Lettre au maire et aux échevins – St-Nicéphore – 1989

St-Nicéphore, le 6 novembre 1989

 

M. le maire Réjean Blanchette

Messieurs et madame les échevins       Marcel Bernier

                                                                René côté

                                                                Yvon Marcel Jutras

                                                                Claude Béliveau

                                                                Réal Verrier

                                                                Murielle Mongeau Boisvert

 

            Vous venez d’être élus, monsieur le maire et messieurs les échevins, pour orienter et diriger notre municipalité durant les quatre prochaines années. Permettez-moi de vous offrir les meilleurs vœux d’enthousiasme et d’idéal. La population a déposé en vous sa confiance et je vous félicite malgré les « ônus » parfois pesants d’une telle responsabilité.

            Les quelques semaines de temps de résidence à St-Nicéphore m’ont permis de prendre contact avec quelques-uns d’entre vous et d’initier le ministère pour lequel je fus appelé. Il est bien évident que mon action, comme pasteur et curé de St-Nicéphore, recoupe souvent la vôtre. Bien qu’autonome dans chacune de nos fonctions, nous sommes ensemble, à des niveaux divers et des instances différentes, des responsables pour le bien-être de la population et pour le développement intégral de tous ceux et celles qui résident sur ce territoire. Notre solidarité ne peut être que bénéfique.

            Dans ce contexte, je me permets de vous livrer ma manière de voir. Je le fais en toute simplicité et en empruntant de longs extraits de la lettre que Mgr Jean-Guy Hamelin, évêque de Rouyn-Noranda, écrivait aux maires et mairesses de sa région. Elle exprime bien ce que j’ai le goût de vous exprimer en cette occasion si importante pour vous et pour toute la population.

            « Vous êtes à la tête de ce qu’il est convenu d’appeler une communauté politique. A votre niveau, celui de la municipalité, vous poursuivez le bien commun. Les individus, les familles ne sont pas capables de réaliser seuls une vie pleinement humaine, de se donner seuls les services nécessaires à leur développement. Ils se groupent ensemble. Ils conjuguent leurs forces. Il faut quelqu’un qui soit capable d’orienter vers le bien commun les énergies de tous. » Vous avez été choisis par les résidents de St-Nicéphore pour exercer ce mandat e vous le ferez « en prenant appui sur la liberté et le sens de la responsabilité de vos commettants. »

            Je vois aussi que « notre société est une société de délibération qui vit et évolue dans un cadre démocratique où chacun, chacune, est reconnu comme personne avec ses droits et ses devoirs. Droit en particulier de participer à la vie publique, d’y apporter ses idées, ses opinions, les richesses de son expérience, d’y faire valoir ses convictions. La délibération, la discussion, la recherche sont donc au centre des processus sociaux et plus précisément du processus politique comme celui d’une municipalité. » Je crois « qu’une municipalité en bonne santé est celle où l’on se respecte mutuellement, où les débats sont parfois vifs, mais ou chacun, chacune, se sait et se sent écouté et valorisé. De la pluralité des opinions et des points de vue se bâtit une décision féconde et apte à satisfaire les besoins de l’ensemble d’une communauté. »

            Vous serez « confronté, ces années-ci, à des problèmes majeurs : comme par exemple, ceux du développement local et régional, de l’environnement, des jeunes, de la population scolaire croissante, du manque d’emploi etc… et peut-être aussi d’un certain désintéressement de nos concitoyens et concitoyennes pour la chose publique. Cela vous demandera des efforts inouïs pour rester à jour dans l’application de solutions aux problèmes qui rebondissent. Cela exigera de vous également un sens de responsabilité peu commun pour faire face à des vents d’individualisme ou à des poussées de pressions de la part de certains groupes ».

