Violence et non-violence

                   VIOLENCE ET NON-VIOLENCE

                            Victor Asselin, ptre

I. Etat de la question

     1.1 La violence est un fait

     Dans tous les moyens de communication sociale, dans les débats politiques, dans les conversations entre amis, la question de la violence est un thème presque obligatoire. Nous sommes inondés par des événements, des intentions et des discours qui révèlent les facettes les plus variées de la violence.

     A chaque jour nous lisons dans les journaux, nouvelles de grèves, de manifestations, de répression de la police, de guerres, de séquestre d’avion, de corruption etc… La violence est un fait fréquent.

     1.2 Devant la violence, un comportement paradoxal

     – les réactions des personnes sont diverses et c ontradictoires: on condamne la violence et, par contre, elle attire et fascine les masses.

         Ex. le succès des films avec un héros violent; la violence dans les sports

     Comment expliquer ce comportement paradoxal ?

     Dans les structures de la société il y a des évidences d’un autoritarisme socialement existant qui se constitue comme un régime d’exception parallèle et qui rencontre une certaine légitimité à l’intérieur de la société. La violence est dans les entrailles de l’organisation sociale, de manière insidieuse, et masquée par un discours d’apparence démocratique et humaniste. Ses mécanismes d’intériorisation sont efficaces et subtiles.

     Il se crée ainsi une CULTURE DE LA VIOLENCE. Un de ses instruments très efficace est celui des midia. A travers eux elle pénètre dans tous les foyers: on escamotte les faits, on change le sens des informations, on est partial dans les commentaire, on ne révèle pas les évidences qui sont contraires aux groupes dominants, on insinue malicieusement etc… On en arrive même à faire du mensonge la vérité, d’un mauvais caractère un citoyen exemplaire, d’une revendication populaire juste un acte de terrorisme et d’anarchie.

     En conséquence on arrive à justifier la répression et à la considérer naturelle et nécessaire.

     1.3 Ambiguité dans la doctrine sociale de l’Eglise

     Souvent dans l’Eglise, dans la doctrine sociale, dans l’opinion de beaucoup de chrétiennes et de chrétiens, la violence ne peut pas être approuvé ou soutenu. Sur cette question il y a une profonde confusion terminologique et conceptuelle.  Attention …

     1.4 Et pourtant le défi du chrétien et de la chrétienne: Nouvelle Jérusalem.

     Dans la Bible, nous lisons: Ap. 21, 22 et 22, 3-5

     Pour le chrétien le royaume de Dieu sera la communauté parfaite, sans injustice, sans classes sociales ni inégalités, sans péché, sans violence,  dans une découverte continuelle et passionnante où la révolution ne sera plus nécessaire car elle sera permanente. C’est l’amour parfait où tout est nouveau à chaque moment et où il n’y a pas de structure sinon celle de la créativité permanente de nouvelles structures « pour les siècles des siècles. »

     1.5 Question

         Et alors, quel comportement le chrétien et la chrétienne doivent adopter face à la violence ? Il est impossible de donner une réponse à cette question sans, d’abord, essayer d’approcher la complexité de cette réalité. Sans cela on risque de ne pas travailler efficacement à la construction de la Nouvelle Jérusalem ou de la détruire.

II. Violence expliquée et violence gratuite

     2.1 Violence expliquée

     Aujourd’hui on veut expliquer la violence. Question d’exorciser la terreur qu’elle provoque en nous, peut-être … en effet, quand elle est expliquée elle cesse d’exister comme chose premier… elle est seulement conséquence d’une autre chose qui l’a provoqué.

     Ex: Un chauffeur de camion meurt parce qu’il s’est endormi.

         Or, moi je ne me suis jamais endormi.

         Donc je peux continuer à voyager et rien ne m’arrivera.

     L’explication a cette fonction: elle garantit que le monde dans ses fondements est en ordre. Il s’agit d’y faire attention et de corriger ses erreurs.

