L’exclusion, un défi à la fraternité évangélique

L’EXCLUSION, un défi à la fraternité évangélique

     Le 1er mai 1997 le comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec et le Carrefour de pastorale en monde ouvrier, Québec, publiait le message « J’étais là, m’as-tu fait de la place »?

Le document invite à faire l’exercice de réflexion sur notre manière de vivre l’économie et l’emploi dans nos maisons. … » L’Eglise du Québec représente … un espace économique avec ses fabriques, ses diocèses, ses communautés religieuses, ses mouvements et ses petits groupes. Ces différentes entités ont une autonomie administrative. Elles ont des revenus et des dépenses. Elles gèrent des emplois…. Y abordons-nous les questions économiques dans un esprit de service à la vie ? … là où il y a un budget, là où il y a une maisonnée à organiser, et parce que nous sommes humains, il y a la possibilité d’une pratique dominatrice ou solidaire….  »

« Parce qu’il n’y a pas de réponse unique… nous croyons qu’un exercice fraternel de révision de vie économique dans l’Eglise du Québec… peut constituer un déclencheur approprié pour engager notre responsabilité. … Nous pensons que nous avons la maturité nécessaire pour entreprendre l’exercice. »

C’est dans cet optique qu’aujourd’hui nous réfléchirons sur deux réalités importantes:

1. Le néo-libéralisme engendre l’exclusion

2. La fraternité évangélique, réponse à l’exclus

…………….

Néo-libéralisme et exclusion

La fraternité, élément fondamental d’une convivialité harmonieuse entre les humains doit se réfléter dans les attitudes individuelles et sociales et dans la société. Et ceci devrait encore plus se rencontrer dans les sociétés dont la structure politique est démocratique. En effet n’est-ce pas la responsabilité de ceux et celles qui ont reçu l’autorité par le vote de ses concitoyens et concitoyennes ? La question que nous voulons bien poser aujourd’hui est celle-ci : dans quelle mesure le monde qui se dit démocratique réussit-il à assurer une véritable fraternité entre les humains, en particulier dans l’économique , i.e. dans cette dimension qui régit la répartition des fruits de la terre et le travail des humains ?

Restructuration de l’économie

L’économie mondiale est dans un processus de restructuration. Le mur de Berlin en est le symbole. En effet la disparition du bloc soviétique fut le signe d’un changement essentiel car il ouvrait les pays de l’est à l’économie de marché (loi de l’offre et de la demande) et non plus à une économie planifiée (régie par l’Etat).

C’est alors que le système néolibéral a pénétré dans tous les pays de l’ancien bloc soviétique et, dès lors, l’économie de la majorité des pays fonctionne selon les lois de l’offre et de la demande. L’intervention de l’Etat comme régulateur du marché peut être plus ou moins significative mais il est une chose sûre : dans les relations économiques internationales l’économie est indépendante.

Ce triomphe du système néolibéral nous a introduit dans un monde unipolaire. Auparavant s’affrontaient deux fonctionnements économiques, chacun avec leurs principes distincts (planification et lois du marché) alors que la loi du marché se présente maintenant comme vainqueur et unique capable de gérer la production et la répartition des biens.

Quelles sont les caractéristiques de ce monde unipolaire et comment fonctionne-t-il ? Quelles sont les conséquences du néolibéralisme dans les économies nationales et dans les transactions entre les pays ? Est-il vrai que c’est l’unique manière de gérer les relations d’échange entre les humains ?

I. La globalisation

Le système néolibéral se caractérise par le minimum d’intervention de l’Etat. Ce sont les lois de l’offre et de la demande qui déterminent quels biens on va produire et à quel prix. Cela s’applique également au marché du travail i.e. que les personnes rencontrent les emplois du type et du prix que le marché détermine.

Ces caractéristiques nous viennent des théories libérales du siècle passé. On parle du néo-libéralisme car après une période où l’Etat intervenait activement dans l’économie, il y a une tendance dans les dernières décennies à ce que l’Etat se retire, ce qu’il fait graduellement, laissant toutes ses activités dans les mains de l’initiative privée. On croyait et on croit que c’est plus efficace et rentable.

L’auto-régulation du marché

L’Idée qui est en-dessous de cette manière de voir est celle de l’auto-régulation du marché. Cela signifie à niveau mondial que chaque pays et chaque région se spécialisent selon sa capacité  d’être plus compétitif dans les sphères de leurs spécificités. De cette manière on augmente l’interdépendance entre les pays puisqu’on favorise l’échange commercial et l’échange de services plus que l’autosuffisance nationale.

Evidemment cette loi du marché favorise le plus fort: celui qui a une infrastructure meilleure, celui qui a une plus grande capacité d’invertion, celui qui a une technologie plus développée aura plus de chance. Et ce n’est pas une cachette que les pays se rencontrent dans des situations très inégales. Et alors que se passe-t-il ? La compétence entre inégaux a comme conséquence la perte du plus fragile : il est alors absorbé par le plus fort ou on le met tout simplement de côté. C’est l’exclusion, phénomène nouveau dans l’économie mondiale.

Attitudes et conséquences

Ce fonctionnement économique conditionne des attitudes et des conséquences qui caractérise notre monde moderne. Les uns disent, par exemple, que c’est la fin de l’histoire. Cela signifie que nous sommes arrivés à un point final de l’évolution. On ne pourra rien trouver de meilleur. C’est la fin des utopies. Rien ne sert de chercher autre chose. Ainsi les personnes grandissent et sont éduqués dans une ambiance très individualiste. ça ne vaut pas la peine de se réunir pour organiser de nouvelles manières de vivre ensemble car l’unique qui fonctionne est la loi du plus fort et l’unique que nous pouvons défendre est notre liberté individuelle: la liberté – si nous faisons partie des plus forts – de gagner plus.

Cette liberté à outrance apporte avec elle la domination des plus forts sur les plus faibles. Voici des exemples:

- entre les personnes dans un même pays les riches deviennent plus riches et les pauvres deviennent des misérables;

- la différence entre les pays du Nord et les pays du sud augmente de plus en plus;

- Dans la nature, l’homme, se sentant plus fort par sa capacité technologique, détruit l’équilibre fragile de la terre aux dépens de gains matériels immédiats.

Le développement rapide de la technologie

Tout cela  se voit amplifié par le développement rapide de la technologie qui rend encore plus possible une domination plus efficace car, par les moyens de communication, elle envahit tous les coins de la terre. On transporte les produits de manière plus rapide et à un prix plus bas. Les recours financiers se déplacent en espace de seconde via satellite, entrant et sortant des pays selon leur rentabilité sans leur laisser le temps suffisant pour être utilisé dans quelque chose de productif. La publicité faite à l’échelle internationale uniformise les modes de consommation et cela, non seulement pour les produits tangibles mais pour la culture. Elle envahit la culture: la télévision, les livres, les spectacles… tout est soumis à la loi du marché. De plus en plus on s’habille pareil, on mange la même chose, on lit la même chose -évidemment toute proportion gardée – et on finit par adopter, en beaucoup de choses, la même manière d’être et de penser. Et ce n’est pas nécessairement la meilleure mais bien celle de la domination.

