Ephémérides autour du livre « GRILAGEM … »

Éphéméride autour de la publication du livre

GRILAGEM, CORRUPÇÃO E VIOLÊNCIA

EM TERRAS DO CARAJAS

1.En avril 1982, l’Éditeur Vozes de Petrópolis, Brésil, publie le livre de l’abbé Victor Asselin “Grilagem, corrupção e violência em terras do Carajás.(Doc.1 et 35) C’est une étude et une dénonciation du vol des terres au Maranhão, Brésil, en particulier du territoire appelé Pindaré.

2.Le 2 mai 1982, le livre est lancé officiellement dans la ville de Goiânia, Brésil.(Doc.2) Dans les autres capitales du pays la distribution et la vente sont faites par les librairies et les divers groupes populaires.

3.En date du 21 mai l’avocat Agostinho Noleto Soares, résident d’Imperatriz, ville au sud-ouest du Maranhão, publie dans le journal « O PROGRESSO » une lettre adressée à l’auteur du livre. Il écrit : « Á LA DEMANDE… »(Doc.3) Il accuse l’ « auteur d’avoir été instrumentalisé para quelques certains humanistes athées qui veulent tout simplement tirer profit politique de l’option de l’Église en faveur des pauvres et des opprimés » et il termine en déclarant : «ce ne sera pas toi… toi padre Victor, qui me mettra au pied du mur sans une énergique réaction qui commence à peine avec cette lettre.»

4.Au cours du mois de mai, Pe Victor reçoit plusieurs téléphones anonymes, les uns cherchant le lieu de sa résidence, d’autres marquant des rencontres amoureuses, un autre insistant pour marquer un rendez-vous urgent etc… On  laisse aussi sous la porte du presbytère une lettre anonyme de contenu peu «catholique» et insinuant diverses menaces.

Une nuit dont Pe Victor ne se rappelle pas la date au cours du mois de mai, à trois heures du matin, un inconnu frappe à la porte du presbytère de St-Vincent de Paul et, de l’extérieur, demande pour passer la nuit. Le fait est étrange car même les habitués du quartier ont de la difficulté à découvrir la porte de cette maison. À cette époque il fallait avoir un système de défense car les personnes qui étaient sur la liste à mourir étaient visitées la nuit. On frappe et si la personne ouvre, c’est une balle et on disparait.

5.Le 1er juin, l’Ordre des Avocats, Section de Imperatriz, publie un article dans le journal « O PROGRESSO », en appui à leur compagnon et membre de l’Ordre, Agostinho Noleto Soares. On dénonce l’auteur du livre en raison, dit-on, des « références injustes et sans fondement » faites à leur compagnon et lui demande « l’humilité chrétienne suffisante pour réparer publiquement l’injustice commise à Agostinho Noleto Soares ».(Doc.4)

6.Le 5 juin le journal « Imparcial » de São Luis, publie une matière en provenance d’Imperatriz dans laquelle on annonce qu’à IMPERATRIZ un mouvement de grande envergure de protestation véhémente contre les dénonciations injustes et agressives de l’auteur est en train de prendre forme.(Doc.5) Dans le même journal et le même jour on met en exergue un autre article sur l’excellence du travail de recherche de l’auteur.(Doc.6)

7.Le 8 juin le journal « Imparcial » de São Luis publie une note de l’Ordre des Avocats du Brésil-Section d’Imperatriz, article qui avait déjà été divulgé dans cette ville le 1er juin dernier, en y ajoutant toutefois une note du « Club des lions » manifestant sa solidarité avec la position des Avocats de la ville.(Doc.7)

8.Le même jour, Pe Victor Asselin présente, par écrit, au Dr Agostinho Noleto Soares une demande d’explication sur l’accusation faite, à savoir d’avoir été « instrumentalisé par certains humanistes athées » et invite les groupes qui l’appuient à s’unir autour de la recherche de la vérité puisque ce n’est pas parce que Agostinho affirme être chrétien que son nom doit être exclu des documents probants d’illégalité et de fraudes relatifs aux questions agraires.

Le présent article est retiré de la publication du Journal « Folha do Maranhão » de São Luis par ordre de la direction pour la simple raison qu’Agostinho est un possible candidat au Sénat pour le PMDB. D’ailleurs, il n’a pas été publié par aucun autre journal si ce n’est par le « O Progresso » d’Imperatriz.(Doc.9)

9.Le 20 juin l’avocat Agostinho Noleto Soares publie dans le journal « O Progresso » d’Imperatriz une lettre adressée à Pe Victor et datée du 18 juin. Nous lisons : « Comme j’ai déjà expliqué, je commence à peine à articuler ma réaction à vos malveillantes déclarations » et plus loin, il continue : « Le lieu et le moment de ce règlement de compte, c’est moi et seulement moi qui ai le droit de choisir ».(Doc.10)

10.Au cours du mois de juin sont répétés plusieurs téléphones anonymes à la résidence de Victor et, entre eux, une invitation pour donner une conférence aux étudiants de l’Université sur le thème du « Statut des étrangers », en hommage à Javier, président de l’Union Nationale des Étudiants, alors qu’il est menacé d’être expulsé du pays. Évidemment Victor n’a jamais accepté cette invitation. Le Département des Étudiants informe qu’ils n’ont jamais pensé à une telle programmation.

D’autres téléphones impliquent la moralité du padre et souvent des téléphones muets. Une lettre anonyme est déposée sous la porte du presbytère avec un contenu semblable à la première lettre et termine en affirmant que toutes les mesures seront prises pour obtenir le retour du padre à son pays d’origine.

11.Le 5 juillet, Pe Victor reçoit une copie de la dernière lettre de Agostinho Noleto et un téléphone de l’évêque de Carolina, Dom Alcimar Magalhães qui lui communique avoir en main propre une copie de la « dénonciation-crime », enregistrée à la cour de Justice de São Luis, secteur criminel le 2 juillet.(Doc.11) Il ajoute qu’Agostinho est bien fâché et qu’il prétend suspendre les mandats qu’il occupe actuellement dans l’Église locale. Enfin il déclare sa solidarité à Victor Asselin.

12.Le 6 juillet, l’évêque Dom Alcimar cherche à convaincre Agostinho à renoncer au procès et en cas de refus, il donnera son appui au Padre Victor. Agostinho réplique qu’il reçoit beaucoup d’appui, entre eux du Dr. Fiquene et de Davi Alves Silva et que ce dernier a même manifesté un plan d’atteinte à la vie du padre.

13.Le 7 juillet, prenant en compte les écrits et les nombreuses communications, Pe Victor demande au Ministre de la Sécurité Publique de l’État du Maranhão, une garantie de sa vie, « rendant responsable, à partir de ce moment, le Dr Agostinho Noleto Soares pour quelque attentat qui viendrait à survenir bien qu’il ne soit qu’apparemment accidentel. »(Doc.12)

Le même jour, Pe Victor reçoit une photocopie de la dénonciation criminelle de diffamation, demandant l’instauration du procès et sommant le padre à répondre à tous les actes sous peine de confession.

Le même jour Padre Victor rencontre le président du PMDB, Renato Archer, candidat au poste de gouverneur du Maranhão (le Maranhão est en année électorale) pour lui demander ses possibles implications dans le procès. Renato lui communique donc qu’il a bien rencontré dans les derniers jours Agostinho Noleto Soares avec le président national du parti à Imperatriz et c’était pour lui dire que, sans juger le mérite, lui, Agostinho, ne pouvait pas être candidat au Sénat pour le parti, comme prévu, en raison de la possibilité d’être accusé d’appui au vol de terres alors que le programme du parti défend le programme de la réforme agraire. De plus, la note signée de l’Ordre des Avocats en appui à Agostinho, souscrite par le Dr Aureliano Ferreira Neto, candidat à vice-gouverneur pour le même parti fut à peine un geste de solidarité de convenance.

14.Le 10 juillet, le « Jornal Pequeno » de São Luis divulge l’article intitulé « Padre démasque les grileiros et est menacé de mort par les grands propriétaires de terre et la « Folha de São Paulo » de la même ville, publie l’article « Padre menacé de mort pour avoir dénoncé les grileiros »(Doc.13 et 14)

15.Le jour suivant, le 11 juillet, le journal « Imparcial » de São Luis publie « Victor Asselin, menacé, demande garantie de vie » et « O Globo » de Rio de Janeiro, publie « Padre demande protection au Maranhão contre l’avocat du groupe des grileiros »(Doc.15-16 et 42)

Le même soir le couple Helena et José de Ribamar Heluy reçoit un téléphone du Dr Frederico Almeida Rocha, de la ville d’Imperatriz, cherchant à avoir les informations au sujet de l’importance des formes d’appui que reçoit le Padre Victor à São Luis et il exprime sa surprise sur le fait que le padre a demandé garantie de vie devant la menace reçue.