         Quelques explications que nous donnons de la violence

         1. Les personnes sont violentes parce qu’elles vivent  dans des structures violentes. C’est une réaction   à une provocation externe. Dans le fond les personnes sont              bonnes. Ce sont des déviations de l’histoire qui les ont fait mauvais. Si nous corrigions l’histoire et si nous éliminions les structures violentes, la violence disparaîtrait. C’est clair: la violence est l’effet d’une cause. Eliminons la cause …

         2. La violence est le résultat de la folie. Mais la folie existe quand la personne est hors d’elle-même. Alors ce n’est pas elle qui est violente car elle n’était même pas présente à elle-même. Ainsi en justice on déclarera « non coupable » les personnes qui ont commis un crime alléguant que la personne a agit « sous une forte impulsion » et avec « la privation de ses sens ». ça revient à dire que la personne qui est là n’a jamais réellement commis de crime. Si la perturbation cesse, la personne revient à elle-même. Alors le criminel n’existe plus. Si son corps a servi d’instrument de violence c’est que quelqu’un d’autre l’a habité. Une fois passée la folie, comment ignorer la bonté ?

         3. Il y a aussi l’explication et la justification de la violence comme acte de « légitime défense » quand l’unique manière de mettre fin à la violence est d’employer la violence.

         4. La violence du moyen pour atteindre une fin. C’est  celle de celui qui détruit pour voler. Ce type de violence est aussi celui qui justifie la guerre. « Faire la guerre pour la paix », dit-on. Souvent ça peut-être une paix qui satisfait à ses intérêts propres. Même la guerre peut-être expliquée. Elle a ses causes et ses objectifs. Si on pouvait atteindre les objectifs par d’autres moyens, la guerre n’existerait pas.

         Conclusion

         La violence expliquée est une violence qui blesse mais elle ne met pas notre monde en péril. Elle fait partie de notre compréhension optimiste des humains. Au fond ce qui existe c’est la bonté. La violence n’est qu’une perturbation lamentable de l’ordre qui peut être corrigée.

     2.2 La violence gratuite

         La violence gratuite est un autre type de violence. Celle-ci est menaçante. C’est le plaisir pur de faire souffrir. C’est la violence qui est une fin en soi, une violence qui donne du plaisir.

         Exemples

         – Quand on était jeune on s’amusait avec une carabine à plomb

         – quelqu’un faisait remarquer que le rire des desseins animés est toujours provoqué par la violence. Un rire sadique. Le piano tombe sur quelqu’un, il devient un crabe… le piège à souris attrape le nez… on plonge dans une piscine vide et elle se casse comme si c’était une assiette… Ce qui est extraordinaire c’est que les dessins animés ont     découvert que le sadisme est la manière la plus rapide pour provoquer le rire. La bonté ça ne fait pas rire… ça fait pleurer …

         – les lutteurs … si le combat finit trop vite c’est la déception. On aime voir se « tapocher » jusqu’au sang            …

         – les batailles de coq. Le plaisir de la violence est si grand qu’en plus des griffes naturelles on en ajoute d’autres en fer, très affilées pour que le sang  gicle plus facilement.

         – les « corrida » de taureaux. C’est la manifestation suprême de la culture sportive d’un peuple qui applaudit quand les aiguilles entrent dans la chair… on tue à petit feu pour la jouissance de plusieurs. Les « tueurs » doivent être beaux pour provoquer la jalousie des hommes et l’amour des femmes.

         – Et que dire du hockey ? On engage des joueurs seulement à cause de leur force physique sans être nécessairement de bons joueurs de hockey. Les coups infligés… les commotions cérébrales…les membres cassés… Beaucoup vont au stade non pas pour voir une belle exhibition de sport mais pour la bataille. Ce que l’on espère c’est le moment suprême que s’inflige la douleur du but à l’adversaire. Le but c’est comme l’aiguille dans les côtes du taureau.

         – Et les « surnoms » que l’on donne. C’est une manière subtile de toucher une blessure. Un surnom est drôle seulement s’il blesse.

         – Les violences qui vont des paroles aux actes et qui  culminent dans les rituels d’humiliation comme les messages anonymes. Parfois il y a des personnes simples qui changent totalement lorsqu’elles sont en groupe. Chacune y va de son coup, de son mot parfois tyrannique, de son petit coup de couteau… et pourtant dorment avec la conscience tranquille.