Réactions

La globalisation a provoqué diverses réactions chez les plus faibles:

- la renaissance des nationalismes -

Dans plusieurs parties du monde des peuples et des personnes revendiquent leurs racines ehtniques et/ou culturelles et souvent de manière intolérante et        violente. Ex. les serbes et les croates en Europe de l’Est et les hutus et les tutsis en Afrique. Bien que les  problèmes sont très complexes et ont des racines historiques profondes, nous pouvons nous aventurer à dire que le manque d’espérance pour une vie meilleure (pour l’Afrique c’est l’espérance d’une survie) liée à la nécessité d’avoir son identité sont des réactions à la globalisation.

- les intégrismes religieux – l’islamisme, le fondamentalisme catholique, les sectes chrétiennes de tout genre etc…

- l’extrême droite en politique – Le discours de certains groupes d’extrême droite ne diffère pas beaucoup des fascistes d’il y a 50 ans et alimente un racisme souvent violent.

Il y a aussi des réactions pleines d’espérance, des alternatives pour la fraternité entre les humains. Nous verrons cela plus loin.

II. Qui contrôle l’économie mondiale ?

Si la globalisation est mondiale, on ne peut pas dire la même chose de l’économie car les pays industrialisés concentrent les recours financiers et techonologiques et leurs relations avec les pays pauvres peuvent être qualifié de néo-colonialisme i.e. ils exercent un contrôle en raison de leur supériorité économique et financière et, ainsi, attentent à l’autonomie politique des nations plus faibles.

La dette externe

Et un de leurs arguments pour exercer le contrôle est celui de la dette externe. Puisque le paiement de la dette externe est pratiquement impossible pour les pays pauvres, les pays riches avec la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire    international imposent une restructuration qui n’a pas pour objectif le bon fonctionnement des économies locales mais le paiement de la dette.

La lutte pour la domination

De plus les pays riches se disputent entre eux pour avoir la domination économique. Ainsi les Etats-Unis sont menacés par    l’Allemagne et le Japon. Cette lutte a amené la formation de blocs et de marchés régionaux. L’Union européenne, L’Alena, le Japon organise une région économique avec d’autres états du sud-est asiatique… Puis il y a le groupe des SEPT qui contrôle les mesures économiques imposées par les institutions  comme la Banque mondiale et le Fond Monétaire International.

Problèmes

Avec l’application exagérée des philosophies néolibérales qui    limitent l’ingérence de l’Etat on en est arrivé aux problèmes suivants:

1. Non seulement les grands capitaux décident mais il n’y a aucune possibilité de contrôle sur eux. Même les gouvernements des pays riches sont impuissants.

2. De plus les capitaux s’engagent dans une inversion financeiro-spéculative plutôt qu’une inversion dans la production d’un pays. De cette manière les économies des pays fragiles sont à la merci des grands capitaux car ceux-ci entrent quand ça fait leur affaire et sortent quand ça fait leur affaire. On vient chercher l’argent quand les intérêts sont hauts et on disparaît au premier indice que les capitaux pourraient être plus rentables ailleurs sans laisser aucun type de construction. Il y a ainsi un écart important entre l’économie réelle et l’économie spéculative qui empêche la croissance concrètedes pays.

III. Mécanisme de domination

Avec les éléments que nous venons de voir, est-il possible de discerner de quelles manières s’interrelacionnent les intérêts économiques, politiques, idéologiques et militaires des puissances du globe dans leur lutte pour établir leur hégémonie ?

On peut affirmer que ce sont les mécanismes traditionnels que les pays développés ont toujours maintenu envers les pays du Sud qui se sont renforcis et se sont étendus à l’échelle de la planète. Voyons:

1. La philosophie géopolitique perd du terrain et est remplacé par la géoéconomie. Clinton, lors de sa 1ère visite à l’Allemagne réunifiée, disait: « Ce sont le commerce et les troupes qui définiront de manière croissante les  liens qui uniront les nations au XXIe siècle ». Ce sont les grandes corporations et les centres internationaux de pouvoir financier qui décident le chemin de l’humanité.

2. Le monde de l’après-guerre froide développe une dynamique multinationale de pouvoir. Ce sont les puissances du Nord, maintenant appuyées par la Russie, qui influencent les décisions des organismes internationaux (ONU, OEA, OTAN etc…)   Ces organismes fonctionnent comme des instances supranationales qui grugent de plus en plus la  souveraineté des pays du Sud. Malgré leurs discours        progressistes avec la défense des droits de la personne, de l’environnement etc… elles sont des instruments efficaces pour forcer les nations pauvres à ouvrir leurs économies, à s’intégrer de manière dépendante au marché international, à ouvrir leurs frontières à des milliers de soldats en « mission de paix » quand elles sont  incapables par elles-mêmes de restaurer l’ordre démocratique, à continuer à payer à haut prix social et ambiental la reconversion industrielle et la compétence « inter-blocs » des puissances du Nord.

3. Un exemple dramatique de ce que nous venons de dire est bien celui de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Leur rôle devrait être celui de conduire les grands et les petits à participer à la croissance économique mondiale. Mais ce n’est pas ce qui arrive. Leur intervention en est une d’une pression croissante  sur les gouvernements du Sud pour que leurs économies soient de plus en plus compétitives et qu’ainsi puissent payer leurs dettes extérieures. Cet objectif ne peut être obtenu que par l’application des politiques socialement criminelles de l’ajustement structurel. Elles fixent les conditions du développement mais ne se responsabilisent aucunement des conséquences. Les résultats de cette « coopération » sont désastreux. Pour garder leur image elles se sont approprié des discours des ONG’s sur le développement, la pauvreté et la participation populaire  mais elles ne se sont jamais engagées à abandonner les politiques néolibérales qui mettent en danger la survie humaine. La Banque mondiale conditionne son appui aux gouvernements qui appliquent les programmes d’ajustement et réorientent leurs économies vers l’extérieur.

Voici ce que disait Pierre Galand qui, durant 3 ans, était membre du Groupe de Travail d’Organismes non gouvernamentaux de la Banque Mondiale:

« L’Afrique se meurt et la Banque Mondiale s’enrichit.  L’Asie et l’Europe Orientale voient leurs richesses disparaître et la Banque Mondiale appuie les initiatives du Fond Monétaire International et du Gatt qui autorisent ce vol de richesses matérielles et intellectuelles. L’Amérique Latine, comme les deux autres continents contemple avec horreur comment ses enfants sont exploités comme force de travail et encore, ce qui est le plus terrible, comme donateurs forcés d’organes pour le marché prospère de transplantations en Amérique du Nord.

Dans ses discours, la Banque Mondiale parle des sacrifices inévitables qu’exige la stabilité structurelle pour que les nations s’intègrent dans le marché mondial globalizé comme s’il s’agissait d’un désert difficile à traverser pour arriver à la Terre Promise du développement ».

4. Les puissances du Nord sont certaines qu’il est très difficile pour le « reste » du monde de prétendre au développement. Pour cette raison elles ont favorisé la génération de « puissances régionales » qui peuvent servir de frontière entre le Nord et le Sud. Elles détiennent en elles-mêmes les maux du « développement ». Des pays comme l’Inde, la Chine, Iran, Irak, Egypte, Argélie, le Marroc et le Mexique sont appelés « pays tampons ». On ne prétend pas les incorporer au monde de l’industrialisation et ainsi on baisse un peu la ligne qui divise le Nord du Sud.

5. Les puissances n’ont pas renoncé non plus à la domination militaire ni à l’industrie de guerre. Curieusement les coûts militaires des pays du Sud ont augmenté à un rythme plus accéléré que celui des pays du Nord lors des dernières années. Ce sont les conflits régionaux qui le motivent. De plus il y a toujours danger d’une économie récessive puisque les zones sont controlées par les intérêts des blocs économiques hégémoniques.

