À LA RENCONTRE DE DEUX ÉGLISES

MISSION ICI ET MISSION AILLEURS

                   A la rencontre de deux Eglises

  I. La proposition est née …

En avril 1998 Mgr Franco Masserdotti, évêque de Balsas, Maranhao, écrivait à Victor Asselin dans le but « de sonder la possibilité de venir joindre les rangs du personnel de son diocèse ». Cette lettre déclencha un dialogue à plusieurs volets et avec divers groupes et personnes et en arriva à formuler la proposition d’un projet d’échange missionnaire entre deux Eglises. Dans cette perspective Mgr St-Gelais était d’opinion que l’expérience pourrait s’avérer importante pour l’Eglise du Québec. En septembre 1998, après quelques rencontres sur le sujet, il exprima sa priorité pour notre projet de MISSION ici à Montréal, tout en donnant le feu vert pour que l’équipe des « Missionnaire de rue » de Montréal et l’ »Eglise de Balsas » tentent l’expérience si les deux parties le jugent opportun et bienfaisant.

II. Quel est le chemin ?

Quel est donc ce projet ? Serait-ce un sain ou un malsain opportunisme que d’affirmer que nous ne le savons pas encore. Et pourtant c’est bien la réalité car nous voulons le découvrir par une pratique menée conjointement ici et là. Les défis que la postmodernité pose à l’Eglise et les évaluations de l’exercice de la MISSION vécue jusqu’à ces dernières années nous interrogent et nous stimulent mais ne nous tracent pas le chemin d’avenir. On y dresse des éléments du nouveau paradigme mais encore faut-il le découvrir dans un engagement persévérant auprès des « préférés » de Jésus. C’est la raison qui nous pousse à faire un saut dans l’inconnu et nous sommes prêts à accepter l’échec autant que le succès. Nous aurons au moins le mérite d’avoir tenté quelque chose.

Ceci dit, nous osons formuler l’objectif du présent projet dans les termes suivants: Découvrir la manière de vivre la MISSION chez-nous (Montréal) et ailleurs (Balsas), vivant la solidarité et le partage par une « PRESENCE inspirée de l’Esprit de communion » (Dom Franco) et donnant ainsi le témoignage de la BONNE NOUVELLE.

« Consciemment ou non ces paroles résonnent comme un appel à vivre la Mission sous un prisme différent, c’est-à-dire dans un esprit de si grande solidarité que les personnes impliquées brûlent de la nécessité d’ouvrir de nouveaux chemins pour la Mission, aujourd’hui ». (Lettre de Victor Asselin du 06.11.98)

III. Un tel projet a-t-il sa pertinence ?

Est-il utopique de penser la réalisation d’un tel projet ? Les conditions minimum de possibilité d’échange existent-elles ?

1. Les « Missionnaires de rue » – MISSION CHEZ-NOUS

« Annoncer l’Evangile est la MISSION confiée à tous les baptisés. Annoncer l’Evangile, voilà une « force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit » (Rm. 1.16) et c’est cette    force de Dieu qui engendre la communauté et l’engage dans un    cheminement de libération. » (Doc. équipe , 27.04.96)

« Cette Bonne Nouvelle a été annoncée d’abord aux pauvres, au    aveugles, aux estropiés et aux boiteux pour, avec eux et    elles, construire les « cieux nouveaux et la terre nouvelle »     (id.,)

C’est ainsi qu’en 1995, sur le territoire du Centre-Sud de   Montréal commençèrent à s’articuler des personnes qui      formèrent une équipe appelée « missionnaires de rue » et se   définissait comme suit: « nous sommes des chrétiens, de divers    milieux, qui se sentent appelés à former équipe pour vivre une      présence, au Nom de Jésus-Christ, au milieu de groupes   d’exclus de la société et de l’Eglise. Nous croyons à une présence spéciale de l’Amour du Père dans ces milieux et nous      désirons solidairement en faire l’expérience avec eux » (Id.,)

Les membres de l’équipe ont ainsi commencé une expérience de « MISSION CHEZ-NOUS » c’est-à-dire l’expérience d’une PRESENCE      dans des milieux de marginalité où « le Christ et son Evangile   ne sont pas connus, ou dans lesquels il n’y a pas de      communautés chrétiennes assez mûres pour pouvoir incarner la    foi dans leur milieu et l’annoncer à d’autres groupes »    (Redemptoris MIssio, no. 33).

C’était donc une expérience de MISSION « Ad gentes, ad intra »,   c’est-à-dire une expérience de MISSION chez-nous telle que      Jean-Paul II la conçoit dans son encyclique « Redemptoris   Missio ».  Nous y croyons et nous la voyons nécessaire pour     redonner à l’Eglise de Jésus-Christ au Québec son véritable     dynamisme et pour revivre la pertinence de son Evangile.

2. La nécessité d’articuler mission « ad intra » et « ad extra »

Nous héritons d’un riche travail missionnaire à l’étranger.    Il ne faudrait cependant pas le délaisser sous prétexte que   le Québec est devenu un territoire de mission. Bien plus, pour     être davantage fidèle à la MISSIO DEI, le pape Jean-Paul II     affirme que  « l’esprit missionnaire ad intra est un signe très    sûr et un stimulant pour l’esprit missionnaire ad extra, et     réciproquement ». (RM no. 34) « Ainsi le dynamisme missionnaire     suscite des échanges entre les Eglises et les oriente vers le      monde extérieur, avec des influences positives en tous sens »     (id.)

Il n’est donc pas superflu d’affirmer qu’il est nécessaire     d’établir des liens entre MISSION ICI et MISSION AILLEURS pour    développer et conserver la véritable dimension de la MISSIO DEI. Ainsi on évitera le danger du passé où l’on divisait le    monde en territoire de mission et en territoire d’Eglises véritables, ce qui souvent exprimaient l’existence de liens    de supériorité et d’infériorité.

3. Un signe des temps pour les jeunes

Depuis quelques années beaucoup de jeunes réalisent un stage     dans les pays du Tiers-Monde comme aussi beaucoup de jeunes      découvrent un sens à leur vie en s’approchant des milieux de      marginalité d’ici. L’équipe des « missionnaires de rue » cherche    la manière de donner un suivi à ces jeunes qui reviennent d’un séjour à l’étranger et qui désirent s’engager dans un projet    de MISSION ICI. C’est une préoccupation que nous retrouvons encore dans l’encyclique « Redemptoris Missio ». « La connaissance directe de la vie missionnaire et des nouvelles      communautés chrétiennes peut, elle aussi, enrichir et affermir la foi. Les visites que l’on rend aux missions sont une très bonne chose, surtout de la part des jeunes qui y vont pour     servir et pour faire une forte expérience de vie chrétienne »     (RM. no. 82)

4. L’appel et le désir de l’Eglise de Balsas

Mgr Franco, dans sa lettre du 24 novembre dernier, disait : « Merci pour ta réponse et pour les belles perspectives que le      projet présente… nous avons examiné avec attention ta lettre (06.11.98) lors de la dernière rencontre du Conseil     Presbytéral et nous sommes d’accord avec tous les points » et    plus loin il ajoute : « nous sommes d’accord pour que notre    diocèse mûrisse de plus en plus dans cet esprit d’échange »…

S’il existe déjà un groupe ici et un autre groupe là-bas, désireux d’établir des liens entre eux comme membres d’Eglises; si la nature même de la Mission exige un lien entre Mission « ad extra » et mission « ad intra » et que ces groupes sont déjà à l’oeuvre dans l’expérience de la MISSION et si l’intérêt des jeunes d’ici prend des proportions importantes pour un engagement missionnaire, nous ne pouvons plus douter de la pertinence de la proposition en étude.

IV. Existe-t-il, actuellement, un accord pour le projet proposé ?

Les « missionnaires de rue » de Montréal et le Conseil presbytéral du diocèse de Balsas, Maranhao, Brésil, sont d’accord pour expérimenter la possibilité de « déclencher un processus de recherche sur une nouvelle manière de vivre la MISSION. Il ne fait pas de doute que personne n’a d’idée préconcue, ni ici et ni à Balsas, mais qu’il y a volonté de la part des deux parties de le découvrir par une pratique en constant échange.

1. Comment ?

1. Les « missionnaires de rue », à partir de leur engagement auprès    des itinérants et en lien avec les jeunes qui reviennent de stages à l’étranger par l’intermédiaire de l’organisme « Salut le monde » mûriront la réflexion sur ce qu’ils peuvent offrir    au diocèse de Balsas et, réciproquement, une équipe au Diocèse de Balsas cheminera dans le même sens.

2. Pour que cette recherche ne se perde pas et pour que les deux      groupes puissent en arriver à une mise en exécution, Victor   Asselin, prêtre diocésain de Nicolet, tout en accomplissant    sa tâche missionnaire au sein de l’équipe « Missionnaires de    rue » ou en assurant certains services au diocèse de Balsas,    assurera le lien entre les parties et, ainsi, passera quelques     mois en 1999 (de 4 à 6 mois) dans le diocèse de Balsas et les autres mois à Montréal. Si le travail s’avère positif et si les circonstances l’exigent, l’expérience pourra se renouveler      en l’an 2000. Puis, un bilan sera dressé et les mesures      pertinentes seront prises.

3.   Selon le désir de Mgr Franco Masserdotti, le travail de Victor    Asselin se réalisera dans l’esprit de l’encyclique de Fidei Donum de Pie XII et repris par Jean-Paul II. « Vingt-cinq ans     plus tard, j’ai voulu souligner la grande nouveauté de ce   document « qui a fait dépasser la dimension territoriale du     service presbytéral pour l’ouvrir à l’Eglise tout entière ».     Aujourd’hui, la valeur et la fécondité de cette expérience sont confirmées; en effet, ceux qu’on appelle les prêtres      Fidei donum mettent en évidence d’une manière singulière les      liens de communion entre les Eglises, ils fournissent un précieux apportà la croissance de communautés ecclésiales dans le besoin, et de leur côté ils reçoivent d’elles la     fraîcheur et la vitalité de leur foi. » (RM no. 68)

Dans sa dernière lettre, l’évêque de Balsas disait: « Nous     pensons que la venue de Victor dans notre milieu sera      providentielle pour que nous puissions concrétiser les différents points du projet » (24.11.98)

V. Peut-on demander une aide financière ?

M. Renaud Baril, prêtre diocésain de Nicolet et président de l’Association des missionnaires nicolétains au Brésil, au cours d’une première conversation au sujet de la possibilité d’aide financière au présent projet, a manifesté son intérêt et suggéra d’en faire la demande au Comité responsable.

Ainsi, au nom de l’équipe des « missionnaires de rue » de Montréal je sollicite le financement de mon voyage aller-retour au Brésil et de m’accorder une somme à être déterminée par les membres du Comité pour mes dépenses personnelles. De son côté, le Conseil Presbytéral de Balsas s’est déjà engagé pour le logement et l’alimentation et pour les dépenses inhérentes au travail dispensé au service du diocèse.

Un dernier mot …

Et nous concluons par une autre citation de l’encyclique « Redemptoris Missio ». « Alors que nous sommes proches du troisième millénaire de la Rédemption, Dieu est en train de préparer pour le christianisme un grand printemps que l’on voit déjà poindre. En effet, que ce soit dans le monde non chrétien ou dans le monde de chrétienté ancienne, les peuples ont tendance à se rapprocher progressivement des idéaux et des valeurs évangéliques, tendance que l’Eglise s’efforce de Favoriser. »

….

« L’espérance chrétienne nous soutient pour nous engager à fond dans la nouvelle évangélisation et dans le mission universelle… » (RM no. 86)

Il n’en dépend que de nous d’accepter de collaborer à la libération de ce monde en gestation de l’Esprit.

Montréal, le 3 décembre 1998

Victor Asselin, ptre

Mission ici … ailleurs … Histoire et avenir du projet

MISSION ICI …    AILLEURS …

« Histoire et avenir du projet de communion entre Églises »

                                                            Victor Asselin

 Parler du projet « Mission ici … ailleurs » c’est faire mémoire. C’est rappeler un bout d’histoire à laquelle le groupe ici présent, portant le même nom que le projet, a accepté, en 1999, d’être partenaire avec le diocèse de Balsas au Brésil. Vous me demandez, en effet, de faire l’histoire de cette expérience en rappelant ses origines et le travail sur le terrain ici et à Balsas, pour, ensuite, laisser entrevoir l’avenir. Je me dois de rappeler tout d’abord que j’ai vécu l’expérience de ce projet en partie au Brésil et en partie à Montréal alors que les brésiliens du diocèse de Balsas l’ont vécu entièrement chez eux et vous, vous l’avez vécu ici à Montréal. C’est un point dont il faut tenir compte dans le présent « faire mémoire » et qui est inhérent à la vie du missionnaire.

