PROJET MISSIONNAIRE en milieu d’exclusion

PROJET MISSIONNAIRE EN MILIEU D’EXCLUSION

Chez les itinérants

et itinérantes…

Nous avons déjà convenu que le point d’unité et de communion du noyau de « l’équipe missionnaire de rue » est la présence en milieu d’exclusion et qu’il appartient à chacun et chacune d’élaborer son projet pourvu qu’il se situe à l’intérieur des paramètres déjà définis. Il ne sera donc pas surprenant si nous retrouvons divers projets missionnaires en milieu d’exclusion au sein de notre équipe comme d’ailleurs rien ne s’oppose à ce que les divers membres de l’équipe militent au sein du même projet.

Après avoir approché divers milieux, après avoir consulté divers responsables d’oeuvres en milieux d’exclusion, après avoir vérifié certaines intuitions et tenant compte des énoncés mentionnés dans notre « document de travail » comme aussi de la réflexion théologique sur la mission, je présente la proposition suivante comme projet missionnaire personnel. Comme il vient d’être dit, s’il en est du désir de l’équipe, il peut devenir un projet de « l’équipe missionnaire de rue ».

I. SA FORMULATION

« Vivre l’itinérance comme mission au milieu des itinérants en vue de découvrir ses causes et de travailler à leur élimination », voici la formulation de mon projet.

La présence au milieu des itinérants, des intervenants, des bénévoles et des responsables d’oeuvres et d’institutions au service de cette cause comprendrait trois volets:

- Le volet de la recherche et de l’étude

L’itinérance n’est plus celle du « clochard ». Dans notre société actuelle l’absence de recours financier ne semble plus être la justification première de l’existence de l’homme et de la femme appelés « sans-abri ». Pour une réponse plus adéquate à la situation il serait nécessaire d’en rechercher les véritables causes. Ce serait une collaboration importante qui pourrait être donnée responsables des oeuvres. Les services organisés aident grandement les « sans-abri » à prendre conscience de leur dignité et c’est avec cet esprit que les nombreux bénévoles donnent de leur temps. Mais il serait nécessaire d’aller plus loin, c’est-à-dire d’aider les itinérants à prendre conscience des causes de leur situation et, en conséquence, de découvrir et de prendre, si possible, les moyens pour lutter contre cette état d’exclusion.

- Le volet de la prise en charge

Un processus de « conscientization », pour être efficace, implique dès le début les propres intéressés – dans le cas les itinérants – et à eux leur est donné le pouvoir de le conduire. La pédagogie et la méthodologie du groupe seront définies par l’agir quotidien. Au départ il y aura cependant nécessité d’articuler un groupe qui veillera à la promotion du projet, à l’articulation des intéressés et à l’accompagnement. Cette action pourra se diriger autant auprès des itinérants eux-mêmes qu’auprès des intervenants et des responsables d’oeuvres et d’institution.

- Le volet de la célébration

Tout au long du cheminement il y aura des découvertes, des moments de souffrances, des hésitations, des reculs, des conquêtes etc… Tout cela aura avantage à être nourri de la Parole et célébré. Les personnes impliquées dans le processus développeront la préoccupation de découvrir les modalités significatives de célébrer ces moments de mort et de vie. – Pour une Eglise inculturée.

II. LES RAISONS DU CHOIX

Comme le « document de travail » l’a mentionné, nombreuses étaient les possibilités d’option pour un projet missionnaire. Mon choix s’est arrêté sur l’itinérance pour les raisons suivantes:

2.1 Le nombre des itinérants augmente.

Un problème de société ? Une question de décrochage des valeurs proposées par la société actuelle ? En maintenant  cette hypothèse de travail nous ne sommes pas sans prévoir une augmentation d’itinérants et d’itinérantes       non seulement dans les rues de Montréal mais aussi dans les diverses villes du Québec. L’itinérance n’est plus un problème individuel mais un problème collectif, un problème de société. C’est mon hypothèse.

2.2 L’itinérance a des points communs avec la Mission

L’itinérance se situe à un point de convergence. Elle est parente avec le commandement de l’Amour puisqu’elle atteint la vie amoureuse et l’affectivité des itinérants. Elle a un lien étroit avec la liberté. « Mission », « Amour » et « Liberté » ne sont-elles pas des valeurs essentielles de l’Évangile ?

2.3 L’itinérance, pôle de convergence des exclusions

Le milieu de l’itinérance est un pôle convergent de divers milieux d’exclusion: l’alcoolisme, la toxicomanie et la prostitution. Il réunit aussi diverses catégories de personnes: hommes et femmes, jeunes et plus âgés et immigrants de pays étrangers et des diverses régions du Québec.

2.4 L’itinérance, une manière de vivre Église

L’itinérance est une contre-culture à la culture de la société d’aujourd’hui. Si elle est un problème de société, quelles en sont les implications sociales, politiques et économiques ? Ne peut-elle pas devenir une occasion de découvrir une manière de vivre Église autrement par la formation d’une communauté inculturée dans l’itinérance ?

2.5 L’importance des oeuvres au service de l’itinérance

Le nombre d’oeuvres militant dans l’itinérance est impressionnant. Se mettre ensemble pour travailler à changer ce visage est sans doute un engagement évangélique plein d’espérance. Le seul fait du nombre d’oeuvres existentes au service de l’itinérance justifie le projet. Voici quelques-unes de ces oeuvres: Paroisse St-Sacrement, Refuge des jeunes, Dans la rue, HLM (2 maisons administrées par Accueil Bonneau), 404 st-Paul, Old Brewery Mission, Mission Colombe, Accueil Bonneau, Maison du Père, Résidence du Vieux-Port, Ferme Disraéli, Maison Nazareth et L’Itinéraire.

III. QU’EST-CE QUE L’ITINERANCEQUI SONT LES ITINERANTS ?

Avant de poursuivre, une petite pause. Parlons brièvement de l’itinérance. J’ai énoncé mon choix et les raisons qui le justifie. Mais qu’est-ce que l’itinérance ? Qui sont les itinérants ? Je transcris ici quelques observations d’itinérants et d’intervenants. C’est un visage peint par eux-mêmes.