            « Je voudrais vous dire comment l’Église apprécie à sa juste valeur le travail que vous déploierez. Le Concile Vatican II en fait état nommément lorsqu’il dit dans la Constitution « L’Église dans le monde de ce temps » : « L’Église tient en grande considération et estime l’activité de ceux qui se consacrent au bien de la chose publique et en assurent les charges pour le service de tous. »

            Et à la suite du dernier Synode sur la vocation et la mission des laïcs dans l’Église et la société, Jean-Paul II publiait une exhortation dans laquelle il dit : « Pour une animation chrétienne de l’ordre temporel, les fidèles lacs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la « politique », à savoir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun ». On voit par là comment l’engagement politique, et par conséquent le travail que vous ferez comme maire et échevins de notre municipalité, s’inscrit dans la logique de notre baptême et de notre confirmation. Il est une expression concrète de la pertinence sociale de notre foi. Comme tel, votre travail se base sur l’esprit de service et porte témoignage des valeurs humaines et évangéliques qui sont intimement liées avec l’activité politique elle-même, comme la liberté et la justice, le dévouement désintéressé et la fidélité au mandat confié, la solidarité et un souci plus particulier pour les plus démunis, les plus pauvres. »

            Vous vous demandez peut-être pourquoi cette longue lettre. C’est que, comme je le signifiais au début, nous avons des objectifs qui souvent s’entrecroisent dans l’exercice de nos responsabilités. Ma responsabilité de pasteur me permet, d’une part, de me réjouir en vous disant que, par l’exercice juste et sain de la vôtre, vous révélez à la communauté les valeurs évangéliques et, d’autre part, vous dire que, dans toute question sociale, il y a des valeurs et une conception de la personne qui sont en jeu. Jésus-Christ, celui en qui nous croyons, a mis au centre de sa mission la dignité de la personne humaine. L’Église abdiquerait sa mission si elle n’apportait pas, sur la place publique, sa part de réflexions, d’interrogations, d’expertise dans les débats qui entourent les grandes questions qui nous agitent. »

            Dans ce sens, par l’exercice de mon ministère, je me sens déjà solidaire avec l’ensemble de la famille humaine de St-Nicéphore et je souhaite collaborer à la continuation du travail réalisé par vos prédécesseurs pour une municipalité caractérisée par la paix, la fraternité et la compréhension mutuelle.

            La communauté chrétienne en dialogue avec l’ensemble de notre municipalité ne peut pas être absente de ses préoccupations, de ses joies, de ses espoirs et de ses tristesses. Si elle le faisait elle faillirait à son message et ne remplirait pas sa tâche. Il ne s’agit pas pour elle de demander une position privilégiée ni de dicter des solutions aux problèmes mais de témoigner de Jésus qui, selon la foi chrétienne, a pris visage dans l’histoire. « 

            La société civile que vous dirigez et dont vous portez la responsabilité se réjouira sans aucun doute de tous les efforts apportés pour tisser et  nourrir les liens entre ses membres. Comme pasteur de cette paroisse je veux apprendre avec vous tous pour être plus capable de remplir la mission qui m’a été confiée. Ces réflexions vous sont écrites avec un grand esprit de fraternité et je vous exprime le désir d’être solidaire avec vous dans votre souci du bien-être de la population.

            Beaucoup de chemin a déjà été parcouru dans cette municipalité tout au long de ses 75 ans que nous nous apprêtons à célébrer comme paroisse. Ceux qui nous ont précédés ont construit les fondations sur lesquelles nous cherchons à travailler aujourd’hui. Nous ne pouvons que leur en rendre hommage car c’est grâce à eux que nous pouvons alimenter notre espérance pour les prochaines années : « une municipalité fraternelle, chaleureuse, hospitalière, qui ne craint pas les défis de l’avenir ».

            Je vous salue cordialement au nom de notre communauté chrétienne et vous exprime mes sentiments de dialogue et de fraternité dans l’exercice commun et différent de nos responsabilités.

Victor Asselin, ptre-curé

Les élections de 1993

                                         LES ELECTIONS DE 1993

     Nous sommes bien d’accord que les coutumes de la société québécoise ont bien changé depuis 1950. Nous le sentons. Nous le vivons. Il y a, aujourd’hui, un mode de penser et d’agir qui contredit les principes moraux alors acceptés et respectés. Tout cela n’est pas mauvais. Au contraire. Mais puisqu’il faut appeler les choses par leur nom, nous disons donc que nous traversons une « crise morale ». Mais ce qui est plus sérieux encore que la « crise morale » c’est la « crise de la morale » qui nous pousse à accepter avec la plus grande naturalité le fait qu’il n’est pas nécessaire d’avoir de norme qui oriente notre vie privée et notre vie publique. Vous savez, c’est très sérieux et très dangereux lorsque, comme personne ou comme peuple, nous n’acceptons plus la morale, c’est-à-dire les valeurs qui garantissent la réalisation personnelle et sociale de l’être humain. Quand cela arrive, tout homme et toute femme perd sa dignité et le sens de sa vie.