16.Le 12 juillet, considérant les interrogations soulevées par le téléphone du Dr Frederico d’Imperatriz, figurant comme intermédiaire, ce soir-là, du groupe de Agostinho Noleto, la Commission Justice et Paix de l’Archidiocèse de Sao Luis émet une déclaration de solidarité à Padre Victor, en union avec diverses entités pastorales, accentuant l’importance de la valeur historique et sociale du livre, appuyant le geste de la demande de garantie de vie et enfin, étendant son appui à la cause de tout le peuple souffrant, « cause principale de la publication du livre «Grilagem.»(Doc.17)

17.Le 13 juillet, le Dr José de Ribamar Heluy, ex-juiz d’Imperatriz, écrit au Dr Frederico pour démasquer la tentative du « groupe Agostinho » d’articuler des groupes de São Luis et d’Imperatriz en vue de démoraliser l’auteur du livre. (Doc.18)

18.Le 15 juillet, le « Jornal Pequeno » de São Luis reproduit la note de la Commission Justice et Paix de l’Archidiocèse (Doc,19) sous le titre « Clergé responsabilise l’avocat pour tout attentat qui pourrait arriver au Pe Victor et le journal « Imparcial » de la même ville divulgue une entrevue du Ministre de l’intérieur de l’État, Fernando Castro (Doc.20), où se lit : « Où est la faute de l’État, si lui-même (l’auteur du livre) montre les responsables ? En vérité la réponse à toutes les interrogations est incluse dans la publication même. L’État ne peut pas être tenu responsable pour le comportement individuel de tel ou tel citoyen qui, pour quelque motif que ce soit, ne se dit bien dans son rapport avec la chose publique. »

Le même jour, le journal « Diário de Hoje » publie « L’Église dénonce les menaces au padre »(Doc.21 et 22)

19.Le 18 juillet, Reginaldo Teles, alors procureur de l’État du Maranhão dans les années tragiques de la « grilagem », écrit un article dans le « Jornal Pequeno » de São Luis, sous le titre « Les complices de la grilagem ». Bon connaisseur de l’État, Reginaldo décrit bien le plan de la grilagem articulé par l’État et affirme que personne ne peut se surprendre si les « personnes impliquées » prétendent même menacer de mort l’auteur de la dénonciation.(Doc.23)

20.Le 20 juillet, le « Jornal de Hoje » dans sa colonne « Bastidores » mentionne que le Dr Osvaldo Alencar Rocha, candidat à gouverneur pour le Parti des Travailleurs « pense que la lutte entre les secteurs de l’Église et le candidat pour le PMDB, Agostinho Noleto, causera préjudice aux partis des oppositions et bénéficiera le parti officiel. » Dans un autre texte de la même colonne, le même journaliste écrit « qu’Osvaldo reconnait qu’Agostinho n’est pas une personne violente et que par conséquent, n’irait jamais contracter un tueur à gage pour tuer padre Victor Asselin »

Le même journal sous le titre « Contradictions dans l’Église » affirme que la Commission Justice et Paix du diocèse d’Imperatriz et la Commission Pastorale de la Terre de la même ville préparent une déclaration officielle en appui à l’avocat Agostinho Noleto.(Doc.24)

Dans La station nationale de la TV Bandeirantes, à l’horaire du midi, on transmet la nouvelle des menaces contre le Pe Victor et, à la même station locale, à l’horaire du soir on divulge  une partie de l’entrevue de Pe Victor.

20a.Le 21 juillet Pe Victor Asselin envia uma longa carta a Dom Alcimar, bispo de Imperatriz (Doc.25)

21. Le 22 juillet, le « Jornal de Hoje » de São Luis publie un article de sa succursale d’Imperatriz, intitulé « CPT d’Imperatriz n’a pas publié sa position au sujet de la dénonciation » et Pe Lourenço dément ce qui avait été divulgué quelques jours auparavant, à savoir que la « CPT et CJP d’Imperatriz ont émis ou seraient à préparer une note de solidarité à l’avocat Agostinho Noleto ».(Doc.26 et 27)

Le même jour, Pe Victor Asselin reçoit par courrier la photocopie d’une pétition signée par quelques cursilhistes d’Imperatriz hypotéquant leur solidarité sans limite au Dr Agostinho Noleto. Le document est daté du 8 juin et nous sommes le 22 juillet.(Doc.8)

21a.Le 23 juillet, Pe Victor en réponse a Agostinho Noleto, réfute les arguments de l’auteur de l’action de diffamation (Doc. 28)

22.Le Dr Osvaldo de Alencar Rocha, em date du 25 juillet, envoie un document au « Jornal de Hoje » de São Luis, demandant de rectifier les déclarations qui lui ont été attribuées et qu’il n’a jamais dit au reporter « que le livre est une aide inéquivoque à l’opposition du Maranhão mais bien que le livre est une contribution à l’histoire vraie de ce pays ». De plus il dit que « si Agostinho Noleto est une personne respectable, il ne peut pas dire la même chose de ceux qui l’appuient. » (Doc. 29)

23.Le 27 juillet, un prêtre a rencontré sur une place publique de la ville de São Luis un individu étrange et suspect à la recherche du Pe Victor. Pour ce motif, il a avisé l’intéressé.

24.Ce même jour, Marcos Dantas prononçe une conférence sur « Carajás » au salon paroissial situé en face de la place publique Notre Dame de Fátima à Imperatriz et au débat, après la conférence, Agostinho Noleto suscite la question de « l’impasse qui a surgi entre lui, Agostinho, et le padre Victor Asselin »(Journal « O Progresso », Imperatriz, 28.07,82- Doc. 30)) Le journaliste écrit qu’Agostinho «a démontré son désenchantement devant le fait que la Commission Justice et Paix du diocèse d’Imperatriz et son évêque ne se sont pas manifesté en sa faveur.»

25. «O Progresso» quotidien d’Imperatriz, publie dans son édition du 1er août une note de la Comission Justice et Paix s’insurgeant spécialement contre le fait que la Commission Justice et Paix de São Luis a dénoncé l’existence des menaces faites au Pe Victor (le président de la CJP d’Imperatriz est Agostinho lui-même)(Doc. 31)

26.Le 2 août, un Coronel non identifié se rend chez les éditions Paulines à São Luis pour prendre le livre sobre « Grilagem » qu’il avait réservé et communique que le livre avait déjà été recueilli des librairies du pays.

27.Le 3 août, à la demande de Dom Alcimar Magalhães, évêque de Carolina-Imperatriz, se réalise à São Luis une réunion des membres de la Commission Justice et Paix de São Luis et ceux de la même comission d’Imperatriz. L’évêque d’Imperatriz, Agostinho Noleto et Pe Victor Asselin y participent.

Agostinho, dès le début de la réunion exige que l’on ne discute pas le sujet du livre parce qu’ « il ne l’a jamais contesté » (sic), ni les lettres écrites par lui et ni la dénonciation-crime mais uniquement la menace. L’Assemblée manifeste son désaccord car elle perçoit qu’il y a un objectif bien évident de dévier l’objectif de la réunion. »

Les intérêts entre Agostinho et l’Assemblée sont manifestement opposés de sorte qu’aucun accord n’est possible. La réunion servit tout de même pour éclaircir définitivement les implications politiques qui se cachent derrière le désir insistant d’Agostinho d’obtenir un appui de l’Église d’Imperatriz. Ses déclarations sont significatives et s’étant lui-même démoralisé, sort de l’enceinte, rapidement, sans saluer aucun des participants. Le lendemain de cette réunion, Pe Victor envoie une lettre à Dom Alcimar, évêque d’Imperatriz (Doc. 32)

28. Le 9 août, à l’horaire des nouvelles du matin, on écoute à la « Radio National » de Brasília, que Pe Victor est à articuler des groupes de São Luis et de Imperatriz en vue d’empêcher l’évêque d’Imperatriz de donner son appui à Agostinho.

29. Les 11 et 12 août Pe Victor reçut divers téléphones muets et le dernier enregistré, au cours de ce mois, fut le 15 août à 5 heures du matin.

30.Au sujet du procès criminel de diffamation, diverses audiences furent marquées par le juge mais l’auteur de l’Action, Agostinho Noleto, ne s’est jamais présenté. Ainsi, le 6 juin 1984, le juge Carlos Alberto Botelho Barbosa jugea prescrita l’action  et éteinte la punibilité. (Doc. 33 et 34)

31. ANNEXES – Suivent quelques informations, entrevues et articles de revue sur les problèmes des terres et des agriculteurs au nord du Brésil, en particulier prenant comme ligne de fond la publication du livre « Grilagem … » (Documents 36 à 45)

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Analyse…

Nous sommes en 1982. C’est une année électorale. À Imperatriz, le groupe Sarney élabore un plan politique qui, comme d’habitude, est insidieux. Par exemple, on convoque des électeurs du parti au pouvoir à s’affilier aux partis d’opposition. C’est ainsi que des politiciens comme le Dr Fiquene et Davi Alves conservent leur filiation au parti du pouvoir (PDS) et que leur allié le Dr Agostinho Noleto, s’affilie au parti d’opposition. Le pouvoir veut amplifier son influence dans la région. Ce sont des figures complices dans le vol des terres de la région.

En avril 1982, l’Éditeur Vozes publie le livre « Grilagem, corruption et violence dans les terres de Carajàs ». Cette publication est une dénonciation du problème de la grilagem dans la région et de ses auteurs. Fiquene, Davi Alves et Agostinho sont des figures clés dans cette question. Comment sera-t-il possible pour Agostinho de conserver son affiliation au parti d’opposition qui défend la réforme agraire avec la dénonciation de sa complicité dans la grilagem des terres ? Comment sera-t-il possible de conserver sa candidature au Sénat pour le parti d’opposition ? La publication du livre eut l’effet de démasquer le projet politique de la région d’Imperatriz : le président du parti d’opposition – PMDB- refuse la candidature de Agostinho et du même coup empêche la tentative d’instrumentaliser les Églises. En effet, Agostinho est responsable de deux mouvements importants dans l’Église locale, à savoir le Cursilho et la Commission Justice et Paix et par lui on imaginait aller chercher les votes des électeurs des pratiquants des Églises.