         – et dans la politique… Il est probable qu’un candidat pacifiste et écologique ne soit pas élu … il se peut qu’on élise un candidat qui ne se gêne pas d’offrir ses rituels de violence pour éliminer ses adversaires. Un secret pour être élu: identifier un bandit, une personne malhonnête, un groupe sujet à discrimination et promettre qu’il sera éliminé. Il sera élu. Autour des rituels de violence, même les ennemis font la paix.

              TUER ENSEMBLE EST UN SACREMENT DE FRATERNITÉ.

III. La violence en nous

         Et alors ? Qu’en est-il de la violence ?

     3.1 La violence gratuite nous fait saisir une réalité sévère. Avec elle le sens moral arrête de fonctionner et la raison n’est plus là. Hitler est monté au pouvoir. Si son      aventure avait eu un succès quelconque, tout le monde le considérerait, encore aujourd’hui, un homme de bien.

     3.2 On dirait – et cela est terrible – qu’il y a à l’intérieur de nous la haine qui gruge plus que l’amour. L’explication est simple: l’amour est faible et lent; la violence est forte et rapide. C’est plus spectaculaire couper un arbre centenaire que de planter un rejeton.

     3.3 La violence gratuite nous fait soupçonner que les explications sont terribles. En vérité, il n’y a pas  d’explication même si le christianisme, pour sauver les      humains, a mis la violence à l’extérieur de l’humain. C’est le démon qui vient, envahit et prendre place dans      la personne. Mais ceci se résout par l’exorcisme. Le plus terrible c’est de penser que la violence habite en nous et qu’elle demeure là en espérant les conditions    extérieures pour se manifester. Les conditions sont à peine l’occasion pour qu’elle se manifeste. En théologie on se réfère au « péché originel ». Nous naissons porteur et porteuse d’une perturbation dans notre capacité d’aimer. On s’amourache de « chose mauvaise »: on fait l’amour avec la mort.

         – La psychanalyse dit que nous sommes un mélange d’EROS et de TANATOS (vie et mort). Et la distribution n’est pas démocratique. Les uns reçoivent plus de vie et             moins de mort et d’autres moins de vie et plus de mort.

         – L’expression symbolique la plus curieuse de ce sadisme c’est l’enfer, lieu où on met ceux et celles que nous avons marqué par la haine pour l’éternité. Et on pense que l’enfer n’existe pas à l’intérieur de soi- même mais dans un lieu quelconque de l’univers. Dieu aurait-il alors un plaisir sadique de contempler éternellement ceux qui se seront perdus ?

     3.4 Je conclue avec ce texte…

         Orwell dans son livre sur la violence (1984) décrit une scène dans la chambre des tortures. C’est le tortionnaire qui donne une leçon à sa victime. Je n’aime pas lire cela mais j’ai l’impression que c’est la vérité          …

         « Non, nous ne torturons pas pour découvrir un secret quelconque. Il n’y a rien que tu puisses nous dire que nous ne savons pas. Ce n’est pas nous qui avons besoin d’apprendre. C’est toi. Et la leçon est simple. Le POUVOIR. Des tyrans de d’autres époques ont été stupides. Ils ont pensé que le pouvoir était un moyen pour obtenir une fin. Et ils se répétaient comme ils répétaient aux autres qu’ils torturaient et tuaient pour qu’un jour il y ait plus de plaisir et de joie. C’est seulement nous qui avons compris la vérité. Le pouvoir n’est pas un moyen pour obtenir quelque chose. Nous ne voulons pas une société plus juste. Nous ne voulons pas que les hommes et les femmes soient plus heureux. Nous ne voulons pas de plaisir pour nous-mêmes. Une chose est importante: le pouvoir. Et c’est cela que nous sentons quand le corps d’une victime se tord, impuissant. C’est bon de le faire souffrir. Au milieu de ses cris, il y a quelque chose de magique qui se produit: dans la mesure qu’il devient plus faible, je me sens plus fort. C’est la transfusion du pouvoir. Il est plus près de la mort. Je suis plus proche des dieux. C’est la simple leçon du pouvoir: nous sentons plus la volupté de la divinité quand nous avons le pouvoir de faire souffrir et de tuer. »

IV. La violence et le POUVOIR

     Le pouvoir c’est la capacité d’imposer sa volonté aux autres et la violence c’est la manière d’imposer, par force physique   et matérielle, cette volonté. La violence établit son règne là où le droit est absent ou là où le droit est expression   d’un pouvoir minoritaire de classes dominantes.