« L’itinérance c’est de ne pas avoir de lieu stable. C’est frapper aux portes et ne pas avoir toujours de place. C’est se tromper de porte. »

« L’itinérant, lui, a renoncé à des fausses valeurs. Il n’a pas été accompagné dans ce décrochage. » Pourquoi a-t-il décroché ? Un besoin d’absolu ? « Il est bien rare de rencontrer un itinérant qui ne croit pas. Il y a une recherche à renaître car la boisson (pour les plus âgés) ou la polytoxicomanie (pour les plus jeunes) est le moyen d’endormir les douleurs. Il faut regarder les blessures pour pouvoir renaître. L’itinérant est bon. Il a la bonté en lui. Le signe de cela c’est qu’il est capable de la reconnaître chez ceux et celles qui lui veulent du bien. »

« En entrant dans l’itinérance, la personne vit le rejet. Il n’est pas aimé. Pour éviter la souffrance il se gèle. Il vit une recherche d’amour que la famille ne lui a jamais donné. Il est important pour lui de retrouver sa dignité en lui redonnant l’estime de soi, de l’aider à faire effort pour s’en sortir et de comprendre l’amour à travers Dieu. »

L’itinérance aujourd’hui semble être plus un phénomène de décrochage qu’un problème de pauvreté. En effet l’itinérant a souvent une condition financière meilleure que bien d’autres citoyens et citoyennes. C’est une personne qui reçoit son B.S., qui a les ressources pour manger, dormir et s’habiller. En plus il demande l’aumône sur la rue pour ses besoins personnels et pour fumer ou acheter un joint. La mère célibataire n’a pas tous ces privilèges.

Nous nous permettons aussi de mentionner une autre situation qui nous laisse perplexe quand nous faisons effort de comprendre le phénomène de l’itinérance. Ce que je vais dire ne met pas en

cause les réponses actuelles à l’itinérance mais se veut être plutôt un questionnement qui motiverait le besoin d’une recherche de réponses nouvelles à des besoins nouveaux. Alors, voici.

Vient-on à la Maison du Père parce qu’on n’a pas de logis pour dormir ? Oui, pour un bon nombre mais il arrive assez souvent qu’un tiers des accueillis ont un logement en ville. Les responsables de l’Accueil Bonneau ont constaté aussi qu’environ 65 % des assidus aux repas quotidiens vivent en logement. Alors, pourquoi cherche-t-on un lieu pour manger et un lieu pour dormir alors qu’on a un logis où habiter ? Cet exemple constitue un indice qu’il existe une nécessité de réflexion sur les causes de l’itinérance.

Les statistiques disent encore que 95 % des itinérants n’ont pas choisi l’itinérance, que 20% sont des femmes, que ce n’est pas d’abord la pauvreté qui est la cause de l’itinérance mais le milieu familial éclaté (viennent ensuite la toxicomanie et le chômage prolongé) que 96 % ont occupé un emploi. Ils ont en moyenne 14 ans d’expérience de travail. 77% ont vécu en couple. 1/3 ont des enfants et 45% ont des contacts avec eux.

Un phénomène de société ? Décrochage ? Une recherche de liberté ? Peut-être est-on poussé au bout de la tolérance humaine  et l’itinérance devient le cri de la libération ! …

IV. STRATÉGIE D’ACTION

Pour réaliser le présent projet missionnaire en milieu d’itinérance, quelle serait la manière la plus appropriée pour enclencher le processus ? Quels seraient les pas à faire ? Sans déterminer avec exactitude la stratégie d’action je me permets de tracer certaines attitudes et certaines étapes qui faciliteraient la mise en route.

4.1 Contacter d’abord les directions d’oeuvres susceptibles d’appuyer le projet et susciter chez elles leur adhésion. Ces personnes pourraient constituer le noyau central et directeur du projet. Il est important que ceux-ci et celles-ci manifestent sans équivoque leur réponse au projet et spécifient comment il s’insère dans leur travail comme une pièce faisant partie du tout.

4.2 A l’aide des intervenants, articuler un, deux ou trois groupes d’itinérants en vue d’initier le processus de connaissance plus approfondie de l’itinérance. Ils seront eux-mêmes les sujets et les agents d’analyse et de transformation du milieu. Ils produiront les instruments nécessaires à leur libération: chants, théâtre, assistance aux oeuvres etc… En définitive, travailler pour que les itinérants prennent l’initiative du discours et du cheminement et que nous soyons des « passeurs » qui facilitent la prise en charge.

4.3 Pénétrer le milieu de vie en vivant dans la rue et dans les endroits fréquentés par les itinérants demeure une condition essentielle au projet. C’est là que je pourrai participer à leurs souffrances en identifiant les lieux de décrochage ou d’accrochage à l’itinérance. La corporalité de la souffrance est le point de départ de la libération. La conétisation du projet est impensable sans le nivellement de la distance qui me sépare d’eux. Il y a donc une relation authentique à établir, une relation d’égalité, une relation de partenaire. Cette présence sera dépourvue de pouvoir et se fera toute simple.

4.4 Cultiver une vie d’équipe avec les autres membres du noyau en réservant un moment pour la prière, un moment pour l’évaluation systématique du travail et de la vie communautaire et un moment pour la vie fraternelle. Aimer la vie est la condition indispensable pour être capable de la      semer.

Je complète ce point de la stratégie d’action en me référant à certaines questions susceptibles de donner des collaborations de valeur à l’évolution du projet. Elles sont en lien avec les trois volets du projet.

                    1. Volet de recherche et d’étude

Quant au volet de « recherche et d’étude » je crois opportun d’articuler un réseau de personnes-ressources (sociologue, bibliste, théologien) ou au moins d’obtenir l’adhésion de quelques points de référence, pour aider à la réflexion plus approfondie du cheminement des groupes d’itinérants, de bénévoles ou d’intervenants et de responsables d’oeuvres et d’institutions. La collaboration de biblistes aiderait grandement à découvrir et approfondir les thèmes bibliques connexes à l’itinérance.

                   2. Volet de la prise en charge

Quant au volet de la « prise en charge » le Centre St-Pierre pourrait être contacté pour étudier la possibilité d’une collaboration. Au fil des ans, ce Centre a bâti sa crédibilité. Il se définit comme un centre d’éducation populaire. Ne pourrait-il pas se donner une vocation d’articulation des chrétiens et des chrétiennes qui grandissent en marge de la paroisse ? Et une vocation d’aide à la formation au niveau de l’itinérance ? Une vocation gratuite au service des gens de la rue !

                    3. Volet de la célébration

Enfin quant au volet de la « célébration » il n’est pas superflu de rappeler qu’entrer dans le milieu de l’itinérance c’est franchir le seuil d’une nouvelle culture. En conséquence, un défi d’inculturation attend les chrétiennes et de chrétiens itinérants et ceux et celles qui s’unissent à eux et elles dans les divers services.