Revenons en 1998 …

D’où vient le projet de « communion Mission ici… ailleurs » qui relie depuis 1999 le groupe « Mission ici … ailleurs » de Montréal et le diocèse de Balsas, au Brésil ? Que peut-on dire de son origine ?

Le 4 avril 1998, Dom Franco, évêque de Balsas, m’écrivait « dans le but de commencer un dialogue sur la possibilité que j’aurais d’aller travailler dans son diocèse ».  L’invitation était personnelle mais je voulais en faire une proposition entre Églises, raison pour laquelle j’ai communiqué immédiatement la lettre à Mgr St-Gelais, évêque de Nicolet, diocèse de mon incardination. Il ne manifesta aucune opposition à l’ouverture du dialogue. Pour ma part, j’étais vivement intéressé à la MISSION mais pas de la même manière que je l’avais vécu dans les années précédentes. J’avais la conviction que le lien entre l’ici et l’ailleurs était important et nécessaire mais qu’aujourd’hui, pour diverses raisons, nous devions faire un effort sérieux pour découvrir une manière nouvelle de la vivre.

Dom Franco avait présenté dans sa lettre des choix de milieux de travail. Après avoir consulté quelques anciens missionnaires, je lui fis une contre-proposition : vivre la MISSION dans le diocèse de Balsas, 6 mois par année pour une période de deux ans, ayant comme objectif la recherche d’éléments nouveaux qui permettraient de vivre la MISSION dans une plus grande fidélité à l’aujourd’hui du milieu et des gens. La proposition fut acceptée dans « l’esprit de communion entre Églises. »

Profitant de la suggestion d’un confrère missionnaire en congé, Mgr St-Gelais et moi-même partions à la rencontre de Raymond Roy, prêtre du même diocèse. Il serait un excellent candidat pour articuler le projet. En effet, il manifesta enthousiasme et disponibilité devant la proposition. « Pour un premier pas, disait-il, il est nécessaire de part et d’autre que nous découvrions ce que nous avons à offrir et ce dont nous avons besoin, puis, avec le temps et l’action de l’Esprit, le futur se définira ». Quelle intuition !  Mgr St-Gelais demanda un temps pour mûrir la décision. Le 22 septembre 1998 fut marqué pour une prochaine rencontre.

Le jour arrivé, Mgr St-Gelais était de l’opinion que l’expérience pourrait s’avérer importante pour les Églises du Québec mais ses conseillers proches « n’étaient ni chauds ni froids pour le projet ». «  Il serait donc prématuré pour le diocèse de s’y engager ». Il suggéra que l’expérience se tente à partir des équipes de Montréal et du diocèse de Balsas si les deux parties le jugeaient opportun, exprima le désir de suivre l’évolution du travail et verrait au cheminement nécessaire à donner à l’interne du diocèse.

À Montréal, il existait déjà quelques groupes intéressés à la MISSION, en particulier les deux groupes de la paroisse Ste-Cunégonde, le groupe « Mission ici … ailleurs » et « Salut le monde ». Pourquoi ne pas tenter le partenariat ? Les équipes de Sainte-Cunégonde étaient gagnées à la cause. Et c’est le  3 janvier 1999, que le projet fut discuté à l’exécutif du Groupe « Mission ici … ailleurs » Deux réunions furent consacrées à son étude puis l’exécutif décida de le présenter en plénière à la réunion du 25 janvier. Au procès-verbal, nous lisons ceci :

« La Mission, œuvre d’Amour de la Trinité, cherche nécessairement à se diffuser. Le volet de la Mission à l’extérieur vient nous interpeller et peut-être nous déranger. Est-il opportun ou non ? C’est ce que nous voulons vérifier dans les prochains mois, raison pour laquelle le noyau exécutif du groupe « Mission chez-nous » (alors, nom du groupe)  propose le cheminement suivant pour les prochaines rencontres (janvier à juin 1999) »

« Objectif : Prendre conscience que nous ne sommes pas toujours « bien » et qu’il faut nous remettre constamment en cheminement.

Moyens pour réaliser cet objectif :

Rappeler toutes les fois qu’il le sera nécessaire la perspective du projet de la MISSION – à la rencontre des Églises

  1. Raconter les expériences très concrètes de mission chez-nous (nos peurs, nos dynamismes, la présence); donner du temps pour considérer le contenu qui viendra du Brésil et formuler les points d’échange
  2. La prière devra être présente aux rencontres »

Le groupe « Mission ici … ailleurs » adhéra donc au projet à sa réunion du 25 janvier 1999.  Voici comment les membres s’exprimaient :

« La perspective du projet nous lance dans l’inconnu. Il y a là-dedans quelque chose d’emballant comme il y a aussi de la peur car souvent nous aimons avoir une réponse avant même de faire. »

« C’est une expérience qui nous appelle à vivre d’égal à égal ».

« Le projet est comme une main tendue dans un esprit de solidarité »

« C’est un projet qui appelle à nous mettre ensemble sans trop savoir où nous allons. S’il y a une ouverture, pourquoi ne pas y entrer ? »

« Le projet semble nous introduire dans quelque chose de vrai. »

« Ça fait du bien de découvrir avec d’autres que l’Esprit est à l’œuvre. »

 Nous nous mettons en marche … – Année 1999

           Je partais pour le Brésil à la fin de janvier 1999 et Serge St-Arnault, père blanc, et Raul, prêtre diocésain,  avaient été choisis par le groupe pour l’échange et la communication.

1.    Que s’est-il passé au Brésil ?

Une fois arrivé à Balsas, région sud de l’État du Maranhão,  je sentais le besoin de vérifier l’ampleur de l’acceptation du projet. Il avait été discuté et accepté amplement au niveau du Conseil Presbytéral  mais à peine communiqué à l’Assemblée diocésaine de pastorale. Le curé de la cathédrale me suggéra alors de mettre par écrit la genèse du projet, relatant la correspondance entretenue et les décisions prises. J’écrivis alors le texte « Échange entre deux Églises, ébauche de compréhension ». Muni de cet instrument et suivant le conseil du confrère, je rencontrai divers agents de pastorale dans les trois régions du diocèse. Tous étaient convaincus de l’importance de la MISSION et du défi qu’elle présentait et au contact de la documentation, on souhaita une rencontre diocésaine le plus tôt possible. La semence du besoin d’articulation était semée. Le terrain était prêt à l’accueillir.

Le 22 mars 1999, 15 personnes, représentant les diverses régions du diocèse, se réunirent. L’Objectif était clair : définir l’entrée comme communauté diocésaine dans le projet et en faire une expérience de communion entre Églises puis former le groupe articulateur, élaborer quelques orientations à suivre et définir les moyens de fonctionnement.

Le processus était déclenché. On baptisa le groupe « GREMI » (groupe de réflexion missionnaire). « Faire mémoire » serait le contenu, c’est-à-dire, à chaque rencontre on raconterait l’histoire de la mission vécue dans le diocèse et on en ferait l’évaluation à partir des trois critères suivants :

1. Comment le projet de Jésus a-t-il été présenté (son option – sa qualité de présence – ce qui a été transformé – les fruits – la  prière) ?

2. Les missionnaires ont-ils tenu compte du projet du peuple ?

3. Comment s’est réalisé dans la pratique missionnaire le dialogue entre les deux projets ?

L’arrivée des « Missionários do campo » à Sambaíba, paroisse du diocèse de Balsas, coïncidait avec le début du projet. Une attention particulière leur a été donnée durant cette première étape. Pour quelles raisons ? Il semblait qu’ils apportaient quelques pistes nouvelles à la MISSION. Pourquoi ne pas y être attentif ? Pour eux le témoignage, le découvrir sa place et les visages de Dieu dans le quotidien sont importants. De plus, ils donnaient valeur au travail, à la communauté et à la prière.

2.    Que s’est-il passé à Montréal

Le groupe « Mission ici … ailleurs », au cours de ces mois,  continua à prendre du temps pour écouter des expériences de mission ici et pour accueillir ce qui venait du Brésil. Serge et Raul furent fidèles à communiquer le cheminement du groupe d’ici au GREMI et à  faire parvenir ses réflexions. A mon retour une rencontre fut consacrée à l’expérience vécue au Brésil et, le 18 octobre 99, nous faisions une évaluation plus approfondie de la route parcourue. Quelques interrogations guidèrent notre démarche :

-        quelle est la raison d’être du groupe « Mission ici … ailleurs »?

-        Veut-on vraiment maintenir un lien avec le diocèse de Balsas , au Brésil ?

-        Comment pouvons-nous aller plus loin ?

Tous se virent devant une évidence : les rencontres nous avaient amené à changer notre façon de prier, de travailler et d’être. Nous avions retenu dans la démarche les points suivants : l’importance de la PRÉSENCE, la liberté dans le cheminement de chaque membre du groupe, le NOUVEAU dans l’ouverture au différent, l’unité dans les différences et la dynamique du groupe qui est en train de se former.

Nous avions aussi le désir d’aller plus loin. Il était temps de passer de l’information des expériences missionnaires à l’analyse en profondeur de certaines d’entre elles. Trois questions seraient posées :

1. Comment l’Esprit s’est-il manifesté dans l’expérience ?

2. Comment s’est vécu la communication et la communion ?

3. Quelles transformations se sont opérées ?

La question de la PRÉSENCE et de la spiritualité missionnaire se détachaient aussi comme préoccupations.

Enfin, nous nous sommes demandés si le groupe avait des raisons de maintenir le lien avec le diocèse de Balsas, au Brésil. Le OUI fut unanime. Plusieurs cependant cherchaient encore les raisons qui justifiaient l’importance de créer des liens entre l’ICI et l’AILLEURS. Le groupe se rendait compte que l’échange interpellait, que l’information était nécessaire et que « l’ailleurs » permettait l’ouverture à l’universel mais on croyait que la manière devrait être davantage approfondie.

L’année se termina en analysant l’expérience d’Éva-Rose en milieu de la Petite Bourgogne. Pour la première fois nous mettions en pratique les critères définis antérieurement.

Est- il bon de retenir ?

Les évaluations du travail réalisé ici et à Balsas au cours de cette première année nous ont permis de retenir les points suivants :

1. La passion pour l’Évangile est prioritaire à la passion pour une forme d’Église;

2. La communication est la clé pour un véritable échange qui conduira à la découverte du NOUVEAU;

3. Les groupes en cause, comme communautés chrétiennes, sont en train de prendre conscience, par leur pratique, de leur « missionarité ». Ainsi, ils en assument la responsabilité et en prennent l’initiative. Pour la première fois, le projet permet un échange d’égal à égal;

4. L’aventure missionnaire telle que vécue exige audace, auto-critique et sens de l’humour. Par contre, la peur figure comme premier obstacle bien que par elle on pressent que le « différent fait grandir ».

Apprendre à se laisser interpeller par une Église d’ailleurs, ne serait-ce pas une manière d’éveiller la « missionarité » de l’Église ?

Nous continuons …

  1. I.               Retour au diocèse de Balsas, Brésil.  Où en étions nous ?

Je me devais de reprendre contact avec le Gremi en retournant à Balsas au début de l’an 2000 car j’avais laissé le groupe six mois auparavant. L’histoire avait continué durant ces mois.  Ça, c’est quelque chose de spécial que de prendre conscience, dans le concret de la vie, que « l’Esprit est toujours à l’œuvre ». Le missionnaire n’est pas indispensable. Aux premiers contacts, j’ai perçu que les uns avaient abandonné, d’autres avaient pris conscience de la problématique du diocèse et un troisième groupe avait opté pour le volet MISSION. Les réunions du GREMI avaient permis aux agents locaux de mieux saisir le cul-de-sac de l’action pastorale d’ensemble du diocèse et le besoin d’un souffle nouveau.

Cette heureuse prise de conscience fit naître une double orientation, différente mais complémentaire. En effet, les uns prirent la situation pastorale actuelle du diocèse comme point de départ de leur réflexion alors que les autres, pour une redynamisation de l’Église diocésaine, choisirent le volet de la MISSION,  prenant alors comme point de départ la présence en milieux de personnes éloignées de la communauté chrétienne. L’expérience des « Missionários do campo » devenait prioritaire pour ce deuxième groupe. C’est ici que j’occupai une place. En effet, cela correspondait mieux à l’objectif du projet. Au cours de ce stage  j’ai donc eu à déployer mes efforts dans la petite ville de résidence des missionnaires.