On ne s’est pas donné pour vaincus. Il fallait donc prendre des mesures face à l’événement. Dans un premier moment Agostinho et ses partisans exercent une pression sur l’auteur du livre pour le forcer à nier les dénonciations contenues dans la publication : une première lettre de menaces de l’avocat Agostinho, les notes d’appuis de l’Ordre des Avocats-Imperatriz et du Clubs des Lions et la simulation d’un mouvement d’appui à Imperatriz en faveur d’Agostinho. Pe Victor demeure ferme. On ouvre alors un procès de diffamation et on multiplie les menaces de diverses natures dans une tentative de négocier le silence. Il fallait forcer un appui significatif en faveur de Agostinho par l’intermédiaire de l’Évêque et des divers mouvements.

La réponse fut donnée : personne n’a peur du procès; quant aux menaces, Pe Victor demande garantie de vie; face au pseudo-appui à la faveur d’Agostinho, des groupes, mouvements et paroisses de São Luis donnent leur appui sans restriction au Pe Victor et l’êvêque d’Imperatriz, récemment arrivé dans la région, demande un temps de réflexion avant de se manifester.

La malice du groupe augmenta. N’obtenant pas la rétractation et le silence et craignant grand préjudice pour la campagne électorale, on dévie le vrai problème en simulant l’existence d’une division entre l’Église de São Luis et l’Église d’Imperatriz. C’est alors que, sans le consentement des autorités de l’Église de cette ville, un article de la Commission Justice et Paix d’Imperatriz dénonçe la position de la Commission Justice et Paix de São Luis. L’article est publié dans le journal d’Imperatriz. De plus, en utilisant la Radio National, on accuse l’auteur du livre de manigancer des articulations de groupes d’Imperatriz et de São Luis en vue d’exercer une pression sur l’évêque de l’Église d’Imperatriz pour l’empêcher de donner son appui à Agostinho.

Tout fut démasqué. Le 3 août, les membres des Commissions Justice et Paix du diocèse d’Imperatriz et de l’Archidiocèse de São Luis se réunirent avec la présence de l’évêque, d’Agostinho Noleto et du Pe Victor Asselin. Résultat : le groupe politique n’a rien gagné et Agostinho Noleto en est sorti passablement affaibli. Les journaux de tous les partis politiques des deux villes ont exigé le silence. Les téléphones et les lettres anonymes cessèrent; les menaces ont disparues et l’auteur du procès désista de la cause de sorte que le 6 juin 1984 le juge Carlos Alberto Botelho Barbosa jugea périmée l’action et, conséquemment, « extinta a punibilidade »

Drummondville, 22 juin 2013

Victor Asselin, ptre

Terras no Maranhão

Vias de Fato – Quando o senhor chegou ao Maranhão?

Victor Asselin – Cheguei ao Maranhão no dia 31 de julho de 1966 após ter exercido o ensino de filosofia. Eu tinha dois anos de ordenação.

Vias de Fato – Como se deu sua vinda para cá?

 Victor Asselin – Estamos vivendo uma nova época na Igreja católica. O clero na América Latina era muito reduzido. O papa Pio XII tinha pedido aos bispos com maior número de padres diocesanos de colaborar com o clero dos países em desenvolvimento. Foi assim que o bispo da minha diocese aceitou enviar alguns padres e fez um contrato com o bispo da diocese de Pinheiro. Os primeiros padres da minha diocese chegaram ao Maranhão em 1955. Eu cheguei em 1966 

Vias de Fato – Veio direto para a cidade Pinheiro?

Victor Asselin – Vim para a cidade de Guimarães que era e é da diocese de Pinheiro. A proposta inicial era de colaborar no trabalho de formação dos seminaristas da diocese de Pinheiro. Ocorreu que o seminário fechou naquele ano e então passei a fazer parte da equipe da paróquia de Guimarães, cuidando prioritariamente do município de Guimarães pois, na época a paróquia abrangia também os municípios de Mirinzal e Cedral. 

Vias de Fato – E depois?

Victor Asselin – Após alguns anos de trabalho na paróquia, em 1971, eu fui indicado e passei a exercer o cargo de coordenador de pastoral da diocese de Pinheiro

Vias de Fato – E como se deu o seu contato com a Teologia da Libertação. Foi no Canadá?

Victor Asselin – Os anos passados na paróquia me levaram a tomar contato com as novas orientações da Igreja brasileira, pós Concílio Vaticano II e o trabalho de coordenação pastoral me levou a viver em contato com teólogos brasileiros, entre eles Leonardo Boff. Nossos encontros nordestinos eram significativos. Um dia, o Pe Ernanne Pinheiro, ainda hoje assessor da CNBB , voltando de Quito após ter feito o curso de teologia latino-americana, me convidou a fazer o mesmo. Aceitei o convite e viajei para Quito, no Equador, em janeiro de 1973. Participavam deste curso, padres e agentes de pastoral de diversos países da América Latina. Era um momento de reflexão profunda sobre a ação da Igreja na América Latina em busca de sua libertação. O corpo docente agrupava um grande número de teólogos e de biblistas latino-americanos. Foi um momento decisivo para mim. Eu não podia continuar a trabalhar na Igreja latino-americana sem a teologia que fundamentava sua ação. Voltando ao Maranhão, fui convidado por Dom Mota e aceitei o trabalho junto às Comunidades Eclesiais de Base. Fui o primeiro coordenador das Comunidades da Arquidiocese de São Luis, abrangendo todo o Estado do Maranhão. Este trabalho me levou a descobrir a necessidade de uma articulação maior, regional e nacional. Foi uma bela experiência na minha vida. Viver a experiência da uma Igreja inserida na vida do povo.

Vias de Fato – E antes do curso?

Victor Asselin – Cheguei ao Brasil em 1966 como já falamos. Encontrei o clima da ditadura. Um clima de repressão. A Igreja Católica havia apoiado o golpe militar. Vigorava ainda o conservadorismo. Mas havia já um movimento de renovação dentro da Igreja. A reunião dos bispos em Medellín me questionou muito. A realidade do continente, chamada de pecado social me deixava inquieto. Essa análise não me deixava indiferente. A miséria passou a ser algo inaceitável e exigia compromisso. 

Vias de Fato – O senhor participou da fundação da Comissão Pastoral da Terra no Brasil (CPT), sendo, inclusive, o seu primeiro vice-presidente. Como se deu isto?

 Victor Asselin - Como eu estava dizendo, ao me tornar coordenador estadual das CEB`s, passei a participar de articulações regionais e nacionais, muitas vezes clandestinas pois, este trabalho da Igreja era chamado de “subversivo”. Já, um grupo de bispos, liderados por Dom Helder Câmara, se reunia após as reuniões oficiais da CNBB. Eram uns dez bispos. Buscavam meios para levar a ação da Igreja a um maior compromisso

Vias de Fato – Fale mais sobre estas reuniões

Victor Asselin – Pois é, esses bispos chegaram a sugerir que fosse bom se suas reuniões fossem participadas em âmbito maior. Nasceu a idéia de reunir algumas pessoas de diversas regiões do país, pessoas que já se demarcavam pelo seu papel de articulação e de compromisso. Estamos nos anos de 1973, 1974 e1975. A primeira reunião desta articulação nacional ocorreu, sem cunho oficial, em Salvador da Bahia. O país vivia um momento tenso.  O propósito era de se reunir duas vezes por ano. Preocupava-nos a situação do país. O resultado destas reuniões era levado para dentro da CNBB. Discutiam-se os problemas das diversas regiões do país e, em particular, como ampliar mais a nossa ação. Não demorou muito tempo que, no ambiente da CNBB, chegou a sugestão de organizar um encontro a nível nacional para examinar de mais parto a problemática da Amazônia legal. A questão TERRA estava no centro das preocupações. Convidaram-se representantes dos diversos projetos do governo federal para informar os agentes da Igreja sobre a pretensões do Governo para aquela região. Participaram deste encontro um bom número de juristas da Comissão de Justiça e Paz, agentes de pastorais e alguns bispos. Estávamos preocupados em não deixar terminar este encontro sem a resolução de algo concreto. Foi assim que nasceu a idéia de criar uma Comissão de Assessoria ao bispo Dom Moacyr Grechi, responsável pela linha missionária da Igreja, com a responsabilidade de assumir a questão de terra na Amazônia Legal. A sugestão agradou ao plenário. Criou-se a CPT, órgão de assessoria aos trabalhadores da região amazônica, com sede em Goiânia, em junho de 1975. Dom Moacyr foi escolhido como presidente da Comissão e eu como vice-presidente.

Vias de Fato – E qual foi o resultado imediato após a criação da CPT?

Victor Asselin – A questão fundiária era tão grave que houve uma adesão espontânea de quase todos os Estados do país.  Todo mundo queria a mesma assessoria. Afinal, os problemas de terras no Brasil não se resumiam a região Amazônica.  Assim sendo, a CPT, em poucos mêses, ganhou um caráter nacional.

Vias de Fato – O que lhe motivou a escrever o livro Grilagem e Violência em Terra do Carajás?