Une attention particulière devra être donnée au discernement de l’action de Dieu dans ce milieu pour un partage original de foi à l’inspiration du modèle d’Emmaus et pour une célébration inculturée, révélant ainsi une présence authentique de l’Eglise de Jésus-Christ.

V. LA SPIRITUALITE

L’Itinérant est un croyant et il est l’inspirateur d’une manière d’être pour les personnes qui travaillent avec lui. Beaucoup de bénévoles disent à qui veut l’entendre qu’ils viennent chercher une inspiration pour leur vie auprès des itinérants.

Les « gars » de la Maison du Père ont eu l’occasion en mars dernier de s’exprimer sur le sujet. Nous traduisons ici, espérons avec fidélité, leur pensée. C’est assez impressionnant de prendre conscience de la spiritualité qui anime ces « errants dans la rue ». Et c’est sans nul doute une question d’importance pour l’animation missionnaire auprès des itinérants.

5.1 Qu’est-ce que la spiritualité ?

Qu’est-ce que la spiritualité, demande-t-on aux itinérants en « meeting » ?  La spiritualité, dit-on, c’est « ce qui donne sens à ma vie », « une vérité qui n’a pas besoin d’être dite », « une ligne de conduite que chacun se trace », « un besoin que tout humain a pour pouvoir fonctionner ». « C’est quelque chose en dedans, un intérieur à développer ». « Ca commence petit et ça évolue ». « Ça devient moins réfléchi et ça se vit plus ».

« Entre le naître et le mourir », il y a un cheminement. « C’est l’évolution dans l’apprentissage de l’amour ». « C’est libérer l’amour qui est prisonnier en moi », « c’est libérer ma capacité d’agir avec amour et de résister au mal », « c’est reconnaître que quelqu’un m’aime et c’est vouloir grandir avec LUI ».

La spiritualité « ça donne espoir même si ça parait tout de travers ». « Ca nous apprend à parler des vraies affaires et c’est une réponse à la question de qui est l’auteur du bien et du mal ».

5.2 Les éléments d’une spiritualité pour itinérants

Et quels en sont les principaux éléments ? C’est :

- La redécouverte du « pouvoir de gérer ma vie, de servir et d’aider »;

- « Le témoignage d’un Dieu proche et miséricordieux, responsable de l’Espérance et canal de l’Amour du Père »;

- Le « lâcher prise sur mon moi ». Il est impossible « d’embarquer et de m’ouvrir » à quoi que ce soit si le courage, la force et les moyens pour arrêter de « me tourner vers moi-même » ne sont pas là. C’est le « lâcher prise qui me pousse à l’ouverture vers les autres et vers l’AUTRE. »

- « Les autres et l’Autre ». « Les autres, par leur comportement, me disent le Dieu en qui ils croient comme aussi mon comportement dit en qui je crois ». « Je vois le Dieu en qui je crois dans le sourire de quelqu’un, dans le service des bénévoles etc… comme aussi je le découvre en moi lorsque je ne réagis pas à une insulte. C’est la valeur de l’Amour que je dis à ce moment-là« . « L’AUTRE est une puissance supérieure, un guide pour ma vie, un souffle avec qui je veux me connecter ». « C’est quelqu’un plein de tendresse ».

5.3 Les moyens pour développer la spiritualité

Et les « gars » explicitent certains moyens qu’ils pratiquent pour développer leur spiritualité. Selon eux, il est important:

- « De vérifier les valeurs morales » des itinérants;

- « D’aller au coeur des misères » des itinérants. C’est ce qu’ils appellent « les vraies affaires ».

- « De donner de l’importance aux thérapies et aux autres moyens de ce genre ». « J’ai cru, j’ai abandonné, je reviens ».

En terminant son témoignage sur la spiritualité un « gars » disait: « AVEC LA SPIRITUALITé JE SUIS PORTEUR DE DIEU AUX AUTRES ».

CONCLUSION

Un projet missionnaire en milieu d’itinérance et avec les itinérants défie la sagesse humaine mais pas celle de Dieu.

Voici ce que Neill dit des missionnaires: « Ils ont été dans l’ensemble des gens fragiles, sans grande sagesse, ni vraiment saints, ni très patients. Ils ont transgressé la plupart des commandements et ont commis toutes les fautes imaginables » (cité par Bosch, « Dynamique de la mission chrétienne », p. 693). Et Bosch ajoute: « ce que Neill dit des missionnaires a été vrai des missionnaires de tous les temps, à partir du grand apôtre, qui se vantait de sa faiblesse, jusqu’à ceux qui se nomment encore « missionnaires ».

Et alors, pourquoi pas ?

4 mai 1996                                Victor Asselin, ptre

LE BUISSON – Son histoire

LE “ B U I S S O N   A R D E N T ”

                               (Un projet de vie au service de l’Evangile)

INTRODUCTION

Le “ BUISSON ARDENT ” , nom que nous voulons donner au Centre d’animation spirituelle pour exclus, vient des premiers versets du chapitre 3 du livre de l’Exode.

“ L’ange du Seigneur apparut à Moïse dans une flamme de feu. Il regarda : le buisson était en feu et le buisson n’était pas dévoré. Moïse dit : “ Je vais faire un détour pour voir cette grande vision : pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? ” A la vue du BUISSON ARDENT, Moïse prend conscience de la présence de Dieu, désire le connaître et le rencontrer.

“ BUISSON ARDENT ” vient traduire de manière signifiante le projet que nous voulons vous présenter.

I. Un peu d’histoire

A vol d’oiseau refaisons l’histoire de la “ Mission ici ”, histoire qui se tisse au sein de notre travail depuis 1995, afin de mieux saisir l’importance du présent projet.

          A. “ Les missionnaires de rue ”

En effet, au printemps 1995 naissait au Centre-sud de Montréal les “ missionnaires de rue ”. Les Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée en étaient les promoteurs. Le 4 avril 1995, quelques personnes se réunissaient pour échanger autour de l’intuition de Benoit Garceau, alors provincial. Découvrir et vivre la MISSION ICI à partir d’une insertion en milieu d’exclusion tel était l’objectif à poursuivre. Nous étions et nous sommes des chrétiennes et des chrétiens qui cherchent et rêvent de vivre la Mission, aujourd’hui, en nous incarnant dans le milieu des exclus de la société et de l’Eglise.

