Mission ici … ailleurs … Histoire et avenir du projet

MISSION ICI …    AILLEURS …

« Histoire et avenir du projet de communion entre Églises »

                                                            Victor Asselin

 Parler du projet « Mission ici … ailleurs » c’est faire mémoire. C’est rappeler un bout d’histoire à laquelle le groupe ici présent, portant le même nom que le projet, a accepté, en 1999, d’être partenaire avec le diocèse de Balsas au Brésil. Vous me demandez, en effet, de faire l’histoire de cette expérience en rappelant ses origines et le travail sur le terrain ici et à Balsas, pour, ensuite, laisser entrevoir l’avenir. Je me dois de rappeler tout d’abord que j’ai vécu l’expérience de ce projet en partie au Brésil et en partie à Montréal alors que les brésiliens du diocèse de Balsas l’ont vécu entièrement chez eux et vous, vous l’avez vécu ici à Montréal. C’est un point dont il faut tenir compte dans le présent « faire mémoire » et qui est inhérent à la vie du missionnaire.

Revenons en 1998 …

D’où vient le projet de « communion Mission ici… ailleurs » qui relie depuis 1999 le groupe « Mission ici … ailleurs » de Montréal et le diocèse de Balsas, au Brésil ? Que peut-on dire de son origine ?

Le 4 avril 1998, Dom Franco, évêque de Balsas, m’écrivait « dans le but de commencer un dialogue sur la possibilité que j’aurais d’aller travailler dans son diocèse ».  L’invitation était personnelle mais je voulais en faire une proposition entre Églises, raison pour laquelle j’ai communiqué immédiatement la lettre à Mgr St-Gelais, évêque de Nicolet, diocèse de mon incardination. Il ne manifesta aucune opposition à l’ouverture du dialogue. Pour ma part, j’étais vivement intéressé à la MISSION mais pas de la même manière que je l’avais vécu dans les années précédentes. J’avais la conviction que le lien entre l’ici et l’ailleurs était important et nécessaire mais qu’aujourd’hui, pour diverses raisons, nous devions faire un effort sérieux pour découvrir une manière nouvelle de la vivre.

Dom Franco avait présenté dans sa lettre des choix de milieux de travail. Après avoir consulté quelques anciens missionnaires, je lui fis une contre-proposition : vivre la MISSION dans le diocèse de Balsas, 6 mois par année pour une période de deux ans, ayant comme objectif la recherche d’éléments nouveaux qui permettraient de vivre la MISSION dans une plus grande fidélité à l’aujourd’hui du milieu et des gens. La proposition fut acceptée dans « l’esprit de communion entre Églises. »

Profitant de la suggestion d’un confrère missionnaire en congé, Mgr St-Gelais et moi-même partions à la rencontre de Raymond Roy, prêtre du même diocèse. Il serait un excellent candidat pour articuler le projet. En effet, il manifesta enthousiasme et disponibilité devant la proposition. « Pour un premier pas, disait-il, il est nécessaire de part et d’autre que nous découvrions ce que nous avons à offrir et ce dont nous avons besoin, puis, avec le temps et l’action de l’Esprit, le futur se définira ». Quelle intuition !  Mgr St-Gelais demanda un temps pour mûrir la décision. Le 22 septembre 1998 fut marqué pour une prochaine rencontre.

Le jour arrivé, Mgr St-Gelais était de l’opinion que l’expérience pourrait s’avérer importante pour les Églises du Québec mais ses conseillers proches « n’étaient ni chauds ni froids pour le projet ». «  Il serait donc prématuré pour le diocèse de s’y engager ». Il suggéra que l’expérience se tente à partir des équipes de Montréal et du diocèse de Balsas si les deux parties le jugeaient opportun, exprima le désir de suivre l’évolution du travail et verrait au cheminement nécessaire à donner à l’interne du diocèse.