Objectif de ma présence à Sambaíba

Quelle serait ma contribution ? Avant même de commencer, nous nous sommes mis d’accord – les membres de l’équipe et les « missionários do campo » – sur les objectifs à poursuivre. Deux axes seraient observés : le phénomène de la transformation du milieu et les moyens qui l’engendraient. Nous formulions ainsi les objectifs :

1. Essayer de discerner les éléments significatifs de transformation d’attitudes, de comportements, de pensée dans le vie des gens à partir de l’expérience des missionnaires;

2. Dans quel sens la pratique de l’écoute et du dialogue peuvent être des moyens méthodologiques pour connaître la réalité et comment l’esprit de l’Évangile de Jésus pénètre cette réalité ?

Un sondage auprès de la population fait par les gens du milieu et un autre sondage réalisé auprès des missionnaires seraient d’excellents moyens pour faire l’approche désirée. Les pratiquants et les non-pratiquants, adultes et jeunes furent contactés. Ensuite, en raison des objectifs tracés nous en sommes arrivés à classer les résultats en donnant une grande importance à la manière dont s’était établi la relation entre les missionnaires et les gens du milieu, en cherchant à identifier la perception que chacun avait de l’autre, en élaborant le rêve d’Église pour, en dernier lieu, dégager les éléments d’une nouvelle pratique missionnaire.

Le résultat fut remis à la population et étudié en réunions. L’évêque manifestait grand intérêt aux conclusions et aux commentaires des gens. La démarche fut conclue par une rencontre des responsables diocésains, le 3 juin 2000. C’est à cette rencontre que Dom Franco explicita ce que lui-même en retenait. Je les présente sans commentaire.

  1. « Le travail réalisé à Sambaíba interpelle et pousse à vouloir découvrir davantage le chemin de la présence et de l’écoute. Dans le résultat final on y perçoit l’importance de la dimension contemplative, de la manière de vivre et d’être et de la méthodologie qui donne priorité à la réalité en la regardant avec le cœur ».
  2. « Le sondage éclaire la question de la relation entre « religion » et « foi » vécue à Sambaíba. Alors que la religion justifie la situation politique actuelle et la survie des gens, la foi pousse à une libération. »
  3. « Il est urgent de penser à la formation missionnaire du laïcat et au processus à lui donner. »

 II.            Que s’est-il passé à Montréal au cours de l’an 2000 ?

La spiritualité missionnaire fut le thème de la première rencontre de l’an 2000. Puis les réunions subséquentes se caractérisèrent  par les expériences œcuméniques. À la rencontre animée par les membres de l’Église orthodoxe, quelqu’un disait : « L’Unité n’est pas un choix mais un chemin essentiel dirigé par l’Esprit ». Suivirent les échanges avec les églises Pentecotiste et Église Unie. Puis le pasteur Gonzalo Cruz et le pasteur Georges présentèrent en réunions successives l’expérience de l’église Unie latino-américaine et celle de l’Église malgache pour en arriver à un dialogue sur la coopération des Églises dans la MISSION. Cette rencontre mettait à la même table un évêque de l’Église orthodoxe, un pasteur de l’Église Unie et le vicaire épiscopal de la région sud de l’Église catholique de Montréal. L’année se termina par une information et un approfondissement de l’expérience du Centre Afrika.

 Au terme de cette deuxième année, qu’avons-nous retenu ?

La MISSION n’est pas seulement ailleurs, elle est vraiment ici. L’expérience du projet des deux dernières années nous a permis d’approfondir notre foi et notre espérance car elles s’enlisaient de plus en plus dans un découragement engendré par le poids et le statisme des structures. On s’était éveillé à la MISSION. La pratique de l’œcuménisme  a permis l’ouverture d’esprit et de cœur et la possibilité de vivre une expérience de communion dans la diversité. Puis, l’ « ailleurs » a interpellé et nous nous sommes sensibilisés à lui car la soif de ces gens nous émerveillait.

Mais, après deux ans nous étions encore en état de questions. Pour réaliser la MISSION ici, nous sentions, dans notre pratique,  le poids de la structure paroissiale, le manque de reconnaissance du travail par les autorités, notre manque d’audace et notre peur du défi et l’indifférence du milieu. Quant à la MISSION « ailleurs » … c’était tellement loin ….la motivation n’était pas encore tellement présente. Par contre, personne ne voulait abandonner. Il y avait un « quelque chose » de stimulant qui nous réunissait et tous avaient besoin de se donner du temps pour le questionnement. « Ça me garde du souffle » disait quelqu’un.

Les expériences oecuméniques de la deuxième année avaient marqué les groupes d’ici et on souhaitait la réalisation d’un projet commun avec les autres dénominations religieuses et le déclenchement d’un processus plus ample sans négliger pour autant la réflexion et la formation dont nous avions besoin.

. Ce n’est pas encore fini …

  1. I.               Au diocèse de Balsas, Brésil

L’entente initiale du projet pour une durée de deux ans était terminée mais les partenaires de Balsas, après évaluation,  pointaient une piste à poursuivre : collaborer à la formation missionnaire et déclencher un processus de recherche et de réflexion sur la « Politique, terre de Mission ».

Les sondages réalisés à Sambaíba nous avaient fait découvrir que la « religion », très souvent,  justifiait une situation mais que la « foi » en libérait. Foi et politique auraient-ils quelque chose à se dire ?

Durant le stage de 2001, j’ai donc collaboré à la formation des missionnaires ruraux, formation dirigée aux candidats de l’Association et ouverte une fin de semaine par mois aux intéressés des paroisses du diocèse. Quant au projet « Politique, terre de mission » on m’en confia la première lancée. Il fallait d’abord refaire des liens au niveau national pour sonder l’opportunité et la nécessité du projet puis, dans un deuxième temps, articuler au niveau de l’État du Maranhão un groupe de personnes intéressées à la question et dans un troisième temps, réunir ce groupe en séminaire pour l’étude du thème et pour définir quelques orientations au suivi. La Foi a-t-elle quelque chose à dire à la Politique et la Politique a-t-elle quelque chose à dire à la FOI ?  Le séminaire apporta un éclairage de capitale actualité. Foi et Politique ont un terrain de rencontre, celui de la recherche du Bien Commun, celui du Royaume; Foi et Politique se rencontrent au cœur de l’Évangile, celui de la préférence donnée aux appauvris, aux exclus et aux marginaux. La foi questionne l’idéologie et l’agir politiques et la politique se doit de questionner nos images de Dieu qui souvent justifient notre manière d’être et de faire.

Une perspective s’est ouverte. Le projet est lancé. Une équipe de responsables régionaux a été formée. Naîtra-t-il un Institut de formation politique ?

Et à Montréal ?

Si le groupe « Mission ici… ailleurs » de Montréal, en l’an 2000, s’est caractérisé par l’ouverture et la réflexion œcuméniques, l’an 2001, jusqu’à présent, se caractérise par le dialogue inter-ethnique. En janvier nous avons eu une rencontre avec le CSAI (Centre social d’aide aux immigrants) dirigé par les religieuses du Bon Conseil. En février, on commenca à approfondir le thème du dialogue inter-ethnique avec les participants du groupe puis on aborda la question du dialogue entre québécois et immigrants pour en arriver au dialogue de l’Église de Montréal avec la réalité multi-ethnique. Il m’est difficile d’élaborer davantage sur le vécu du groupe d’ici depuis le début de l’année  puisque je reviens à peine du Brésil.

 PERSPECTIVE

Après avoir parcouru la trajectoire de ces trois années, comment se présente l’avenir du projet « Mission ici … ailleurs » ? Je dirai qu’il est en germe dans ce qui s’est déjà réalisé. Et pour mieux le percevoir, voici quelques constatations que je dégage de la contemplation de cet horizon. Votre contribution viendra enrichir ces conclusions.

J’ai la conviction, en premier lieu, que sont apparus des éléments nouveaux pour la MISSION, éléments qui pointent un horizon encore ambigu et obscur mais qui invitent et même exigent  le besoin de changer notre manière de la vivre. Quels  sont-ils ?

Tout d’abord, la mission ne doit plus être considérée comme  une œuvre, ni comme une activité mais comme une manière d’être, comme une présence qui interpelle et suscite le NOUVEAU. C’est la dimension la plus importante qui s’impose. Elle remet en question la racine même de la MISSION.  Elle ne se caractérise plus par ce que l’on voit ou par ce que l’on fait mais par ce qui se vit. Et cette mission ne nous appartient pas. On ne l’apporte pas mais elle est déjà là. On ne connaît pas le contenu de sa semence mais elle a une force de transformation aux couleurs les plus variées. Nous en sommes les animateurs. Rôle plus humble mais qui fait grandir dans l’Espérance. Et c’est en faisant des liens, préférentiellement auprès des appauvris, des exclus et des marginaux qu’elle donne des signes de sa vitalité. C’est ce qui lui permet de sortir de terre. Mais rien de cela n’est possible sans une relation constante avec le Dieu communication. Pas de transformation de manière d’être sans mystique de communion. La Présence qui transforme n’est pas celle que nous présentons mais celle que nous portons. Ainsi donc, le missionnaire ne peut plus être un héros ni un faiseur d’œuvres mais un brasseur, un éveilleur, un articulateur de tout ce qui engendre la VIE en contact permanent avec sa source.

Le deuxième point qui m’apparaît une heureuse prise de conscience est celui de notre éveil au dialogue inter-religieux et inter-ethnique. Aujourd’hui, parmi nous et avec d’autres, des membres d’Églises et d’ethnies différentes se rencontrent et célèbrent. Dans la région de la Petite Bourgogne on vit l’oecuménisme dans le quotidien. À la maison « Le Buisson », une expérience de ce genre est en train de se vivre. Et pourquoi ne pas multiplier ces initiatives pleines d’avenir ?

Un troisième point nous permet de rappeler que la patience et l’obstination au travail missionnaire sont en train de permettre l’ouverture du secteur sud et sud-ouest de Montréal à la MISSION. De la résistance, on passe à l’engagement. Le travail de Sainte-Cunégonde depuis 1996 a sûrement permis une approche et une plus grande sensibilisation.

C’est aussi un signe de l’action de l’Esprit que de constater la persévérance du groupe « Mission ici … ailleurs ».  Né des participants d’une session au Centre St-Pierre dans les premiers mois de 1998, les membres ont maintenu une articulation, créé des liens et développé un esprit commun qui se vit de l’intérieur et communie aux diversités d’expériences de chacun de ses membres.

Si nous regardons maintenant du côté du diocèse de Balsas, au Brésil, le projet a aussi produit ses fruits. Il a fait naître un nouveau programme de formation missionnaire et suscité une évaluation générale des expériences missionnaires vécues dans cette Église au cours des 50 dernières années, travail commencé en mars 2001 et qui se poursuivra jusqu’à la fin de 2002. De plus, le présent projet a amené l’Église locale de Balsas à déborder les frontières de l’ecclésial pour entrer sur le terrain politique, terrain de communion où la Foi et la Politique croisent leurs efforts pour construire le Royaume.

Et pour terminer, je dirai que même s’il est vrai que la recherche et l’engagement nous ont conduit à découvrir du NEUF, il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour un véritable projet de communion entre Églises. La pratique quotidienne de chacun et de chacune de nous et de ceux et celles qui nous accompagnent nous a rapproché du cœur de l’Évangile pour mieux vivre la MISSION mais ne nous a pas encore amené à découvrir et à prendre le chemin de la COMMUNICATION entre Églises. Nous vivons avec nos doutes et nos hésitations et nous ne nous sommes pas encore débarrassés de nos peurs. L’efficacité, la performance et le résultat immédiat nous harcèlent constamment et rendent difficile la fidélité au processus de patience conduit par l’Esprit.

« Nous devons trouver de nouvelles incarnations, de nouvelles façons de vivre notre relation à la Trinité… et notre relation avec l’humanité. Devant nous se profile un monde qui est toujours en grand besoin de transfiguration. C’est dans ce monde que la mission de Jésus se continue. » (S. Marguerite Létourneau, sgm)

C’est dans ce monde que nous avons à perpétuer la MISSION. C’est dans ce monde « en état de gestation » comme dit Saint Paul, que nous devenons des accoucheurs et des sages-femmes du Royaume.

Montréal, 17 septembre 2001

Victor Asselin, ptre

Intercâmbio entre Igrejas: Brasil – Canadá

« INTERCÂMBIO ENTRE IGREJAS » -  Balsas e Montréal

(Esboço de compreensão)

I.  A MISSÃO tem ainda sua razão de ser ?

De 1955 até  hoje, diversas dioceses da província de Québec,Canada, enviam missionários leigos, religiosos, religiosas e sacerdotes para dioceses do Brasil, em particular do Maranhão. Vieram muitos. Vem menos. A década de 60 marcou profundamente a vida da Igreja desta província de tal maneira que se multiplicaram as saídas de sacerdotes et de religiosas e que muitos cristãos desertaram as igrejas. Uma crise se instalou e as comunidades, progressivamente, se fecharam sobre si mesmas. Tem ainda sentido o envio de missionários e de missionárias, vez que o pessoal ao servico das Igrejas diminuiu significativamente ?