6. La lutte pour l’hégémonie comprend aussi les aspect  idéologiques. Avec la chute du socialisme la voie capitaliste demeure comme l’unique alternative. Ce fait a affaibli les résistances des états nationaux devant les processus de globalisation mondiale. Et de plus ce processus de transnationalisation pose l’épineux problème de l’identité des peuples.

IV. Les conséquences

Même si on vante et on défend le néolibéralisme comme l’unique alternative viable de développement, il y a plusieurs évidences de ce que les élites qui contrôlent l’humanité se sont trompés. On peut le voir par les nombreux effets engendrés sur la planète.

4.1 Conséquences dans le développement social

L’échec le plus évident est bien celui du fossé encore plus grand entre les pays du Nord et ceux du Sud et reproduisant aussi cette dynamique à l’intérieur de chaque pays. Le rythme de croissance s’est accéléré entre les inégalités.

Voici quelques données du Programme des Nations Unies pour le Développement:

- Dans un monde de 5,600 millions de personnes, 1,300 millions  vivent dans l’extrême pauvreté i.e. dispose de moins d’un dollar par jour pour sa subsistance;

- Les 3/4 des pauvres vivent en Asie méridionale et orientale, en Afrique, en Amérique Latine et dans les Caraibes;

- 1,300 millions personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 770 millions n’ont pas accès aux services de santé;

- A chaque 3 secondes meurt un enfant pour des causes qu’on pourrait éviter si on avait accès aux conditions sanitaires minimales. 98% de ces enfants vivent dans un pays en voie de développement;

- Dans les pays du Sud une femme enceinte a 18 fois plus de chance de mourir durant son état de gestation que dans le Nord. A chaque année meurt 600,000 femmes durant la  gestation ou durant l’accouchement;

     – Dans l’éducation, 300 millions d’enfants ne vont pas à l’école et 1,000 millions d’adultes sont analphabètes;

- On compte plus 1,000 millions de sans-emplois. En Amérique Latine ça implique 30% de la population.

- Dans le Nord 20% de la population controle 60% de la  richesse de la planète; 98% de la recherche cientifico-technologique; consomme 70% de l’électricité du monde; possède 70% des métaux et 85% du bois.

On veut favoriser la croissance et réduire les dépenses publiques et sociales. De plus, ce qui peut aussi expliquer aussi l’inégalité ce sont les grandes différences entres les   salaires des travailleurs qualifiées et des non qualifiés comme aussi entre les travailleurs des pays industrialisée et des pays non industrialisés.

On justifie l’implantation de ce modèle de développement en affirmant qu’en favorisant la croissance économique des élites de chaque société c’est créer les conditions de bien-être et de prospérité pour le reste. On oublie qu’on offre une solution à la pauvreté sans exiger la discipline morale du partage. Et alors on ne se rend pas compte que l’appauvrissement accéléré devient de plus en plus une menace plus grande que celle de la bombe atomique.

Il n’y a pas de volonté du côté des « centres de pouvoir » de   transformer cet état de choses. Cela se vérifie clairement par la dépense militaire et par la dette externe.

- dette externe: chaque année les pays du sud payent comme intérêt une somme 3 fois supérieures à ce que les pays du Nord investissent dans la coopération internationale;

- dépense militaire: l’importation d’armes des pays du Sud équivaut à 75% de l’aide externe reçue et il existe 8 fois plus de soldats que de médecins.

4.2 Conséquences environnementales

L’écosystème est menacé autant par la richesse excessive que par la pauvreté extrême. Les deux génèrent des effets nocifs sur la nature. Voici quelques exemples:

          – La destruction des boisés. Presque la moitié des boisés humides tropicaux ont été détruit par les entreprises qui exploitent le bois précieux ou font de l’élevage extensif. Ces boisés qui couvrent à peu près 6% de la superficie terrestre sont l’habitat de 80% de toutes les espèces d’insectes de la terre, sans compter la diversité de mammifères, d’oiseaux et de plantes. Ils jouent un rôle important pour le climat si bien que peuvent être changés les systèmes de vents, les régimes de pluies etc…

          – L’érosion des sols.

          L’abandon des méthodes traditionnelles de cultiver la terre et l’usage d’engrais et de fertilizants industrialisés et l’accélération de l’augmentation de la population humaine ont influencés de manière drastique de telle sorte qu’à chaque année on perd 24,000 millions de tonnes de la couche supérieure du sol, ce qui représente une perte de 9 millions de tonnes de cueillette potentielles de céréales. De plus on emploie les fertilizants chimiques pour produire plus pour l’exportation. Aussi à chaque année 40,000 personnes  meurent dans le Tiers-Monde d’intoxication due aux pesticides.

          – L’empoisonnement de l’air -

          Les formes de contamination qui détruisent l’équilibre atmosphérique s’aggravent. Beaucoup de quantité d’ozone produit du mélange d’hydrocarbure que laissent échapper les autos et les industries avec les oxides de carbone de la lumière solaire menacent la vie. Ceci a commencé à être une tragédie surtout dans les villes surpeuplées du Tiers-Monde. Et d’un autre côté la pluie acide des gas industriels et des centrales électriques assassinent les boisés et les lacs des Etats-Unis et de l’Europe. On estime que presque toutes les espèces d’arbres en Europe sont affectées et qu’aux Etats-Unis plusieurs espèces courent le danger d’être éliminées comme par exemple le pin rouge et le pin blanc.

          – La mort des eaux -

          Les déchets industriels et les déchets domestiques versées dans les rivières, les lacs et les océans sont les causes de l’extinction de plusieurs espèces d’animaux        et de végétaux. On calcule aussi que 25,000 personnes meurent à chaque jour pour avoir bu de l’eau contaminée.

     « La nature humiliée a été mise au service de l’accumulation du capital. On empoisonne la terre, l’eau et l’air pour que l’argent génère plus d’argent sans que diminue le taux du  gain. Efficient est celui qui gagne plus en moins de temps » (Eduardo Galeano)

     4.3 Conséquences culturelles

          Les tendances forcées à l’unification de vastes zones géoéconomiques, à la globalisation mondiale et à l’uniformité   culturelle dans un monde très divers et inégal ont engendré une série de contradictions dans les processus culturels.     Voici:

     – La crise des identités sociales et nationales -

     Il est de plus en plus difficile de penser en termes nationaux. L’identité collective basée sur la natalité ou l’appartenance à une classe sociale est en train de disparaître. Comme forces émergent les identités ethniques, religieuses,, régionales, de genre etc…

     – la crise de la démocratie formelle -

     L’émergence de la multiplicité d’identités engendrent l’apathie politique de grands secteurs de la population.

     – Les recherches de contre-cultures -

     Face à la consommation, à l’individualisme et à la technocratie on recherche des alternatives d’utopies. Cependant ce ne sont pas toutes les recherches qui sont libératrices car on sombre souvent dans le fanatisme et l’aliénation comme on le voit dans des sectes et des cultes liés au satanisme.