Victor Asselin – Em 1980, eu estava terminando o meu mandato na CPT do Maranhão, embora continuando a assumir a vice-presidênciaem Goiânia. O Pe Xavier, que depois se tornou bispo, me sucedeu. O trabalho dos primeiros anos foi intenso e a gente estava esgotado. Tínhamos muitos documentos sobre conflitos fundiários e havia muita violência. Os colegas achavam que eu não podia deixar a coordenação dos trabalhos sem fazer um relatório da situação pois, havia tendência em considerar os conflitos como casos isolados quando, de fato, se tratava de uma política que gerava a multiplicidade de conflitos. Iniciando o relatório, senti a necessidade de pesquisar mais para poder deixar um documento que pudesse ser instrumento de trabalho. Assim foi que o relatório de fim de mandato se tornou um livro que mostrou que a grilagem e a violência eram frutos de uma ação planejada.

Vias de Fato – O livro representa uma memória importante da história recente do Maranhão.

Victor Asselin – É verdade. Era também a nossa intenção: deixar a memória da situação agrária violenta vivida pelos lavradores do Estado do Maranhão. O documento fez verdade sobre a ação da Igreja. Mostrou o rosto sangrento da realidade agrária e a presença de uma Igreja engajada a seu serviço. O livro relata os primórdios da grilagem no Maranhão até o momento em que se tomou a decisão de dar um cunho legal à grilagem através de ação na Justiça Federal. Esta situação é muito atual: continuou a avançar a grilagem e dá-se um cunho legal através de decisões do poder judiciário.

Vias de Fato – O senhor foi ameaçado na época?

 Victor Asselin – Foi terrível.  Vivi momentos inesquecíveis, preocupantes, embora com muita tranqüilidade. Fui processado e foi montado um plano de morte. Recebia telefonemas anônimos. Diariámente havia em jornais de São Luis e de Imperatriz artigos contra ou a favor das denúncias publicadas no livro. Tive que pedir proteção pela minha segurança e responsabilizar quem tomaria medidas contra a minha vida. Houve tentativa de simular uma divisão entre a Igreja de Imperatriz e a de São Luis pois, Agostinho Noleto que moveu o processo contra mim, era da Comissão de Justiça e Paz da diocese de Imperatriz e fazia parte do Cursilho da cristandade.

Vias de Fato – Qual o papel do Agostinho Noleto da época? Ele era um agente do Sarney?

Victor Asselin – Agostinho Noleto era, como advogado, procurador da Delegacia de Terras criada pelo então governador José Sarney. Um órgão que devia resolver os problemas fundiários mas que, na verdade, agiu em favor do latifúndio e acobertou a grilagem.

Vias de Fato – Um recente relatório produzido com dados da CPT, MST, Fetraf, Sociedade Maranhense dos Direitos Humanos e Fetaema indica que em mais de meio milhão de hectares de terra do Maranhão existem conflitos. Trinta anos depois do seu livro, estes números lhe surpreendem?

Victor Asselin – Surpresa, poderia até ser. Mas, a olhar de perto, pelo contrário, infelizmente, temos que concluir que esta situação é uma conseqüência de anos de grilagem sem que se tenha tomado as devidas decisões . Incentivar fraudes cartoriais feitas em terras públicas sem dar existência aos posseiros que nelas trabalham só pode gerar conflitos. Quanto a este número de meio milhão de hectares de terras em conflito no Estado é apenas uma amostra. Tenho certeza que o quadro de conflitos é muito maior. A situação é ainda mais grave. A acomodação impede ter um olhar mais aguçado.

Vias de Fato – E a reação a estes problemas?

Victor Asselin – Há 30 anos a reação era bem maior. Parece que esquecemos a luta pela terra. A organização do trabalhador rural se perdeu no meio do caminho. Graças a Deus, conquistou-se a aposentadoria para os mais idosos mas esqueceu-se que ainda havia necessidade de sentar o pé no chão, querendo sobreviver como classe trabalhadora. Promoveu-se um funcionalismo nocivo para a classe que fez o trabalhador se acomodar. E mais, a Igreja perdeu também a mística que alimentava o povo. Graças a Deus, sente-se que estamos novamente em retomar uma ação de conjunto que possa gerar uma esperança.   

Vias de Fato – Sobre a questão da terra nos parece que estes dados de hoje são ainda mais graves já que o relatório não incluiu os conflitos nas áreas indígenas.

Victor Asselin - È verdade. A questão dos índios é outro problema sério. O estudo que fiz considerou apenas as regiões de posseiros, assentados, acampados e quilombolas.

Vias de Fato – Os anos passam e a violência contra o trabalhador rural do Maranhão insiste em acontecer. Este mesmo relatório das entidades informa sobre a destruição de roças, queima de casas, ameaças, ação de pistoleiros e assassinatos. Qual sua opinião a respeito?

Victor Asselin - O clima de violência que existe hoje é a continuação do clima daqueles anos.  Hoje, sendo que a luta não é uma prioridade e que a gente se acomodou, a violência não aparece. Divulga-se apenas a violência que tem cunho de sensacionalismo. A violência está aí e a gente parece ter adquirido certa insensibilidade para com os conflitos existentes. Nota-se na análise dos dados que a pressão exercida sobre os trabalhadores é progressiva, inicia-se com proibições de roçar, de melhorar a casa, passa pelas ameaças de despejo para, em diversos casos, chegar ao assassinato.  

Vias de Fato – Mesmo que para isso tivesse que morrer?

Victor Asselin – Sim. E muitos morreram em nome desta causa.

Vias de fato – Qual a responsabilidade do INCRA e do ITERMA em relação a estes problemas?

Victor Asselin –  O Iterma e o Incra são dois órgãos a serviço de um projeto de desenvolvimento. Não são órgãos a serviço da classe trabalhadora rural mas em defesa do projeto governamental, o qual prioriza o agronegócio. Não há no projeto governamental atual lugar preferencial para a agricultura familiar que é a agricultura do posseiro, do assentado e do quilombola. Por este motivo, tudo é difícil para o pequeno agricultor e fácil para as empresas e o latifúndio. 

Vias de Fato – Dê um exemplo?

Victor Asselin – É só ver a questão das vistorias. Analisei ultimamente 82 processos encaminhados pelo Incra e pelo Iterma. 45% destes processos estão parados no pedido de vistoria. Porque tanta dificuldade em efetuar a vistoria, medida inicial para qualquer processo de regularização de terra ? A gente sente que a morosidade é desejada, senão planejada para ter o tempo necessário a dedicar às atividades patrocinadas por pretensos proprietários. Porque será que o INCRA e o ITERMA não priorizam o trabalhador e a trabalhadora rural ? Não são eles e elas que põem ainda a comida na mesa de todo cidadão e cidadã brasileira. 

Vias de Fato – O que chama a atenção nos dados das entidades é que praticamente 50% das áreas de conflito são em terras públicas. O que o senhor acha disso?

Victor Asselin – O Maranhão é um estado de terras devolutas. Infelizmente está passando, através da grilagem e da conivência de muitos políticos e agentes públicos, à empresa privada. Isto significa que o Estado já perdeu 50% do seu patrimônio ou, talvez o tenha espoliado por uma ninharia. Por outro lado, o trabalhador rural vivendo em terras devolutas tem o primeiro direito por viver e trabalhar nelas. É um direito que o Estatuto da Terra reconhece sem sombra de dúvida. Imagine em que pé se encontra o lavrador de hoje. Ele está obrigado a se defender em lugar onde, por lei, ele tem preferência e direito reconhecido. 

Vias de Fato – Em sua opinião o que melhorou e o que piorou em 30 anos?

Victor Asselin – A situação está piorando. O agronegócio avança a grandes passos, os sindicatos se preocupam com a aposentadoria e os projetos de cunho assistencialista, a maioria dos agentes dos movimentos sociais e das Igrejas com a exceção de alguns, nem estão aí e o poder judiciário favorece o acesso às grandes propriedades através de liminares concedidas rapidamente, sem levantamento das cadeias dominiais e da existência de posseiros nas áreas. Consagra-se uma situação onde o trabalhador e a trabalhadora rural está se tornando uma mão de obra barata, senão escrava. Impressiona atualmente o número de fazendas onde se encontra a prática da escravidão.

Vias de Fato – Outro dado importante é que entre 2008 e 2010 a Justiça do Maranhão concedeu 109 liminares em favor dos latifundiários. Destas liminares, 101 se referem a processos abertos depois de 2007. Não lhe impressiona esta rapidez com que o Poder Judiciário age contra os posseiros, assentados, acampados e quilombolas?

Victor Asselin – Não me impressiona mas me indigna de constatar esta realidade pois, de fato, ela é muito mais grave. Os dados mencionados tomaram como base de análise ofícios da Polícia Militar comunicando aos órgãos interessados, o pedido do reforço policial requerido pelos juízes. É de supor que os dados poderiam ser mais sugestivos e mais estarrecedores. O que surpreende é que para a execução de uma liminar haja necessidade de reforço policial por se tratar de interesse de latifúndio. O Poder Judiciário não estaria confessando sua fragilidade ? O Poder Judiciário não estaria demonstrando a dúvida que repousa sobre sua decisão ? Será que o exercício da verdadeira Justiça já gerou violência no meio do povo ?  Sabemos que a presença da Policia em cumprimento de liminar deve ser exceção e justificada. Não estaríamos militarizando a justiça ? 

Vias de Fato – Quais os grandes prejuízos provocados por estas liminares?