     4.1 Quelques manières d’imposition du POUVOIR

         a. La plus invisible et la plus fréquente : le mal, la méchanceté de celui qui a une pratique perverse.

              Ex: Gn. 4, 8-10 (Cain et Abel)

              Elle peut être décrite de la manière suivante:

              – L’origine du mal ou du péché c’est nier l’autre, l’autre personne, l’autre terme de relation.  

              – la praxis dominatrice c’est le mal. Ce n’est pas la praxis d’une personne devant une autre personne. La relation s’est arrêtée. Cain, le dominateur, a transformé Abel en instrument, en un moyen: il l’a tué p.c.qu’il était son ennemi; il l’a volé comme instrument de richesse; il l’a violenté comme instrument de plaisir etc…  Abel n’est plus une personne. C’est une chose. Ça c’est le péché: destituer l’autre comme personne; aliéner l’autre en chose; chosifier, instrumentaliser.

                   L’offense contre Dieu signifie toujours un acte de domination contre le frère. Dieu est l’Autre absolu. Nous l’offensons quand nous dominons l’autre. C’est pour cela que le Christ a pris la forme du plus pauvre.

         b. Le péché social ou le péché concret

              De manière abstraite on peut dire que l’individu Jean a péché. Mais concrètement Jean est le père de Marie, l’époux de Marthe, le frère de Pierre, professeur de ses élèves, citoyen dans son pays. Jean n’est jamais le seul et concrètement il n’est jamais le seul individu solitaire. Il en est de même pour le mal et le péché.

              Une institution n’est pas une structure qui existe pour elle-même. C’est la modalité que les individus ont pour se comporter dans leurs relations de manière stable. Ainsi il y a l’institution matrimoniale, l’Etat, l’Eglise etc…

              Si une personne ou un groupe de personne domine de manière stable ou historiquement une autre personne ou un autre groupe de personnes nous disons alors que c’est une pratique de domination. Ex. le propriétaire sur ses employés, l’homme sur la femme etc… Et c’est une pratique de domination institutionnelle, sociale.

              Et plus, il arrive qu’un individu naît dans une trame institutionnelle qui l’a précédée et qui le détermine. Ex. Quelqu’un naît riche et dominateur dans une famille bourgeoise. Il n’est pas responsable d’être né là mais il hérite de ce péché institutionnel, « originel ».

         c. Le pouvoir des armes

              Dans l’Apocalypse la BETE est pleine de pouvoir, du pouvoir des armes.

                        Ap. 13, 2-7

              Le pouvoir du Prince de ce monde, la manière d’exercer concrètement le pouvoir c’est par le moyen de la pression de l’instrument de la mort: les armes. La « croix » du martyr c’est l’usage effectif de l’arme qui tue l’innocent.

              Le péché de tuer le prochain avec violence par l’usage des armes – la guerre – est intimement lié à l’injustice: le puissant, le dominateur, doit contrôler, maintenir tranquille l’opprimé, en paix, par le moyen des armes. Le « pain », symbole biblique de tout « produit » est maintenant « pain de la mort ».

              Pour garantir et pour donner la permanence à la structure du péché, les armes et le pouvoir militaire deviennent la dernière instance de l’effectivité du péché, du « règne » du Prince de ce monde. C’est pour cela, que la   torture soufferte par le héros ou par le martyr et sa propre mort comme « croix » est la consommation du péché sur la terre  et, en même temps, le moment de la manifestation de la Gloire de l’Infini. En étant crucifié par le pouvoir militaire dominant  de son époque – les romains- Jésus manifeste la contradiction absolue de l’histoire.