CONCLUSION

     Le nouvel ordre mondial qui est en train de s’établir est bien loin d’un climat fraternel entre les humains. Il est urgent de remettre la personne humaine au centre des considérations économiques, politiques et sociales mais non pas comme exploiteur mais bien comme responsable d’un tout, incluant la nature qui est la base de sa survivance. Nous devons juger avec une éthique renouvelée les mécanismes qui régissent les relations dans la société. Il est urgent aussi, comme citoyens actifs et responsables, que nous étudiions la logique néolibérale pour découvrir des alternatives bien fondées. Il nous faut regarder des propositions non seulement techniques mais aussi culturelles sans oublier que les générations millénaires peuvent offrir des alternatives à ce que le monde occidental nous présente aujourd’hui. Nous sommes devant une menace d’en finir avec la création que Dieu nous a remis entre les mains.

Montréal, 15 mars 1998

                                  Victor Asselin,

                   La fraternité dans la bible

        (L’exclusion, un défi à la fraternité évangélique)

     La fraternité est un des points centraux et fondamentaux dans la pensée théologique du peuple d’Israel, point qui sera assumé postérieurement par la pensée chrétienne de la communauté primitive.

     Le sujet est ample. Nous allons seulement sortir quelques pistes. Et je le ferai en prenant comme division les deux grandes parties de la bible, à savoir l’Ancien testament et le Nouveau Testament.

INTRODUCTION

     Dès le début de la bible le thème est clair. L’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gen 1,26) et, à cause de cela, il a une dignité. Cet homme-femme est appelé à vivre dans la respect, dans le partage, dans la fraternité, en communauté. Tout au long de l’histoire d’Israel cet élément est fondamental pour comprendre le développement de sa pensée. Depuis Abraham jusqu’à Jésus on insiste sur un seul point: l’intérêt et le soin pour l’autre. Et cela parce que l’autre a une dignité et parce qu’il est une représentation de ce grand autre: DIEU. C’est ainsi qu’on peut dire que toute la pensée théologique de l’Ancien Testament est centrée sur cette idée: LE PROJET D’ETRE FRERE. Cet élément central on le trouve quand Dieu appelle Cain et l’interroge au sujet de son frère Abel. (Gen. 4, 8-10) Nous avons alors une affirmation claire et explicite de ce que chacun et chacune sommes responsables de nos frères et de nos soeurs.

I. L’Ancien Testament

     Nous alons nous référer au Pentateuque avec son histoire et ses lois, aux prophètes avec son appel à la conversion et à l’époque de l’Exil dans lequel le peuple défend sa foi, sa vie de fraternité et de communauté.

     1.1 Le Pentateuque

     Dieu, bon et miséricordieux, établit son Alliance ave l’homme, Abraham. Il l’invite à être une bénédiction pour tous les peuples de la terre et à être témoin de l’amour et de la bonté    de Dieu (Gen. 12, 1-3)

     Contexte

     Nous nous mouvons dans une ambiance de pasteurs qui vivent    dans le désert où la survivance est un fait quotidien. Si tu    n’es pas fraternel et hospitalier, l’autre peut mourir. Dans     ce contexte, être fraternel n’est pas simplement une question de goût ou de préférence. C’est une question de vie ou de mort   car nier la nourriture ou la boisson dans le désert c’est    condamner l’autre à une mort certaine. C’est dans ce contexte   que dans le Pentateuque on a divers passages qui nous      indiquent que l’étranger jouit de certains privilèges à cause   de sa situation.

     a) Un des textes les plus beaux est celui des trois  personnages qui se présentent à Abraham près du chêne de Mambré. Il est à la porte de sa tente et il invite les  trois hommes à venir se reposer et à manger. C’est le précepte de la fraternité et de la survivance au désert.

          Lisons – Gen. 18, 1-8

                    Gen. 24, 17-21

                    Ex. 2, 15-20

          C’est l’engagement de l’hospitalité. C’est être frère au désert. L’autre dépend de moi pour vivre. C’est aussi l’esprit que nous retrouvons dans les commandements.           Violer une seule de ces lois provoquerait un désastre. Ce serait le chaos dans la communauté.

     b) C’est de cette perspective que prend sens l’idée d’une communauté, de la fraternité. La personne ne peut pas être seule car elle ne pourrait pas développer toutes ses capacités. Sans compagnie, la personne est condamnée à l’échec. Voici pourquoi le respect de l’autre, l’aide et l’appui sont des colonnes essentielles dans la vie.

     c) L’expérience fondamentale, base de la foi d’Israël, se trouve dans la libération du peuple de l’esclavage, de l’oppression d’Egypte.

               Deut. 26, 5-9

     d) Dieu se fait patient quand l’autre souffre, quand « l’autre » a besoin de Lui. Il se fait compagnon de route, il accompagne l’autre dans sa douleur, dans sa souffrance. Il veut partager la douleur, il veut la faire sienne. C’est pour cela qu’il agit et qu’il n’est pas seulement spectateur.

               Ex. 3, 7-8

     e) Dieu demande aussi que chacun soit miséricordieux envers l’autre. Que le peuple voie en l’autre un frère, qu’il apprenne à être frère, à être solidaire, à ne pas laisser l’autre à son propre sort s’il ne veut pas répondre de sa vie.

               Lév. 19, 1-2, 10, 13, 17, 18

     Conclusion

     Ce que le Seigneur Dieu demande pour sa communauté c’est la   SAINTETE. Une sainteté qui doit se manifester dans des faits concrets. La sainteté se réalise dans la relation avec l’autre, dans l’appui à l’autre, dans le partage avec l’autre. Cette sainteté s’exprime dans la fraternité, dans l’être proche de l’autre, dans la solidarité avec l’autre. On ne peut pas réaliser cette sainteté en dehors de la relation avec le prochain et si on est indifférent devant la situation de l’autre.

     1.2 Les Prophètes

          La littérature prophétique est abondante en ce qui a trait à la fraternité et à la solidarité avec l’ »autre ».

          Pour les prophètes, le fait que le peuple a oublié de   faire la volonté de Dieu a amené aussi la rupture avec les frères. Il y a de plus en plus de pauvres qui sont menacés. On a perdu la terre. On n’est plus sensible à l’orphelin ni à la veuve et ni à l’étranger.

          Ces trois catégories de gens sont importantes pour      comprendre l’enseignement des prophètes. Ils représentent les    plus oubliés de la société, les moins protégés. Les « anawin »   (les pauvres de Yahvé) ont été dépouillés de leur dignité.   C’est contraire à la volonté de Dieu. Raison pour laquelle les prophètes dénoncent l’injustice, le manque de solidarité et     de fraternité des grands et des puissants envers le peuple.

     a) Les grands et les puissants, souvent, justifient leurs actions par une religiosité profonde. Ils imaginent qu’en étant fidèles au culte ils sont fidèles à la volonté de Dieu. Il y a une séparation entre le culte et la vie.

          IS. 1, 10-12. 15-17

          Is. 10, 1-2

     b) Quel est le jeûne qui fait plaisir à Dieu ?

          Is. 58, 6-7

          C’est clair que l’autre n’est pas un abstrait. Il n’est pas loin de ma vie et de mes circonstances. C’est quelqu’un qui est dans mon monde et dans ma réalité.

     Conclusion

     La grande préoccupation des prophètes est bien celle de la   fraternité envers les plus faibles et les moins protégés de   la société. C’est seulement lorsque je suis capable de me   préoccuper de ceux et celles qui m’entourent et d’en n’être    pas indifférent, que je ressemble à Dieu. En effet ce Dieu est    le défenseur de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger, de      celui qui est raillé et méprisé. C’est ce Dieu qui rachète de   la situation de misère et d’oppression.