          B. Un projet en milieu d’itinérance

Plus de cinq ans ont passé. Après une première année d’exploration, un projet fut élaboré. Les itinérants constituaient le milieu privilégié d’action. Le projet s’articulait autour de trois volets:

volet de recherche pour une meilleure compréhension du milieu;

volet de prise en charge pour impliquer dès le départ la participation active      des itinérants;

volet de célébration pour nourrir l’engagement à la Parole et célébrer les          souffrances et les conquêtes.

Dès le début, les responsables de l’Accueil Bonneau ont accueilli avec joie la perspective du travail et ont favorisé la “ présence ” auprès des itinérants, des bénévoles et des employés. De son côté, en juin 1996, Joseph Giguère, directeur du Centre St-Pierre, accepta de mettre à la disposition du projet, à temps partiel, le responsable du secteur de spiritualité et transmission de la foi, Bruno Bélanger. Aujourd’hui, on assume le café-rencontre hebdomadaire aux maisons de chambres pour itinérants « Paul Grégoire », « Eugénie Bernier » et « La Résidence du vieux-Port ». Puis des liens s’établirent avec l’équipe de recherche de l’UQAM à travers deux membres du collectif sur l’itinérance, soit Mario Poirier et Rose Dufour. Avec ces ressources et ces moyens nous avons pu approfondir les riches implications de la présence en milieu d’exclusion.

         C. Mission “ ici ” et mission “ ailleurs ”

En 1996, l’intérêt pour la MISSION conquit le curé de la paroisse Ste-Cunégonde. Aujourd’hui, en territoire de la Petite Bourgogne, deux équipes de chrétiennes et de chrétiens se font présent en milieu d’appauvris et favorisent le dialogue œcuménique et inter-religieux. La perspective missionnaire a fait ses premiers pas dans le quartier. L’esprit missionnaire prend aussi racine en milieu de personnes souffrant de solitude ou vivant en condition précaire.

En février 1998, un évêque du nord-est du Brésil lançait un appel dans le but de réaliser un échange d’expériences missionnaires en milieu d’exclusion. Après réflexion, partage et prière, à la fin de septembre, l’évêque de Nicolet manifestait son intérêt pour l’initiative brésilienne car, disait-il, la réponse peut être un élément dynamisateur pour l’Eglise au Québec. Prendre le temps de découvrir ce que nous avons à offrir et ce qu’eux ont à nous offrir serait un premier temps de recherche. Ainsi le groupe “Mission ici” (né en mars 1998) et les deux équipes de la paroisse Ste-Cunégonde acceptèrent de chercher les nouveaux chemins de dialogue avec l’équipe diocésaine de Balsas, Maranhão, Brésil. En fin de janvier 1999, Victor Asselin partait pour cette région sud-américaine. Il avait pour tâche d’assurer sur place la mise en marche du processus. “C’est la première fois, disait-on, qu’un dialogue s’établit d’égal à égal pour réfléchir sur la MISSION et en définir de nouvelles orientations”.

          D. Session au Centre Saint-Pierre

En mars 1998, suite à une session au Centre St-Pierre, naissait le groupe « MISSION ICI ». IL regroupe encore aujourd’hui des anciens missionnaires de diverses communautés religieuses et des laïcs intéressés à vivre la MISSION ICI. En tout, une vingtaine de personnes. Les membres du groupe se réunissent une fois par mois pour chercher ensemble et pour approfondir le chemin de la MISSION ”. Les lieux d’insertion et d’engagement de chacune et de chacun constituent le point de départ de la réflexion du groupe.

          E. Deux importantes observations

1. Mission, exclusion

Au cours de ces quelques années, nous avons remarqué que “ faire MISSION ICI ”, suscite un grand intérêt de la part de plusieurs laïcs, en particulier des jeunes. Il ne fait pas de doute que l’EXCLUSION est le lieu privilégié de la MISSION.

Cette présence en milieu d’exclusion semble éveiller chez les jeunes un désir d’engagement. Peut-être cherchent-ils à sortir de leur quotidien et à relever des défis personnels ! Peut-être cherchent-ils à se situer eux-mêmes ou cherchent-ils à comprendre ce qui se passe dans le monde !  Peut-être cherchent-ils une place dans la société ! Peut-être cherchent-ils à être utiles !

Il est vrai que les jeunes sont confrontés à la nécessité de se mûnir d’une palette de valeurs humaines, nourrissantes et réalistes, qui leur permettra de faire des choix et de maintenir le cap. Ils ont à bâtir des solidarités, des connivences, un tissu relationnel, dont les privent les institutions anonymes et les familles éclatées. Les jeunes sont à la recherche d’un « réseau de sens » qui les motive à s’engager dans des activités où leur capacité de rêver, de planifier, de décider et de réaliser sont testées et soutenues.

“Mission ici” en milieu d’exclusion ne serait-il pas une choix à faire valoir aux jeunes ?

2. Mystique et spiritualité

La vie spirituelle nous est apparu comme une dimension essentielle au travail. C’est la deuxième observation d’importance qui se dégage de ces quatre dernières années. En 1997 et 1998 nous faisions appel à la Villa St-Martin, lieu de ressourcement et de rencontre dirigé par les pères jésuites, pour la réalisation de fins de semaine d’animation spirituelle pour les itinérants. A quelques reprises Michel Corbeil, s.j, Ester Champagne, s.b.c. et Renaude Grégoire ont accueilli et accompagné des groupes d’itinérants.

Les itinérants que nous fréquentons sont parfois les premiers à nous parler de Dieu car ils sont croyants. Ils ont une spiritualité à eux. Un jour, on les interrogeait sur la spiritualité qui les animait et voici, en bref, ce qu’ils ont répondu : “ La spiritualité, c’est

- ce qui donne sens à la vie;

- un cheminement, une ligne de conduite entre la naissance et la mort;

- quelque chose d’intérieur à développer;

- la libération de l’amour en soi; la capacité d’agir avec cet amour et de résister au mal;

- la certitude que quelqu’un m’aime; le désir de vouloir grandir avec Lui.