À Montréal, il existait déjà quelques groupes intéressés à la MISSION, en particulier les deux groupes de la paroisse Ste-Cunégonde, le groupe « Mission ici … ailleurs » et « Salut le monde ». Pourquoi ne pas tenter le partenariat ? Les équipes de Sainte-Cunégonde étaient gagnées à la cause. Et c’est le  3 janvier 1999, que le projet fut discuté à l’exécutif du Groupe « Mission ici … ailleurs » Deux réunions furent consacrées à son étude puis l’exécutif décida de le présenter en plénière à la réunion du 25 janvier. Au procès-verbal, nous lisons ceci :

« La Mission, œuvre d’Amour de la Trinité, cherche nécessairement à se diffuser. Le volet de la Mission à l’extérieur vient nous interpeller et peut-être nous déranger. Est-il opportun ou non ? C’est ce que nous voulons vérifier dans les prochains mois, raison pour laquelle le noyau exécutif du groupe « Mission chez-nous » (alors, nom du groupe)  propose le cheminement suivant pour les prochaines rencontres (janvier à juin 1999) »

« Objectif : Prendre conscience que nous ne sommes pas toujours « bien » et qu’il faut nous remettre constamment en cheminement.

Moyens pour réaliser cet objectif :

Rappeler toutes les fois qu’il le sera nécessaire la perspective du projet de la MISSION – à la rencontre des Églises

  1. Raconter les expériences très concrètes de mission chez-nous (nos peurs, nos dynamismes, la présence); donner du temps pour considérer le contenu qui viendra du Brésil et formuler les points d’échange
  2. La prière devra être présente aux rencontres »

Le groupe « Mission ici … ailleurs » adhéra donc au projet à sa réunion du 25 janvier 1999.  Voici comment les membres s’exprimaient :

« La perspective du projet nous lance dans l’inconnu. Il y a là-dedans quelque chose d’emballant comme il y a aussi de la peur car souvent nous aimons avoir une réponse avant même de faire. »

« C’est une expérience qui nous appelle à vivre d’égal à égal ».

« Le projet est comme une main tendue dans un esprit de solidarité »

« C’est un projet qui appelle à nous mettre ensemble sans trop savoir où nous allons. S’il y a une ouverture, pourquoi ne pas y entrer ? »

« Le projet semble nous introduire dans quelque chose de vrai. »

« Ça fait du bien de découvrir avec d’autres que l’Esprit est à l’œuvre. »

 Nous nous mettons en marche … – Année 1999

           Je partais pour le Brésil à la fin de janvier 1999 et Serge St-Arnault, père blanc, et Raul, prêtre diocésain,  avaient été choisis par le groupe pour l’échange et la communication.

1.    Que s’est-il passé au Brésil ?

Une fois arrivé à Balsas, région sud de l’État du Maranhão,  je sentais le besoin de vérifier l’ampleur de l’acceptation du projet. Il avait été discuté et accepté amplement au niveau du Conseil Presbytéral  mais à peine communiqué à l’Assemblée diocésaine de pastorale. Le curé de la cathédrale me suggéra alors de mettre par écrit la genèse du projet, relatant la correspondance entretenue et les décisions prises. J’écrivis alors le texte « Échange entre deux Églises, ébauche de compréhension ». Muni de cet instrument et suivant le conseil du confrère, je rencontrai divers agents de pastorale dans les trois régions du diocèse. Tous étaient convaincus de l’importance de la MISSION et du défi qu’elle présentait et au contact de la documentation, on souhaita une rencontre diocésaine le plus tôt possible. La semence du besoin d’articulation était semée. Le terrain était prêt à l’accueillir.

Le 22 mars 1999, 15 personnes, représentant les diverses régions du diocèse, se réunirent. L’Objectif était clair : définir l’entrée comme communauté diocésaine dans le projet et en faire une expérience de communion entre Églises puis former le groupe articulateur, élaborer quelques orientations à suivre et définir les moyens de fonctionnement.

Le processus était déclenché. On baptisa le groupe « GREMI » (groupe de réflexion missionnaire). « Faire mémoire » serait le contenu, c’est-à-dire, à chaque rencontre on raconterait l’histoire de la mission vécue dans le diocèse et on en ferait l’évaluation à partir des trois critères suivants :

1. Comment le projet de Jésus a-t-il été présenté (son option – sa qualité de présence – ce qui a été transformé – les fruits – la  prière) ?

2. Les missionnaires ont-ils tenu compte du projet du peuple ?

3. Comment s’est réalisé dans la pratique missionnaire le dialogue entre les deux projets ?

L’arrivée des « Missionários do campo » à Sambaíba, paroisse du diocèse de Balsas, coïncidait avec le début du projet. Une attention particulière leur a été donnée durant cette première étape. Pour quelles raisons ? Il semblait qu’ils apportaient quelques pistes nouvelles à la MISSION. Pourquoi ne pas y être attentif ? Pour eux le témoignage, le découvrir sa place et les visages de Dieu dans le quotidien sont importants. De plus, ils donnaient valeur au travail, à la communauté et à la prière.