     1.3  L’exil

          On a tout perdu, ou presque. Le peuple d’Israel et resté sans prophète, sans roi, sans prêtre, sans temple. Il a perdu les éléments précieux qui donnaient sens et identité. Le choc   fut brutal. La communauté est sur le point de perdre l’orientation centrale de sa foi. Il faut donc se regrouper et resserrer les liens puisqu’il court le risque de perdre son identité. En effet l’influence d’une autre culture se fait forte…

     Devant cette situation comment garder l’Espérance ? Quels sont     les éléments qui pourraient fortifier la vie et rendre      capables de récupérer leur identité ? Ces éléments devraient donner cohésion et sens à la vie, à la communauté en ce moment d’exil. Les voici:

     – La circoncision

     C’est un signe d’identité, signe de l’alliance sellée avec le   Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob. C’est ce qui fera reconnaître    celui qui appartient au peuple de l’Alliance.

     – le « sabbat »

     Ce n’est pas seulement un jour de repos mais c’est un jour consacré au Seigneur. Un jour de rencontre avec le Seigneur, pas une rencontre individuelle mais une rencontre en   communauté.

     – la synagogue

     C’est le lieu de rencontre avec Dieu mais aussi avec les frères, avec la communauté.

     Conclusion

     Ainsi le peuple développera sa solidarité, son appui et son aide à ceux et celles qui en ont davantage besoin. La louange   à Dieu est effective parce qu’elle se réalise de manière très   concrète avec la communauté.

     C’est ainsi que le judaisme conserve les traits de son identité tout au long des siècles VI et 1er avant JC.

II. Le Nouveau Testament

     Dans le nouveau Testament il n’y a rien de bien nouveau au sujet de la fraternité si ce n’est qu’elle devient plus exigente et radicale. On récupère l’idée que rencontrer l’ »autre » c’est rencontrer l’image de Dieu.

     2.1 L‘annonce du Royaume de Dieu

          Tout l’enseignement de Jésus tourne autour du Royaume. Dans son enseignement et son activité il annonce qu’il n’est    pas venu pour les bien-portants mais pour les malades (Mt. 9,     12) et ni pour pour les justes mais pour les pécheurs (Mc 2,      17). L’annonce du royaume de Jésus est une invitation à     entrer, non à repousser, à marginaliser, mais bien à     participer.

     La communauté, médiation du royaume

     Et cela ne se fait pas de manière abstraite. Ca se concrétise dans une communauté. La communauté n’épuise pas le royaume mais c’est la médiation du Royaume. C’est dans la communauté,  à partir d’une communauté et pour la communauté que le Royaume devient une réalité.

     Nouvelle manière  de vivre la relation familiale

     Ce n’est plus la ligne de la chair et du sang qui fonde le   modèle de la famille mais celle de ceux qui font la volonté   du Père. C’est la manière de vivre les béatitudes. Alors la communauté devient le nouveau modèle d’où s’instaure un nouveau type de relations.  (MC. 3, 32-35)

     A. La prédication de Jésus

     – la réconciliation

          L’ »autre » dont parle l’Evangile n’est pas étranger à ma  personne. Il fait partie de ma vie. Je ne peux pas présenter à l’autel mon offrande si j’ai quelque chose contre mon frère. Je dois d’abord me réconcilier.

          La réconciliation c’est sortir de ma personne pour me rencontrer avec l’autre qui est différent en bien des aspects. Cette sortie c’est la rupture avec mon égoisme, avec ma petite vie personnelle et privée dans laquelle je ne me compromets avec rien et d’où je me tiens isolé de tout ce qui pourrait perturber mon petit monde. Sortir de moi c’est entrer dans la dynamique du Royaume, d’où l’autre prend un sens pour ma personne, d’où l’autre n’est plus un étranger, d’où sa douleur et sa souffrance sont miennes, d’où je me compromets à être frère ou soeur.

     – le pardon

          La réconciliation est profondément liée au pardon. Le pardon est essentiel dans la vie de tout chrétien. Il est  important pour la bonne marche de la communauté et de la fraternité. Sans le pardon ni la communauté, ni la fraternité existe. Pour Jésus le pardon n’est pas conditionné, il se donne. A la question de Pierre:  combien de fois dois-je pardonner …  Si je ne pardonne pas, l’autre sera exclu, marginalisé, repoussé et il n’y a rien de plus contraire au Royaume que l’EXCLUSION.

     – l’amour préférentiel de Jésus : les exclus

          C’est à eux que Jésus invite d’abord à participer au Royaume. Le Père de Jésus n’exclut personne. C’est le message du NOTRE PERE. S’il en est ainsi du Père, pourquoi excluirions-nous ?

     B. La communauté primitive

          La première communauté a bien compris cela et c’est ce qu’elle exprime dans le passage des disciples d’Emmaus. On reconnaît Jésus au partage du pain. C’est le lieu où on reconnaît les disciples de Jésus. La communauté acquiert son véritable sens quand elle sait partager, quand elle est fraternelle, quand les pauvres se sentent acceptés et appuyés, quand le processus de recherche de ses membres les amène à leur propre libération

          Une communauté c’est le lieu où tous sont accueillis et acceptés parce que tous ont une valeur comme personne; c’est le lieu où la dignité humaine est la suprême valeur; c’est le lieu où on donne réponse aux besoins des autres. La parabole du jugement final est éloquente à ce sujet (Mt. 25)

     2.2 Les communautés de Paul

          Chez Paul on rencontre des éléments très importants pour nous aider à comprendre le sens de la fraternité et de la solidarité.

          – Jésus est la pierre angulaire d’où se construit l’édifice  (Eph. 2, 20)

          Jésus ne s’est pas accroché à sa condition divine, Il s’est fait un des nôtres, prenant même la condition d’esclave (Phil. 2, 6-11) Jésus est le véritable frère. Il s’est fait un de nous pour partager.

          – La communauté est comme un corps – L’Unité

          Si un membre souffre, tous souffrent avec lui (I cor. 12, 26) Personne ne doit vivre nécessité dans la communauté car la communauté c’est pour être solidaire avec ceux et celles qui souffrent. Paul insiste sur l’unité qui doit se manifester à l’intérieur de la communauté (I Cor. 1, 10): une même pensée, un même sentir, un même coeur … la  communauté c’est le temple où réside l’Esprit du Seigneur  (I Cor. 3, 16) C’est cet esprit qui unifie, qui donne sens et cohésion au fait communautaire. Puisque chacun est temple de l’Esprit et que tous forment le temple du Seigneur, ça veut dire que chacun tient en lui une dignité que personne ne doit violenter. Ainsi toute personne est sacrée (I Cor. 3, 17) Nous sommes des pierres vivantes de cette construction (Eph. 2, 19ss)

          – C’est la foi au Christ qui dit le mieux la dignité de chaque membre de la communauté

          C’est Lui qui unifie, qui élimine les différences qui dénigrent et qui excluent.

CONCLUSION

          C’est dans ces éléments que nous devons chercher la force et la lumière pour affronter la situation que nous vivons aujourd’hui. Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de communautés où se vit la fraternité, la solidarité, le respect pour la dignité de l’autre.