A crise da Igreja se generalizou no mundo. Em 1990, o papa João Paulo II, na sua encíclica “Redemptoris Missio”, falava de “uma tendência negativa” no sentido de que “a missão específica ad gentes parece estar numa fase de afrouxamento, contra todas as indicações do Concilio e do Magistério posterior. Dificuldades internas e externas enfraqueceram o dinamismo missionário da Igreja ao serviço dos não-cristãos” (Rm no. 2)

No momento em que, no nosso trabalho em Montréal, alguns cristãos questionavam a atualidade da Missão, Dom Franco escrevia uma carta ao Pe Victor Asselin, propondo um intercâmbio “no espírito de comunhão das Igrejas” (06.07.98). Qual seria este projeto ? O que significa intercâmbio “no espírito de comunhão das Igrejas” ?  Não sabíamos e ainda não sabemos. Uma coisa era certa: esta frase chamou a atenção e desencadeou um processo de reflexão sobre Missão. Eu gostaria de relembrar aqui algo do conteúdo das reflexões que justificaram, da parte das pessoas de Montréal, a resposta positiva dada ao bispo de Balsas.

II.  A Missão – sua razão de ser

Um olhar sobre o mundo que nos cerca e no qual vivemos despertou em nós a trágica realidade das relações quebradas tanto na família, na sociedade, na Igreja e em nós mesmos. Perdeu-se o sentido da vida e da esperança apesar de continuar a sentir uma profunda fome e sede de Justiça e de Amor.

2.1 Jesus, enviado do Pai, propõe a liberdade

Neste contexto de desespero, Jesus, primeiro missionário enviado do Pai, veio relembrar a importância de refazer as relações quebradas: relação de filiação com o Pai; relação de fraternidade com os irmãos e as irmãs; relação de liberdade  com os bens e relação de verdade consigo mesmo. Um plano que trazia vida. “Eu vim para que todos tenham vida e tenham em abundância”. (Jo. 10,10)

O primeiro missionário veio relembrar o plano de liberdade e o confiou à sua Igreja para que seja levado “a todos os homens”, em particular aos “marginalizados pela sociedade … fazendo-lhes sentir e viver, já, uma experiência de libertação … tratando-os como iguais e amigos, procurando que se sentissem amados por Deus, e revelando, deste modo, imensa ternura pelos necessitados e pecadores” (RM no. 14).

Assim sendo, o caráter missionário da Igreja se fundamenta na vida trinitária, modêlo de comunhão, de igualdade, de partilha, de solidariedade e de participação. Ninguém é superior ou inferior. Tudo se resolve na comunhão. É sobre este modêlo que o mundo foi criado. Em efeito, o mundo revela a imagem do seu Criador. Não é de estranhar então a afirmação de que o impulso missionário pertence à natureza íntima da vida cristã e de que todo ser humano que tem a paixão da liberdade sente este impulso dentro de si.

“O fim último da missão é fazer participar na comunhão que existe entre o Pai e o Filho: os discípulos devem viver a unidade entre si, permanecendo no Pai e no Filho, para que o mundo conheça e creia  (Jo. 17, 21. 23) (RM no. 23). Missão é obra de Amor. Missão é Relação. “Somos missionários sobretudo por aquilo que se é … e não tanto por aquilo que se diz ou faz” (RM no. 23).

2.2   Missão ad gentes

O Concílio Vaticano II relembrou que Cristo foi enviado“ para  manifestar e comunicar a caridade de Deus a todos os homens e povos” (Ad gentes, 10). Sendo assim, a Missão é única, ainda que ela tenha diversas funções e atividades. A Missão “ad gentes”, isto é a Missão aos “povos, grupos humanos, e contextos socioculturais onde Cristo e o seu Evangelho não é conhecido,  onde faltam comunidades cristãs suficientemente amadurecidas para poderem encarnar a fé no ambiente próprio e anunciá-lo a outros grupos” (RM no. 33) constitui uma atividade essencial da Igreja e é propriamente o que chamamos “MISSÃO”.

          A Missão constitui uma atividade essencial da Igreja porque ela “renova a Igreja, revigora a sua fé e identidade, dá-lhe novo entusiasmo e novas motivações. É dando a fé que ela se fortalece” (RM no. 2). Além do mais, “o exercício da missão “ad gentes” sempre foi um sinal de vitalidade, assim como a sua diminuição constitui um sinal de crise de fé” (RM no. 2) . E não é supérfluo acrescentar que é na missão “ad gentes” que a “obra do Espírito Santo brilha esplendorosamente” (RM no. 21).  “Por sua ação, a Boa-Nova ganha corpos nas consciências e nos corações humanos, expandindo-se na História” (RM no. 21).

“Sem a missão “ad gentes”, a própria dimensão missionária da Igreja ficaria privada do seu significado  fundamental e de seu exemplo de atuação” (RM no. 34).

2.3  Missão “ad gentes” em Balsas e em Montréal

 Jamais ninguém contestou a missão “ad gentes” como atividade essencial da Igreja. Porém, pode se justificar a importância do intercâmbio entre a missão äd gentes” em Balsas, no Brasil, e em Montréal, no Canadá ?

Mais uma vez, quero deixar a palavra ao Papa João Paulo II. Em primeiro lugar, ele nos fala da importância da troca entre as Igrejas tomando como ponto de prática a preocupação dos não-cristãos de sua própria casa. “O dinamismo missionário permite uma troca de valores entre as Igrejas, e projeta, para o mundo exterior, influência positiva, em todos os sentidos. As Igrejas de antiga tradição cristã , por exemplo, preocupadas com a dramática tarefa da nova evangelização, estão mais conscientes de que não podem ser missionárias dos não-cristãos de outros países e continentes, se não se preocuparem seriamente com os não-cristãos da própria casa: a atividade missionária “ad intra” é sinal de autenticidade e de estímulo para realizar a outra, “ad extra”, e vice-versa.” (RM no. 34)

Em segundo lugar, o papa convida ao intercâmbio de dar e de receber. “Exorto todas as Igrejas … a se abrirem à universalidade da Igreja. As Igrejas locais … devem manter concretamente esse sentido universal da fé, isto é, dando e recebendo, das outras Igrejas, dons espirituais, experiências pastorais de primeiro anúncio e de evangelização, de pessoal apostólico e meios materiais.” (RM no. 25)

“De fato, a tendência para se fechar em si própria pode ser forte: as Igrejas antigas, preocupadas com a nova evangelização, pensam que, agora, devem realizar a missão em casa, e correm o risco de refrear o ímpeto para o mundo não-cristão” (RM no. 85). Ora, é dando generosamente do nosso, que se recebe” … As Igrejas jovens, por outro lado, sentem o problema da própria identidade, da inculturação, da liberdade de crescer sem influências externas, com a possível consequência de fecharem as portas aos missionários. A estas Igrejas, digo: longe de vos isolardes, acolhei, de boa vontade, os missionários e os meios vindos das outras Igrejas, e vós próprias enviai-os também.” (RM no. 85)

III - Um projeto de intercâmbio no espírito de comunhão das Igrejas

                     O convite de Dom Franco dirigido, em abril passado, a uma Igreja canadense, por intermédio do Pe Victor Asselin, se encontra bem justificado. Não sabemos e nem sequer temos idéias da natureza desse projeto. O que sabemos é que um convite partiu de Balsas por parte do bispo desta diocese e foi acolhido em Montréal por parte de pessoas trabalhando em contexto de marginalidade da metrópole; o que se sabe é que de ambas as partes há disposições para fazer um salto no desconhecido; o que se sabe é que o processo de descoberta do projeto deverá nascer das reflexões, das proposições e das sugestões de ambas as partes; o que se sabe é que já existe em Montréal um grupo de pessoas que se articulam para amadurecer a perspectiva deste intercâmbio; o que se sabe é que , em Balsas, existem pessoas motivadas para participarem do processo desencadeador do projeto e que o Pe Victor Asselin está atualmente aí para facilitar a possibilidade real do intercâmbio desejado; o que se sabe é que se prevê um ano e meio até dois para discernir o melhor a realizar; o que se sabe é que se quer desencadear um processo de busca de uma nova maneira de viver a Missão.

Formulou-se o objetivo do projeto nos termos seguintes: descobrir a maneira de viver a Missão em Balsas e em Montréal, praticando a solidariedade e a partilha, desenvolvendo uma PRESENÇA inspirada no espírito de comunhão e dando o testemunho da Boa-Nova. Trata-se de uma iniciativa visando a abertura de novos caminhos para o exercício da Missão “ad gentes”.  Sem dúvida, é um desafio ao se aproximar do novo milênio que está as nossas portas.

3.1  Plano de trabalho dos grupos missionários de Montréal

                    (Janeiro-junho de 1999)

Em janeiro deste ano, o grupo “Missão em casa” de Montréal elaborou sua programação e deu o devido encaminhamento referente ao projeto do possível intercâmbio com a Igreja de Balsas. Passo a transcrever algumas notas das atas das reuniões dos dias 3, 11 e 25 de janeiro.

1. O projeto de intercâmbio missionário: uma nova perspectiva

Pelo projeto em pauta sentimo-nos interpelados e convidados a mudar nossas maneiras de ser e de agir. Será, este projeto, oportuno ou não ? Queremos verificá-lo nos próximos mêses.

2. Uma atitude

Fomos convidados e, por assim dizer, chamados à solidariedade com uma outra Igreja, uma Igreja além fronteiras. Por isso, nos propomos, por meio das nossas reuniões, tomar consciência de que nem sempre fazemos “bem” a missão que nos foi confiada e que devemos nos recolocar constantemente a caminho.

3. Um caminho a descobrir para responder ao apelo

Para responder ao apelo, temos consciência de que entramos num processo de busca e de que nada nascerá tudo feito. Como isto será possível ? Como fazer para descobrí-lo ? Seguem algumas sugestões:

a . Faremos e verbalizaremos a história das nossas  experiências missionárias.  Em Montréal existem grupos que já realizam um trabalho missionário. Entraremos em contato com eles para uma melhor articulação e uma melhor apreciação do que se está fazendo em cada uma das experiências e ficaremos especialmente atentos aos elementos que os dinamizam.

b. Avaliaremos os caminhos da missão percorridos até hoje para descobrir a qualidade do que foi realizado (suas riquezas), para nos questionarmos sobre os nossos medos, bloqueios e limitações e para discernir os novos caminhos que se apresentam. Assim, estaremos em melhores condições para OFERECER e para PEDIR. Quem sabe se, o Espírito não inspirará uma pista mais atualizada para a Missão “ad gentes”.

c. Colocaremo-nos em atitude de escuta para acolher as experiências da Igreja de Balsas e tomaremos o tempo    necessário para considerar as sugestões e as reflexões que virão de lá.

d. Daremos uma particular importância à comunicação uma vez que Missão é, antes de tudo, comunhão. Por este motivo, acentuaremos mais a comunicação entre os grupos daqui e desejamos que assim o seja com a diocese de Balsas.

e.. Pouco a pouco, na medida em que se estabelecerá o intercâmbio de informações, reflexões e comunicações,   formularemos os pontos de intercâmbio e os meios a criar para uma nova maneira de viver a Missão.

f. Enfim, a contemplação da Trindade terá lugar de destaque nos nossos encontros e no quotidiano.

3.2  Plano de trabalho na diocese de Balsas

A conversa entre Balsas e Montréal, no que se refere ao projeto, se deu por correspondência. A proposta da vinda do Pe Victor a Balsas por um período de 4 meses se tornava necessária para melhor acertar o diálogo e para verificar com o pessoal o processo que será dado da parte da diocese de Balsas. As presentes notas pretendem apenas fornecer alguns esclarecimentos sobre os fatos e os motivos que justificaram até hoje o começo de um processo de intercâmbio entre as duas Igrejas.

Para uma melhor compreensão e participação das pessoas interessadas da diocese de Balsas, sugiro que:

1.Se tome contato com o conteúdo da correspondência efetuada entre as partes;

2. Se aprofundem as justificativas da proposta em pauta;

3, Se dê encaminhamento ao projeto, se for o caso.