Victor Asselin – Primeiro, a liminar chega de repente sem que o trabalhador que vive na área seja notificado de qualquer maneira. A reação será de surpresa e poderá desencadear um conflito. Segundo, ela está contribuindo cada vez mais para desacreditar o Poder Judiciário. Terceiro ela justifica a violência praticada contra  inúmeras famílias. Quinto, quando for julgado o mérito favoreçerá a grilagem e a fraude cartorial. Sexto, colocará mais uma família na periferia da cidade.

Vias de Fato – Explique a relação da fraude com a decisão do juiz de conceder liminar contra os trabalhadores rurais.

Victor Asselin – Para dar uma liminar, o juíz deve ter a presunção de que o pedido do requerente seja justificável e, portanto, o julgamento do mérito deveria confirmá-lo. Não tenho receio em dizer que muitas vezes, o mérito já está julgado no momento da concessão da liminar de reintegração de posse. Como pode se dar uma liminar em ação possessória sem ter chamado a juízo os posseiros da área ? Quais são os documentos apresentados pelos requerentes para conseguir a liminar de reintegração de posse ? Caso seja apresentada uma escritura de compra e venda, juntou-se a cadeia dominial ? Analisa-se o valor jurídico dos documentos apresentados ?  Todo cuidado não é de sobra pois no Maranhão já se confeccionou cadeias dominiais centenárias num só dia. 

Vias de Fato – Fraude?

Victor Asselin – Lógico que é fraude!

Vias de Fato – Em sua opinião, qual deveria ser o procedimento dos juízes diante de uma situação de conflito?

Victor Asselin – Os juízes deveriam, antes de tudo, se esforçar para ficar mais perto do povo. O povo os respeitaria muito mais e passaria a defendê-los. Ao receber uma ação possessória, o juiz deveria tomar as informações necessárias sobre a área e seus possíveis moradores pois eles tem a posse direta. Não é possível tomar uma decisão  sem observar o interesse e os direitos dos moradores. Uma conversa não faz mal a ninguém. Esta seria, a meu ver, a primeira providência.

Vias de Fato – O que precisa ser feito para que o Poder Judiciário priorize o direito do posseiro, do trabalhador rural, isto é, de quem mora e trabalha na área?

 Victor Asselin –  Creio que o Poder Judiciário pode dizer o que ele poderia fazer para respeitar melhor os direitos do trabalhador rural. O que os movimentos sociais, aliados ao trabalhador, poderiam fazer para que o Judiciário priorize os direitos do trabalhador é a pergunta que me leva a opinar. Em primeiro lugar, priorizar a luta pela posse da terra; em segundo lugar, juntar-se ao trabalhador para entender melhor a sua cultura e seu projeto e incentivar a sua organização; em terceiro lugar, articular suas forças para realizar um trabalho de conjunto. É preciso articular todos os aliados da causa. Com estes elementos teremos uma força de presença e de pressão capaz de ter diálogo eficaz e produtivo com o Poder Judiciário. 

Vias de Fato – Parece óbvio que o avanço do agro-negócio, financiado pelo Estado, tem, também, uma relação direta com esta violência no campo?

Victor Asselin – Sem dúvida. O avanço do agronegócio é uma presença esmagadora do posseiro. O agronegócio não precisa de parceiro mas de mão de obra barata. E o pior é que o agronegócio é um projeto falido. Vive com dívidas acumuladas, dívidas nunca pagas mas anistiadas. 

Vias de Fato – Qual a influência da Lei de Terras nesta situação que é vivida hoje no Maranhão?

Victor Asselin – Qual a lei que prevalece, hoje ? A Lei de terras de 1850 favorece quem tem o capital para comprar. A Lei do Governo Sarney favorece as empresas. A Lei que merece o maior respeito é ainda o ESTATUTO DA TERRA, promulgado no tempo da infeliz ditadura. Nele encontramos o direito do meeiro, do pequeno trabalhador rural, do arrendatário, dos posseiros e de todos que vivem na terra. O sistema capitalista prioriza a propriedade privada e a gente esquece que o direito de posse é anterior e deveria ainda prevalecer.   

Vias de Fato – Em setembro haverá o plebiscito da Campanha Pelo Limite da Propriedade da Terra no Brasil. No Maranhão, trata-se de uma boa oportunidade para levantar esta discussão em torno da situação vivida no Estado. O senhor não acha? 

Victor Asselin – Acho que deve ser sim. Acho que este é o momento de mobilizar os trabalhadores e trabalhadoras rurais do Maranhão. É hora de tentar criar uma sintonia com a população em geral. Necessário se faz de repudiar os abusos cometidos contra os povos da terra e visualizar uma ação política enérgica contra o latifúndio e contra a grilagem. Este plebiscito quer ser um instrumento de descentralização do poder, um caminho para que se possa, verdadeiramente, vivenciar a democracia no país.  

Vias de Fato – E o Maranhão?

Victor Asselin – Discutir a questão da terra é fundamental para o futuro do Maranhão. É fundamental! Qualquer governo que se proponha a mudar as coisas neste Estado tem que tomar providências para que, entre outras coisas, o INCRA e o ITERMA assumam de cheio a causa do trabalhador rural e funcionem em favor dos homens e das mulheres do campo.

Entrevista concedida ao jornalista Emílio Azevedo do Jornal VIAS DE FATO, São Luis do Maranhão, Brasil, e publicado em agosto de 2010.

 

BRÉSIL – L’Église et les questions de politique agraire au Maranhão, Brésil – 2e et 3e parties

 

BRÉSIL – L’Église et les questions de politique agraire au Maranhão, deuxième et troisième parties

Victor Asselin

lundi 1er février 2010, mis en ligne par Dial

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Victor Asselin, prêtre missionaire au Brésil, revient, dans cette conférence prononcée à São Luis do Maranhão en octobre 2008, sur l’histoire de l’engagement de l’Église aux côtés des sans-terre. Ce texte, qui est celui d’un acteur et d’un témoin, a été publié en portugais (Brésil) sur AlterInfos-DIAL, le 10 août 2009. Nous avions publié le mois dernier la traduction française de la première partie. En voici les deuxième et troisième parties.


Deuxième partie – La lutte contre la pratique de la falsification de documents (grilagem)
La terre, champ d’action pour les communautés ecclésiales de base

La terre, la lutte pour la terre ou plus exactement la lutte contre le grilagem [1] a marqué la vie des CEB. Avec la Commission pastorale de la terre, les chrétiens et chrétiennes du monde rural avaient trouvé le moyen de définir leur identité, le visage paysan de l’Église dans le Maranhão, comme nous l’avons déjà indiqué. En ville il y eut une lutte semblable avec l’occupation du terrain urbain. São Luis est une île. Dans une île on n’envahit pas, on occupe le terrain.

1.- Un rappel

« Le 21 avril 1500, quand les Portugais arrivèrent ici, le pays qui allait s’appeler Brésil perdit l’autonomie de son territoire et le processus de grilagem commença.

« … La loi sur la terre (Loi 601 de 1850) a mis la terre en captivité – ici les terres n’étaient pas et ne sont pas libres, mais captives » écrivait José de Souza Martins [2]. Et il continuait : « Quand, le 31 mars 1964 ont changé les maîtres du pouvoir, s’est ouverte une nouvelle étape de falsification des documents de propriété de la terre. » [3]

Le grilagem au Maranhão doit être compris en sachant qu’il s’agit d’un problème structurel, planifié et encouragé.

2.- Quelques données historiques

Dès les années 30 s’était dessiné un plan d’intégration du nord de l’État de Goiás, aujourd’hui le Tocantins, à partir d’Anapolis. Dans les années 40, le projet de colonie agricole nationale de Goiás à Ceres, ouvert par l’Institut national d’immigration et de colonisation (INIC) – devenu ensuite SUPRA, INDA, IBRA et INCRA – devint une cible des faussaires dans le nord du Goiás, au sud du Pará et dans la région tocantine, Carolina, Estreito et Imperatriz. Dans les années 50 ce fut la construction de la nouvelle capitale, Brasilia et de la route Belém-Brasilia.

Que représentait Imperatriz au début du XXe siècle ? Fondée en 1852, elle fut élevée à la catégorie de ville en 1924. En 1950 elle comptait 1 152 habitants et, en 1960, 4 137 habitants. Et qu’en était-il de Santa Luzia do Tide (Clotilde) à la même époque ? Il existait des implantations très anciennes sur les rives du rio Zutiuá, mais Santa Luzia fut créée en 1951 par trois paysans venus de Pirapemas. Elle devint un village en 1959.

3.- Les grands changements et l’accaparement frauduleux des terres

Un changement radical se préparait dans toute cette région. Les terres du Maranhão qui avaient été attribuées (captives comme le disait José Martins) étaient convoitées par les représentants des intérêts de São Paulo, du Triangle de Minas Gerais et de l’État de Goiás. Les fraudes se multiplièrent. Il y avait là un véritable problème social et il fallait faire preuve d’imagination pour justifier et légaliser l’appropriation de ces terres. En fonction des besoins du moment, une série de lois et d’organismes nouveaux furent mis en place. Ce furent des années de violence extrême. Rappelons-nous quelques moments de cette histoire, pour aider à comprendre la situation du peuple du Maranhão et l’engagement assumé par les communautés ecclésiales de base pendant ces années. Je distinguerai trois étapes dans l’évolution de l’accaparement frauduleux des terres au Maranhão :

Première étape : 1956-64
Deuxième étape : 1965-68
Troisième étape : 1969-80

3.1.- Première étape du grilagem dans le Maranhão : 1956-64

En 1956, est prise la décision de construire la nouvelle capitale et la route Belém-Brasilia. Dès 1958, les premières tentatives de fraude apparaissent à Gurupi, Torre Segunda, Campo Alegre et Frades dans la partie ouest de l’État. Par la route Belém-Brasilia arrivèrent des paysans de la classe rurale moyenne, venant du Minas, de Bahia et de l’État d’Espiritu Santo. Ils employaient de la main d’œuvre et occupaient 200, 300,500 hectares. Les entreprises qui construisaient la route occupaient aussi des parcelles à des fins spéculatives.