     Savoir vivre au milieu de son temps est source d’équilibre et d’engagement. Savoir questionner son temps est signe de recherche et d’avancement. Voici pourquoi à l’approche des élections fédérale et municipale et, dans quelques mois, provinciale, j’ai cru opportun vous adresser cette lettre. Question de vouloir faire un pas avec vous pour, au moins, comprendre la situation qui se dégrade à chaque jour. Au milieu de cette crise je sais que beaucoup parmi nous s’interrogent, réfléchissent, souffrent et se défendent tant bien que mal. L’intérêt ou le désintérêt des citoyennes et des citoyens à la vie publique est le signe de la vitalité ou de l’engourdissememt de la vie démocratique du pays ou de la municipalité.

     Comme pasteur de notre communauté chrétienne, il me semble opportun rappeler certaines valeurs qui trouvent leur fondement dans le comportement de Jésus et que nous retrouvons dans les Évangiles. Je vous livre quatre points qui, à mon avis, peuvent aider à comprendre le pourquoi de la crise morale actuelle. Les voici:

 

1. Dans la société d’aujourd’hui, l’économie, la politique et la technique suivent leur propre logique. Reconnaître et affirmer leur autonomie est un avancement important mais si nous oublions leur référence à la religion et à la morale nous risquons fort de perdre le sens du service aux personnes et l’importance du Bien Commun si nécessaire à l’harmonie de la vie en société.

2. Dans ce contexte, la société stimule et encourage l’INDIVIDUALISME. C’est la culture du « chacun pour soi ». On privilégie très souvent et parfois exclusivement les intérêts individuels dans la prise de ses décisions. On dit par exemple « c’est toi qui décide ». C’est très vrai que chacun et chacune est appelé à prendre ses décisions personnelles mais encore faut-il que toute décision évite la création de préjudice à la collectivité. L’INDIVIDUALISME gruge par l’intérieur les valeurs de la fraternité et de la solidarité. C’est l’attitude de Cain: »Suis-je le gardien de mon frère ? »(Gn. 4,9)

3. « C’est en se donnant qu’on reçoit » disait Saint François d’Assise. En regardant autour de soi, nous ne sommes pas sans constater que la vie sociale se détériore graduellement à tous niveaux. On y perçoit même des gestes de corruption et de violence. Ça semble une conséquence logique d’une société où la défense des intérêts privés prime sur les besoins de la collectivité.

 

     Ne serait-il pas bénéfique nous questionner et questionner toute personne au service du public sur la nature des intérêts défendus ? En politique, cherchons-nous à répondre aux besoins de la population ou à satisfaire les intérêts d’une clientèle choisie?

4. Enfin, tout cela attire notre attention sur les inégalités sociales qui engendrent un état d’injustice et de pauvreté. On a imprimé le mythe de la richesse chez tous et toutes et la lutte s’engage sournoisement. La propagation du travail au noir en est un exemple patent. On peut même se demander si telle pratique n’est pas volontairement planifiée pour favoriser les intérêts des plus nantis ?

 

     La crise morale et la crise de la morale sont à nos portes. Au moment où nous sommes appelés à exercer un devoir de citoyenneté, prenons un temps pour mieux évaluer l’importance que nous donnons à la vie publique et pour mieux discerner le choix que nous aurons à faire.

     Beaucoup parmi vous s’interrogent sur l’opportunité de nouveaux styles de vie marqués par la liberté et la solidarité. On a aussi soif d’expérience qui ouvre au sacré. C’est un chemin plein d’espérance à condition qu’on veuille vivre incarné dans la réalité d’aujourd’hui. Vivre l’aujourd’hui à la manière du passé ou vivre l’aujourd’hui dans un contexte étranger à la réalité vécue sont deux options qui conduisent à nulle part. La nostalgie du passé et la fuite du réel détruisent l’histoire plus qu’elles ne la construisent.

     En terminant, dans une perspective d’une meilleure préparation aux élections qui s’en viennent, je vous propose deux questions :

     Quelle sera ta participation à la vie publique ? Crois-tu important participer à la vie publique ?