CONCLUSÃO

“Ao aproximar-se o terceiro milênio da Redenção, Deus está preparando uma grande primavera cristã, cuja aurora já se entrevê. Na verdade, tanto no mundo não-cristão como naquele de antiga tradição cristã, existe uma progressiva aproximação dos povos aos ideais e valores evangélicos, que a presença e a missão da Igreja se empenha em favorecer” (RM no. 86)

Cabe a cada uma e a cada um de nós de pormo-nos  à disposição da obra da libertação deste mundo já em gestação pelo Espírito.

Balsas, 14 de fevereiro de 1999

Victor Asselin, ptre

Mission ici… Mission ailleurs…

                                      MISSION ICI … MISSION AILLEURS… 

 Victor Asselin

En juillet 1995 je commençais une expérience missionnaire en milieu d’exclusion de Montréal et voici qu’en 1998 Dom Franco Masserdotti, évêque de Balsas, Maranhão, Brésil, m’invite à retourner au Brésil dans son diocèse dans une tentative de découvrir une pratique missionnaire dans la ligne de communion entre Églises. Je décide donc de diviser mon temps entre Montréal et Balsas, ce qui donna origine au projet MISSION ICI … MISSION AILLEURS…

         “Au début je pensais que pour évangéliser il fallait apprendre à “bien parler” – (falar bonito) – mais je suis en train de découvrir que j’évangélise en étant simple, en étant une présence “questionnante” et en parlant peu”. C’est ainsi que s’exprimait Ivanilson, un jeune “missionário do campo”.  Sans trop s’en rendre compte,  il commençait à décrire le “visage” de l’Eglise que ces missionnaires désirent vivre.

         L’aventure missionnaire que je suis en train de vivre, si je peux ainsi l’appeler, doit son origine à une invitation de Dom Franco Masserdotti, évêque du diocèse de Balsas, au sud du Maranhão, Brésil. Le 2 avril 1998 il écrivait : “cette lettre a pour but de commencer un dialogue sur la possibilité de ton retour au Maranhão … et j’aimerais que tu viennes à Balsas”. La proposition ne pouvait pas être acceptée ou rejetée sans réflexion. Pouvait-elle être pensée dans la ligne d’échange entre Églises ? La suggestion fut faite à Dom Franco et dans une lettre du 6 juillet 1998 il acceptait que le dialogue se poursuive “dans l’esprit de communion entre Églises”.

        René Belcourt était au Québec à ce moment-là. Il suggéra une rencontre avec Raymond Roy. Elle eut lieu au cours de l’été 1998 avec la participation de notre évêque Mgr St-Gelais. Raymond manifesta un intérêt particulier. “À Victoriaville nous avons des personnes qui pourraient participer à ce projet,” disait-il.  “Dans un premier temps nous pourrions nous interroger sur les forces de notre travail pour savoir ce que nous pourrions OFFRIR et sur nos faiblesses et nos limites pour savoir ce que nous pourrions DEMANDER” et il ajoutait : “Dépêchez-vous, en s’adressant à notre évêque, de prendre une décision car il ne me reste pas beaucoup de temps à vivre”.

        Après quelques rencontres réalisées à Nicolet, Mgr St-Gelais, en septembre 1998,  suggéra que l’expérience, si les deux parties le jugeaient opportun et bienfaisant, se réalisent entre l’équipe des “Missionnaires de rue” à Montréal et l’Église de Balsas. Le dialogue se poursuivit donc entre le groupe “Mission ici » – groupe de laïcs, religieuses et prêtres travaillant en milieux d’exclusion de la ville de Montréal – et l’Église de Balsas. J’assurerais le lien entre les parties et pour une période de deux ans, je diviserais mon temps entre Montréal et Balsas.

        Comment pourrions-nous définir le projet ? Personne ne le savait. L’audace existait. “Nous voulions déclencher une pratique différente de vivre la MISSION”. De part et d’autre nous voulions découvrir une manière de vivre la MISSION en esprit de solidarité et de partage entre Église d’ici et d’ailleurs. Jean-Paul II, dans « Redemptoris Missio » exprimait ce que nous désirions. « … l’esprit missionnaire ad intra est un signe très sûr et un stimulant pour l’esprit missionnaire ad extra, et réciproquement”, et il ajoutait : “Ainsi le dynamisme missionnaire suscite des échanges entre les Églises et les oriente vers le monde extérieur, avec les influences positives en tous sens” (R.M. no. 34).

        Suivant la suggestion de Mgr St-Gelais, j’approchai les groupes de Montréal. En 1995, sur le territoire du Centre-Sud de la ville, quelques personnes s’étaient articulées pour former une équipe appelée “Missionnaires de rue”. Elle était formée de chrétiens et de chrétiennes qui se sentaient appelés à vivre, au Nom de Jésus-Christ, en milieu d’exclus de la société et des Églises. Cette équipe, malgré ses hauts et ses bas, déclencha un processus d’articulation de d’autres groupes. Nous étions vraiment en territoire de “MISSION CHEZ-NOUS”.

        Aujourd’hui, dans le quartier de la Petite Bourgogne, existent trois équipes dont une à caractère œcuménique. Un évêque de l’Église orthodoxe, gagnant sa vie comme gardien de nuit à l’Armée du Salut, y participe. Nous y voyons apparaître des signes de communion. Une deuxième, celle de “Mission ici »est composée d’une  quinzaine de personnes qui travaillent surtout en milieux d’exclusion. Depuis plus de deux ans elle trace son chemin. La troisième, à caractère multi-ethnique, regroupe des gens pauvres du quartier. En janvier dernier, lors d’une rencontre avec  eux,  un membre disait avec fierté : “On a réussi à travailler ensemble”.

        Ces groupes “missionnaires ici” étaient-il prêts à entrer dans l’aventure  risquée de l’échange et du partage avec la “MISSION ailleurs” ? Voici quelques réflexions prises lors de la rencontre de janvier 1999 :

-         “La perspective du projet nous lance dans l’inconnu. Il y a là-dedans quelque chose d’emballant comme il y a aussi une peur car souvent nous aimons avoir une réponse avant même de faire”.

-          “C’est une expérience qui nous appelle à vivre d’égal à égal, ici et au Brésil”.

-         “Le projet est comme une main tendue dans un esprit de solidarité”.

-         “C’est un projet qui appelle à nous mettre ensemble sans trop savoir où nous allons. S’il y a ouverture, pourquoi ne pas y entrer ?”

-         “Le projet semble nous introduire dans quelque chose de vrai”.

-         “Ça fait du bien de découvrir avec d’autres que l’Esprit est à l’œuvre”.

        Les groupes de Montréal donnèrent leur appui et développèrent, avant mon départ à la fin de janvier 99, un plan de travail. “Nous pourrions évaluer les chemins de la mission pris jusqu’à aujourd’hui pour découvrir la qualité de ce qui a été fait, pour nous questionner sur nos peurs, pour nous interroger sur le pourquoi de notre tendance à nous figer dans certaines positions et certaines manières de faire et pour discerner les nouvelles voies qui se présentent dans un contexte de pos-modernité. Nous voulons aussi donner une importance particulière à la communication puisque la MISSION est fondamentalement communion.”

         Et je partais pour Balsas, au Brésil. A mon arrivée sur les lieux, je me devais tout d’abord de vérifier le contexte dans lequel le processus était né. En conversation avec Dom Franco je me suis vite rendu compte que le projet avait été discuté au Conseil Presbytéral mais n’avait pas réellement pris forme à partir de la base. On me suggéra de parcourir le diocèse. A partir de ce moment, un bon nombre d’agents et d’agentes de pastorale accompagnèrent le processus.

         Lors de mes premières visites dans les diverses régions du diocèse au cours des mois de février et mars 1999, je recueillis les commentaires suivants.

 « À la dernière Assemblée diocésaine de Balsas l’idée de constituer une équipe de réflexion sur la mission fut lancée mais de manière timide. La proposition actuelle vient donner un nouveau souffle. C’est une dimension nouvelle qui naîtra de la communauté et sera donc une aventure communautaire qui demande audace, auto-critique, humour et transparence.»

Il est certain que « tout ce qui est nouveau exige un changement d’attitude et de mentalité. »

Ce projet nous donne « l’opportunité de commencer une réflexion sérieuse sur les expériences missionnaires du diocèse de Balsas. »

En effet il est « important de faire mémoire ».

De plus « ceci nous aidera à prendre conscience qu’il nous faut être des passionnés du message de Jésus plus que des manières de vivre Église. »

« La peur du nouveau demeure un obstacle même si c’est elle qui fait grandir ».

« Mais n’est-ce pas la vocation de l’Esprit Saint de renouveler les choses ? ».

Une équipe diocésaine se forma : le groupe de réflexion missionnaire : GREMI. C’était un noyau articulateur qui assurerait la communication avec les équipes de Montréal. Que communiquerait-il ? Ce serait l’occasion de refaire l’Histoire missionnaire du diocèse en revoyant ses options et sa manière de vivre la mission. Ce serait une EVALUATION SÉRIEUSE en prenant comme points de repères le projet de Jésus et les projets des gens et en se demandant comment le dialogue s’est établi entre le projet de Jésus et celui des gens.

        Les communications s’établirent entre les deux parties et continuèrent tout au long de l’année 1999. On échangeait sur les expériences de part et d’autres. Montréal communiquait davantage l’évolution du travail des groupes alors que le GREMI de Balsas communiquait le résultat des évaluations des diverses expériences missionnaires réalisées depuis la fondation du diocèse.  Toute communication se faisait via Internet ou fax.

        Que dire après la première année d’échange entre Montréal et Balsas ? Il ne fait pas de doute que le projet a suscité intérêt et enthousiasme et que FAIRE MÉMOIRE fut le centre de la communication. On a pris conscience de l’importance de la passion pour l’Évangile et on s’est rendu compte que la peur est le premier obstacle à vaincre. La MISSION fait peur. C’est la « MISSIONARITÉ » qui fut mis en cause. Ça fait peur de prendre conscience que c’est le peuple de Dieu qui est missionnaire et qui a le pouvoir d’envoyer.

        Le projet a déclenché un processus. Des groupes ont débuté un dialogue par leur propre initiative. Un projet est né de la communauté. C’est ce qui faisait dire à quelqu’un : « Le dialogue se fait d’égal à égal. Jusqu’à présent le dialogue sur la mission nous parvenait par l’intermédiaire des autorités de l’Église ». Apprendre à se laisser interpeller par une Église d’ailleurs, n’est-ce pas une bonne manière d’éveiller la « missionarité » de l’Église ?

        Et nous voici dans le deuxième année de la réalisation du projet ! Que dire? Je perçois que les groupes de Montréal ont tendance à se multiplier et que l’enthousiasme est toujours présent. Trois éléments me semblent les caractériser: d’abord les pauvres découvrent qu’ils ont une place,  les religieux, les religieuses et les prêtres participants retrouvent un souffle nouveau et les chrétiens et les chrétiennes de diverses religions nourrissent un esprit de communion. De plus je remarque que des liens se tissent à partir de la pratique de chacune et de chacun. On se pose aussi beaucoup de questions.

-         Sommes-nous e devons-nous être toujours disciples ?

-         La mission consiste-t-elle à présenter Jésus ou plutôt à chercher sa présence autour de nous ?

-         Pourquoi être missionnaire ? Si c’est Dieu qui sauve, à quoi sert le travail missionnaire ?

-         Existe-t-il dans notre Église des expériences qui révèlent l’Amour de Dieu ?

-         Sommes-nous davantage préoccupés à faire des choses qu’à nous faire proche les uns des autres ?

-         Comment parler de Dieu à des hommes et des femmes indifférents et loin de l’Église-institution et à des personnes qui ne croient pas en Dieu alors qu’elle travaillent et se font proche des personnes qui souffrent ?

-         Est-il nécessaire de nous ouvrir au monde des pauvres ? Sommes-nous d’accord avec la réflexion qui dit qu’une Église qui n’opte pas pour les pauvres n’est pas l’Église de Jésus ?

        Actuellement à Montréal les groupes insistent sur l’importance de la communication : savoir faire circuler l’information et respecter la liberté de parole. Ils continuent aussi à travailler la PRÉSENCE sans imposition de critères. « Nous n’avons pas d’autre mandat que celui de l’Évangile ».

        Du côté de Balsas, que se passe-t-il ?  Durant les premiers jours de mon retour  en février dernier, j’ai repris contact et vérifié le travail réalisé depuis mon départ en mai dernier. Les bienfaits du Groupe de Réflexion Missionnaire (GREMI) sont notables. Il a permis de constater que l’Église locale a besoin d’un souffle nouveau et il questionne : Où mène l’actuelle action pastorale ? Chemine-t-elle vers un cul de sac ? 