Il y a donc chez les itinérants, chez les exclus et les appauvris, de précieuses attentes, une véritable soif d’Infini qu’il nous apparaît important de combler en leur permettant de s’exprimer là-dessus et de vivre de la découverte qu’ils en feront. Si l’un deux a pu dire : “ Avec la spiritualité je suis porteur de Dieu aux autres ”, il est certain que la Bonne Nouvelle peut être semée au cœur de leur quotidien quelqu’il soit

II. Un Centre d’animation spirituelle au cœur de la ville

L’animation spirituelle constitue donc une dimension essentielle au projet missionnaire que nous préconisons. En effet, la vie spirituelle n’est-elle pas l’élément fondamental pour une véritable réinsertion sociale ?  C’est la principale conclusion que nous osons tirer de notre travail missionnaire jusqu’à ce moment. En conséquence nous croyons à la nécessité d’ouvrir un Centre d’animation spirituelle pour les exclus. Pourquoi ? Je le rappelle brièvement par les deux raisons suivantes :

d’abord, parce que l’itinérant a une soif d’Infini et qu’il n’a pratiquement pas de lieux pour trouver un sens à sa souffrance;

ensuite, parce que, pour nourrir son engagement, le missionnaire se doit de consacrer du temps à la prière et à la contemplation, condition requise pour être une présence “signifiante”, caractérisée par l’écoute respectueuse et l’amour inconditionnel.

          A. Que serait ce Centre d’animation spirituelle ?

La dénomination de “ Centre ” désigne sans aucun doute un lieu physique nécessaire pour fixer la résidence des membres de l’équipe, pour accueillir des stagiaires et des retraitants et pour réaliser des fins de semaine d’animation. Cependant, il est nécessaire, à ce moment-ci, de préciser que les “ missionnaires de rue ” exerceront, en priorité, leur travail dans les milieux d’exclusion et que, si possible, ils et elles en viendront, avec le temps, à avoir accès à un lieu d’accueil à chacun des endroits fréquentés. Comme exemple, l’Accueil Bonneau nous a déjà offert une petite salle pour faciliter l’accueil des itinérants qui désirent échanger ou simplement prendre du temps pour le recueillement et le silence.

Que serait donc ce Centre d’animation spirituelle et à quoi servirait-il ? Essayons de répondre à la question en considérant les missionnaires de rue, les exclus et les jeunes.   

            a.- Pour les “ missionnaires de rue ”

La spiritualité de la MISSION exige des missionnaires un lieu de communion où des liens serrés se tisseront entre eux et où se cimentera l’unité dans l’Esprit. C’est le défi de la communauté, image de la Trinité. Ce lieu sera le point de départ et le point de retour des missionnaires. En effet ils en sortiront pour développer la mystique de la PRESENCE dans leurs lieux respectifs de Mission et ils en reviendront pour prendre le recul nécessaire dans la contemplation.

Cheminer avec les exclus demande une bonne dose d’adoration et de contemplation. La maison devra donc favoriser le silence. Il devra y régner une atmosphère de paix et de confiance.

            b.- Pour les itinérants et les appauvris

Le CENTRE se propose d’offrir aux itinérants et aux exclus en général la possibilité de trouver :

  1. Un lieu de paix et d’amour, propice au silence, à  l’intériorisation et à la prière commune et/ou personnelle;

2. Un lieu de ressourcement, de réflexion et de questionnement où serait possible l’accompagnement spirituel, en groupe ou individuel et où on y trouverait aussi revues et livres appropriés. Un lieu de renaissance, quoi;

3. Un lieu d’accueil. Un lieu où le pauvre pourra déposer son  fardeau de tristesse et de détresse sans crainte d’être    jugé, condamné ou rejeté. Un lieu où il pourra se sentir   soutenu, entendu et conseillé;

4.Un lieu de PRESENCE qui dépasse les distances et les différences. Présence de bonté, de patience, de tolérance, de respect, d’écoute et d’amour inconditionnel;

5.Un lieu d’évangélisation où chacun et chacune sera invité(e) à découvrir sa  propre histoire, à donner sens à    sa vie, au-delà des soucis et des misères du   quotidien et, en découvrant son itinéraire, à faire l’expérience de l’action de Dieu en lui ou elle-même.

            c.- Pour les jeunes

Le Centre pourrait offrir aux jeunes :

1. l’occasion de faire une expérience de solidarité et de  partage par le contact    privilégié avec la communauté ;

2. l’opportunité de découvrir une nouvelle manière de voir, d’analyser et de comprendre le monde ;

3. une approche intégrée où le regard porté sur l’autre contribuerait à nourrir la compréhension de la propre   réalité d’eux-mêmes et de la société dans laquelle ils   vivent ;

4. la possibilité de développer le goût de la justice sociale, approfondissant      ainsi les valeurs évangéliques ;

5. un accompagnement spirituel qui leur permettrait de se situer dans les choix à faire.

          B. Un regard tourné vers l’avenir

Les “ missionnaires de rue ” ont cherché et continuent à chercher un chemin de “ MISSION ICI ” en milieu d’exclusion. La quête du spirituel leur a été maintes fois signifiées dans les divers groupes d’exclus de l’Eglise et de la société, fait justifiant le présent projet.

Un chemin d’avenir semble donc se dessiner. En voici quelques traits :

Ouvrir à la perspective de la MISSION ICI par un engagement préférentiel auprès des exclus;

Développer l’esprit missionnaire et le nourrir par une spiritualité de communion;

Ouvrir à la dimension de la “ MISSION AILLEURS ” par des liens qui pourront se créer avec des régions à l’étranger.

N’est-ce pas un chemin à cultiver pour aider tant de personnes à redonner sens à leur vie après être entrées dans l’itinérance sans trop savoir pourquoi ? N’est-ce pas une option à offrir aux exclus pour leur donner l’occasion de refaire des liens après avoir effectué tant de ruptures ?  N’est-ce pas aussi une excellente avenue à ouvrir aux jeunes en préparation à leur vie de demain ?

III. Le “ BUISSON ARDENT ” – Texte fondateur du Centre

Puisque la MISSION origine de Dieu, nous nous devions de trouver l’inspiration du Centre d’animation spirituelle dans sa propre Parole. Sa soif de communication est telle qu’Il nous a conduit au texte du “ BUISSON ARDENT ” du livre de l’Exode, au chapitre 3. Là, on y rencontre un Dieu disposé à tout faire pour refaire alliance et sauver son peuple des conséquences de la rupture du dialogue.

Arrêtons-nous un moment pour considérer la relation qui s’établit entre LUI qui appelle et envoie et Moïse qui accueille et quitte.