              Pour le capital c’est la même chose produire « pain » ou « armes ». Les deux signifient « valeur » (vie du travailleur) et avec les deux on fait des « gains ». La guerre de domination c’est la pression de la « BETE » pour maintenir les pauvres à l’intérieur des structures qui permettent de leur prendre ce qu’ils ont de vie.

         d. La vente de son travail

              La praxis de domination est une relation sociale. Elle est une rupture de la relation communautaire. Face à face sont là le « pauvre » et celui qui a l’argent pour payer son travail. Ils sont un devant l’autre non comme Moise devant Dieu et comme le samaritain devant le pauvre, en respect à l’extériorité de l’autre. Non, l’un est misérable et demande pour manger, se vêtir, avoir une maison et la santé… l’autre a de l’argent et en veut  plus. Pour en arriver à ses fins il voit le pauvre devant lui comme un instrument, une chose qui lui permettra d’avoir plus. Le péché bien subtil qui peut s’y cacher c’est que celui qui a de l’argent exploitera la « source créatrice » de l’homme et ne paiera que la « capacité de travailler ». C’est comme payer l’usage d’une machine.

     4.2 La culture de la violence

         a. La vie quotidienne nous enseigne que c’est le plus fort qui gagne ou celui qui est le plus éveillé. On y retrouve alors les conditions pour l’existence d’une « culture de la violence » dans le sens qu’Oscar Lewis l’a formulé: une structure, une articulation, des mécanismes de défense et de reproduction, en se constituant en valeurs positives, orientent la vie des personnes qui ont à affronter la pauvreté comme forme substantielle de vie et ont à vivre avec elle tous les jours.

         b. Cette culture devient le principe de base de l’articulation de vie des communautés comme forme de défense et de survivance dans un monde qui les marginalise et les exclut et leur impose de façon violente une vie réduite à la survivance.

         c. On reproduit alors la violence qui vient d’en haut. Et sans s’en rendre compte, bien loin de s’opposer à la violence provoquée, elle alimente ce système. En effet, le destin de chacun n’a pas de lien avec la communauté qui souffre la même violence. C’est la « gang » qui jouera ce rôle et elle pénétrera dans le milieu familial, dans les écoles et dans les autres institutions. Au lieu de « sage femme de l’histoire » la violence sert de forme de survie au milieu d’un monde qui remet le destin de chacun à la vie mercantile et capitalisante.

     4.3 La théologie

         a. Un premier courant. Il a son origine chez les grecs. On dit qu’à partir de la « nature, les uns se manifestent comme des dieux et d’autres comme hommes; les uns sont libres et d’autres sont  esclaves. » Personne n’est coupable de la pauvreté du pauvre; aucune faute d’aucune liberté n’est la source créatrice de l’injustice. Le « pauvre » l’est par inclination naturelle, par mauvaise disposition de son corps ou de son âme, par vagabondage, par manque de vertu ou simplement par mauvaise chance. C’est la théologie de la résignation. Dieu l’a voulu ainsi.

         b. Un deuxième courant. C’est celui de la réconciliation des riches avec les pauvres sans que soient données les conditions objectives pour le pardon. Pour qu’il y ait pardon il faut d’abord une conscience claire de la faute et une réparation juste. Sans l’égalité réelle et objective des deux personnes – ce qui signifie que le riche n’est plus riche ni le pauvre, pauvre – il ne peut pas y avoir de réconciliation.

         Affirmer que la pauvreté du pauvre (sa mort) est naturelle ou est la volonté de Dieu ou prétendre la réconciliation avant de « haïr le monde » et de faire justice, sont des propositions d’une théologie de domination.

V. ET LA NON-VIOLENCE

         Quand les opprimés, les pauvres, commencent à se lever, à se rebeller, à s’opposer à la domination, la violence hégémonique devient REPRESSION. C’est alors que beaucoup de personnes devant la répression ou la violence active du péché adoptent la position de NON VIOLENCE. Gandhi aux Indes, Luther King aux Etats-Unis, Miguel d’Escoto au Nicaragua. Cette position, que nous aborderons à la prochaine rencontre, bien que de très grande valeur, ne puisse pas être érigée en

 principe théorique absolu. A la violence du péché le martyr oppose le courage du « serviteur souffrant ». Il n’est pas évident que cela puisse s’appliquer dans tous les cas.

     La non-violence est une réponse à des manières d’exercer le POUVOIR

 

(Entretien donné  aux religieuses de la Congrégation Notre-Dame (C.N.D.) communauté « Sacré-Cœur », Westmount, Montréal, le 03 mars 1997)