     Quelles valeurs orienteront le choix de ton vote aux prochaines élections ?

     Ensemble, réaffirmons notre volonté de faire de notre milieu un oasis de paix. C’est ce que nous appelons construire le Royaume de Dieu. N’est-ce pas ce que nous désirons ici, chez-nous ?

Saint-Nicéphore, 18 octobre 1993

                                  Victor Asselin, ptre curé

Lettre d’un curé à ses paroissien(ne)s

Lettre d’un curé à ses paroissien(ne)s *

         Saint-Nicéphore, municipalité en pleine expansion démographique, affronte le défi de son affirmation et de la définition de la place qu’elle occupera dans les prochai­nes années au plan économique, politique et social. Il ne faut donc pas se surpren­dre que les relations entre les citoyens et les citoyennes et que l’exercice du pouvoir politique soient remis en cause. Il importe donc en ce moment, pour la population et les instances impliquées de faire une évaluation lucide et objective de la situation des faits.

         Vous vous demandez, peut-être, la raison et l’opportunité qui me poussent à prendre l’initiative de cette lettre. Ma responsabilité de pasteur me permet de rappeler que toute ques­tion sociale véhicule des valeurs qui souvent mettent en cause la personne et les relations avec ses semblables. Jésus-Christ, Celui en qui nous croyons, a mis au centre de sa mission la dignité de la personne humaine. L’Eglise abdiquerait de sa mission et de sa responsabilité si elle n’apportait pas sur la place publique sa part de réflexions, d’interrogations et d’expertise dans les débats qui entourent les grandes questions qui agitent actuellement notre municipalité. Par l’exercice de mon ministère je veux dire ma solidarité à la fa­mille humaine de Saint-Nicéphore – que j’aime bien – et avec qui je souhaite collaborer pour faire de cette municipalité un lieu de paix, de fraternité et de compréhension mutuelle.

         La vie politique est-elle inhérente à l’engagement chrétien ? Jean-Paul II dans son exhortation aux laïcs disait: « Pour une animation chréti­enne de l’ordre temporel, les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la « politique », à sa­voir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, cul­turelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun. » En effet, l’engage­ment politique s’inscrit dans la logique de notre baptême et de notre confirmation. Il est une expression concrète de la per­tinence sociale de notre foi. La com­munauté chrétienne ne peut pas être ab­sente des préoccupations, des joies, des espoirs, des problèmes et des tristesses des paroissien(ne)s de cette municipalité. Son omission fausserait son message et son agir. Témoigner de Jésus, c’est lui donner visage dans l’histoire.

         Depuis quelques mois, au plan municipal, nous vivons une crise aigüe. Crise qui en est arrivée à questionner sinon la légalité, du moins la légitimité de l’exercice du pou­voir politique par le Conseil municipal. Le hausse importante des taxes semble avoir été l’occasion privilégiée d’une réaction populaire qui tacitement avait pris forme en raison de questions e de situations critiques internes et externes non résolues, pourtant existantes.

         Notre société démocratique invite tout citoyen(ne) à participer par l’apport d’idées, d’opinions riches de son expérience et de ses convictions. La recherche, le dialogue et la divergence d’opinions font partie du processus poli­tique. C’est en ce sens qu’est né le groupe « Action Saint-Nicéphore ». Nous le saluons comme un signe important de participation tout en reconnaissant que toute autre initiative de ce genre mériterait d’être saluée avec joie.

         Une municipalité en santé reflète le res­pect mutuel et même si parfois les débats peuvent se faire vifs, chacune et chacun doit se savoir et se sentir écouté et valorisé. De la pluralité des opinions et des points de vue se bâtit une décision féconde et apte à satisfaire les besoins de l’ensemble d’une communauté. 

         S’il n’est pas facile d’exercer l’auto­rité au sein de la famille ou de la communauté chrétienne, il ne l’est pas moins dans la municipalité. Chez-nous, à St-Nicéphore, plusieurs raisons la rendent plus difficile: municipalité en croissance rapide, besoin d’une modernisation de son administration, passage d’une administration rurale et artisanale à une administration urbaine et spéciali­sée, refilage à la municipalité de com­pétences jusqu’alors provinciales, temps de récession, nécessité de construction d’infra-structures, pouvoir acquisitif limité de la jeune population qui vient y résider et commence à bâtir son avenir et bien d’autres éléments conjoncturels qui représentent dans son ensemble un défi à taille de géant. Dans ce contexte, on questionne la légitimité de l’exercice du pouvoir poli­tique.