2.    Que s’est-il passé à Montréal

Le groupe « Mission ici … ailleurs », au cours de ces mois,  continua à prendre du temps pour écouter des expériences de mission ici et pour accueillir ce qui venait du Brésil. Serge et Raul furent fidèles à communiquer le cheminement du groupe d’ici au GREMI et à  faire parvenir ses réflexions. A mon retour une rencontre fut consacrée à l’expérience vécue au Brésil et, le 18 octobre 99, nous faisions une évaluation plus approfondie de la route parcourue. Quelques interrogations guidèrent notre démarche :

-        quelle est la raison d’être du groupe « Mission ici … ailleurs »?

-        Veut-on vraiment maintenir un lien avec le diocèse de Balsas , au Brésil ?

-        Comment pouvons-nous aller plus loin ?

Tous se virent devant une évidence : les rencontres nous avaient amené à changer notre façon de prier, de travailler et d’être. Nous avions retenu dans la démarche les points suivants : l’importance de la PRÉSENCE, la liberté dans le cheminement de chaque membre du groupe, le NOUVEAU dans l’ouverture au différent, l’unité dans les différences et la dynamique du groupe qui est en train de se former.

Nous avions aussi le désir d’aller plus loin. Il était temps de passer de l’information des expériences missionnaires à l’analyse en profondeur de certaines d’entre elles. Trois questions seraient posées :

1. Comment l’Esprit s’est-il manifesté dans l’expérience ?

2. Comment s’est vécu la communication et la communion ?

3. Quelles transformations se sont opérées ?

La question de la PRÉSENCE et de la spiritualité missionnaire se détachaient aussi comme préoccupations.

Enfin, nous nous sommes demandés si le groupe avait des raisons de maintenir le lien avec le diocèse de Balsas, au Brésil. Le OUI fut unanime. Plusieurs cependant cherchaient encore les raisons qui justifiaient l’importance de créer des liens entre l’ICI et l’AILLEURS. Le groupe se rendait compte que l’échange interpellait, que l’information était nécessaire et que « l’ailleurs » permettait l’ouverture à l’universel mais on croyait que la manière devrait être davantage approfondie.

L’année se termina en analysant l’expérience d’Éva-Rose en milieu de la Petite Bourgogne. Pour la première fois nous mettions en pratique les critères définis antérieurement.

Est- il bon de retenir ?

Les évaluations du travail réalisé ici et à Balsas au cours de cette première année nous ont permis de retenir les points suivants :

1. La passion pour l’Évangile est prioritaire à la passion pour une forme d’Église;

2. La communication est la clé pour un véritable échange qui conduira à la découverte du NOUVEAU;

3. Les groupes en cause, comme communautés chrétiennes, sont en train de prendre conscience, par leur pratique, de leur « missionarité ». Ainsi, ils en assument la responsabilité et en prennent l’initiative. Pour la première fois, le projet permet un échange d’égal à égal;

4. L’aventure missionnaire telle que vécue exige audace, auto-critique et sens de l’humour. Par contre, la peur figure comme premier obstacle bien que par elle on pressent que le « différent fait grandir ».

Apprendre à se laisser interpeller par une Église d’ailleurs, ne serait-ce pas une manière d’éveiller la « missionarité » de l’Église ?

Nous continuons …

  1. I.               Retour au diocèse de Balsas, Brésil.  Où en étions nous ?

Je me devais de reprendre contact avec le Gremi en retournant à Balsas au début de l’an 2000 car j’avais laissé le groupe six mois auparavant. L’histoire avait continué durant ces mois.  Ça, c’est quelque chose de spécial que de prendre conscience, dans le concret de la vie, que « l’Esprit est toujours à l’œuvre ». Le missionnaire n’est pas indispensable. Aux premiers contacts, j’ai perçu que les uns avaient abandonné, d’autres avaient pris conscience de la problématique du diocèse et un troisième groupe avait opté pour le volet MISSION. Les réunions du GREMI avaient permis aux agents locaux de mieux saisir le cul-de-sac de l’action pastorale d’ensemble du diocèse et le besoin d’un souffle nouveau.

