Il pratique l’amour du prochain. il avait déjà dit de tendre l’autre joue; ici, il pardonne à ceux qui le crucifient. Ce n’est pas un abandon passif entre les mains de Dieu; il se fait violence à lui-même pour mieux faire violence au violent.       Il l’affronte au niveau de sa conscience. De ce fait, il l’ennoblit, il l’aime. C’est la seule porte d’où peut venir l’amour en retour.

     A cause de cela, en raison de cela, l’AMOUR est la seule force vitale qui répond efficacement à la violence.

         Pour les humains, l’histoire de Jésus finit sur la croix. Dieu avait osé croire que les humains auraient des égards pour son FIls. Mais non. L’amour de sa création allait       jusque là.

         Cependant Dieu n’avait pas dit son dernier mot. Une fois le sang versé, selon l’exigence des humains, l’amour n’était pas mort pour autant. L’amour est une FORCE      VITALE, la seule vraiment. L’amour se tiendra debout, toujours, envers et contre tous. L’amour est la raison d’être ultime, même de la violence. Pour les chrétiens et les chrétiennes, voici la raison d’être de la résistance à la violence. Se faire violence par amour.

III. La non-violence – Une réponse à la violence.

         Des hommes comme Gandhi et Luther King et autres ont pratiqué une réponse appelée « non-violence ». Qu’en disons-   nous ? Se situe-t-elle dans la ligne de l’Evangile ?

     3.1 Les sources de la violence

              Les sources de la violence sont multiples et complexes. Elles jouent sur deux plans indissociables: le plan individuel et le plan collectif.

         1. Gandhi affirme que la violence prend racine dans le coeur de l’homme. C’est aussi l’enseignement de Jésus.

              « Du coeur en effet proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, injures » (Mt. 15,19)

         2. Puisque l’homme est aussi une créature sociale, la violence provient aussi du coeur de la société. Les institutions peuvent engendrer des formes de violence soit par une trop grande permissivité ou par une présence trop envahissante, parfois oppressante et aliénante.

     3.2 La non-violence, un appel à la conscience

              La violence ne peut se solutionner par une vue courte sur le présent. Il est nécessaire une vision à long terme. Alors comment agir pour atteindre les personnes et par ricochet les structures oppressantes pour espérer extirper la violence de nos coeurs et de nos vies ?

         1. Par la loi ?

              « Dans la loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi qu’en dis-tu ?

              La loi sert de balises communes pour fonctionner en société mais ça ne suffit pas.

         2. Jésus retourne les gens à leur propre conscience.

              Comme nous l’avons déjà dit, Jésus a affronté la violence au niveau de sa conscience. Ici, la non-violence remet les gens à leur conscience. En effet, les lois doivent favoriser l’épanouissement des gens en les retournant à leur conscience. C’est ici que     réside la force de la NON-VIOLENCE. La non-violence pose la « question fondamentale de la capacité à aimer et à s’engager en faveur du bien commun… car seule la non violence nous autorise à tenir à la vérité fondamentale de notre conscience » (Krieger, David J. Les voies du coeurs, Cerf, 1993, p. 17)

     3.3 Les implications de la non-violence

         1. Elle suppose un travail d’éducation et de conscientisation afin que les choses changent de l’intérieur pour atteindre les personnes au coeur de leur être. Elle suppose la douceur et l’amour, mais aussi le courage et la fermeté.

              « Vous avez appris …. oeil pour oeil … et moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire … Mt. 5, 38-39

         2. Cette douceur et ce courage impliquent une approche autre et créative des problèmes, conflits, tensions, oppressions et injustices. Cela appelle la conscience humaine au dépassement de soi, à l’abandon de nos préjugés défavorables et idées  préconçues, pour nous ouvrir à la différence de l’autre et à l’amour des ennemis.