Montréal, le 15 mars 1998

                                       Victor Asselin, ptre

Montréal, terre de mission

                        MONTREAL, TERRE DE MISSION

     En avril dernier, Son Éminence le Cardinal Jean-Claude Turcotte promulguait les conclusions du Synode diocésain de Montréal et les présentait comme « des propositions qui dessinent « le visage de l’Église que nous voulons être » (p. 4). Et parmi ces propositions, la 59e a attiré mon attention de manière particulière, en raison de son importance pour l’Église du Québec et du profond changement qu’elle implique dans notre engagement chrétien. Elle se lit comme suit: « Que l’Église de Montréal reconnaisse son territoire comme terre de mission et supporte l’action missionnaire des chrétiens et des chrétiennes à l’intérieur du territoire diocésain » (p. 25)

     Je voudrais réfléchir quelque peu avec vous sur la première partie de cette proposition, « Montréal, terre de mission ».

Soif de communion et de communication

     Je remarquais, ces dernières années, que les chrétiennes et les chrétiens engagés en milieux de marginalité et de souffrances, autant ici qu’à l’extérieur de notre pays, manifestent une sensibilité notable à la MISSION. Le pourquoi de cette observation m’intriguait. J’ai cherché et la démarche m’amena à penser que cet enthousiasme ne pouvait naître que du mystère de communion et de communication que l’on retrouve dans la TRINITE, origine de la MISSION. Le pape Jean-PAul II, dans « Redemptoris MIssio », signale en effet que « le dessein trinitaire… a donné un souffle nouveau à cette activité missionnaire, qui n’est plus conçue comme une tâche marginale de l’Église  mais intégrée dans le coeur de sa vie comme un engagement fondamental de tout le Peuple de Dieu. » (no.2)

Une option

     « Montréal, terre de mission » marque une option. Cette déclaration nous dit qu’à Montréal le message de l’Évangile n’est plus connu ou qu’on s’en est éloigné. Elle marque une action spécifique et prend le nom de MISSION pour bien la distinguer de l’activité pastorale. Je ne cite pas le texte de « Redemptoris MIssio » mais il est intéressant de s’y référer (RM no. 32 et 33) « pour éviter de courir le risque de ramener au même niveau des situations très diverses et de réduire, voire de faire disparaître, la mission et les missionnaires ad gentes » (id., no. 32). La proposition synodale devient une option pour l’Église de Montréal.

Montréal, théâtre d’une histoire missionnaire

     Une terre de MISSION c’est un lieu et pas n’importe lequel lieu. C’est un lieu de relations brisées, un lieu de souffrances en marge de l’Espérance apportée par Jésus-Christ. C’est un lieu de re-création. C’est le théâtre d’une action, d’une histoire qui nous dit que la création sortie des mains de Dieu, bonne et harmonieuse, a été blessée et qu’elle a besoin de salut. La Mission c’est le lieu du retour à la communion, de la redécouverte du bien-être de l’harmonie.

     L’écoute du cri du peuple est alors importante car c’est lui qui prolonge le cri de Jésus sur la croix. Faire l’apprentissage de l’écoute devient une orientation de base. « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple … J’ai entendu son cri … oui, je connais ses angoisses. » (EX. 3, 7) Ce cri des pauvres et des marginaux est une protestation. L’écoute du cri est prioritaire à l’enseignement et à la célébration. Le père Abbé d’Oka me disait dernièrement que les suicidaires, les décrocheurs et les décrocheuses et les itinérants et itinérantes sont les prophètes d’aujourd’hui. N’y aurait-il pas dans ces cris de douleur une espérance en la certitude de la victoire en Jésus-Christ ?

     Aller en mission chez-nous c’est se faire présent en milieu d’exclusion. C’est choisir de se faire présent dans des lieux de souffrances et d’apporter une parole de Vie et d’Espérance. C’est de la croix que surgira la VIE.

     Aller en mission c’est une rencontre au niveau de la FOI et non  pas seulement une rencontre de communion humaine, si profonde soit-elle, comme on peut la réaliser dans l’engagement social ou communautaire. Aller en mission c’est une expérience de foi qui donnera à la rencontre toute sa profondeur originale et unique. Quels sont ces lieux de solitude, d’exclusion et de marginalisation à Montréal ? Quels sont ces lieux où le message de Jésus n’a pas encore été présent ou ne l’est plus ? Pour rendre concret la déclaration synodale ne faudrait-il pas s’attarder à cette question pour prendre ensuite le chemin avec courage et audace ?

Des attitudes

     « Montréal, terre de mission » est une déclaration remplie d’Espérance. Elle invite à faire Église plus par la PRESENCE que par les OEUVRES. Une Église de l’ETRE plus que du FAIRE. Je me sens défié par des attitudes à changer. En voici quelques-unes.

     1. L‘acculturation, une tension permanente

         S’approcher et chercher à s’insérer dans un milieu d’exclusion nous met vite en contact avec une culture différente. Dans l’exercice traditionnel de la MISSION, nous comprenons qu’il fallait « sortir » de son pays pour « entrer » dans un autre qui n’était pas le sien. Faire « MISSION chez-nous » implique aussi une sortie de sa communauté chrétienne pour faire l’approche d’une autre à naître. Ainsi donc, faire mission implique une sortie de sa culture pour s’approcher d’une autre culture.

     L’itinérant, le drogué, le prostitué, l’homosexuel ont une culture qui leur est propre et originale. Faire effort pour s’approcher d’elle, pour la comprendre et la respecter, c’est ce que dans le langage missionnaire nous appelons «acculturation». Et l’acculturation n’est pas l’assimilation. Bien au contraire, c’est trouver le lieu de rencontre entre le soi et l’autre, c’est vivre un état de tension permanente entre sa culture et celle du partenaire. Quel sera ce lieu de rencontre ? Quel sera ce lieu de dialogue ? Il faudra en faire l’apprentissage avec les obstacles que le quotidien présentera. Renoncer à imposer sa culture et vivre le conflit entre la sienne et celle de l’autre, n’est-ce pas un premier changement d’attitude?

     2. La véritable pratique du pouvoir

         Un deuxième changement d’attitude est celui de l’exercice du pouvoir. Notre formation nous a appris à obéir et à faire obéir à la vérité enseignée. La vérité était le patrimoine de la hiérarchie et de l’Église. Dans le passé nous partions en pays étranger et nous avions la vérité dans nos bagages.

     Aujourd’hui, nous découvrons de plus en plus la nécessité de nous mettre à l’école de l’autre. Le véritable pouvoir ne résiderait-il pas dans la dignité de l’autre ? Prendre conscience de nos limites, les assumer et chercher ensemble une manière de vivre, ne serait-il pas une bonne manière de découvrir la vérité ?

     Je crois qu’un missionnaire en milieu d’exclusion à Montréal exercera le pouvoir en « aidant l’exclu à se dire » et « en aidant l’exclu à révéler l’action de Dieu déjà présent en lui. » Réaliser une démarche en constante communication avec l’autre me semble une excellente manière de chercher la vérité et par le fait même d’exercer le pouvoir qui libère et édifie.

     3. L‘inculturation, travail de fidélité à l’Esprit

     Si la Mission implique l’annonce de Jésus-Christ, le missionnaire aura à cultiver la fidélité et la confiance en l’Esprit de Jésus. En d’autres mots, l’expression que l’Évangile prendra et la communauté qui naîtra ne seront pas les expressions du modèle du missionnaire mais bien l’œuvre de l’action de l’Esprit Saint qui fera naître chez son peuple les expressions et le modèle bien appropriés au milieu. Une présence qui transforme et inspire son milieu est le signe par excellence d’une communauté marquée par l’Esprit de Jésus. Fidélité à l’Esprit plus qu’à soi-même, troisième changement d’attitude.