Un climat de violence extrême régnait à Imperatriz. C’était un lieu de refuge sur la rive du Tocantins, repaire d’assassins en fuite et d’hommes armés. Pedro Ladeira était l’un d’eux. On disait de lui : « Il en tuait cinq et en gardait six ligotés pour les faire mourir le lendemain. »

Au début des années 60, la pratique de la falsification de documents s’installa. On créait des personnes fictives, on rédigeait des documents privés à partir d’inventaires qui n’avaient jamais existé. Ce fut la première étape de l’accaparement des terres où se distinguèrent les intérêts paulistes, représentés par le sénateur Orlando Zancaner de São Paulo. À la même époque, en 1963, le long de la section de route en construction, venant de Belém en direction de Brasilia, dans la commune de Turiaçu, l’usage de l’usucapion [4] se répandit, facilité par le juge José Ribamar Fiquene et l’utilisation des registres falsifiés de l’office notarial de Carutapera. José Ribamar Fiquene devint par la suite juge à Imperatriz.

3.2.- Deuxième étape du grilagem dans le Maranhão : 1965-68

En 1965 commença l’asphaltage de la route Belém-Brasilia et en 1966, le gouvernement brésilien autorisa l’armée de l’air des États-Unis à réaliser une cartographie aérienne du pays. Le faussaire João Inácio s’employait à vendre des terres aux États-Uniens.

Pendant cette seconde étape il y eut une aggravation de la fraude à Marabá, et Açailândia. Une grande migration se produisit, principalement du Piaui et du Ceará, mais également de Bahia, du Minas et de l’État d’Espiritu Santo. C’étaient en général de pauvres gens dont on disait : « Après les pauvres arrivent les faussaires (grileiros) ».

Le 27 octobre 1966, une loi fédérale incorpore au patrimoine de l’Union une bande de 100 kilomètres de chaque côté des routes fédérales construites, en construction ou en projet. Et le Gouvernement Sarney, à partir de janvier 1967 prend diverses décisions.

Trois des mesures prises par lui sont de première importance pour comprendre la suite des événements dans l’État du Maranhão. En octobre 1968, il crée la Délégation des terres à Imperatriz, en nommant Pedro Nunes de Oliveira délégué de l’organisme et Agostinho Noleto procureur. L’objectif de la Délégation : maîtriser les occupations de terres et établir les titres de propriété, en organisant les transferts du domaine public au domaine privé. Les falsifications se multiplièrent. Le 6 décembre 1968, il crée le SAGRIMA (Secrétariat de l’Agriculture du Maranhão) et nomme Lourenço Vieira da Silva secrétaire. Enfin, le 28 novembre 1969, il promulgue la Loi de la terre n° 2 979, qui autorise la vente des terres sans appel d’offres à des groupes organisés en sociétés anonymes, sans limitation du nombre des associés, chacun pouvant demander jusqu’à3 000 hectares.

Pour compléter le tableau, le 9 juillet 1970 fut créé par la Loi Fédérale 1110, l’INCRA (Institut national de colonisation et réforme agraire, organe suprême pour administrer les terres le long des grandes routes fédérales. À Imperatriz ce fut le commencement des passe-droits accordés aux grands propriétaires.

En 1968, il y avait eu l’affaire de la fazenda Pindaré. Exemple caractéristique de fraude aux proportions gigantesques, qui avait pour objet de faire main basse sur toutes les terres libres de l’État du Maranhão. L’inventaire notarié du 2e bureau d’Imperatriz était un faux : Pindaré ne fut jamais une fazenda et Faustino Pereira de Carvalho était un personnage fictif. En 1975, le juge fédéral, dans un procès ouvert par l’INCRA et par l’État, disait : « Quels sont ces misérables qui possèdent autant de biens que les plus importantes personnalités du Portugal ? »

3.3.- Troisième étape du grilagem dans le Maranhão : 1969-1980

À la fin des années 60 et au début des années 70, s’ouvre le premier tronçon de la route Açailândia-Santa Luzia. L’affaire Pindaré a des répercussions énormes. De grands projets agropastoraux voient le jour. La Délégation des terres était bien petite pour les grands appétits. Sarney, déjà sénateur, présenta la candidature de José Leite, du Pernambouc, à la mairie de Santa Luzia, ce qui ouvrit la porte aux entrepreneurs du Pernambouc dans la région. Le gouvernement militaire, le 1er avril 1971, établit par le décret-loi 1164 que la bande des 100 kilomètres de chaque côté des routes fédérales était une « zone de sécurité nationale ».

Pedro Neiva de Santana avait succédé à Sarney comme gouverneur du Maranhão. Il y eut une véritable ruée sur les terres de la région de Pindaré. Les cessions étaient faites avec une extrême rapidité. Pedro Neiva intronisa la falsification de documents. Il n’avait pas confiance dans les documents présentés, mais il était en face du puissant groupe des sénateurs Orlando Zancaner de São Paulo et Osiris Teixeira de Goiás, appuyés par le sénateur Sarney. Voulant attirer les investissements au Maranhão, il accueillit le groupe d’Ituiutaba (Minas Gerais), recommandé par le gouverneur du Minas, Rondon Pacheco. Cela donna le feu vert à Agostinho Noleto pour réaliser ce qu’il avait projeté aux alentours de 1968-69. Le juge Delfino Sipaúba, à Imperatriz, disait : Pourquoi ne pourrions-nous autoriser l’enregistrement de faux documents puisque « l’État lui-même les autorise » ?

Le 6 décembre 1971, la loi de l’État n° 3230 créa la COMARCO (Compagnie de colonisation du Maranhão), en incorporant à son domaine une zone de terres localisée sur les communes de Grajaú, Lago da Pedra, Vitorino Freire, Pindaré-Mirim, Santa Luzia et Amarante, estimée à1 700 000 hectares. Dans la région du Macaraçumé (Turiaçu), outre les 46 expropriations déjà en cours dans le secteur, furent réservés300 hectarespour installer 10 000 familles, le reste étant réservé pour les grands projets.

Le gouverneur suivant, Nunes Freire, ne voulait pas livrer les terres à des latifundiaires autres que ceux du Maranhão, mais, menacé de perdre son poste, il fut obligé de signer des faux.

La Délégation des terres, le SAGRIMA, l’INCRA et la COMARCO sont à l’origine du conflit social. Les forces s’affrontaient. Sous le gouvernement de Castelo entre en scène la COTERMA (avril 1979) au niveau de l’État et le GETAT (février 1980) au niveau fédéral. L’INCRA avait autorisé l’occupation de plusieurs demandeurs sur les mêmes terres. Maintenant, le GETAT devait résoudre ce problème. Au Maranhão, la COTERMA voulut apaiser le conflit social en faisant des transactions sur des terres de l’État. Pour accélérer le processus fut créée la CETER (1980), et le père Hélio Maranhão, lié directement au gouverneur, fut nommé comme médiateur entre les paysans et l’État.

Dans cette troisième étape des falsifications, en 1972, réapparurent les faux titres de propriété du temps du gouverneur Pedro Neiva de Santana, et Lourenço Vieira da Silva, secrétaire de l’Agriculture, fut autorisé à dûment les enregistrer.

Ce qui est évident, dans cette étape, c’est que la pratique des falsifications est partie d’un point et s’est propagée jusqu’à ce que soit atteint le but recherché au départ, c’est-à-dire s’approprier toutes les terres qui avaient été dévolues à l’État parce qu’elles avaient été jugées nécessaires pour le développement et la sécurité.

Ce rapide survol nous permet de vérifier la propagation des pratiques de fraude à l’intérieur du Maranhão. A partir d’Imperatriz, elles se dirigent vers Grajaú-Barra do Corda en passant par Porto Franco et par l’ancienne route Imperatriz-João Lisboa ; de nouvelles frontières s’ouvrent vers l’ouest avec la route Imperatriz Coquelândia, en passant par Cidelândia, Trecho Seco en direction de São Pedro da Agua Branca ; de même vers l’est, la route BR 222, Açailândia-Santa Luzia, en pénétrant dans les communes de Pindaré, Monção, Santa Inês, Bom Jardim e Viana et encore au long de la route Belém-Brasilia, pénétrant dans la Serra do Tiracambu, au sud de Carutaperaz.

4.- Opération nettoyage de la zone. Violence

Toute la zone des usurpations était habitée par des paysans et les communautés ecclésiales de base y étaient actives. Il fallait s’en débarrasser. L’opération nettoyage de la zone est une histoire sanglante et indigne de l’être humain qui a droit au respect. Pedro Ladeira, criminel fuyant la justice du Minas Gerais, fut la pièce maîtresse, avec la Délégation des terres, les représentants de la justice et de la police d’Imperatriz, du véritable massacre qui fut perpétré dans la zone du Pindaré.