Cette heureuse prise de conscience fit naître une double orientation, différente mais complémentaire. En effet, les uns prirent la situation pastorale actuelle du diocèse comme point de départ de leur réflexion alors que les autres, pour une redynamisation de l’Église diocésaine, choisirent le volet de la MISSION,  prenant alors comme point de départ la présence en milieux de personnes éloignées de la communauté chrétienne. L’expérience des « Missionários do campo » devenait prioritaire pour ce deuxième groupe. C’est ici que j’occupai une place. En effet, cela correspondait mieux à l’objectif du projet. Au cours de ce stage  j’ai donc eu à déployer mes efforts dans la petite ville de résidence des missionnaires.

Objectif de ma présence à Sambaíba

Quelle serait ma contribution ? Avant même de commencer, nous nous sommes mis d’accord – les membres de l’équipe et les « missionários do campo » – sur les objectifs à poursuivre. Deux axes seraient observés : le phénomène de la transformation du milieu et les moyens qui l’engendraient. Nous formulions ainsi les objectifs :

1. Essayer de discerner les éléments significatifs de transformation d’attitudes, de comportements, de pensée dans le vie des gens à partir de l’expérience des missionnaires;

2. Dans quel sens la pratique de l’écoute et du dialogue peuvent être des moyens méthodologiques pour connaître la réalité et comment l’esprit de l’Évangile de Jésus pénètre cette réalité ?

Un sondage auprès de la population fait par les gens du milieu et un autre sondage réalisé auprès des missionnaires seraient d’excellents moyens pour faire l’approche désirée. Les pratiquants et les non-pratiquants, adultes et jeunes furent contactés. Ensuite, en raison des objectifs tracés nous en sommes arrivés à classer les résultats en donnant une grande importance à la manière dont s’était établi la relation entre les missionnaires et les gens du milieu, en cherchant à identifier la perception que chacun avait de l’autre, en élaborant le rêve d’Église pour, en dernier lieu, dégager les éléments d’une nouvelle pratique missionnaire.

Le résultat fut remis à la population et étudié en réunions. L’évêque manifestait grand intérêt aux conclusions et aux commentaires des gens. La démarche fut conclue par une rencontre des responsables diocésains, le 3 juin 2000. C’est à cette rencontre que Dom Franco explicita ce que lui-même en retenait. Je les présente sans commentaire.

  1. « Le travail réalisé à Sambaíba interpelle et pousse à vouloir découvrir davantage le chemin de la présence et de l’écoute. Dans le résultat final on y perçoit l’importance de la dimension contemplative, de la manière de vivre et d’être et de la méthodologie qui donne priorité à la réalité en la regardant avec le cœur ».
  2. « Le sondage éclaire la question de la relation entre « religion » et « foi » vécue à Sambaíba. Alors que la religion justifie la situation politique actuelle et la survie des gens, la foi pousse à une libération. »
  3. « Il est urgent de penser à la formation missionnaire du laïcat et au processus à lui donner. »

 II.            Que s’est-il passé à Montréal au cours de l’an 2000 ?

La spiritualité missionnaire fut le thème de la première rencontre de l’an 2000. Puis les réunions subséquentes se caractérisèrent  par les expériences œcuméniques. À la rencontre animée par les membres de l’Église orthodoxe, quelqu’un disait : « L’Unité n’est pas un choix mais un chemin essentiel dirigé par l’Esprit ». Suivirent les échanges avec les églises Pentecotiste et Église Unie. Puis le pasteur Gonzalo Cruz et le pasteur Georges présentèrent en réunions successives l’expérience de l’église Unie latino-américaine et celle de l’Église malgache pour en arriver à un dialogue sur la coopération des Églises dans la MISSION. Cette rencontre mettait à la même table un évêque de l’Église orthodoxe, un pasteur de l’Église Unie et le vicaire épiscopal de la région sud de l’Église catholique de Montréal. L’année se termina par une information et un approfondissement de l’expérience du Centre Afrika.

 Au terme de cette deuxième année, qu’avons-nous retenu ?

La MISSION n’est pas seulement ailleurs, elle est vraiment ici. L’expérience du projet des deux dernières années nous a permis d’approfondir notre foi et notre espérance car elles s’enlisaient de plus en plus dans un découragement engendré par le poids et le statisme des structures. On s’était éveillé à la MISSION. La pratique de l’œcuménisme  a permis l’ouverture d’esprit et de cœur et la possibilité de vivre une expérience de communion dans la diversité. Puis, l’ « ailleurs » a interpellé et nous nous sommes sensibilisés à lui car la soif de ces gens nous émerveillait.