     4. Exclu en milieu d’exclusion

         En déclarant Montréal « terre de mission », le pasteur de l’Église locale vient de choisir une voie pour redynamiser l’Église. C’est sûrement un vœu qui lui est cher. C’est une invitation à prendre le chemin de l’exclusion. C’est une invitation à la conversion car ce n’est pas une voie à laquelle nous sommes habitués. Aller en milieu d’exclusion c’est s’exposer à être vu et considéré comme un exclu. Quel risque ! Et quel changement! C’est grandir dans un amour profond de l’Église et trouver sa seule force dans l’Évangile. Voici un quatrième changement d’attitude et pas le plus facile.

Conclusion

     Je me réjouis de cette déclaration synodale. Elle invite à la pleine COMMUNION à la Trinité: trois personnes vivant au même titre, sans domination ni subordination et remplies d’une soif infinie de participation. Puis-je être celui qui, par sa disponibilité, soit capable de témoigner la PRESENCE de Celui qui veut se donner aux humains dans l’histoire, les attirant à chercher et à vivre la communion entre eux et dans la société. La soif de communication des humains et du respect du cosmos ne sont-ils pas des réflexes de la Trinité ?

     Merci. La Mission n’est pas une faveur que nous donnons à l’autre mais un don que l’autre nous fait. Il nous accueille chez lui et nous fait le don gratuit de l’Autre qui nous appelle à être ses partenaires de diffuseurs de l’Amour.

Montréal, 29 juin 1999

                                                        Victor Asselin, ptre

Où trouver le visage de JÉSUS ?

                              OÙ TROUVER LE VISAGE DE JÉSUS ?

     Les ambigüités de la vie et du quotidien nous poussent souvent à chercher plus profondément le sens des événements et les raisons qui justifient notre manière d’être et d’agir. C’était un jour de semaine, quelques jours avant Noël, et j’arrivais à une maison de chambres*. François était là, assis, et devait donner une réponse à sa mère qui venait de lui téléphoner pour l’inviter à un repas à l’occasion des Fêtes. « Qu’en penses-tu », me dit-il, « dois-je lui donner une réponse affirmative ou négative ? » « Ce qui m’écoeure là-dedans c’est que cette invitation arrive seulement en temps des fêtes. En dehors de ce temps, je n’ai pas de famille. »

     Le temps des Fêtes serait-il un temps de souffrance ou un temps de réjouissance ?

     Un temps pour les pauvres

     Le temps des Fêtes n’est-il pas un temps où l’on pense davantage aux pauvres ? On y prépare des milliers de paniers de Noël; on organise des guignolées; on recueille et on répare des jouets pour les enfants; on visite et on chante dans les résidences de personnes du troisième âge; on offre des banquets pour les familles et les célibataires recevant le B.S. et combien d’autres choses. Puis, quand tout est fini, on fait des statistiques. « Ce fut un succès, dit-on, car on a distribué cinq cents de paniers de plus que l’an dernier, on a recueilli trois cents kilos de plus de nourriture non périssable et les repas ont été fréquenté plus que jamais ».

     Oui, c’est vrai, il y a eu beaucoup de bénévolat, de générosité et de partage. On est satisfait car on a soulagé la misère pour quelques heures. Et pour la grande majorité des pauvres on est satisfait aussi car ce temps qui rappelle trop de souffrances est enfin terminé !

     Une question

     La pauvreté est-elle un bien ou un mal ? J’ai souvent entendu le rappel de ce verset de l’Evangile: « Il y aura toujours des pauvres parmi vous » comme si on voulait me rappeler qu’on a besoin des pauvres et qu’ils sont nécessaires. Ne voudrait-on pas justifier une manière de penser et d’agir ? Il m’arrive parfois de penser que la pauvreté est un bien car elle permet de développer le sens de la solidarité et de garder la conscience d’une dignité blessée.

     Mais pourquoi la pauvreté fait-elle l’objet d’une discussion toujours très animée ? Pourquoi est-elle un sujet très controversé? Pourquoi suscite-t-elle tant d’animosité ? Pourquoi fait-elle, de la part de Jésus, l’objet d’une option ? J’aimerais réfléchir avec vous, aujourd’hui, comme chrétien. Je désire partager avec vous quelques moments car mon apprentissage auprès des pauvres me laisse toujours en état de questions. Le milieu des pauvres est-il un lieu d’annonce de l’Évangile ?

Un rappel

     C’était en 1974, au Brésil. J’étais vicaire épiscopal du diocèse et coordonnateur de pastorale**. Il me semblait que pour être davantage fidèle à ma vocation je devais habiter dans un quartier où les gens vivaient dans des maisons sur pilotis. J’y suis allé et je m’y plaisais. Les relations avec les gens étaient excellentes et je me sentais bien protégé par mon environnement malgré la prostitution, les vols et tous les problèmes connus en milieu de marginalité.

     Mais, au cours de la deuxième année, lors d’une conversation amicale à la maison, on me dit tout bonnement : « Vas-tu rester ici encore longtemps ? » Cette question m’incommoda. Que sous-entendait-elle ? « Eh bien voici, me dirent-ils, tu as les conditions de vivre en milieu meilleur que celui-ci et par ta présence ici, tu viens nous dire qu’il est bon de vivre dans ces conditions de misère. Saches que si tu ne quittes pas ce quartier, on te rejettera comme on rejette la misère. » J’étais encore sous le choc de la remarque car je croyais avoir fait un choix important dans ma vie. Et eux de continuer: « Si tu veux vraiment montrer que tu es avec nous, sors, va demeurer dans un lieu « normal » et continue d’être avec nous pour qu’ensemble nous trouvions des issues à la situation de misère ».

     J’ai alors compris que ma présence dans ce milieu exprimait un engagement qui ne reflétait pas encore le véritable esprit de l’Évangile. J’ai suivi les conseils des gens du quartier. Mon engagement auprès d’eux me fit entrer dans une voie très étroite, celle de l’humilité et de la solidarité. Les vrais problèmes ont commencé. La lutte avec les pauvres c’est aussi une lutte contre les causes et les responsables de la situation. Ce furent des années difficiles et même très difficiles mais combien profondes et fructueuses.

La pauvreté, image de la création blessée

     L’expérience de1974 m’a toujours accompagné et c’est ce que j’essaie de continuer auprès de compagnes et de compagnons en milieu d’itinérance du Centre-Sud et du Centre-ville de Montréal. Cette première expérience m’a ouvert les yeux et m’a appris que toute situation de pauvreté est une offense au Créateur. Dans le langage de théologie chrétienne on dirait : c’est « une situation de péché ». Les divers visages de la pauvreté ne sont-ils pas les divers visages du mal?

     Peut-on aimer la pauvreté ? Peut-on aimer le mal ? Peut-on aimer ce qui défigure la personne humaine et la création ? Jésus est pourtant venu habiter les milieux de pauvreté et de souffrance! N’est-il pas venu dire que la pauvreté est une bonne chose et que les pauvres sont les meilleurs ?

     Non et non. La pauvreté n’est pas aimable. Le visage du pauvre n’est pas admirable.