4.1.- La chasse aux occupants

Faire la chasse aux occupants pour les éloigner de la zone était l’objectif. Divers moyens étaient employés comme jeter des graines de mauvaises herbes par avion ou hélicoptère sur la plantation de riz des paysans. La police saisissait les carabines, les armes de chasse ou les ustensiles ordinaires nécessaires pour le travail des champs, tels que couteaux, faux, serpes. Tout cela était souvent accompagné de menaces de mort : « J’ai un cercueil pour toi et un autre pour ta famille » ou « j’ai déjà tiré sur le frère du Dr Jurandir… avec vous cela ne vaut pas la peine de se salir. Il suffit de vendre une vache et, avec l’argent, de payer un tueur ».

Quand les faussaires (grileiros) et ceux qui les accompagnaient rencontraient une résistance, ils venaient envahir, détruire et brûler les récoltes avec l’appui de la police. Ils s’emparaient des occupants et les emmenaient à la prison d’Imperatriz. Ils se présentaient parfois de nuit comme des policiers fédéraux, encerclaient les maisons et les fouillaient.

Le sergent Furrupa fit beaucoup d’horreurs dans le pays. Il tua, humilia les pauvres gens, abandonna une femme qui se perdit dans les bois et brûla les maisons dans la région de Buriticupu. La police militaire d’Imperatriz recevait de Pedro Ladeira une somme d’argent mensuelle. Ils réussirent à enrôler quelques paysans pour en faire des agents de vente des terres ou des tueurs. Les Bonfim (Resende) en sont un exemple. Ils recrutaient également des tueurs en dehors de l’État. C’était véritablement le crime organisé.

Il est difficile d’évaluer le nombre de morts dans la région du Pindaré. Les habitants parlent d’un nombre incalculable. Quincas Bonfim en fit tuer 7 en un seul jour. Il coupa les oreilles des morts et en fit étalage. On dit que Bonfim en a tué plus de 80. Dans les bois de la fazenda Cacique furent découverts des cadavres. Dans la fazenda des frères Valle sont morts plus de 100 travailleurs agricoles et dans la fazenda voisine d’Olynto Garcia il y avait un cimetière.

Une des autorités d’Imperatriz me disait que dans la ville il fallait compter trois morts par nuit et que la police elle-même faisait partie des commandos. Un habitant ajoute : « Personne n’avait le courage de sortir la nuit avant l’allumage des éclairages publics. On rencontrait beaucoup de morts dans les rues sans la peau du visage pour qu’ils ne soient pas reconnus. »

Dans les cas de grande résistance, c’était le massacre, car on inventait une prétendue subversion et on tuait les responsables… Le fait est que, bien qu’ils aient mis de leur côté toute la force politique, économique, judiciaire et militaire, les faussaires (grileiros) n’arrivaient pas à faire partir les nombreux occupants. C’est ainsi que, dans la région de Buriticupu, on eut l’idée d’inventer un mouvement subversif. Désigner les occupants comme des terroristes serait le seul moyen de résoudre le problème et de les éloigner de la zone. Ladeira disait : « Nous pourrons tuer sans que ce soit un crime ». Les occupants furent surpris par des rafales intenses de mitraillettes et des tirs de fusils nourris. Quelques paysans passèrent la nuit dans les bois. Tous les paysans trouvés étaient pris et molestés. L’opération dura presqu’une semaine et les paysans furent accusés de subversion, et emprisonnés, sans pouvoir communiquer avec quiconque.

La mort du leader syndical João Palmeira est un exemple de la violence exercée envers les paysans. Un jour, João Palmeira fut surpris avec ses collègues dans son champ à l’heure du déjeuner par une bande de tueurs. Sans un mot, la fusillade commença. Palmeira fut criblé de balles. Comme il n’était pas mort sur le coup, les tueurs l’achevèrent au couteau. José Viana qui voulut le secourir mourut aussi. Après le massacre, Ladeira lui-même passa par la maison de la femme de João Palmeira « en disant qu’on pouvait aller chercher les corps de ceux qui étaient morts dans les bois. »

La veuve alla parler au commandant du Bureau 50 bis qui lui dit : « Il aurait pu être mort depuis longtemps puisqu’il vivait sur les terres d’autrui. » Dans une lettre au président Geisel, la veuve écrivait : « J’aimerais préciser à Votre Excellence que c’est en vain que des enquêtes seraient lancées, parce qu’elles n’établiraient jamais la vérité… Je veux croire que Votre Excellence sait que le président de l’INCRA, Lourenço Tavares Vieira da Silva est très proche des faussaires qui infestent cette région, notamment de ceux qui viennent de l’État du Minas Gerais. »

4.2.- Recrutement des travailleurs

Une autre méthode employée pour « nettoyer la zone », comme on disait, fut le recrutement de travailleurs. Par exemple, Pedão, délégué de la police d’Açailândia, recrutait des travailleurs pour déboiser, et les tuait quand le terrain était nettoyé. Un habitant disait : « c’était horrible ! ». Dans une fazenda, 30 travailleurs avaient été embauchés. Ils firent le travail jusqu’au bout, obtenant comme acompte seulement le nécessaire pour leurs dépenses. Au moment de la paie, Zé Cândido fit encercler les ouvriers agricoles par ses hommes et mettre le feu. Ils furent tous brûlés dans les bois.

« Le crime a un côté miraculeux : il n’y a pas de coupables et personne ne sait rien. L’assassin n’apparaît jamais et celui qui est au courant ne dit rien. C’est celui qui meurt qui est considéré comme le criminel. Ici, il faut se faire passer pour un idiot ou un lâche. Entendre et oublier, sinon c’est la mort. »

Troisième partie – Réflexions sur l’engagement des chrétiens et des chrétiennes des communautés ecclésiales de base

Les communautés ecclésiales de base (CEB) sont de véritables écoles d’apprentissage et la terre est le champ de la mise en pratique de leur foi. Cette pratique a été fertile en découvertes. J’en présenterai quelques-unes qui me paraissent importantes.

1.- Quelques découvertes

1.1.- Religion et foi chrétienne sont différentes

Les membres des Communautés de base ont découvert que la foi chrétienne a une identité qui la distingue de la religion et que l’Évangile n’est pas une religion. La pratique a enseigné que la foi chrétienne ne consiste pas seulement à parler d’un engagement religieux, mais qu’il s’agit d’un choix de vie qui, selon l’Évangile de Jésus, implique une décision qui englobe tout. La foi chrétienne est une adhésion à un projet qui exige un choix total. Et ce projet est celui de Jésus. La foi n’est pas un acte quelconque parmi de nombreux autres ni un choix restreint à un aspect de la vie. C’est une inspiration qui devrait orienter la vision, le discernement, les attitudes et la pratique des personnes, des groupes ou des communautés. Avoir la foi, c’est entrer avec Jésus dans l’aventure du Royaume, c’est construire le Royaume avec Lui, et faire avec Lui le chemin pour qu’advienne le Royaume.

1.2.- Religion et politique vont de pair

Les chrétiens et les chrétiennes ont commencé à comprendre que la foi chrétienne établit une relation, non seulement avec le Père de Jésus, mais encore avec son œuvre, la Création. Ils ont découvert ainsi la diagonale qui relie foi et politique. Pour eux, parler de politique c’est parler de la foi vécue dans l’action sociale, c’est parler de l’engagement dans la société civile, c’est parler de la participation du peuple dans la vie publique. Si l’on entend la foi dans ce sens, il n’y a pas de problème pour dialoguer avec tous et toutes, et même avec ceux et celles qui ont des références et des valeurs autres que celles de la foi chrétienne. Les communautés ecclésiales de base commençaient à vivre d’une manière œcuménique.

1.3.- Politique, question vitale pour les CEB

Les membres des CEB en arrivèrent à définir la politique comme une question vitale pour elles. Plus que jamais, il devint impératif de lui donner la priorité et de la mettre au premier plan ce qui impliquait d’être présents dans les situations les plus révoltantes des masses « sans emploi, sans toit, sans terre », et des « sans » de toutes sortes. La politique est une exigence de la foi chrétienne. C’est la pratique d’amour du Samaritain.

1.4.- Évangile et politique ont le même objectif

La politique est au service de la pleine réalisation de l’être humain et de tous les humains, au service de leur bien-être. Aussi doit-elle se préoccuper, en premier lieu, du peuple qui vit marginalisé, privé de toute participation dans la société. C’est aussi l’objectif de l’Évangile qui s’exprime dans le choix des pauvres. Cette convergence est à la source de leur lutte contre le grilagem et en faveur de l’accès à la terre. Et il n’y avait pas de meilleure inspiration que l’Évangile de Jésus-Christ pour soutenir leur lutte quotidienne, car Lui-même avait fait le choix des exclus comme pédagogie pour la recherche du bien commun. Évangile et politique se donnent la main pour faire progresser la justice.

Dans ce contexte, la foi des chrétiens et des chrétiennes a mûri. Ce fut le fruit d’un long cheminement. Enraciné dans l’action catholique de la génération précédente, il s’est poursuivi sous l’inspiration du Concile Vatican II. Les Communautés ecclésiales de base ont pris le risque de vivre l’Église d’une manière différente. Comme le disait Dom Pedro Casaldáliga : « c’est la manière qu’ont découverte les pauvres pour être Église ».