         3. La non violence et la souffrance renvoient à la propre conscience. En effet la non-violence et la souffrance volontairement assumées sont des miroirs dans lequel ceux et celles qui commettent la violence perçoivent la souffrance qu’ils ou elles provoquent, ce qui les interpelle au questionnement en les renvoyant à leur propre conscience.

         4. Pour atteindre les personnes au coeur de leur être, il faut faire preuve de droiture morale, de douceur, de courage, car la peur est aussi source de violence; il faut rechercher la vérité en toute chose et chercher constamment la voie de l’Amour. La non-violence c’est l’engagement de toute une vie. C’est un travail constant qui demande vigilance et engagement de toute notre personne.

         5. La non-violence propose une issue concrète au problème de la violence pris dans son ensemble et aux  aliénations qui oppressent l’humanité. Par la voie de l’Amour et de la Vérité elle nous suggère de commencer le grand ménage en nous-mêmes, au coeur de l’être, et ainsi susciter des transformations en profondeur dans les consciences individuelles et collectives. Le Christ lui-même nous invite à plonger notre regard à l’intérieur de nous-mêmes.

         conclusion

              La non-violence, c’est la loi fondamentale du coeur et de l’intelligence. Par la non-violence nous désarmons ceux et celles qui commettent la violence en opposant la douceur à la violence, le pardon à la vengeance, la générosité à la mesquinerie,           l’amour à la haine et la vérité au mensonge et à l’hypocrisie.

     3.4 Retenons …

         L’ampleur des problèmes ne doit pas nous faire perdre de vue la valeur des actions que nous pouvons poser, même si nous ne changerons pas le monde. Sauf que …

         1. la gratuité nous interpelle – la gratuité qui consiste à s’impliquer un peu plus et un peu mieux (bénévolat ou manière gratuite d’approcher un collège de travail …)

        2. l’écoute des autres nous interpelle – nous vivons dans un monde où nous ne nous parlons plus vraiment et où nous n’écoutons pas l’autre… n’est-ce pas une cause de violence ?

         3. la prière nous interpelle – seul un approfondissement de notre intériorité en face de Dieu peut mener à une compréhension plus profonde et à un dialogue plus vrai.

         4. le monde nous interpelle – le monde comme lieu d’engagement… là où le partage et l’ouverture ont leur place. Monde aux richesses mal partagées, etc… Dans ce monde on s’adresse au frère ou à la soeur et à Dieu en disant: J’ai soif.

                      La communauté ….

     « On expérimente le dépassement de la violence par la pratique de la solidarité. La communauté est le nouveau terrain et le terrain concret pour sa rédemption » (Milton Schwantes)

I. Réponse de Jésus à la violence – Un peuple solidaire – un peuple d’exclus – au service de la non- violence i.e. de la fraternité

     a. Pour réaliser la mission, Dieu a envoyé son propre Fils. C’est lui qui a apporté la libération pour le peuple et qui a annoncé aux pauvres la bonne nouvelle du Royaume.

     b. Le message de Jésus n’a pas plu à tous. On s’attendait tout simplement à un revirement de situation i.e. que les juifs prennent la place des romains. Mais Jésus ne        l’entendait pas ainsi: il voulait un changement radical: UN PEUPLE FRERE ET SERVITEUR, un peuple solidaire.

     c. C’est ici que le Père est venu montrer de quel côté il était. Il s’est servi de son pouvoir créateur et a ressuscité Jésus.

 

II. Le projet de Jésus continue 

     Puis les premiers chrétiens, se servant du même pouvoir, se sont organisés en petites communautés. (Ac. 2, 42-44)

         « Vous êtes une lettre du Christ remise à nos soins, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non, sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les coeurs. » (2 Cor. 3,3)

         « Notre lettre, c’est vous, une lettre écrite en nos coeurs, connue et lue par tous les hommes » (2 Cor. 3,2)

         C’est dans la vie communautaire des premiers chrétiens, soutenue par la foi en Jésus vivant au milieu d’eux qu’est apparu le signe clair du projet du Père. Ce signe       explicite l’appel d’Abraham et la libération du peuple d’Egypte.