Le pauvre habité par Jésus

     Quelle est donc l’originalité de l’Évangile si le visage blessé de la création et du pauvre ne sont pas aimables ? C’est peut-être ici que le mystère de Dieu prend toute sa vigueur et son espérance. Jésus est « venu habiter » là où on avait fermé la porte. Jésus est venu habiter les milieux de pauvreté et de souffrance. Le visage du pauvre devient alors aimable et admirable non en lui-même mais parce qu’il cache le visage d’un Dieu plein d’amour pour sa création.

     L’option de Jésus pour les pauvres ne repose nullement sur le bienfait de la pauvreté ou sur la pitié qu’Il aurait eu pour les pauvres mais sur sa volonté de faire surgir le NOUVEAU de la marginalité. L’option de Jésus devient un lieu privilégié de PRESENCE et d’appel à la présence. L’Évangile ne nous demande pas d’aimer le visage du pauvre mais de découvrir le vrai visage du Dieu caché dans le pauvre pour, peu à peu, faire resplendir les visages originels de la Création et du Créateur.

     Le milieu de l’exclusion est le lieu par excellence de la révélation de l’Amour du Père. C’est un lieu où nous n’avons rien à défendre, un lieu de fragilité où le pouvoir réside dans la conscience de la dignité des personnes. Ce sont les lieux des figures bibliques de l’orphelin – l’enfant de l’autre -;  de la veuve – l’épouse de celui qui n’est plus – et de l’étranger – le résident d’ailleurs. En d’autres mots, le milieu de l’exclusion et de la marginalité est le chemin de l’ouverture à l’autre qui vit sans résidence, sans abri et sans famille et qui, conséquemment, conduit à l’AUTRE.

Pourquoi en est-il ainsi ?

     Jésus, fin pédagogue, a choisi un chemin qui, malgré les évidentes contradictions, invite à chercher et à découvrir le véritable visage de l’Amour.

     a) La marginalité, lieu du cri du pauvre

         J’ai découvert que pour découvrir le visage de Dieu, il me fallait d’abord entendre le cri du pauvre et apprendre à l’écouter. C’est un lieu où il y en a des cris et ces cris sont des cris de Dieu. Comment entendre ces cris de Dieu si je ne vis avec les pauvres ? « J’ai vu mon peuple humilié… et j’ai entendu ses cris … Oui, je connais ses souffrances ! » (Ex. 3,7) Il est là. Il a pris place. Il est venu habiter.

     Comme le cri du pauvre est important! C’est lui qui prolonge le cri de Jésus sur la croix. C’est un cri de protestation lancé à la face de ceux et celles qui ne croient pas et n’espèrent pas mais aussi un cri de foi et d’espérance car il interpelle et exige un changement.

     C’est le cri du « gars » qui affirme avec vigueur: « Je n’ai jamais demandé d’être schizophrène; je n’ai jamais demandé d’être accompagné par un psychiatre et je n’ai jamais demandé de manger un paquet de pilules par jour ». Il protestait et avait raison. Et d’autres, en paroles d’encouragement, lui disaient: « oui, c’est vrai, mais tu n’en demeures pas moins un fils de Dieu ». C’est aussi le cri des itinérants qui protestent contre le temps des fêtes car « il nous oblige à penser que nous sommes oubliés. »

     Entendre et écouter le cri du pauvre n’est-ce pas le premier pas pour découvrir le vrai visage du Dieu en qui nous croyons ?

     b) La marginalité, lieu de libération

         Les pauvres m’ont aidé à prendre conscience de la misère qui m’habite et que sans elle, il m’est impossible de découvrir le visage de Dieu. Le milieu de l’exclusion est le lieu des misères humaines et c’est là que je dois apprendre à vivre. Le pauvre n’est-il pas forcé de vivre en milieu de péché ? C’est terrible et angoissant de penser à cela.

     Mais cette angoisse fait tellement mal aux tripes qu’elle fait naître une espérance. Tout devient possible : le monde de l’exclusion est habité par le Dieu de la vie. Jésus n’a pas trouvé d’autre place pour naître que celle de l’étable et de la mangeoire.

     Le rejet a fait naître la VIE. La Résurrection a pris racine dans la souffrance pour lui en donner une réponse. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ».

     Prendre conscience de la misère et s’émouvoir au point d’en être angoissé me semble bien un pas pour découvrir le Dieu de l’Espérance. Le milieu des exclus est un milieu de solidarité car la misère et la souffrance nous obligent à avoir besoin des autres.

     c) La marginalité, lieu privilégié d’engagement

     Je me souviens du grand éducateur brésilien Paulo Freire qui insistait sur l’AGIR. Pour lui c’est l’élément décisif pour une authentique conscientisation. Il rappelait le témoignage de Jésus qui disait : »il ne peut pas y avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). Ca me rappelle le début d’une conversation avec un « gars » de la rue lorsque je suis arrivé à Montréal. Avant même de commencer la conversation il me demanda: « Es-tu capable de partager, toé ? si t’es pas capable, on n’a rien à se dire ! ».

     Les milieux de marginalité sont des lieux d’engagement pour la justice et pour l’Amour. Ce n’est pas évident de vivre dans un milieu où les contradictions sont les plus flagrantes. Apprendre à vivre sans juger et à  aimer sans condition oblige à un changement radical. Le véritable visage de Dieu chez le pauvre ne se révélera que s’il rencontre en moi une qualité de présence et de service. Le visage du pauvre se transforme. Il devient celui d’un Jésus encore crucifié mais rempli de certitude et d’espérance.

     Voilà le miracle ! Les facettes multiples du visage du Dieu des chrétiennes et des chrétiens se révèlent. Le visage du Dieu AMOUR apparaît. C’est un visage d’Amour qui naît de la haine; c’est un visage de lumière qui naît de la noirceur; c’est un visage de tendresse qui naît de la brutalité; c’est un visage de compassion qui naît de l’insulte à un compagnon; c’est un visage de partage qui naît de l’estime exagéré de soi …

     Qu’il est donc contradictoire de voir ce visage du Dieu Amour dans celui d’un toxicomane, d’une prostituée, d’un sidatique ou d’un joueur compulsif ! Et c’est pourtant le Dieu des chrétiennes et des chrétiens car c’est Celui de Jésus.

     La présence en milieu d’exclusion et l’amour inconditionnel au pauvre me semblent être les éléments de l’agir transformateur et solidaire désiré par Jésus.

Conclusion

     Vivre en milieu de pauvreté et d’exclusion, comme Jésus, n’est pas une consécration de la marginalité et de la pauvreté mais une option passionnée pour la communication et la communion avec Celui qui se cache sous le visage du pauvre. Être solidaire du pauvre c’est édifier l’homme nouveau

     L’Église est en santé quand elle se fait présente en milieu de marginalité et c’est sûrement ce qui lui permettra d’être capable d’oser et de risquer. Se laisser interpeller par le pauvre c’est prendre un chemin qui libère. On ne supporte pas longtemps le regard du pauvre. S’approcher de l’appauvri, de l’exclu et du marginal est évangéliquement libérateur parce que déstabilisateur.

     Saint Mathieu au chapitre 25 de son Évangile donne l’adresse du Tribunal où tous et toutes seront jugés.

Montréal, le 28 décembre 1998

                                                                    Victor Asselin, ptre

* Il s’agit d’une résidence réservée aux itinérants de Montréal et administrée par l’équipe de l’Accueil Bonneau fondée par la communauté religieuse des « Sœurs grises » – religieuses de la Charité de Montréal.

  ** Diocèse de Pinheiro, Maranhão, Brésil