2.- Difficultés

La pratique de l’articulation foi et vie fut, et reste encore, semée de nombreuses difficultés, car la foi et la vie sont comme deux chemins parallèles. Nous soulignons deux difficultés vécues par les communautés ecclésiales de base dans leur pratique politique : la prévalence du projet personnel dans l’exercice du mandat et l’éloignement des agents de l’Église vis-à-vis des militants.

2.1.- Prévalence du projet personnel en politique

La politisation des communautés a conduit certains chrétiens et chrétiennes à s’engager dans des partis politiques et quelques-uns à assumer un mandat. Pour ceux-ci, il y eut ambigüité sur la manière d’exercer ce mandat. Le changement de mentalité attendu ne se produisait pas, de sorte que l’exercice du pouvoir continuait à se légitimer par la logique traditionnelle de la politique et non pas par le souci de l’intérêt général. On faisait en pratique ce que l’on condamnait en théorie. En d’autres termes, l’exercice du pouvoir a manqué de cohérence. Pour beaucoup, le projet personnel passait au premier plan. Les motivations évangéliques qui devaient justifier l’agir des chrétiens dans l’exercice du pouvoir disparurent en chemin.

2.2.- Les agents de l’Église s’éloignent des militants politiques

L’engagement de chrétiens et de chrétiennes dans la militance politique engendra une résistance de la part des responsables conservateurs de l’Église. Une pression s’exerça sur ces militants pour qu’ils s’écartent de l’engagement politique. « Nous devons, leur disait-on, séparer l’action pastorale de l’engagement politique », mais les communautés pensaient différemment.

Certains membres choisirent de s’éloigner silencieusement et les autres furent récupérés par le pouvoir officiel. La voix de la hiérarchie de l’Église s’affaiblissant, les CEB perdirent la visibilité qui leur était garantie par le prestige de cette même hiérarchie.

En conclusion de ces réflexions, nous pouvons dire que, malgré les échecs rencontrés, l’Église a acquis de l’expérience. Dans un séminaire d’évaluation réalisé en juin 2002 à Balsas, en présence de chrétiens et chrétiennes du Maranhão, il a été dit :

« Nous sommes sûrs de notre force et, malgré tout, nous avons marqué des points. Certains responsables persévèrent et d’autres recherchent une formation qui les aide à vivre leur foi en cohérence avec leurs choix. Nous avons gagné aussi parce que nous avons découvert le chemin qui relie la foi et la vie, la religion et la politique. Enfin nous avons développé une éducation de base qui a pris racine et l’esprit de la démocratie et la lutte pour la terre ont beaucoup progressé. »

Que sont devenues aujourd’hui les communautés ecclésiales de base ? Je n’accompagne plus leur parcours. Dans mes allées et venues, je rencontre des chrétiens et des chrétiennes, adeptes d’une pratique religieuse spectaculaire et émotionnelle, et je rencontre aussi des personnes sensibles aux situations de pauvreté et de marginalisation vécues par la majorité du peuple. Celles-ci, je sens qu’elles sont engagées dans la transformation de la société et l’élaboration d’un nouvel ordre sociopolitique, en trouvant dans l’Évangile leur source d’inspiration. Elles s’engagent dans les « politiques publiques ». C’est l’Évangile qui se fait présent dans les questions temporelles.

3. Défis

Je ne pourrais pas terminer cette conférence sans lancer quelques défis aux Églises, à commencer par la mienne, la nôtre, l’Église catholique.

3.1.- La foi chrétienne met au défi l’exercice du pouvoir

« Celui qui veut être grand parmi vous doit se faire votre serviteur », disait Jésus.

Le pouvoir ne peut s’exercer qu’en vue du bien commun, car le véritable pouvoir réside dans la dignité de la personne humaine. Il ne s’exerce pas en s’imposant, par arrogance, égoïsme et ambition, mais dans la gratuité de l’amour. Un tel exercice du pouvoir aujourd’hui suppose une articulation efficace avec la société civile pour continuer à construire l’État démocratique de droit, qui est lui-même signe du Royaume. Le pouvoir exercé au sein des Églises est-il source d’inspiration pour une construction de la démocratie ?

3.2.- La foi chrétienne met au défi l’ordre de nos priorités

La foi chrétienne rappelle que le bien commun ne peut se conquérir que par une lutte permanente en faveur d’un projet au service des personnes, et jamais à l’encontre des personnes. Pour que ce projet reste en accord avec l’Évangile, l’engagement requiert une lutte contre l’injustice associée à un effort permanent d’amour de son ennemi. L’Église catholique doit revoir sérieusement ses priorités. Inspirée par l’Évangile, elle influencera le milieu politique et aidera les hommes politiques à découvrir que leur mission, comme l’affirmait Paul VI, « est l’exercice par excellence de la charité ».

3.3.- La foi chrétienne met au défi la pratique quotidienne

La foi chrétienne dynamise le processus de changement, en alimentant l’espérance au cœur de la patience historique, sans exiger l’efficacité et des résultats immédiats. La précipitation éloigne les personnes et souvent les empêche d’assumer leur rôle de protagoniste de leur propre histoire. L’espérance n’est pas une simple répétition de ce qui s’est passé auparavant, mais c’est un futur ouvert sur un nouveau et meilleur commencement. Quelle richesse pour un peuple que de conquérir son avenir !

La foi chrétienne rappelle que nous portons avec d’autres une utopie, un rêve qu’aucune médiation historique n’épuisera. Nous portons l’espérance qui provient de la certitude que, dans ce puits de la vie, dans l’histoire, Jésus-Christ s’est déjà immergé. Nous avons l’espérance que cette construction du Royaume se réalisera. Est-il vrai que notre espérance inspire le monde d’aujourd’hui, le milieu dans lequel nous vivons ?

3.4.- La foi chrétienne met au défi la religion

La foi chrétienne questionne la religion. Au nom de quel dieu la religion pourrait-elle refuser l’union des chrétiens et des chrétiennes autour de réformes et de changements profonds ? Au nom de quel dieu la religion pourrait-elle encore justifier le processus séculaire de domination et de conformisme ? Au nom de quel dieu la religion pourrait-elle renoncer à sa voix prophétique pour des faveurs reçues ou à recevoir ? Au nom de quel Dieu la religion accorderait-elle prestige et privilèges en contrepartie d’une soumission ?

3.5.- La foi chrétienne met au défi du dialogue

Que dire à propos du dialogue ? Nous, catholiques, chrétiens et chrétiennes, ne sommes pas les seuls à lutter pour construire le Royaume. Il existe bien des gens, de diverses religions et de divers autres mouvements même sans référence religieuse, qui ont l’esprit de la vie. En raison de notre foi, nous sommes incités et poussés à construire le Royaume avec toutes ces personnes de croyances et de références différentes des nôtres. En raison de notre foi, nous sommes partenaires. Nous n’avons ni le privilège ni la responsabilité de construire seuls le Royaume. Nous sommes tous et toutes appelés. L’esprit qui doit nous guider est celui du dialogue, dans une convergence des forces et une complémentarité des inspirations. L’Esprit souffle où il veut, aussi bien dans les religions qu’en dehors d’elles. L’œcuménisme, le dialogue interreligieux et la capacité de dialogue avec celles et ceux qui trouvent leur inspiration en dehors même de la religion sont non seulement possibles et opportuns, mais encore nécessaires car personne n’épuise l’ampleur de la tâche de construction du Royaume dans le champ social. La pratique des communautés ecclésiales de base a ouvert cette voie, la voie de l’authentique Évangile de Jésus-Christ. Mais comment faire pour instaurer un véritable dialogue ?

Faisons le vœu de voir l’Église catholique et avec elle les autres églises chrétiennes, devenir des instances de dialogue avec la société, réunissant dans une même communion tous les artisans du Royaume.


Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 3094.
Traduction de Lucile et Martial Lesay pour Dial. Version française relue et complétée par l’auteur.
Source (portugais) : Conférence prononcée à São Luis do Maranhão, Brésil, en octobre 2008 et publiée sur AlterInfos-DIAL le 10 août 2009.

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Notes

[1] Le grilagem est le processus de fraude utilisé pour justifier la propriété de la terre en présentant de faux titres de propriétés. Le nom de grilagem vient d’une technique de vieillissement des documents destinée à les faire paraître plus authentiques : on place les titres dans une boite avec des grillons ce qui finit par donner aux documents un air ancien. Le grilagem requiert une alliance des forces (avocats, juges, politiciens etc…) contre le travailleur rural.

[2] José de Souza Martins est professeur titulaire de sociologie à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Univerisité de São Paulo, Fellow de Trinity Hall et professeur titulaire de la Chaire Simon Bolivar de l’Université de Cambridge, Angleterre, en 1993-94. Il a publié plusieurs livres sur la question de la terre au Brésil, et notamment, Reforma agrária : o impossível diálogo (« Réforme agraire : le dialogue impossible »), São Paulo, Editora da Universidad da São Paulo, 2000.

[3] José de Souza Martins, Reforma agrária : o impossível diálogo, São Paulo, Editora da Universidad da São Paulo, 2000, p. 12.

[4] Le terme juridique « usucapion » signifie prescription acquisitive, c’est-à-dire la possibilité d’obtenir la propriété d’un bien du seul fait de son usage paisible et ininterrompu pendant une période déterminée.