        Les participants et participantes du GREMI décident alors de se diviser. Les uns optent pour se préoccuper davantage de la vie interne de l’Église et, en conséquence, prendre comme point de départ de réflexion la situation actuelle de la pastorale et les autres conservent comme point de départ de réflexion la présence en milieu d’exclusion,  ce qui les amène à choisir l’expérience des « Missionários do Campo ».

        Puisque l’objectif premier de notre projet est celui de découvrir une nouvelle manière de vivre la MISSION en réponse aux aspirations du monde d’aujourd’hui, je me suis senti plus à l’aise d’accompagner de près le travail des « missionários do Campo » établis dans la municipalité et paroisse de Sambaíba, à deux heures et demie de voyage de Balsas.

        Les « missionários do campo » sont des gens simples, des travailleurs de la terre venus de la région du Nord-Est du Brésil et vivent des fruits de leur travail. Ils sont 4 et sont arrivés en janvier 99. Ils vivent dans une pauvre maison, en périphérie, font leur cuisine et leur lessive. Pas de différence avec les gens du quartier. Ils sont présents au milieu et visitent régulièrement les maisons. Ils reçoivent 6 ans de formation. Au cours des deux premières années c’est exclusivement l’apprentissage de l’écoute de la réalité.

        Les missionnaires n’ont rien en soi qui attire. Ce sont des personnes sans argent et sans diplôme. Ils ne peuvent pas partager le pouvoir de l’argent ni du savoir. Malgré cela, les gens mettent en eux leur confiance et leur présence discrète et gratuite interpelle. On entend les gens poser des questions. Une dame me disait dernièrement en commentant la vie d’un missionnaire : « J’ai commencé à croire quand j’ai vu la bêche sur son épaule « quando vi a enxada no seu ombro  ». N’est-ce pas une interrogation sérieuse sur l’image de l’Eglise que nous projetons ?

        Qu’est-ce qui les caractérisent ? Je leur laisse le soin de vous le dire.

  1. La valeur du  travail

« Le travail, quel qu’il soit, est noble. C’est par lui que la personne découvre sa dignité. Valoriser le travail c’est faire disparaître le préjugé de l’infériorité et de la supériorité et donc du statut social. Ainsi le laïc, par son travail manuel, peut être missionnaire. Ce qui était réservé jadis aux prêtres, aux religieux et religieuses, ne l’est plus. Jésus était un travailleur manuel et il est le plus grand des missionnaires, »

« Le travail est, pour les missionnaires, un moyen d’éducation de la foi. Par le travail les missionnaires s’identifient avec les travailleurs et les travailleuses et peuvent sentir et diagnostiquer les difficultés de leurs travaux. Ainsi le partage de leur foi aura des racines proches des gens et, ensemble, ils pourront chercher des alternatives » (Art. 10)

   2-   La communauté

« Nous vivons un même objectif. Ainsi nous ne sommes jamais seuls. La formation doit être quelque chose de sérieux et doit questionner le sens de la responsabilité. Notre formation insiste sur notre pratique de vie avec le peuple, sur notre capacité d’écoute, de partage, d’évaluer et d’être évalué. Ce qui nous garde uni c’est le visage de l’Association qui nous est donné dans la formation. »

« La vie communautaire suppose l’acceptation réelle de la diversité bien qu’elle se réalise concrètement avec des personnes qui communient aux mêmes affinités. Ainsi, l’Association regroupe des missionnaires itinérants, des prêtres, des contemplatifs et des couples mariés où le célibat est facultatif et les équipes se forment selon le choix de chacun » (art. 15). « Chaque charisme a sa forme propre de vie » (art. 16).

   3-   La vie de prière

« La vie de prière est nécessaire pour questionner l’engagement de chacun. »  La spiritualité du missionnaire repose sur  « Jésus de Nazareth, unique Maître, Missionnaire du Père, qui a vécu comme itinérant avec les pauvres et qui leur annonce la Bonne Nouvelle du royaume. C’est le Jésus qui soigne les aveugles, libère les prisonniers et donne le goût de la liberté. C’est le Jésus qui apprend à prier le Père, qui réunit et forme les disciples, les envoie en mission et les invite à partager le pain entre eux » (art. 4)

        Et alors, en quoi consiste mon travail pour les prochains mois à Balsas ?  Puisque l’objectif principal du projet est celui de découvrir une manière nouvelle de vivre la MISSION dans une perspective de « communion entre Églises », j’essayerai avec les missionnaires et leur accompagnateur d’évaluer le « visage missionnaire » qu’ils veulent transmettre  et le  « visage » perçu par la population. Pour cela je vivrai, de l’intérieur, l’expérience et je passerai 3-4 jours par semaine avec eux. L’expérience est commencée et je la poursuivrai jusqu’à la fin de juin. Dans les prochains jours je commencerai avec la population du lieu un cheminement qui nous aidera à discerner l’image d’Église que les missionnaires rendent visible. N’est-ce pas important ? Une image transmise n’est-elle pas le correspondant d’un modèle que nous portons ? Et le modèle transmis n’est-il pas le premier élément au témoignage transformateur de l’Évangile ?

        Voilà où nous en sommes ! Je retournerai à Montréal en juillet prochain. Et nous serons appelés à faire une évaluation. Que restera-t-il après les deux années ? Aurons-nous découvert des indices d’une nouvelle manière de vivre la MISSION, aujourd’hui ? Créer des liens entre la « MISSION ici »  et la « MISSION ailleurs » sera-t-il un projet viable ? Les communautés de Montréal et celles de Balsas découvriront-elles une communication qui leur permettra d’alimenter mutuellement l’espérance des gens de leurs milieux ? Des indices nourrissent mon enthousiasme mais ils ne font disparaître ni les obstacles et ni les résistances. Tout cela appartient à l’Esprit et à la manière dont nous exerçons notre rôle de « passeur ». Reste à voir.

Montréal, 1er avril 2000

Mon apprentissage auprès des pauvres

                      Mon apprentissage auprès des pauvres

 Victor Asselin, prêtre 

« Appuyé par son évêque Mgr Raymond St-Gelais, diocèse de Nicolet, Victor Asselin partira pour le diocèse de Balsas, Brésil, le 31 janvier, pays où il a déjà travaillé pendant 22 ans. Il y demeurera 4 mois dans la perspective de déclencher un processus de recherche sur une nouvelle manière de vivre la Mission chez-nous et à l’extérieur » (Yvan Desrochers, prêtre, L’Église de Montréal, 117e année, 21 janvier 1999, no. 2)

 

         Mon apprentissage auprès des pauvres, la part de Jésus, l’objet d’une option ? J’aimerais réfléchir avec vous, aujourd’hui, comme chrétien. Ces réflexions me viennent surtout de mon apprentissage auprès des pauvres car ce son eux qui m’ont appris à mieux comprendre et mieux vivre l’Évangile.

Un rappel

         C’était en 1974, au Brésil. J’étais vicaire épiscopal du diocèse et coordonnateur de pastorale. Il me semblait que pour être davantage fidèle à ma vocation je devais habiter dans un quartier où les gens vivaient dans des maisons sur pilotis. J’y suis allé et je m’y plaisais. Les relations avec les gens étaient excellentes et je me sentais bien protégé par mon environnement malgré la prostitution, les vols et tous les problèmes connus en milieu de marginalité.

         Mais, au cours de la deuxième année, lors d’une conversation amicale à la maison, on me dit tout bonnement : « Vas-tu rester ici encore longtemps? » Cette question m’incommoda. Que sous-entendait-elle ? « Eh bien, voici, me dirent-ils, tu as les conditions de vivre en milieu meilleur que celui-ci et par ta présence ici, tu viens nous dire qu’il est bon de vivre dans ces conditions de misère. Sache que si tu ne quittes pas ce quartier, on te rejettera comme on rejette la misère. » J’étais encore sous le choc de la remarque. Et eux de continuer : « Si tu veux vraiment montrer que tu es avec nous, sors, va demeurer dans un lieu « normal » et continue d’être avec nous pour qu’ensemble nous trouvions des issues à la situation de misère. »

         J’ai alors compris que ma présence dans ce milieu exprimait un engagement qui ne reflétait pas encore le véritable esprit de l’Évangile. J’ai suivi les conseils des gens du quartier. Les vrais problèmes ont commencé. Ce furent des années difficiles et même très difficiles mais combien profondes et fructueuses.

La pauvreté, image de la création blessée

         L’expérience de 1974 m’a toujours accompagné et c’est ce que je continue de vivre avec des compagnes et des compagnons en milieu d’itinérance du Centre-Sud et du Centre-ville de Montréal. C’est cette expérience qui m’a ouvert les yeux et m’a appris que toute situation de pauvreté est une offense au Créateur. Dans le langage chrétien on dit que c’est « une situation de péché » car les divers visages de pauvreté sont les divers visages du mal.

         Peut-on aimer la pauvreté ? Peut-on aimer le mal ? Peut-on aimer ce qui défigure la personne humaine et la création ? Jésus est pourtant venu habiter les milieux de pauvreté et de souffrance ! N’est-il pas venu dire que la pauvreté est une bonne chose et que les pauvres sont les meilleurs ?

         Non et non. La pauvreté n’est pas aimable. Le visage du pauvre n’est pas aimable.

La pauvreté habitée par Jésus

         Quelle est donc l’originalité de l’Évangile si le visage blessé de la création et du pauvre ne sont pas aimables ? Je crois que c’est ici que le mystère de Dieu prend toute sa vigueur et son espérance. Jésus est « venu habiter » là où on avait fermé la porte. Jésus est venu habiter les milieux de pauvreté et de souffrance. Le visage du pauvre devient alors aimable et admirable non en lui-même mais parce qu’il cache le visage d’un Dieu plein d’amour pour sa création.

         L’Option de Jésus pour les pauvres ne repose nullement sur le bienfait de la pauvreté ou sur la pitié qu’Il aurait eu pour les pauvres mais sur sa volonté de faire surgir le NOUVEAU de la marginalité. L’option de Jésus devient donc un lieu privilégié de PRÉSENCE et d’appel à la présence. L’Évangile ne nous demande pas d’aimer le visage du pauvre mais de révéler et d’aider les autres à découvrir le vrai visage du Dieu caché dans le pauvre pour, peu à peu, faire resplendir les visages originels de la Création et du Créateur.

         Nous comprenons alors pourquoi le milieu de l’exclusion est le lieu par excellence de la révélation de l’Amour du Père. En effet, c’est un lieu où nous n’avons rien à défendre, un lieu de fragilité où le pouvoir réside dans la conscience de la dignité des personnes. Ce sont les lieux des figures, de l’orphelin – l’enfant de l’autre-; de la veuve – l’épouse de celui qui n’est plus – et de l’étranger – le résident d’ailleurs. En d’autres mots, le milieu de l’exclusion et de la marginalité est le chemin de l’ouverture à l’autre qui vit sans résidence, sans abri et sans famille et qui, conséquemment, conduit à l’AUTRE.

Pourquoi en est-il ainsi ?

         Jésus, fin pédagogue, a choisi un chemin qui, malgré les évidentes contradiction et sans brimer la liberté, invite à chercher et à découvrir le véritable visage de l’Amour.

a)     La marginalité, lieu du cri du pauvre

         Pour découvrir le visage de Dieu, il nous faut d’abord entendre le cri du peuple et apprendre à l’écouter. Le milieu des appauvris est un lieu où on entend des cris et les cris des pauvres et des marginaux sont les cris de Dieu. Et comment les entendre si nous ne vivons pas avec lui ? « J’ai vu mon peuple humilié… et j’ai entendu ses cris… Oui, je connais ses souffrances! » (Ex. 3,7) Il est là. Il a pris place. Il est venu habiter.

     Le cri du peuple est important. C’est lui qui prolonge le cri de Jésus sur la croix. Ce cri des pauvres est un cri de protestation lancé à la face de ceux et celles qui ne croient pas et n’espèrent pas. C’est un cri de douleur et de protestation mais aussi un cri de foi et d’espérance car il interpelle et exige un changement.

     C’est le cri du « gars » qui affirme avec vigueur : « Je n’ai jamais demandé d’être schizophrène; je n’ai jamais demandé d’être accompagné par un psychiatre et je n’ai jamais demandé de manger un paquet de pilules par jour ». Il avait raison de protester. Et les autres, en paroles d’encouragement, lui disaient : « oui, c’est vrai, mais tu n’en demeures pas moins un fils de Dieu ». C’est le cri aussi des itinérants qui protestent contre le temps des fêtes car « il nous oblige à penser que nous sommes oubliés ».