III. L’exemple d’Emmaüs. Une communauté, lieu d’expérience de la Résurrection

     Emmaüs nous fait vivre l’expérience de la résurrection, vécue en communauté. Elle fut le grand éclair qui a illuminé les yeux.

     Quand les deux disciples marchaient sur le chemin avec Jésus, ils ne le reconnaissaient pas. Il manquait la lumière dans leurs yeux. Il manquait l’expérience de la résurrection. Quand ils le reconnurent à la fraction du pain, Jésus disparut car, à ce moment, Jésus était entré en eux et eux-mêmes ressuscitèrent. Ils ont vaincu leur manque d’ardeur et   retournèrent à Jérusalem, lieu où se trouvaient les pouvoirs qui avaient tué Jésus et, en conséquence, avaient tué en eux l’espérance. Mais ils ne les craignaient plus. En eux étaient entré une force plus grande, une force de vie qui vainc la mort.

     2.1 Jésus a dialogué, écouté avec patience, a mangé, prié etc.. posé des gestes bien concrets d’amitié. Tout cela c’est le climat de la communauté où on cherche à vivre       comme des frères et des soeurs. C’est là que se fait l’expérience de la résurrection du Christ vivant au milieu de nous.

     2.2 En créant le climat de dialogue, Jésus a amené les deux disciples à parler des problèmes de la vie. C’est ainsi qu’est apparu la tristesse, le manque de motivation, la        frustration, la fausse espérance, la décision de condamner Jésus, la croix et la mort, la conversation des femmes, l’incapacité des deux de croire dans les petits signes d’espérance. En somme il a amené à parler de toutes les violences et, en particulier des violences gratuites …

    2.3 C’est en dialoguant avec eux (donc en communauté) que Jésus s’est servi de la Bible non pas pour l’interpréter et pour enseigner mais pour interpréter les faits de la         vie et pour animer les deux disciples. Il a réfléchi avec eux en leur faisant voir qu’ils n’avaient pas raison dans leur manière d’expliquer les faits et leur a prouvé, à la lumière de la Parole, que les faits n’échappaient pas à la main de Dieu. Il s’est servi de la Bible non pas pour l’enrichir de quelques belles idées mais pour susciter un changement radical: la peur devient courage; le désespoir devient espérance; le fuite devient        engagement; la séparation devient rencontre; la mort devient vie.

Conclusion

     La vie communautaire dans la foi en la Résurrection est comme la caisse de résonnance d’une guitare. Sans elle, les cordes des paroles bibliques ne produisent pas la musique de Dieu dans le coeur du lecteur ou de la lectrice. Cette caisse de résonnance se crée :

     – en créant un climat d’ouverture entre les personnes;

     – en essayant de comprendre à partir de celui qui souffre et qui cherche à se libérer;

     – en vivant en petit groupe car le message de foi ne peut être capté et compris qu’en communauté;

     – en ayant la conviction que Dieu nous parle dans l’histoire de la communauté et du peuple;

     – en prenant le temps de prier, de célébrer et de partager …

     Quand la vie communautaire s’enracine dans la réalité et qu’elle s’appuie sur la Parole le miracle du changement se réalise. La violence disparaît. Les disciples d’Emmaüs découvrent la force de la Parole de Dieu présent dans les faits, commencent à la pratiquer et tout se transforme: les yeux s’ouvrent, la croix devient signe de vie et d’espérance, la crainte disparaît, le courage réapparaît, les personnes s’unissent, commencent à partager entre elles leur expérience de résurrection etc… Comme pour les disciples d’Emmaüs on découvre que tout commence au moment où Jésus parle…

 

Entretien donné aux religieuses de la Congrégation de Notre-Dame (C.N.D.), communauté du Sacré-Coeur, Westmount, Montréal, le 10 mars 1997)