Mais, après deux ans nous étions encore en état de questions. Pour réaliser la MISSION ici, nous sentions, dans notre pratique,  le poids de la structure paroissiale, le manque de reconnaissance du travail par les autorités, notre manque d’audace et notre peur du défi et l’indifférence du milieu. Quant à la MISSION « ailleurs » … c’était tellement loin ….la motivation n’était pas encore tellement présente. Par contre, personne ne voulait abandonner. Il y avait un « quelque chose » de stimulant qui nous réunissait et tous avaient besoin de se donner du temps pour le questionnement. « Ça me garde du souffle » disait quelqu’un.

Les expériences oecuméniques de la deuxième année avaient marqué les groupes d’ici et on souhaitait la réalisation d’un projet commun avec les autres dénominations religieuses et le déclenchement d’un processus plus ample sans négliger pour autant la réflexion et la formation dont nous avions besoin.

. Ce n’est pas encore fini …

  1. I.               Au diocèse de Balsas, Brésil

L’entente initiale du projet pour une durée de deux ans était terminée mais les partenaires de Balsas, après évaluation,  pointaient une piste à poursuivre : collaborer à la formation missionnaire et déclencher un processus de recherche et de réflexion sur la « Politique, terre de Mission ».

Les sondages réalisés à Sambaíba nous avaient fait découvrir que la « religion », très souvent,  justifiait une situation mais que la « foi » en libérait. Foi et politique auraient-ils quelque chose à se dire ?

Durant le stage de 2001, j’ai donc collaboré à la formation des missionnaires ruraux, formation dirigée aux candidats de l’Association et ouverte une fin de semaine par mois aux intéressés des paroisses du diocèse. Quant au projet « Politique, terre de mission » on m’en confia la première lancée. Il fallait d’abord refaire des liens au niveau national pour sonder l’opportunité et la nécessité du projet puis, dans un deuxième temps, articuler au niveau de l’État du Maranhão un groupe de personnes intéressées à la question et dans un troisième temps, réunir ce groupe en séminaire pour l’étude du thème et pour définir quelques orientations au suivi. La Foi a-t-elle quelque chose à dire à la Politique et la Politique a-t-elle quelque chose à dire à la FOI ?  Le séminaire apporta un éclairage de capitale actualité. Foi et Politique ont un terrain de rencontre, celui de la recherche du Bien Commun, celui du Royaume; Foi et Politique se rencontrent au cœur de l’Évangile, celui de la préférence donnée aux appauvris, aux exclus et aux marginaux. La foi questionne l’idéologie et l’agir politiques et la politique se doit de questionner nos images de Dieu qui souvent justifient notre manière d’être et de faire.

Une perspective s’est ouverte. Le projet est lancé. Une équipe de responsables régionaux a été formée. Naîtra-t-il un Institut de formation politique ?

Et à Montréal ?

Si le groupe « Mission ici… ailleurs » de Montréal, en l’an 2000, s’est caractérisé par l’ouverture et la réflexion œcuméniques, l’an 2001, jusqu’à présent, se caractérise par le dialogue inter-ethnique. En janvier nous avons eu une rencontre avec le CSAI (Centre social d’aide aux immigrants) dirigé par les religieuses du Bon Conseil. En février, on commenca à approfondir le thème du dialogue inter-ethnique avec les participants du groupe puis on aborda la question du dialogue entre québécois et immigrants pour en arriver au dialogue de l’Église de Montréal avec la réalité multi-ethnique. Il m’est difficile d’élaborer davantage sur le vécu du groupe d’ici depuis le début de l’année  puisque je reviens à peine du Brésil.

 PERSPECTIVE

Après avoir parcouru la trajectoire de ces trois années, comment se présente l’avenir du projet « Mission ici … ailleurs » ? Je dirai qu’il est en germe dans ce qui s’est déjà réalisé. Et pour mieux le percevoir, voici quelques constatations que je dégage de la contemplation de cet horizon. Votre contribution viendra enrichir ces conclusions.

J’ai la conviction, en premier lieu, que sont apparus des éléments nouveaux pour la MISSION, éléments qui pointent un horizon encore ambigu et obscur mais qui invitent et même exigent  le besoin de changer notre manière de la vivre. Quels  sont-ils ?