     Entendre et écouter le cri du peuple n’est-ce pas le premier pas pour découvrir le vrai visage du Dieu en qui nous croyons ?

b) La marginalité,  lieu de libération

     Les pauvres m’ont aidé aussi à prendre conscience de la misère qui m’habite et que sans cette prise de conscience, il m’est impossible de découvrir le visage de Dieu. Le milieu de l’exclusion est le lieu des misères humaines,. Vivre dans une telle situation c’est vivre de façon contraire à la volonté de Dieu. Pour un appauvri, c’est le forcer à vivre en situation de péché. C’est terrible et angoissant de penser à cela.

         Mais cette angoisse fait tellement mal aux tripes qu’elle fait naître une espérance. Tout devient possible car ce monde d’exclusion est habité par le Dieu de la vie. En effet, Jésus n’a pas trouvé de place pour naître sauf celle de l’étable et de la mangeoire.

     Le rejet a fait naître la VIE. La Résurrection a pris racine dans la souffrance pour lui en donner une réponse. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’Ils l’aient en abondance ».

     Ensemble, prendre conscience de la misère et nous émouvoir à en être angoissé, n’est-ce pas le deuxième pas pour découvrir le Dieu de l’Espérance ? Le milieu des exclus nous permet de découvrir cette solidarité car la misère et la souffrance nous obligent à avoir besoin des autres.

c)     La marginalité, lieu privilégié d’engagement

         Et je me souviens du grand éducateur Paulo Freire qui insistait sur l’AGIR comme élément décisif pour une authentique conscientisation. Il ne faisait que rappeler le témoignage de Jésus quand il disait qu’ « il ne peut pas y avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13) Ça me rappelle aussi le début d’une conversation avec un « gars » de la rue lorsque je suis arrivé à Montréal. Avant même de commencer la conversation il me demanda : « Es-tu capable de partager, toé? Si t’es pas capable, on n’a rien à se dire ! »

         Les milieux de marginalité sont des lieux d’engagement pour la justice et pour l’Amour. C’est pas évident de vivre avec les contradictions les plus flagrantes sans oser juger et aimer sans condition. Je réalise de plus en plus que c’est dans cette attitude que se réalise le changement le plus radical : le visage caché de Dieu chez le pauvre apparaît grâce à une qualité de présence et de service. Le visage du pauvre se transforme. Il devient celui d’un Jésus encore crucifié mais rempli de certitude et d’espérance.

         Voilà le miracle ! Les facettes multiples du visage du Dieu des chrétiennes et des chrétiens se révèlent. Le visage du Dieu d’AMOUR apparaît. C’est un visage d’Amour qui naît de la haine; c’est un visage de lumière qui naît de la noirceur; c’est un visage de tendresse qui naît de la brutalité; c’est un visage de compassion qui naît de l’insulte à un compagnon;  c’est un visage de partage qui naît de l’estime exagéré de soi …

         Qu’il est donc contradictoire de voir ce visage de Dieu Amour dans celui d’un toxicomane, d’une prostituée, d’un  sidatique ou d’un joueur compulsif! Et c’est pourtant le Dieu des chrétiennes et des chrétiens car c’est Celui de Jésus.

         Une présence en milieu d’exclusion et un amour inconditionnel au pauvre me semblent être l’agir le plus convainquant et le plus solidaire pour le changement motivé et désiré par la venue de Jésus.

Conclusion

         Opter comme Jésus pour vivre en milieu de pauvreté et d’exclusion n’est ni une consécration de la marginalité et ni une affirmation de l’excellence de la pauvreté mais une passion pour la communication et pour la communion avec Celui qui se cache sous le visage du pauvre et une solidarité avec ce dernier pour collaborer à l’édification de l’homme nouveau et de la Jérusalem nouvelle.

         Une présence permanente de l’Église en milieu de marginalité est un signe de santé car elle permet d’entendre constamment le cri du peuple qui souffre et qui réclame justice. N’est-ce pas ce cri qui oblige au changement et à la conversion ?

         Et quand ce cri n’est plus audible le simple fait de la pauvreté continue à interpeller car elle est une accusation de la non-réalisation du Plan divin dans le monde. Voir l’appauvri, l’exclu et le marginal est évangéliquement déstabilisateur. On ne peut pas supporter longtemps de voir le pauvre sans se laisser interpeller et se convertir.

         Les pauvres ne seraient-ils pas le tribunal de l’Église et de la société comme l’évoque Saint Mathieu dans le chapitre 25 de son Évangile?

Montréal, le 28 décembre 1998

Victor Asselin, prêtre

 

Montréal, terre de mission

                        MONTREAL, TERRE DE MISSION

     En avril dernier, Son Éminence le Cardinal Jean-Claude Turcotte promulguait les conclusions du Synode diocésain de Montréal et les présentait comme « des propositions qui dessinent « le visage de l’Église que nous voulons être » (p. 4). Et parmi ces propositions, la 59e a attiré mon attention de manière particulière, en raison de son importance pour l’Église du Québec et du profond changement qu’elle implique dans notre engagement chrétien. Elle se lit comme suit: « Que l’Église de Montréal reconnaisse son territoire comme terre de mission et supporte l’action missionnaire des chrétiens et des chrétiennes à l’intérieur du territoire diocésain » (p. 25)

     Je voudrais réfléchir quelque peu avec vous sur la première partie de cette proposition, « Montréal, terre de mission ».

Soif de communion et de communication

     Je remarquais, ces dernières années, que les chrétiennes et les chrétiens engagés en milieux de marginalité et de souffrances, autant ici qu’à l’extérieur de notre pays, manifestent une sensibilité notable à la MISSION. Le pourquoi de cette observation m’intriguait. J’ai cherché et la démarche m’amena à penser que cet enthousiasme ne pouvait naître que du mystère de communion et de communication que l’on retrouve dans la TRINITE, origine de la MISSION. Le pape Jean-PAul II, dans « Redemptoris MIssio », signale en effet que « le dessein trinitaire… a donné un souffle nouveau à cette activité missionnaire, qui n’est plus conçue comme une tâche marginale de l’Église  mais intégrée dans le coeur de sa vie comme un engagement fondamental de tout le Peuple de Dieu. » (no.2)

Une option

     « Montréal, terre de mission » marque une option. Cette déclaration nous dit qu’à Montréal le message de l’Évangile n’est plus connu ou qu’on s’en est éloigné. Elle marque une action spécifique et prend le nom de MISSION pour bien la distinguer de l’activité pastorale. Je ne cite pas le texte de « Redemptoris MIssio » mais il est intéressant de s’y référer (RM no. 32 et 33) « pour éviter de courir le risque de ramener au même niveau des situations très diverses et de réduire, voire de faire disparaître, la mission et les missionnaires ad gentes » (id., no. 32). La proposition synodale devient une option pour l’Église de Montréal.

Montréal, théâtre d’une histoire missionnaire

     Une terre de MISSION c’est un lieu et pas n’importe lequel lieu. C’est un lieu de relations brisées, un lieu de souffrances en marge de l’Espérance apportée par Jésus-Christ. C’est un lieu de re-création. C’est le théâtre d’une action, d’une histoire qui nous dit que la création sortie des mains de Dieu, bonne et harmonieuse, a été blessée et qu’elle a besoin de salut. La Mission c’est le lieu du retour à la communion, de la redécouverte du bien-être de l’harmonie.

     L’écoute du cri du peuple est alors importante car c’est lui qui prolonge le cri de Jésus sur la croix. Faire l’apprentissage de l’écoute devient une orientation de base. « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple … J’ai entendu son cri … oui, je connais ses angoisses. » (EX. 3, 7) Ce cri des pauvres et des marginaux est une protestation. L’écoute du cri est prioritaire à l’enseignement et à la célébration. Le père Abbé d’Oka me disait dernièrement que les suicidaires, les décrocheurs et les décrocheuses et les itinérants et itinérantes sont les prophètes d’aujourd’hui. N’y aurait-il pas dans ces cris de douleur une espérance en la certitude de la victoire en Jésus-Christ ?

     Aller en mission chez-nous c’est se faire présent en milieu d’exclusion. C’est choisir de se faire présent dans des lieux de souffrances et d’apporter une parole de Vie et d’Espérance. C’est de la croix que surgira la VIE.

     Aller en mission c’est une rencontre au niveau de la FOI et non  pas seulement une rencontre de communion humaine, si profonde soit-elle, comme on peut la réaliser dans l’engagement social ou communautaire. Aller en mission c’est une expérience de foi qui donnera à la rencontre toute sa profondeur originale et unique. Quels sont ces lieux de solitude, d’exclusion et de marginalisation à Montréal ? Quels sont ces lieux où le message de Jésus n’a pas encore été présent ou ne l’est plus ? Pour rendre concret la déclaration synodale ne faudrait-il pas s’attarder à cette question pour prendre ensuite le chemin avec courage et audace ?

Des attitudes

     « Montréal, terre de mission » est une déclaration remplie d’Espérance. Elle invite à faire Église plus par la PRESENCE que par les OEUVRES. Une Église de l’ETRE plus que du FAIRE. Je me sens défié par des attitudes à changer. En voici quelques-unes.

     1. L‘acculturation, une tension permanente

         S’approcher et chercher à s’insérer dans un milieu d’exclusion nous met vite en contact avec une culture différente. Dans l’exercice traditionnel de la MISSION, nous comprenons qu’il fallait « sortir » de son pays pour « entrer » dans un autre qui n’était pas le sien. Faire « MISSION chez-nous » implique aussi une sortie de sa communauté chrétienne pour faire l’approche d’une autre à naître. Ainsi donc, faire mission implique une sortie de sa culture pour s’approcher d’une autre culture.

     L’itinérant, le drogué, le prostitué, l’homosexuel ont une culture qui leur est propre et originale. Faire effort pour s’approcher d’elle, pour la comprendre et la respecter, c’est ce que dans le langage missionnaire nous appelons «acculturation». Et l’acculturation n’est pas l’assimilation. Bien au contraire, c’est trouver le lieu de rencontre entre le soi et l’autre, c’est vivre un état de tension permanente entre sa culture et celle du partenaire. Quel sera ce lieu de rencontre ? Quel sera ce lieu de dialogue ? Il faudra en faire l’apprentissage avec les obstacles que le quotidien présentera. Renoncer à imposer sa culture et vivre le conflit entre la sienne et celle de l’autre, n’est-ce pas un premier changement d’attitude?

     2. La véritable pratique du pouvoir

         Un deuxième changement d’attitude est celui de l’exercice du pouvoir. Notre formation nous a appris à obéir et à faire obéir à la vérité enseignée. La vérité était le patrimoine de la hiérarchie et de l’Église. Dans le passé nous partions en pays étranger et nous avions la vérité dans nos bagages.

     Aujourd’hui, nous découvrons de plus en plus la nécessité de nous mettre à l’école de l’autre. Le véritable pouvoir ne résiderait-il pas dans la dignité de l’autre ? Prendre conscience de nos limites, les assumer et chercher ensemble une manière de vivre, ne serait-il pas une bonne manière de découvrir la vérité ?

     Je crois qu’un missionnaire en milieu d’exclusion à Montréal exercera le pouvoir en « aidant l’exclu à se dire » et « en aidant l’exclu à révéler l’action de Dieu déjà présent en lui. » Réaliser une démarche en constante communication avec l’autre me semble une excellente manière de chercher la vérité et par le fait même d’exercer le pouvoir qui libère et édifie.

     3. L‘inculturation, travail de fidélité à l’Esprit

     Si la Mission implique l’annonce de Jésus-Christ, le missionnaire aura à cultiver la fidélité et la confiance en l’Esprit de Jésus. En d’autres mots, l’expression que l’Évangile prendra et la communauté qui naîtra ne seront pas les expressions du modèle du missionnaire mais bien l’œuvre de l’action de l’Esprit Saint qui fera naître chez son peuple les expressions et le modèle bien appropriés au milieu. Une présence qui transforme et inspire son milieu est le signe par excellence d’une communauté marquée par l’Esprit de Jésus. Fidélité à l’Esprit plus qu’à soi-même, troisième changement d’attitude.

     4. Exclu en milieu d’exclusion

         En déclarant Montréal « terre de mission », le pasteur de l’Église locale vient de choisir une voie pour redynamiser l’Église. C’est sûrement un vœu qui lui est cher. C’est une invitation à prendre le chemin de l’exclusion. C’est une invitation à la conversion car ce n’est pas une voie à laquelle nous sommes habitués. Aller en milieu d’exclusion c’est s’exposer à être vu et considéré comme un exclu. Quel risque ! Et quel changement! C’est grandir dans un amour profond de l’Église et trouver sa seule force dans l’Évangile. Voici un quatrième changement d’attitude et pas le plus facile.