          A. L’appel de Dieu

Moïse est à la recherche de Dieu. Celui-ci lui montre  sa présence dans le buisson ardent. Moïse fait un détour, il craint de s’approcher. “ Yahvé vit que Moïse faisait un détour pour voir ” (Ex. 3, 4). Tout se déroule dans une tension entre le désir de Yahvé de s’approcher des humains et la peur de Moïse de communiquer avec Dieu. La  soif de communication de Yahvé est si grande !

C’est Dieu qui prend l’initiative de la communication. Il appelle du milieu du buisson. “ Moïse ! Moïse ! ” Et Moïse lui indique qu’il est là : “ Me voici ” (Ex. 3, 4). Le dialogue s’engage. Moïse acceptera-t-il l’invitation et le choix de Dieu ? Yahvé souffrira-t-il de nouveau le rejet ?

          B. Qui est ce Dieu et pourquoi appelle-t-il ?

Dieu se fait connaître. “ Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ” (Ex. 3, 6).

Et Il poursuit en disant qui Il est pour son peuple. “ J’ai vu mon peuple humilié¼ et j’ai entendu ses cris lorsque ses surveillants le maltraitent. Oui, je connais ses souffrances. Je suis donc descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et pour le faire monter d’ici vers une terre spacieuse et fertile¼ ” (Ex. 3, 7-8)

          C. Dieu envoie

“ Va, maintenant; je t’envoie vers le Pharaon pour faire sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. ” (EX. 3, 10)

Ça ne peut pas être plus clair. Dieu appelle Moïse pour lui confier la tâche de libérer le peuple. Sortir le peuple de l’exclusion, de la souffrance et de la misère, voici la finalité de la Mission de Dieu.

Mais Moïse a peur. Il hésite et s’excuse malgré la promesse de Dieu de ne pas l’abandonner. “ Je serai avec toi ” (Ex. 3, 12) Et Yahvé lui indique même le chemin des alliances: AAron et les anciens seront ses partenaires. Assuré de la présence de Dieu et de la collaboration de ses semblables, Moïse part.

          D. La MISSION encore actuelle

Aujourd’hui encore l’appel et l’envoi aux lieux sacrés de la misère et de la souffrance se font entendre. C’est en fidélité à cet appel que nous proposons un Centre d’animation spirituelle pour les exclus et les appauvris. Nous voulons y répondre en portant les mêmes peurs et les mêmes hésitations de Moïse et, comme lui, nous sentons le besoin et la nécessité de faire alliance avec d’autres Aaron et anciens de notre milieu.

          E. Le “ BUISSON ARDENT ”, texte fondateur du Centre

Le “ BUISSON ARDENT ” marque la rencontre de Moïse avec Dieu. Dieu lui expose sans ambiguité son projet de libération du peuple et l’invite à y participer. Il a besoin de lui avec sa faiblesse et ses peurs. Ce texte se doit d’être l’inspiration de notre projet missionnaire incarné en milieux d’exclusion. Le “ BUISSON ARDENT ” est aussi le lieu de rencontre avec la Trinité et c’est de lui que nous y trouverons inspiration et animation pour la vie communautaire. MISSION, EXCLUSION, et SPIRITUALITE sont les trois dimensions que nous retrouvons dans le texte du « BUISSON ARDENT » et qui traduisent les principales pierres d’assise de notre projet. Nous en faisons ainsi le texte fondateur. Dieu veuille que nous puissions, une fois de plus dans son Histoire, nous approcher de la Flamme de feu jaillissant du buisson et répondre à son appel.

IV. La dynamique du projet

Le PAUVRE, le MARGINAL, l’EXCLU, sont au centre du projet. C’est autour d’eux que gravitent et graviteront toutes les activités. Nous reprenons d’abord la formulation du père Benoit Garceau, o.m.i, pour expliciter le cheminement du présent projet puis nous expliciterons ses objectifs et sa pédagogie pour enfin dire un mot sur l’équipe, les partenaires, nos préoccupations urgentes et la modalité de soutien financier.

          A. Les étapes à suivre

Le dialogue avec l’exclu et l’appauvri ne naît pas du jour au lendemain. Il est le fruit d’un effort quotidien. Et c’est pourquoi nous acceptons la sage élaboration des étapes suivantes :

                    1. Nous rapprocher des pauvres

Il Nous faut d’abord nous rapprocher des pauvres, en d’autres mots, nous rapprocher de ceux et celles qui n’ont aucune protection contre la souffrance. C’est le premier pas à faire. En effet ce sont eux qui nous apprennent ce que c’est que d’être dépouillé de toute protection contre la souffrance. Il n’est pas évident d’être capable d’accepter le don que les pauvres ont à nous offrir ? Comment faire cela si ce n’est par l’apprentissage de la PRESENCE.

                    2. Nous faire adopter par eux

Les pauvres savent quand quelqu’un leur est solidaire et savent en qui ils peuvent déposer leur confiance. N’est-ce pas quelqu’un qui ne les juge pas, qui n’ajoute pas une autre souffrance (celle de la culpabilité) à leur souffrance déjà assez pesante ? Oui, c’est quelqu’un qui s’approche d’eux pour les soulager quelque peu de leur souffrance. Et quand cela se produit le pauvre nous adopte.

                    3. Faire alliance avec eux

Le troisième pas consiste à faire alliance et c’est pourquoi la mission est un échange de dons. Le don par excellence que le missionnaire peut offrir aux pauvres est de leur révéler leur vraie richesse. Ce que, comme missionnaire, nous avons à leur communiquer est notre expérience de l’amour de Dieu et du don de Jésus-Christ.

          B. Les objectifs du projet

Le “ BUISSON ARDENT ”, Centre d’animation spirituelle pour les personnes exclues de la société,  situé dans un contexte et un milieu missionnaires, se propose de développer les perspectives et les activités suivantes:

  1. Apprivoiser le milieu. L’apprivoisement du milieu sera toujours nécessaire pour une PRESENCE SIGNIFIANTE. Nous voulons dire une présence discrète, porteuse de la Présence de Celui qui redonne à la personne son véritable pouvoir, celui de sa dignité;

2. Découvrir avec les itinérants et les autres groupes d’exclus leurs besoins en vue de définir avec eux les orientations à prendre et les activités à organiser;

3. Élaborer un projet de formation visant la pratique de la présence aux exclus de la société, de l’adoption de ce projet par eux et des alliances possibles à faire;

Ce programme de formation s’adressera aux exclus et aux personnes sensibles à la cause, en particulier aux jeunes.