         Il me semble opportun, avec ouverture et disposition, faire l’ana­lyse de la situation actuelle. Par cette lettre je désire tout simplement commencer avec vous cette réflexion et, comme premier pas, voici quelques orientations.

         Permettez-moi tout d’abord de rappeler que le dialogue est fructueux quand nous nous y engageons avec nos couleurs et qu’il s’enrichit par l’écoute et l’acceptation de la diversité. Une motivation bien personnelle vient toujours justifier notre manière de penser et d’agir. S’il en est ainsi dans notre vie personnelle, à plus forte raison dans la vie politique où comme citoyens et citoyennes nous nous y retrouvons pour penser et prendre des décisions au bénéfice du Bien Commun.  L’arc-en-ciel aura toujours son importance pour construire harmonieusement notre milieu.

         Pour comprendre la situation actuelle et les intérêts en cause, je vous suggère avec l’aide d’un papier et d’un crayon, de répondre aux questions suivantes :

         1. Quels sont les différents groupes politiques impliqués dans la crise actuelle ? Qui sont-ils ? Que font-ils ? Quels intérêts défendent-ils ?

         2. Quels sont les projets qui justifient la crise ? Sont-ils d’intérêts individuels ou collectifs ? Sont-ils locaux ou régio­naux ?

         3. Quelles sont les alliances et les appuis politiques de chaque groupe ? Sont-ils locaux, régionaux, provinciaux ou fédéraux ?

         4. Quels sont les penseurs du groupe ? Quels sont les exécuteurs du groupe ?

         5. Quelles sont les forces économiques sous-jacentes ?

Après avoir fait cet exercice, si vous n’avez pas tous les éléments de réponse pour comprendre la situation, je vous suggère de poursuivre votre réflexion en échangeant avec quelqu’un d’autre ou même en formant un petit groupe. Ce serait  bénéfique pour tous et toutes. Une compréhension éclairée sera un grand pas pour une décision libre, responsable et adulte qui méritera le respect de tous et toutes.

          Nous sommes confrontés, ces années-ci, à des problèmes majeurs : le développement régional et local, l’environnement, les jeunes, la popula­tion scolaire croissante, le manque d’em­ploi, le manque d’intérêt pour la chose publique, etc… Voici autant de problèmes qui appellent notre attention. Les décisions deviendraient de plus en plus difficiles si nous mettions de côté pour la réflexion les éléments du Bien Commun et la dignité de la personne. Les heurts, les divergences et les tensions font partie du cheminement mais je suis convaincu que l’effort ne manquera pas car il sera justifié par le sens peu commun de responsabilité qui vous habite. Ce sera une réponse évidente aux vents d’individualisme qui nous harcèle. Votre action politique sera noble et répondra à tout subterfuge vil et dégradant.

         Je suis heureux de l’accueil que vous donnerez à cette lettre car vous savez fort bien que notre vocation de chrétien et chrétien­ne nous appelle à être une présence qui éclaire et qui donne saveur. Avec vous tous et toutes  je nourris la passion qui me dit que la com­munauté chrétienne de St-Nicéphore s’impliquera pour que la  municipalité devienne de plus en plus fraternelle, chaleureuse, hospitalière car elle ne craint pas les défis de l’avenir.

         Que ce temps de Carême nous permette de découvrir l’importance d’intégrer les différences dans notre quotidien. Voilà un défi à saveur chrétienne. C’est le testament de Jésus: « Que tous soient un ». Nous n’avons qu’un seul Seigneur, Jésus-Christ, et nous sommes animés par le même Esprit. Utopie pour les uns mais rêve déjà commencé pour ceux ou celles qui ont la foi.

         Pâques sera chez-nous une nouvelle Résurrection.

                            Victor Asselin, ptre curé

*Nous sommes au printemps 1990. Saint-Nicéphore, aujourd’hui annexée à Drummondville, Québec, Canada, vivait une profonde crise politique. Le gouvernement provincial fut obligé d’intervenir. Le curé de la paroisse prit l’initiative d’inviter les citoyen(ne)s de la municipalité à une réflexion en ce temps du Carême.