Conclusion

     Je me réjouis de cette déclaration synodale. Elle invite à la pleine COMMUNION à la Trinité: trois personnes vivant au même titre, sans domination ni subordination et remplies d’une soif infinie de participation. Puis-je être celui qui, par sa disponibilité, soit capable de témoigner la PRESENCE de Celui qui veut se donner aux humains dans l’histoire, les attirant à chercher et à vivre la communion entre eux et dans la société. La soif de communication des humains et du respect du cosmos ne sont-ils pas des réflexes de la Trinité ?

     Merci. La Mission n’est pas une faveur que nous donnons à l’autre mais un don que l’autre nous fait. Il nous accueille chez lui et nous fait le don gratuit de l’Autre qui nous appelle à être ses partenaires de diffuseurs de l’Amour.

Montréal, 29 juin 1999

                                                        Victor Asselin, ptre

ILS SONT VENUS PARMI NOUS

                                 ILS SONT VENUS PARMI NOUS . . .

     Il y a quelques jours je participais à une réunion de pastorale sectorielle. On avait prévu à l’ordre du jour un temps pour écouter les Eglises ethniques présentes, à savoir la « mission chinoise » et la mission catholique latino-américaine « Nuestra Senora de Guadalupe ». Tout en essayant de donner mon attention aux  intervenants, je me suis pris à rêver. Nous étions dans une immense salle. Il y avait des représentants et des représentantes de chacune des ethnies vivant au Québec et des québécois et québécoises de chacune des Eglises particulières. Le climat était à la joie. L’Assemblée brûlait du feu de la MISSION. Et je me disais: pourquoi pas ? 

     Je revivais cette histoire inversée d’il y a trente ans. Moi, québécois, j’avais quitté ma ville, mon Eglise, mes amis pour aller travailler en terre brésilienne. Le curé de la paroisse m’avait dit: « je ne comprends pas pourquoi tu pars; tu commences ta carrière et déjà elle s’annonce merveilleuse. » Je renonçais à une carrière, disait-on. Dieu sait que mon choix de vie n’a jamais été influencé par le désir de faire carrière. Et alors, j’arrivais en terre étrangère. Ce fut une fête d’accueil riche et profonde. Je me rappelais aussi l’histoire missionnaire de bien d’autres comme moi, avant moi, de même origine que moi, qui, durant plusieurs générations avaient tout quitté pour annoncer Jésus-Christ et pour lutter pour la réalisation de son projet de justice.

C’est maintenant à votre tour …

     Et alors, aujourd’hui, je continue de rêver. Je rêve de faire MISSION CHEZ-NOUS. Je rêve de faire mission avec des chrétiennes et des chrétiens originaires d’Amérique Latine. Je ne mets pas de côté les contributions importantes et nécessaires des autres ethnies. Bien au contraire. Pour le moment je rêve avec ce que je connais davantage, c’est-à-dire avec le continent des Amériques. C’est là qu’est née et qu’a grandie ma vie missionnaire.

     Alors je m’interroge. Que faudrait-il faire pour qu’un chrétien ou une chrétienne latino-américain participe à la MISSION, CHEZ-NOUS ?  Oser poser cette question relève-t-il de l’imagination, de l’utopie ou de l’Espérance chrétienne ?  Je m’enthousiasme. En effet, le Dieu en qui je crois poursuit la construction de son Royaume. Il a observé que les ouvriers et les ouvrières d’ici sont fatigués et ont choisi plutôt la dé-mission. Pourtant la MISSION continue. De tous les coins des Amériques du Sud, Centrale et des Caraibes arrivent des croyantes et des croyants, assoiffés de liberté. Un merveilleux don de Dieu. Merci, vous êtes là. Votre présence est une invitation. Comme citoyen et chrétien, je vous dis « VENEZ, VOUS ETES CHEZ-VOUS. »

Qui êtes-vous ? 

     Vous arrivez de tous les pays d’Amérique Latine avec vos limites mais aussi avec vos richesses. Je n’ai pas à en faire l’éloge bien que je sois convaincu de l’importance de votre participation, comme chrétienne et chrétien, à l’oeuvre de la MISSION à réaliser, ici, au Québec.

     Le 15 décembre dernier, les évêques des Etats-Unis publiaient une déclaration intitulée « La présence hispanique dans la nouvelle évangélisation aux Etats-Unis ». Dans ce document ils reconnaissent la précieuse collaboration que les cultures hispaniques ont apporté dans le cheminement de l’Eglise américaine. Et je crois qu’il est important pour nous aussi de prendre conscience des richesses culturelles qui nous entourent pour les mettre au service du projet de Dieu sur la création.

     Je me permets de transcrire le passage où les évêques américains exposent les traits des cultures hispaniques qui ont permis de faire avancer l’Eglise américaine. Je le fais comme prise de conscience et comme incitatif à un engagement nécessaire. Pour fin de meilleure compréhension je dispose le texte de manière différente de l’original.

« Citons par exemple des attitudes telles que:

     – l’ouverture d’esprit;

     – une disposition accueillante pour ce qui est inattendu,  nouveau et non planifié;

     – la simplicité;

     – la reconnaissance qu’avoir besoin d’un compagnon et d’un soutien n’est pas une faiblesse, mais une part nécessaire de la croissance personnelle;

     – une fidélité créative et une détermination à honorer les promesses données;

     – un sens de l’honneur et du respect de soi et des autres,

     – une patience et une volonté de suivre les rythmes de la nature;

     – la conscience de marcher ensemble vers un destin commun;

     – une imagination vraiment créative capable de dépasser les apparences immédiates pour atteindre le coeur même de la réalité;

     – la propension à aimer son chez-soi, son pays et une conception élargie de la famille;

     – une confiance dans la Providence divine;

     – une prise de conscience que ce qui est vrai et droit vaut plus de sacrifices que la satisfaction immédiate;

     – les personnes sont plus importantes que les choses;

     – les relations personnelles sont plus épanouissantes que le succès matériel;

     – et la sérénité a plus de valeur que la vie trépidante ».

Missionnaires latino-américains ici ?

     Ce trésor, nous le retrouvons aussi parmi nous. Peut-il être mis à la disposition d’un pays d’adoption comme le Québec et d’une ville comme Montréal ? Comment la présence des latinos peut-elle devenir plus signifiante dans notre milieu ? Quelle signification peut prendre une telle présence dans une société où l’efficacité et la performance ont droit de cité plus que les personnes ? En effet, la mentalité moderne nous rend incapables d’une solidarité authentique en suscitant des besoins artificiels pour satisfaire les puissants besoins de la consommation.  Et notre société devient de plus en plus stérile. C’est la « culture de la mort » comme dirait le pape Jean-Paul II.

     Et alors, chrétiennes et chrétiens latino-américains, n’auriez-vous pas été appelés par l’Esprit pour venir réaliser sa MISSION CHEZ-NOUS ?  Quelle participation pourriez-vous alors donner à l’Eglise du Québec et de Montréal ?

     En pensant à cette question je me suis encore mis à rêver à la MISSION. Et je voyais toute une foule latino-américaine allumer le feu missionnaire dans les divers quartiers de la ville de Montréal et du Québec. On avait décidé d’affronter des défis de taille sans trop de planification ni de bureaucratie. L’Esprit souffle bien où il veut !  Vous me permettez de vous présenter quelques défis ?

     1. Un message de vie

     Vous arrivez avec les valeurs de l’entraide, du dialogue, de la rencontre gratuite, du temps perdu. L’humain est important pour vous. Il l’est aussi pour nous mais la société d’aujourd’hui nous a amenés à donner valeur à celui ou celle qui démontre une bonne capacité de production et de performance. En rappelant aux québécois et québécoises la dignité de la personne et les valeurs qui comblent intérieurement tout être humain vous distribueriez le meilleur des remèdes pour combler le vide de la solitude qui a envahi tant de foyers. Ne seriez-vous pas de ceux et celles à qui le RESSUSCITE confie la mission de vous faire solidaires des victimes de la « culture de la mort » ?  Voici un premier défi: annoncer la vie là où la mort s’est établie.

     2. Un message de liberté

     Vous avez laissé votre pays pour nous rejoindre ici. Vous aviez sans doute de sérieuses raisons, comme celles de la recherche de meilleures conditions matérielles ou du besoin de rejoindre des membres de votre famille déjà installée ici ou de la nécessité de trouver une terre d’accueil pour motif d’exil politique ou que sais-je encore … Vous avez vécu la souffrance d’être atteint dans votre liberté de quelque manière que ce soit. Ici, l’ambition de l’ »avoir plus » a développé une mentalité  de « dû » sans fournir aucun effort. Ainsi nous avons créé notre propre prison et la liberté se trouve enchaînée de mille et une manières.

     En trouvant une terre d’accueil vous avez découvert qu’il est possible, avec plus ou moins de souffrance, de retrouver sa liberté. Cette expérience vous donne l’autorité d’indiquer aux québécois et québécoises les sources d’aliénation de la liberté et la joie de la retrouver. Proclamer la liberté, celle qui libère de toute domination, n’est-ce pas un deuxième défi dans l’exercice de la mission qui vous incombe ?

     3. Un message de fête

     Un troisième défi vous attend: celui des retrouvailles de l’Espérance. Vous avez une manière bien à vous de vivre, d’exprimer et de célébrer votre foi. Vous avez conservé les raisons de vivre. Comme québécois et québécoises nous vivons un état de désespérance. La révolution tranquille fut très violente. Toute la culture a été remise en question et on a voulu effacer la mémoire du passé sans faire le discernement nécessaire. C’est ainsi qu’une bonne partie de notre culture religieuse et de l’héritage de notre foi a été balayée. Les lieux de culte sont le signe que nous ne savons plus comment vivre ni comment exprimer notre foi.

     Vous avez appris à célébrer les engagements et les luttes du quotidien. Vous avez conservé le sens de la fête malgré les difficultés de la vie. Vous alimentez votre bataille quotidienne par la Parole de Dieu. Votre présence « célébrative » au milieu et avec des québécois et québécoises serait une excellente manière de retrouver le dynamisme qui donne sens à la vie. Ce réveil, j’en suis sûr, ouvrirait un nouveau chemin pour l’annonce du projet de Jésus à l’approche du nouveau millénaire. Retrouver le sens de la fête, c’est retrouver l’Espérance. Voici un troisième défi à la hauteur de ce que vous êtes.

     4. Un message de foi

     Pour beaucoup d’entre vous vous avez vécu l’expérience de la pauvreté. Elle est le signe de l’absence du Dieu Père et du Dieu Amour en qui nous croyons ? En effet, la pauvreté, la misère, la discrimination, l’exclusion sont le signe de la présence du mal. Nous ne pouvons pas croire en Jésus-Christ et accepter des écarts si grands entre riches et pauvres.  Nous comprenons alors pourquoi, en Amérique Latine, l’option préférentielle pour les pauvres est le signe d’une culture façonnée par l’Évangile.

     En effet, c’est au milieu des appauvris et des exclus que nous pouvons vérifier la force de la foi car la foi qui n’influence pas les transformations culturelles n’est pas celle qui établit la relation avec Jésus-Christ et son message. L’Amérique Latine nous donne un exemple vivant d’inculturation. Vous qui avez vécu l’exclusion et la pauvreté et qui avez trouvé une porte de sortie par la solidarité humaine et par une relation privilégiée avec Jésus-Christ, vous pourriez, une fois de plus, au nom de l’Évangile, aider les chrétiennes et les chrétiens d’ici à croire à la force transformatrice de l’exclu et du pauvre. Faire l’expérience de sortir du mal personnel ou collectif c’est faire l’expérience de la puissance de l’Amour. C’est vivre sa foi. En conséquence, ce vécu suscite une espérance « qui ne déçoit pas ». Voici donc un quatrième défi qui contribuerait à la réalisation de la MISSION CHEZ-NOUS.

CONCLUSION

     C’est un début de dialogue. Je m’arrête tout en continuant à rêver ! L’Espérance est revenue. L’Église est redevenue signifiante pour les hommes et les femmes de chez-nous. C’est la merveille de l’Esprit. En retrouvant le chemin de la MISSION, les québécois et les québécoises ont créé une nouvelle identité chrétienne. Des frères et des soeurs latino-américains ont assumé de tout leur être leur responsabilité missionnaire. Notre foi a engendré une nouvelle culture. Rendons grâce, elle a retrouvé sa fertilité. Merci à vous, messagers et messagères qui êtes « venus habiter chez-nous » pour en faire votre chez-vous et notre chez-nous.

                     Victor Asselin, ptre

Montréal, 28 mars 1996