4. Donner une place de choix à l’animation, à l’accompagnement et au discernement spirituel individuel ou en groupe;

5. Exercer un leadership missionnaire en favorisant l’articulation avec  d’autres groupes ou organismes existants;

6. Conserver du temps pour la réflexion, le ressourcement, l’écriture, la               recherche et la publication.

          C. La pédagogie de l’analyse narrative

Avec l’aide de Michèle Gosselin et de Rose Dufour nous avons découvert l’importance de l’usage du conte et du récit pour aider l’ltinérant à découvrir ses forces, à se situer dans une relation de groupe et à refaire son histoire. La pédagogie de l’histoire suscite l’initiative de celui qui écoute au point de provoquer chez lui le désir de refaire son histoire. Notre expérience missionnaire en milieu d’exclusion nous a permis de constater que dans la mesure où nous aidons les itinérants à refaire l’histoire de leur vie – car il est important de les aider à se re-situer dans le temps pour retrouver leur dignité – ensemble nous découvrons comment Dieu écrit son Histoire. La pédagogie du conte et du récit est un point marquant pour en saisir l’importance. En septembre 1999 nous commencions à approfondir la question de l’analyse narrative dans les récits bibliques. Nous espérons ainsi découvrir une nouvelle pédagogie d’annonce du message de Jésus-Christ.

          D. L’Équipe

Qu’en est-il de l’équipe résidente au “ BUISSON ARDENT ” ? Nous prévoyons constituer une équipe de 5 à 6 membres, mixte et, si possible, à caractère œcuménique et inter-religieux. Vivant tous ensemble dans une résidence, il sera alors possible de prier, de réfléchir, de partager les expériences et de vivre l’esprit communautaire.

Le respect de l’autonomie et de la liberté de chacun et chacune sera une valeur fondamentale qui n’empêchera pas de cultiver une visée et une passion communes dans l’exercice des différents charismes.

Les membres de l’équipe, dès le point de départ, veilleront à ce que des plus jeunes prennent davantage en main le projet et le bâtissent. L’avenir fera partie du quotidien des préoccupations.

          E. Les partenaires actuels

La nouveauté du projet actuel est celle de l’articulation de groupes et d’organismes déjà existants qui gravitent autour de la dimension “ MISSION ICI ”. C’est la paroisse Sainte-Cunégonde avec ses deux équipes missionnaires; c’est le groupe MISSION ICI; c’est la Résidence du Vieux-Port; ce sont les maisons de chambres Paul Grégoire et Eugénie Bernier et c’est l’Accueil Bonneau. Peu à peu, d’autres organismes manifestent un intérêt particulier au projet.

                    1. L’accueil Bonneau

Dès le début, il y a cinq ans, les responsables de l’Accueil Bonneau ont désiré et accepté sans restriction la collaboration des “missionnaires de rue”. L’Accueil Bonneau est un partenaire privilégié puisqu’il permet au projet de prendre racine dans l’itinérance et de faire des itinérants et des personnes qui travaillent avec eux leur lieu sacré de présence. Les maisons de chambres « Paul Grégoire » et Eugénie Bernier », déjà mentionnées, font partie de cette ouverture et de cet accueil.

                    2. Personnes et groupes d’appui

Les “missionnaires de rue” dans leur travail actuel comptent sur l’appui du Collectif sur l’itinérance de l’UQAM relié à la faculté de sociologie et sur Rose Dufour, chercheuse, et Michèle Gosselin, spécialiste des contes et récits. Le travail de ces deux femmes permet d’approfondir la pédagogie de la narration dans la formation des petites communautés.

                    3. La communauté des sœurs de la Présentation de Marie

Le 17 août 1999, la provinciale des Sœurs de la Présentation, Sr. Pauline Desjardins, communiquait la décision de son Conseil de mettre à la disposition du projet la maison située au 9360 du Boulevard St-Michel à Montréal, pour donner ainsi naissance au  “ BUISSON ARDENT ”. Par ce geste et par l’esprit qui a conduit à cette décision la communauté des sœurs de la Présentation de Marie de la Province de Montréal devenait partenaire.

          F. Les préoccupations actuelles

Le projet que nous présentons se veut être un nouveau service à la cause des appauvris. Nous rencontrons beaucoup de services qui assurent le manger, le dormir, le vêtir, l’accompagnement psychologique etc … mais les lieux d’accompagnement spirituel pour les pauvres et les exclus sont rares…

Actuellement nos plus urgentes préoccupations sont les suivantes:

1. Trouver les sources de financement nécessaire pour donner une stabilité à l’équipe et au travail.

2. Être attentif à notre entourage et aux signes de l’Esprit pour découvrir les membres aptes à former et compléter l’équipe.

          G. Le financement

Nous sommes une nouvelle équipe pour un service nouveau aux appauvris. Il va sans dire que nous n’avons aucun recours financier disponible. Nous espérons avec la présentation du projet rencontrer l’appui nécessaire pour le mettre en œuvre. Nous n’avons encore rien élaboré à ce sujet. Ce sera sûrement un des prochains pas que les membres de l’équipe auront à faire.

Une fois complétée l’élaboration du budget nous espérons trouver des partenaires qui, par leur geste de solidarité, permettront à des appauvris et à des exclus de renaître ou du moins d’alléger le poids de leurs souffrances.

C’est déjà avec un sentiment de reconnaissance que nous vous présentons ce projet.

Montréal, 25 août 2000

Victor Asselin, ptre

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LE BUISSON ARDENT

(Exode, 3 – 5

Moïse gardait le petit bétail de Jéthro, son beau-père… Il mena le petit bétail loin dans le désert et arriva jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu. C’est alors que l’ange de Yahvé se manifesta à lui comme une flamme de feu au milieu d’un buisson. Moïse regarda : le buisson était tout en flammes, mais il n’était pas dévoré par le feu. Moïse se dit : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas » (3, 1-3)

          Yahvé vit que Moïse faisait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il répondit : « Me voici ! »  Dieu dit : « N’approche pas d’ici ! Retire tes sandales de tes pieds, car l’endroit où tu te trouves est un lieu saint. » Il ajouta : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. »  Alors Moïse se cacha le visage, car il avait peur que son regard ne rencontre Dieu. (3, 4-6)

          Yahvé dit « J’ai vu mon peuple humilié en Egypte et j’ai entendu ses cris lorsque ses surveillants le maltraitent. Oui, je connais ses souffrances ! Je suis donc descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et pour le faire monter d’ici vers une terre spacieuse et fertile, un pays où coulent le lait et le miel… (3, 7-8)