Tout d’abord, la mission ne doit plus être considérée comme  une œuvre, ni comme une activité mais comme une manière d’être, comme une présence qui interpelle et suscite le NOUVEAU. C’est la dimension la plus importante qui s’impose. Elle remet en question la racine même de la MISSION.  Elle ne se caractérise plus par ce que l’on voit ou par ce que l’on fait mais par ce qui se vit. Et cette mission ne nous appartient pas. On ne l’apporte pas mais elle est déjà là. On ne connaît pas le contenu de sa semence mais elle a une force de transformation aux couleurs les plus variées. Nous en sommes les animateurs. Rôle plus humble mais qui fait grandir dans l’Espérance. Et c’est en faisant des liens, préférentiellement auprès des appauvris, des exclus et des marginaux qu’elle donne des signes de sa vitalité. C’est ce qui lui permet de sortir de terre. Mais rien de cela n’est possible sans une relation constante avec le Dieu communication. Pas de transformation de manière d’être sans mystique de communion. La Présence qui transforme n’est pas celle que nous présentons mais celle que nous portons. Ainsi donc, le missionnaire ne peut plus être un héros ni un faiseur d’œuvres mais un brasseur, un éveilleur, un articulateur de tout ce qui engendre la VIE en contact permanent avec sa source.

Le deuxième point qui m’apparaît une heureuse prise de conscience est celui de notre éveil au dialogue inter-religieux et inter-ethnique. Aujourd’hui, parmi nous et avec d’autres, des membres d’Églises et d’ethnies différentes se rencontrent et célèbrent. Dans la région de la Petite Bourgogne on vit l’oecuménisme dans le quotidien. À la maison « Le Buisson », une expérience de ce genre est en train de se vivre. Et pourquoi ne pas multiplier ces initiatives pleines d’avenir ?

Un troisième point nous permet de rappeler que la patience et l’obstination au travail missionnaire sont en train de permettre l’ouverture du secteur sud et sud-ouest de Montréal à la MISSION. De la résistance, on passe à l’engagement. Le travail de Sainte-Cunégonde depuis 1996 a sûrement permis une approche et une plus grande sensibilisation.

C’est aussi un signe de l’action de l’Esprit que de constater la persévérance du groupe « Mission ici … ailleurs ».  Né des participants d’une session au Centre St-Pierre dans les premiers mois de 1998, les membres ont maintenu une articulation, créé des liens et développé un esprit commun qui se vit de l’intérieur et communie aux diversités d’expériences de chacun de ses membres.

Si nous regardons maintenant du côté du diocèse de Balsas, au Brésil, le projet a aussi produit ses fruits. Il a fait naître un nouveau programme de formation missionnaire et suscité une évaluation générale des expériences missionnaires vécues dans cette Église au cours des 50 dernières années, travail commencé en mars 2001 et qui se poursuivra jusqu’à la fin de 2002. De plus, le présent projet a amené l’Église locale de Balsas à déborder les frontières de l’ecclésial pour entrer sur le terrain politique, terrain de communion où la Foi et la Politique croisent leurs efforts pour construire le Royaume.

Et pour terminer, je dirai que même s’il est vrai que la recherche et l’engagement nous ont conduit à découvrir du NEUF, il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour un véritable projet de communion entre Églises. La pratique quotidienne de chacun et de chacune de nous et de ceux et celles qui nous accompagnent nous a rapproché du cœur de l’Évangile pour mieux vivre la MISSION mais ne nous a pas encore amené à découvrir et à prendre le chemin de la COMMUNICATION entre Églises. Nous vivons avec nos doutes et nos hésitations et nous ne nous sommes pas encore débarrassés de nos peurs. L’efficacité, la performance et le résultat immédiat nous harcèlent constamment et rendent difficile la fidélité au processus de patience conduit par l’Esprit.

« Nous devons trouver de nouvelles incarnations, de nouvelles façons de vivre notre relation à la Trinité… et notre relation avec l’humanité. Devant nous se profile un monde qui est toujours en grand besoin de transfiguration. C’est dans ce monde que la mission de Jésus se continue. » (S. Marguerite Létourneau, sgm)

C’est dans ce monde que nous avons à perpétuer la MISSION. C’est dans ce monde « en état de gestation » comme dit Saint Paul, que nous devenons des accoucheurs et des sages-femmes du Royaume.

Montréal, 17 septembre 2001

Victor Asselin, ptre