Va donc ! Je t’envoie vers le Pharaon pour faire sortir d’Egypte mon peuple, les fils d’Israël. » (3, 10) Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller trouver le Pharaon et pour faire sortir d’Egypte les Israélites ? » (3, 11) Dieu répondit : « Je serai avec toi, et je te donne un signe par lequel tu reconnaîtras que c’est moi qui t’ai envoyé : lorsque tu feras sortir le peuple d’Egypte, vous servirez Dieu sur cette montagne. » (3, 12)

          Moïse dit à Dieu : « Bien ! Je vais aller trouver les Israélites et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous.  Mais ils me diront : « Quel est son nom ? »  Que vais-je leur répondre ? » (3, 13)

Dieu dit à Moïse : « Je suis : JE SUIS ! » Puis il ajouta : « Tu diras : JE SUIS m’a envoyé vers vous. » …  Ce sera là mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération. (3, 14-15)

          Moïse dit à Dieu : « Ils ne me croiront pas et ne m’écouteront pas. Ils me diront : Yahvé ne t’est pas apparu ! » (4, 1)

Yahvé lui dit : « Qu’as-tu dans ta main ? » Il répondit : « Un bâton ! » Yahvé lui dit : « Jette-le à terre « ! » Il le jeta à terre et le bâton devint un serpent : Moïse se jeta en arrière. Yahvé lui dit : « Étends ta main ! prends-le par la queue ! » Moïse étendit la main et le prit ; le serpent redevint un bâton dans sa main. (4, 2-4)

          Yahvé lui dit encore : « «Mets donc ta main dans ton vêtement ! » Il mit sa main dans son vêtement et l’en retira. Or voici que sa main était couverte de lèpre … Yahvé lui dit : « Remets ta main dans ton vêtement ! » Il remit sa main dans son vêtement et, quand il la retira, elle était saine comme le reste de son corps. (4, 6-7)

          « S’ils ne croient pas et ne t’écoutent pas après le premier signe, ils croiront au second. » (Ex. 4, 8)

          Va ! Tu réuniras les anciens d’Israël et tu leur diras : Yahvé, le Dieu de vos pères  m’est apparu. ..et  m’a dit : Je viens vous visiter pour de bon, car j’ai vu ce que vous font les Egyptiens. J’ai décidé de vous faire monter de l’Egypte où l’on vous opprime, vers … un pays où coulent le lait et le miel.  Les anciens d’Israël écouteront ta voix  et avec eux tu iras trouver le roi d’Egypte (3, 16-18).

          Moïse dit à Yahvé : « Je t’en supplie, mon Seigneur ! Je n’ai jamais su bien parler … je ne trouve pas les mots pour m’exprimer. » Yahvé lui répondit : « Qui a donné une bouche à l’Homme ? … Va donc : je mettrai dans ta bouche les paroles que tu devras dire. » Moïse dit alors : « Je t’en supplie, mon Seigneur ! Envoie ton message par qui tu voudras. » (4, 10-13)

          Cette fois, Yahvé se mit en colère contre Moïse et lui dit : « Ton frère Aaron… n’est-il pas là ? Je sais qu’il a la parole facile… tu lui parleras, tu lui diras ce qu’il devra dire, et moi, je serai dans ta bouche et dans la sienne, et je vous dirai ce que vous devrez faire. » (4,  14-15) Moïse et Aaron allèrent donc reunir tous les anciens des Israélites. (4, 29)

Le roi d’Egypte ne vous laissera pas partir, il faudra une main puissante pour l’y  obliger : je le sais. Mais j’étendrai ma main et je ferai bien des miracles en Egypte pour frapper son pays, après quoi il vous renverra.  (3, 19-20)

          … lorsque vous vous mettrez en marche, vous ne partirez pas les mains vides.

LE BUISSON ARDENT 

-        lieu de la vocation

-        et de l’envoi en MISSION

I.  Lieu de la  VOCATION

Dieu,  pour se révéler à  Moïse, prend la figure d’une flamme de feu jaillissant d’un buisson qui ne se consume pas. Le feu est visible mais immatériel.Le dialogue se noue selon la formule d’appel et de réponse

–      Appel : « Moïse, Moïse …

–      Réponse : « ME VOICI »

et Dieu se fait reconnaître « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob »

À observer  que la scène est marquée par une tension entre ,d’un côté, l’incapacité de Moïse de s’approcher de Dieu et, de l’autre côté, le désir de Dieu de s’approcher de Moïse.

2.       Lieu de l’envoi en MISSION

Dieu parle et annonce ce qu’il veut : « Libérer le peuple opprimé » . Il va le délivrer et le conduire vers la Terre Promise.

a. Dieu sera toujours celui qui libère de l’esclavage

b. Et Moïse sera le réalisateur et le médiateur – Il est revêtu d’une          MISSION. Toute l’histoire de la libération est mise dans sa bouche

Observons que Dieu prend la décision de s’engager avec Moïse dans laMISSION qu’il lui confie : « Je serai avec toi ». 

3.       Révélation et communication

Pour bien communiquer il faut se connaître c’est-à-dire il faut prendre le risque de se révéler l’un à l’autre.

Dieu a appelé Moïse par son nom et a donné son nom : « JE SUIS ».

Moïse pourra-t-il appeler Dieu par son nom  car connaître le nom de quelqu’un c’est en quelque sorte avoir pouvoir sur lui ?

  1. En effet, Dieu , d’une part, se donne à connaître mais il refuse à répondre clairement à Moïse. En disant « JE » Dieu dit qu’il est  quelqu’un parlant et agissant, qu’il est quelqu’un présent et qu’il est là pour le peuple. Dieu se révèle à partir de ce qu’il fait pour son peuple. Il est celui qui « est avec », qui aime et qui libère. Ainsi, en se révélant, il prend l ‘initiative de la communication. En livrant son nom, il se livre lui-même. Mais il ne se livre pas complètement. La réponse demeure mystérieuse. Moïse devra continuer à le chercher.

2.  Moïse, de sa part, en accueillant le nom de Dieu, devient le bénéficiaire          de cette révélation. Il est un « CHOISI » et un « ENVOYÉ EN MISSION ».

Montréal, le 25 janvier 2000

Fête de la révélation de Dieu à Saint Paul

Victor Asselin, ptre